mardi 20 novembre 2018

L’autodétermination: un droit humain

MAJ de la page : Suisse : La démocratie directe face à une épreuve décisive (Votation du 25 novembre 2018)

L’autodétermination: un droit humain
Par Erika Vögeli, le 15 novembre 2018 - Horizons et débats


L’argumentation contre l’«Initiative pour l’autodétermination» a atteint – une fois de plus avant un vote populaire – un manque d’objectivité indescriptible et alarmant. Les opposants à l’initiative parlent du naufrage de la Suisse, de son «renfermement sur soi» et de son «isolement» dans les domaines économiques, de la perte de la sécurité juridique et même de notre chute morale dans le domaine des droits de l’homme. Etant donné que l’initiative a été lancée par l’UDC, l’argument qu’«elle émane de l’UDC» semble suffire chez de nombreuses personnes pour leur faire perdre toute autonomie dans leurs réflexions.

Il ne s’agit visiblement plus d’avancer des arguments factuels, mais de créer une atmosphère négative chez les électeurs à l’aide d’arguments arbitrairement gonflés. C’est une véritable menace pour la démocratie. Car celle-ci ne peut fonctionner honnêtement que si toutes les bases pour la prise de décisions sont disponibles et objectivement correctes. Les menaces et les scénarios de déclin économique n’en font pas partie. Pour commencer, mentionnons encore une autre réflexion: la Suisse existait déjà avant 2012. Il est connu que cette initiative populaire a été motivée par une décision du Tribunal fédéral de 2012, qui a bouleversé le principe de la primauté de la Constitution fédérale sur le droit international, précédemment observé et que l’initiative vise à récupérer. Six ans en arrière, notre pays ne se portait pas si mal et l’économie était également en assez bonne santé.

Le droit international – de quoi s’agit-il ?

L’initiative demande que la Constitution fédérale suisse prime sur le droit international non contraignant. L’interdiction de la violence et de la torture, les dispositions du droit international humanitaire et les droits procéduraux ne sont donc pas affectés par cette initiative. La majorité des accords internationaux, cependant, sont des accords qui n’ont rien à voir avec ces dispositions fondamentales: il s’agit notamment d’accords diplomatiques, d’accords techniques et autres. Mais aussi de contrats de plus grande envergure concernant les relations commerciales. Ils sont conclus par le «Conseil fédéral, les départements, les groupes ou les offices fédéraux», comme le Conseil fédéral l’explique à l’intention de l’Assemblée fédérale dans son «Rapport sur les traités internationaux conclus en 2016». Il énumère un total de 526 accords internationaux de ce type pour 2015 et 461 accords pour 2016. En outre, 346 amendements sont mentionnés pour 2015 et 352 pour l’année suivante (cf. BBI 2017, p. 4594s.). Puis, il existe d’autres accords que le Conseil fédéral n’est pas tenu d’énumérer, car ils sont soumis à la ratification du Parlement et lui sont donc connus.
Affirmer que de tels accords devraient primer sur la Constitution fédérale n’est guère compréhensible. Le fait que les offices fédéraux et le Conseil fédéral veuillent s’octroyer un droit constitutionnel – en contradiction avec la séparation des pouvoirs – sans le soumettre au pouvoir législatif et au peuple souverain va à l’encontre de toute conception démocratique fondamentale.

Un tsunami sur le lac Leman



Un tsunami sur le lac Leman (Suisse, France, 2018)

À partir des traces géologiques d’une énorme vague qui aurait traversé le lac Léman au VIe siècle et submergé les murailles de Genève, une exploration étonnante des risques de tsunamis sur les lacs alpins.

Située dans l’actuel canton du Valais, en Suisse, la montagne du Tauredunum se serait effondrée en l'an 563, soulevant une vague si grande sur le Léman que celle-ci aurait submergé les murailles de Genève et serait entrée dans la ville. Consigné dans des chroniques de l'époque par deux évêques, cet événement incroyable attise, depuis le XIXe siècle, la curiosité des géologues et des archéologues. Mais alors qu’après des décennies de vaines recherches cette vieille histoire sombrait dans l’oubli, deux chercheuses de l’université de Genève ont découvert en 2010, dans les sédiments profonds du lac, une anomalie que seule l’hypothèse de la vague destructrice du Tauredunum pourrait expliquer.

