dimanche 23 avril 2017

Des réalités malmenées

MAJ de la page : Philip K. Dick



Philip K. Dick, de la mystification à la psychose : des réalités malmenées (1928-1982)
Par Alexandrine Halliez. Réalisation : Isabelle Yhuel. Rediffusion de l'émission du 03/01/1991. Avec la collaboration de Claire Poinsignon et d'Annelise Signoret de la Bibliothèque centrale de Radio France.

Philip K. Dick est considéré comme l'un des plus brillants auteurs de science fiction Américains. Son oeuvre, très vaste, s'étend de Loterie solaire , son premier roman, un classique de la SF, jusqu'à la trilogie Valis , L'invasion Divine , La transmigration de Timothy Archer . Parmi ses ouvrages les plus célèbres, on trouve Blade runner , Ubik et une uchronie : Le Maître du haut-château .

Un univers piège

L'univers dickien est en permanence l'objet de mystifications individuelles, sociales ou métaphysiques qui bousculent toute notion de réalité et font du monde un univers piège toujours à la limite de basculer dans la psychose. Pour renforcer l'idée que tout n'est qu'illusion, Dick plonge ses personnages dans des situations extrêmes où drogues et délires personnels accentuent la confusion. Au travers des témoignages de ses éditeurs français, Gérard Klein et Jacques Chambon, nous tenterons de retracer l'évolution des processus de création littéraire dans l'oeuvre de Philip K. Dick et d'analyser les rapports complexes que lui-même entretenait avec la fiction.

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40


C'est dommage qu'on passe à autre chose ! Ou comment éluder les vrais sujets ...
"Macron a été promu médiatiquement pour être candidat à l'élection présidentielle"

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Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40
Par Aude Lancelin, le 20 avril 2017 - Le feu à la plaine


Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toute les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.

Les fenêtres de l’histoire

Les fenêtres de l’histoire
par Frédéric Lordon, le 19 avril 2017 - Le Monde diplomatique 


1.

À l’époque dite « démocratique », un système de domination est une créature paradoxale qui, précisément parce que l’époque se veut « démocratique », refuse catégoriquement de se reconnaître comme système. Il suffit pourtant d’un commencement de mise en cause de ses intérêts vitaux pour volatiliser aussitôt sa comédie du déni et le rendre à nouveau manifeste. Le système est d’ailleurs tellement système qu’il ne sort du registre de la dénégation que pour tomber dans celui de l’hystérie. Du moment où, échappant au statut de candidature folklorique, la possibilité de Mélenchon est devenue sérieuse, tous les faux-semblants du maintien démocratique, toutes les contentions de l’objectivité raisonnable se sont instantanément effondrées pour enfin faire voir un vrai visage : unanime et fulminant.

Une expérience de réalité valant toujours mille fois mieux qu’une élaboration abstraite privée de chair, il aura suffi d’une semaine de clinique des médias en situation de stress politique — comme toujours les seules vraiment révélatrices — pour volatiliser d’un coup ce que les temps ordinaires parviennent peu ou prou à cacher, et pour savoir quel compte tenir des protestations demi-habiles, offusquées par une déontologie intellectuelle toute de circonstance qu’on puisse envisager conceptuellement l’existence de quelque chose comme « le-système » ou « lémédia ». Comme en 2005 lors du référendum européen, une courte semaine de fusion hystérique et d’unanimité écumante aura ici offert une leçon de choses plus éloquente que toutes les sociologies à froid.

On dispose donc des moyens expérimentaux les plus simples pour faire le départ entre une certaine sorte d’antisystème, dont le frelaté s’attire aussitôt la pâmoison du système, et une autre qui lui fait faire, dans un mouvement de compulsion-réflexe, la démonstration éclatante que tout son travail de dénégation s’efforce habituellement de retenir. Pour rudimentaire qu’il soit, ou peut-être pour cette raison même, le protocole offre alors de robustes conclusions : il suffit d’observer les réactions du système, surtout quand elles ont cette violence, pour faire le tri des prétentions, et savoir qui il tient réellement pour antisystème, qui il juge réellement dangereux au maintien de ses intérêts essentiels, sorte d’hommage que le vice rend à la vertu, faisant d’un coup litière des escroqueries les plus grossières.

samedi 22 avril 2017

La politique peut-elle être spirituelle ?



