lundi 28 mars 2011

Lao Tseu ou Lao Zi



Lao Tseu signifie « Maître Lao » ou « Vieux Maître ». Il aurait été un sage chinois et, selon la tradition, un contemporain de Confucius (milieu du VIe siècle av. J.-C. – milieu du Ve siècle av. J.-C., fin de la période des Printemps et des Automnes). Il est considéré a posteriori comme le père fondateur du taoïsme. Il serait né dans le pays de Chu du royaume des Zhou et serait parti pour une retraite spirituelle vers l’ouest de la Chine actuelle avec une destination inconnue. Les informations historiques le concernant sont rares et incertaines et sa biographie se développe à partir de la dynastie Han, essentiellement à partir d’éléments surnaturels et religieux ; quelques chercheurs sceptiques estiment depuis la fin du XXe siècle qu'il s’agit d’un personnage fictif et composite, et non proprement historique.
Le Livre de la Voie et de la Vertu ou Dao De Jing que la tradition lui attribue est un texte majeur du taoïsme, considéré comme important par d'autres courants également. Lao Tseu est considéré par les sectes taoïstes comme un dieu (Taishang Laojun « Suprême seigneur Lao ») et comme leur ancêtre commun.
Il est représenté comme un vieillard à la barbe blanche, parfois monté sur un buffle.

L’image la plus courante de Lao Tseu en fait un personnage extraordinaire. Conçu miraculeusement par le passage d’une comète ou l’ingestion par sa mère d’une prune (li, nom de famille qui lui est généralement attribué) magique, il naît avec des cheveux blancs et une barbe, d’où son surnom d’ancien (lao), et des oreilles aux lobes très longs, signe de sagesse. Archiviste à la cour des Zhou et contemporain de Confucius qui le reconnaît comme un maître et un être extraordinaire, il finit par quitter le pays âgé d’au moins 160 ans, lassé des dissensions politiques. Il part vers l’ouest monté sur un buffle ; arrivé à la passe qui marque la frontière, il rédige le Livre de la Voie et de la Vertu à la demande du gardien Yin Xi puis continue son voyage. Personne ne sait alors ce qu’il devient, mais certains pensent qu’il ne meurt pas ou qu’il se réincarne, reparaissant sous différentes formes pour transmettre le Dao.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Le Lao-Tseu, suivi des Quatre canons de l'empereur jaune, trad. Jen Lévy. Ed. Albin Michel, 2009
- Tao Te King. Ed. Albin Michel, 1984
- Philosophes taoistes, Tome 1, Lao-tseu, Tchouang-tseu, Lie-tseu, collectif. Ed. La Pleiade.
- Tao Te King, trad. Liou Kia-hway. Ed. Gallimard.
- Tao Te King, trad. Claude Larre. Ed. Les Carnets, 2008
- Tao Te King, trad. Stephen Mitchell
- Tao Te King. Ed. Folio, 2002
Pour enfants :
- Lao Tseu ou la Voie du Dragon, Miriam Henke, Jérôme Meyer-Bish. Ed. les Petits Platon, 2010.
Etudes :
Marcel Conche, Lao Tseu, Tao Te King. Ed. PUF
Max Kaltenmark, Lao Tseu et le taoïsme, collection micrcosme "Maîtres spirituels", Seuil Paris, 1986
En ligne traduction Stanislas Julien : Taoteking, en téléchargement PDF.
Livre audio, trad. Stanislas Julien (1h 23mn - mp3) : Littérature audio


Quelques traductions du premier poème :

1.
Le Tao qu'on tente de saisir n'est pas le Tao lui-même;
le nom qu'on veut lui donner n'est pas son nom adéquat.
Sans nom, il représente l'origine de l'univers,
avec un nom, il constitue la Mère de tous les êtres.
Par le non-être, saisissons son secret;
par l'être, abordons son accès.
Non-être et Etre sortant d'un fond unique
ne se différencient que par leurs noms.
Ce fond unique s'appelle Obscurité.
Obscurcir cette obscurité,
voilà la porte de toute merveille.
(Trad. par Liou Kia-hway. Ed. Gallimard.)