Puzzle géologique
Le réalisateur Laurent Graenicher et le journaliste scientifique Pierre-Yves Frei sont allés à la rencontre de toutes celles et ceux qui s’intéressent aujourd’hui à cet extraordinaire événement. Pour reconstituer ce puzzle aux pièces éparpillées pendant des siècles, ceux-ci convoquent l’histoire, l’archéologie, l’histoire des sciences, la géologie ou encore la physique. Généralement considérés comme spécifiques aux océans, les tsunamis concerneraient ainsi également les lacs, et particulièrement ceux des Alpes. Car si la catastrophe du Tauredunum reste unique par son ampleur, elle est loin d’être isolée. Ces lacs, désormais apprivoisés et presque entièrement dédiés aux loisirs, pourraient-ils se muer à nouveau en masses dévastatrices ? La géologie est formelle : ce qui est arrivé hier peut se produire de nouveau demain.
Source : Arte

Les Gilets Jaunes et la colère des masses populaires

Lire (ou voir) aussi : Gilets jaunes, nous sommes le peuple, par Anne-Sophie Chazaud, le 19 novembre 2018 / Gilets jaunes: «Les chiffres du ministère de l’Intérieur ne tiennent pas la route», Sputniknews, le 19 novembre 2018 / 17 Novembre, gilets jaunes : tout comprendre, par Tatiana Ventose, le 15 novembre 2018

Qu’elle ne soit pas morte pour rien ! par Pat au logis, le 18 novembre 2018 / Appel à bloquer tous les grands médias régionaux et nationaux du pays, par Sylvain Baron, le 18 novembre 2018





Les Gilets Jaunes et la colère des masses populaires
Par Jacques Sapir, le 19 novembre 2018 - Les Crises 

La journée du 17 novembre des Gilets Jaunes s’est donc soldée par un succès massif, avec plus de 2000 points de blocage alors que 1500 avaient été annoncés. Les chiffres de participation annoncés par le Ministère de l’intérieur semblent largement sous-estimés. Mais, ce succès a hélas été endeuillé par le décès d’une manifestante et par de nombreux blessés, ce qui est dû dans la plupart des cas à des véhicules ayant tenté de forcer les barrages. Ce succès interpelle les mouvements politiques et les syndicats. Si la majorité (LAREM) et ses journalistes à gages tiennent un discours odieux, il convient de s’interroger sur la signification de ce mouvement et sur ses suites possibles.

Jour de colère

Ce mouvement a été déclenché par l’annonce d’une hausse des prix du carburant. Il traduit cependant une colère bien plus profonde, et des causes bien plus complexes. La question des prix du carburant renvoie, elle, à ce que l’on appelle les « consommations contraintes » des ménages des classes populaires. Quand on n’a pas de moyens de transports de substitution, quand on doit faire tous les jours des dizaines de kilomètres pour aller travailler, oui, le prix du carburant représente une contrainte. Dit en des termes d’économistes, il n’y a aucune élasticité de la consommation au prix dans ce cas.

Mais, une simple hausse du prix des carburants n’aurait certainement pas provoqué une telle colère si elle ne venait s’ajouter à des hausses multiples, mais aussi à une pression fiscale dont les classes populaires ont l’impression de payer bien plus que leur part. Les réformes fiscales prises depuis un an par le gouvernement – dont la suppression de l’ISF – ainsi que les mesures prises par les gouvernements précédents, et l’on se souvient des 44 milliards du CICE donnés aux grandes entreprises en l’échange de quelques créations d’emploi, constituent la base de cette colère. On parle d’un « ras-le-bol » fiscal ; il peut exister en certains cas. Mais, ce qui est en cause c’est avant tout le sentiment d’une injustice fiscale.

Ajoutons-y les propos plus que malheureux d’un Président de la République, qui à l’évidence n’éprouve aucune empathie pour les classes populaires, tout fasciné qu’il est par les « start-upers » et par la richesse des gens qui, pour reprendre son expression, eux ne sont pas rien. Les termes extrêmement désobligeants qu’il a employés depuis des années à l’encontre des classes populaires sont connus. Ils n’ont pas été oubliés par ceux auxquels ils s’adressaient. Les français, dit-on, ont la mémoire courte. Ils viennent de démontrer exactement le contraire.