1.
Le Tao qu'on saurait exprimer
n'est pas le Tao de toujours,
Le nom qu'on saurait nommer
n'est pas le nom de toujours.
Le sans nom : l'origine du ciel et de la terre.
L'ayant-nom : la mère de tous les êtres.
Ainsi c'est par le néant permanent
que nous voulons contempler son secret,
c'est par l'être permanent
que nous voulons contempler son accès.
Ces deux issus d'un même fond
ne se différencient que par leurs noms.
Ce même fond s'appelle obscurité.
Obscurcir cette obscurité.
voilà la porte de toutes les subtilités.
(Trad. par Liou Kia-hway et Benedikt Grynpas. Ed. La pleiade.)


1.
La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ;
le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel.
(L'être) sans nom est l'origine du ciel et de la terre ;
avec un nom, il est la mère de toutes choses.
C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle;
lorsqu'on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée.
Ces deux choses ont une même origine et reçoivent des noms différents.
On les appelle toutes deux profondes. Elles sont profondes, doublement profondes. C'est la porte de toutes les choses spirituelles.
(Trad. de Stanislas Julien.)





Les extraits suivants sont empruntés à la traduction (approximative) de Stanislas Julien.

11.
Trente rais se réunissent autour d'un moyeu. C'est de son vide que dépend l'usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison.
C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être.


14.
Vous le regardez (le Tao) et vous ne le voyez pas : on le dit incolore.
Vous l'écoutez et vous ne l'entendez pas : on le dit aphone.
Vous voulez le toucher et vous ne l'atteignez pas : on le dit incorporel.
Ces trois qualités ne peuvent être scrutées à l'aide de la parole. C'est pourquoi on les confond en une seule.
Sa partie supérieure n'est point éclairée ; sa partie inférieure n'est point obscure.
Il est éternel et ne peut être nommé.
Il rentre dans le non-être.
On l'appelle une forme sans forme, une image sans image.
On l'appelle vague, indéterminé.
Si vous allez au-devant de lui, vous ne voyez point sa face ; si vous le suivez vous ne voyez point son dos.
C'est en observant le Tao des temps anciens qu'on peut gouverner les existences d'aujourd'hui.
Si l'homme peut connaître l'origine des choses anciennes, on dit qu'il tient le fil du Tao.

40.
Le retour au non-être (produit) le mouvement du Tao.
La faiblesse est la fonction du Tao.
Toutes les choses du monde sont nées de l'être ; l'être est né du non-être.

41.
Quand les lettrés supérieurs ont entendu parler du Tao, ils le pratiquent avec zèle.
Quand les lettrés du second ordre ont entendu parler du Tao, tantôt ils le conservent, tantôt ils le perdent.
Quand les lettrés inférieurs ont entendu parler du Tao, ils le tournent en dérision. S'ils ne le tournaient pas en dérision, il ne mériterait pas le nom de Tao.
C'est pourquoi les Anciens disaient :
Celui qui a l'intelligence du Tao paraît enveloppé de ténèbres.
Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré.
Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire.
L'homme d'une vertu supérieure est comme une vallée.
L'homme d'une grande pureté est comme couvert d'opprobre.
L'homme d'un mérite immense paraît frappé d'incapacité.
L'homme d'une vertu solide semble dénué d'activité.
L'homme simple est vrai semble vil et dégradé.
C'est un grand carré dont on ne voit pas les angles ; un grand vase qui semble loin d'être achevé ; une grande voix dont le son est imperceptible ; une grand image dont on n'aperçoit point la forme§
Le Tao se cache et personne ne peut le nommer.
Il sait prêter (secours aux êtres) et les conduire à la perfection.

42.
Le Tao a produit un ; un a produit deux ; deux a produit trois ; trois a produit tous les êtres.
Tous les êtres fuient le calme et cherchent le mouvement.
Un souffle immatériel forme l'harmonie.
Ce que les hommes détestent, c'est d'être orphelins, imparfaits, dénués de vertu, et cependant les rois s'appellent ainsi eux-mêmes.
C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns s'augmentent en se diminuant ; les autres se diminuent en s'augmentant.
Ce que les hommes enseignent, je l'enseigne aussi.
Les hommes violents et inflexibles n'obtiennent point une mort naturelle.
Je veux prendre leur exemple pour la base de mes instructions. 

43.
Les choses les plus molles du monde subjuguent les choses les pus dures du monde.
Le non-être traverse les choses impénétrables. C'est par là que je sais que le non-agir est utile.
Dans l'univers, il y a bien peu d'hommes qui sachent instruire sans parler et tirer profit du non-agir.

47.
Sans sortir de ma maison, je connais l'univers ; sans regarder par ma fenêtre, je découvre les voies du ciel.
Plus l'on s'éloigne et moins l'on apprend.
C'est pourquoi le sage arrive (où il veut) sans marcher ; il nomme les objets sans les voir, sans agir, il accomplit de grandes choses. 

48.
Celui qui se livre à l'étude augmente chaque jour (ses connaissances).
Celui qui se livre au Tao diminue chaque jours (ses passions).
Il les diminue et les diminue sans cesse jusqu'à ce qu'il soit arrivé au non-agir.
Dès qu'il pratique le non-agir, il n'y a rien qui lui soit impossible.
C'est toujours par le non-agir que l'on devient le maître de l'empire.
Celui qui aime à agir est incapable de devenir le maître de l'empire.

56.
L'homme qui connaît (le Tao) ne parle pas ; celui qui parle ne le connaît pas.
Il clôt sa bouche, il ferme ses oreilles et ses yeux, il émousse son activité, il se dégage de tous liens, il tempère sa lumière (intérieure), il s'assimile au vulgaire. On peut dire qu'il ressemble au Tao.
Il est inaccessible à la faveur comme à la disgrâce, au profit comme au détriment, aux honneurs comme à l'ignominie.
C'est pourquoi il est l'homme le plus honorable de l'univers.

63.
(Le sage) pratique le non-agir, il s'occupe de la non-occupation, et savoure ce qui est sans saveur.
Les choses grandes ou petites, nombreuses ou rares, (sont égales à ses yeux).
Il venge ses injures par des bienfaits.
Il commence par des choses aisées, lorsqu'il en médite de difficiles ; par de petites choses, lorsqu'il en projette de grandes.
Les choses les plus difficiles du monde on nécessairement commencé par être aisées.
Les choses les plus grandes du monde ont nécessairement commencé par être petites.
De là vient que, jusqu'à la fin, le Saint ne cherche point à faire de grandes choses ; c'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.
Celui qui promet à la légère tient rarement sa parole.
Celui qui trouve beaucoup de choses faciles éprouve nécessairement de grand difficultés.
De là vient que le Saint trouve tout difficile ; c'est pourquoi, jusqu'au terme de sa vie, il n'éprouve nulles difficultés.

70.
Mes paroles sont très faciles à comprendre, très faciles à pratiquer.
Dans le monde personne ne peut les comprendre, personne ne peut les pratiquer.
Mes paroles ont une origine, mes actions ont une règle.
Les hommes ne les comprennent pas, c'est pour cela qu'ils m'ignorent.
Ceux qui me comprennent sont bien rares. Je n'en suis que plus estimé.
De là vient que le Saint se revêt d'habits grossiers et cache des pierres précieuses dans son sein. 

71.
Savoir et (croire qu'on) ne sait pas, c'est le comble du mérite.
Ne pas savoir et (croire qu'on) sait, c'est la maladie (des hommes).
Si vous vous affligez de cette maladie vous ne l'éprouverez pas.
Le Saint n'éprouve pas cette maladie, parce qu'il s'en afflige.
Voilà pourquoi il ne l'éprouve pas.

77.
La voie du ciel (c'est-à-dire le ciel) est comme l'ouvrier en arcs, qui abaisse ce qui est élevé, et élève ce qui est bas ; qui ôte le superflu, et supplée à ce qui manque.
Le ciel ôte à ceux qui ont du superflu pour aider ceux qui n'ont pas assez.
Il n'en est pas ainsi de l'homme : il ôte à ceux qui n'ont pas assez pour donner à ceux qui ont du superflu.
Quel est celui qui est capable de donner son superflu aux hommes de l'empire. Celui-là seul qui possède le Tao.
C'est pourquoi le Saint fait (le bien) et ne s'en prévaut point.
Il accomplit de grandes choses et ne s'y attache point.
Il ne veut pas laisser voir sa sagesse.

78.
Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères.
L'homme vertueux n'est pas disert ; celui qui est disert n'est pas vertueux.
Celui qui connaît (le Tao) n'est pas savant ; celui qui est savant ne le connaît pas.
Le Saint n'accumule pas (les richesses).
Plus il emploie (sa vertu) dans l'intérêt des hommes, et plus elle augmente.
Plus il donne aux hommes et plus il s'enrichit. Telle est la voie du ciel, qu'il est utile aux êtres et ne leur nuit point. Telle est la voie du Saint, qu'il agit et ne dispute point.
Extrait du Tao Te King, trad. Stanislas Julien.




 

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