Tout cela a fait le ciment d’une révolte qui monte des tréfonds de la France périphérique pour reprendre l’expression du géographe Christophe Guilluy. La haine des représentants organiques de la France bobo indique bien où se trouve la fracture, et cette fracture, n’en déplaise à certains, est une fracture de classe. Les slogans politiques que l’on a, alors, pu entendre ne doivent rien à la présence de militants de partis et d’organisations, mais bien plutôt au fait que ces classes populaires identifient spontanément le gouvernement et le Président comme leurs ennemis.

vendredi 16 novembre 2018

Schrödinger, l'homme derrière le chat

MAJ de la page : Schrödinger



LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE  par Nicolas Martin
Schrödinger, l'homme derrière le chat 25/10/2018
avec Michel Bitbol, Directeur de recherche au CNRS , aux Archives Husserl de l’ ENS à Paris
Charles Antoine, Maître de conférences à Sorbonne Universités, chercheur au laboratoire de physique théorique de la matière condensée.
auteur de Schrödinger à la plage : la physique quantique dans un transat, Dunod, 2018


  

#Unity4J : Christine Assange lance un appel d’urgence

MAJ de la page : Julian Assange

Lire aussi  : Julian Assange a été inculpé aux Etats-Unis selon WikiLeaks, RT,
16 nov. 2018 / L’Occident abandonne Julian Assange (Consortium News), par Stefania Maurizi, Le Grand Soir (trad.)





#Unity4J : Christine Assange lance un appel d’urgence
novembre 2018 - Le Grand Soir (transcription de la vidéo)

Ceci n’est pas un exercice. C’est une urgence. La vie de mon fils, le journaliste Julian Assange, est en danger imminent et grave. Je vous remercie tous d’entendre l’appel d’une mère qui vous demande de l’aider à le sauver.

Bien que Julian soit un journaliste primé à maintes reprises, très aimé et respecté pour avoir courageusement dénoncé, dans l’intérêt du public, des crimes graves et la corruption à haut niveau, il est actuellement seul, malade, souffrant et réduit au silence et à l’isolement, coupé de tout contact et torturé au cœur de Londres. La prison moderne des prisonniers politiques n’est plus la Tour de Londres mais l’Ambassade de l’Equateur.

Voici les faits : Julian est détenu depuis près de huit ans sans inculpation. Vous avez bien lu : sans inculpation.

Au cours des six dernières années, le gouvernement britannique a refusé ses demandes d’accès aux soins de santé de base : air frais, exercice, soleil pour la vitamine D et accès à des soins médicaux et dentaires appropriés. En conséquence, sa santé s’est sérieusement détériorée et les médecins qui l’examinent mettent en garde contre ces conditions de détention qui mettent sa vie en danger. Un assassinat lent et cruel se déroule sous nos yeux à l’ambassade de Londres.

En 2016, après une enquête approfondie, les Nations Unies ont statué que les droits de Julian avaient été violés à plusieurs reprises, qu’il était détenu illégalement depuis 2010, et ont ordonné sa libération immédiate, un sauf-conduit et son indemnisation. Le gouvernement britannique a refusé de se conformer à la décision de l’ONU.

Le gouvernement américain a déclaré que l’arrestation de Julian était une priorité. Ils veulent contourner la protection des journalistes américains en vertu de leur Premier Amendement [de la Constitution US] en l’accusant d’espionnage. Ils ne reculeront devant rien pour le faire.

En raison de la menace que les États-Unis font peser sur l’Équateur, son droit d’asile est maintenant directement menacé. Les pressions exercées par les États-Unis sur le nouveau président équatorien ont conduit Julian à être placé en isolement cellulaire strict et sévère au cours des sept derniers mois. Privé de tout contact avec sa famille et ses amis. Seuls ses avocats peuvent lui rendre visite.

Il y a deux semaines, la situation s’est considérablement aggravée. L’ancien président de l’Équateur, Rafael Correa, qui a légitimement accordé à Julian l’asile politique devant les menaces américaines contre sa vie et sa liberté, a publiquement averti que lorsque le vice-président américain Mike Pence s’est récemment rendu en Équateur, un accord a été conclu pour livrer Julian aux États-Unis. Il a déclaré que parce que le coût politique d’une expulsion de Julian était trop élevé, le plan consiste à le briser mentalement. Un nouvel ensemble de règles et de protocoles inhumains, impossibles à mettre en œuvre, a été mis en place à l’ambassade pour le torturer au point de le faire craquer et le forcer à partir.

En même temps, un membre du gouvernement équatorien a tenté à plusieurs reprises d’annuler la citoyenneté équatorienne [de Julian] afin qu’il puisse être extradé directement vers les États-Unis.

Alors que ses avocats contestaient cette dernière violation de ses droits humains en vertu de la Constitution équatorienne, l’avocat du gouvernement a averti Julian que même son témoignage décrivant ses souffrances pourrait constituer une violation du nouveau protocole et un motif d’expulsion de l’ambassade. Ils lui ont refusé la visite de ses avocats pendant quatre jours, avant l’audience de lundi prochain, ce qui compromet la préparation de son dossier et accroît encore son isolement, son anxiété et son stress.

Ils sont en train de piéger mon fils pour avoir une excuse pour le livrer aux États-Unis, où il fera l’objet d’un simulacre de procès.

Hollywood, la machine à propagande



Matthew Alford, Hollywood la machine à propagande (Le Média, 2 nov. 2018)




La grande interview : Matthew Alford (RT, nov. 2018)

Examinant le fonctionnement interne de l’industrie hollywoodienne, cet ouvrage révèle les liens étroits entre le cinéma et les forces politiques américaines les plus réactionnaires.
Ses analyses détaillées de nombreux films démontrent qu’Hollywood, loin d’être le lieu d’expression de la gauche américaine, n’est que le versant culturel d’une politique impérialiste.
Alors que des films comme Transformers, Terminator ou La Chute du faucon noir, ouvertement financés par l’armée, glorifient l’hégémonie américaine dans le monde, des films prétendument critiques comme Les Rois du désert, Hôtel Rwanda ou Avatar, n’en remplissent pas moins la même fonction.
Au-delà des tendances progressistes affichées par certaines célébrités, Alford met en évidence leur totale intégration à un système encourageant la suprématie mondiale américaine et le recours à la violence.
Quatrième de couverture
Source : Editions critiques 


Lire : Hollywood propaganda, de Matthew Alford
Par Michael Parenti - Acrimed

Les travaux récents sur le pouvoir idéologique d’Hollywood sont rares en français, en particulier pour les films qui traitent – plus ou moins explicitement – de la politique étrangère des États-Unis. C’est pourquoi il est heureux que le livre (paru en 2010) de l’universitaire britannique Matthew Alford sur les rapports entre l’industrie du cinéma et l’hégémonie américaine ait fait l’objet d’une traduction. Hollywood propaganda a été publié en septembre aux Éditions Critiques, avec une préface inédite de l’auteur.

Passant en revue des dizaines d’œuvres sorties depuis le début des années 1990, de la superproduction au film indépendant, Alford examine la façon dont celles-ci représentent les actions des États-Unis dans le monde ainsi que leurs autorités civiles et militaires. Hollywood propaganda analyse aussi le fonctionnement interne de cette « industrie politisée » souvent bien disposée à l’égard des préoccupations de Washington, du Pentagone et de Wall Street. L’auteur applique à Hollywood le « modèle de propagande » exposé par Edward Herman et Noam Chomsky dans leur livre de référence sur les médias La Fabrication du consentement (Agone, 2008 ; 1988 pour la 1re édition en anglais).

Nous reproduisons ci-dessous, avec l’accord de l’éditeur, l’avant-propos de l’historien et politologue Michael Parenti, un dissident américain qui a beaucoup travaillé sur la question de l’impérialisme. À noter qu’il a également une œuvre dans le domaine de la critique des médias, malheureusement méconnue en France car très peu traduite.

Chaque année lors de la cérémonie de remise des Oscars, Hollywood invite le monde entier à venir partager l’illusion qu’une noble industrie œuvre pour le bien de l’humanité en lui offrant des divertissements magnifiques, émouvants, qui vont susciter chez lui joie, tendresse, chagrin, des films riches à la fois en scènes d’action époustouflantes et en promesses réconfortantes. Devant cette autocélébration festive, on a tendance à oublier que « le monde du cinéma » est une industrie motivée par le profit — comme toutes les grandes industries —, qu’elle est assez fermement centralisée et qu’elle se préoccupe bien plus de nous faire les poches que de créer un art qui viendra nourrir nos rêves.

On néglige tout autant le fait qu’Hollywood fonctionne selon des paramètres idéologiques bien arrêtés. Si l’industrie du cinéma recherche en permanence gloire et dollars, elle n’en est pas moins une industrie culturelle. Les produits qu’elle commercialise sont constitués de personnages, d’images, d’histoires, d’expériences et, à leur manière, d’idées, des éléments qui affectent directement la conscience du public. Et si le premier objectif des grands studios est de faire de copieux profits, ils en ont un autre — que celui-ci soit explicitement assumé ou non : le contrôle idéologique. Ils l’exercent en ne s’aventurant jamais au-delà du cadre du système de croyances dominant, tout en le présentant comme une représentation naturelle et authentique de la vie. Il serait peut-être donc plus approprié de décrire l’industrie du cinéma comme engagée, non seulement dans le contrôle idéologique, mais aussi dans le self-control idéologique.

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