Les Discussions du soir par Leili Anvar
La politique peut-elle être spirituelle ? 19.04.2017
Avec Anne Baudart : agrégée de philosophie, enseignant à Sciences-Po Paris
Son dernier livre : Naissances de la philosophie politique et religieuse, Ed. Le Pommier, 2016

Comment penser l'évolution du monde aujourd'hui ? L'analyse du passé peut-elle nous aider à mieux appréhender ses bouleversements ? C'est ce que montre ce livre foisonnant où l'Antiquité grecque et romaine, puis les débuts du christianisme, revisités de façon éclairante, nous permettent de comprendre qui nous sommes, dans nos manques et nos richesses, nous Européens, nous Occidentaux, de comprendre qui nous étions, qui nous devenons, qui nous deviendrons.
Ces Naissances des fondations et des fondements de la «modernité» dissipent l'ignorance, l'enfouissement dans l'oubli de ce qui forge l'identité d'une culture commune aux variables plurielles. La philosophie politique nous permet ainsi de nous réapproprier le passé pour mieux le rattacher à notre présent et mieux nous projeter dans l'avenir. Seules la connaissance et sa mémoire vive délivrent des cécités, terreaux des fanatismes. Socrate, Platon, Cicéron, saint Augustin : des hommes qui ont pensé et expérimenté, chacun à leur manière, chacun à leur époque, ce qui, aujourd'hui encore, fait que nous vivons les uns avec les autres dans l'espace public de la politique. En ces temps de tumultes contemporains, les Anciens n'ont jamais été plus modernes.
Quatrième de couverture
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Les prédateurs au pouvoir

MAJ de la page : M. Pincon-Charlot / Emmanuel Macron



Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues de la bourgeoisie (avril 2017)

A propos de leur dernier livre : Les prédateurs au pouvoir : Main basse sur notre avenir, Ed. Textuel, 2017

La colère sociologique des Pinçon-Charlot est plus vive que jamais : plus de droite ni de gauche, tous réunis autour du veau d'or. Cynisme et déni de la règle sont devenus le mode de fonctionnement "normal" des dominants. C'est en toute impunité que s'organise la corruption au profit d'une petite caste affamée d'argent sous l'oeil bienveillant des gouvernements. Il y a bien sûr Donald, François, Marine et les autres, sur lesquels les Pinçon-Charlot alignent chiffres et faits irréfutables. Ils jettent aussi leur lumière crue sur des pratiques d'une extrême violence : celles de la financiarisation des services à la personne ou la mondialisation du droit à polluer avec le juteux trafic des "crédits carbone". C'est une guerre que le couple mythique dénonce ici, avec l'argent comme arme de destruction massive. Une guerre de classe qui menace l'avenir de l'humanité.
Commande sur Amazon : Les prédateurs au pouvoir : Main basse sur notre avenir

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Eric Brunet, journaliste : Macron et l'argent (avril 2017)

"Alors que Macron est ministre de l'économie, au sein d'entreprise dont l'Etat à des participation ont lieu un certain nombre d'opérations financières engageant des sommes considérables (...) Et au milieu de ces opérations financières qui retrouve-t-on ? Une entreprise que connait bien Emmanuel Macron, une banque d'affaire dans laquelle il a travaillé et au sein de laquelle il garde d'excellent contact : la banque Rothschild. (...)
La déclaration fiscale de Macron pose d'avantage de questions qu'elle n'apporte de réponse. On aurait pu espérait qu'il y ait, concernant Emmanuel Macron et l'argent, une véritable enquête".
 

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Sans surprise, Macron est le candidat le plus concerné par les conflits d'intérêt selon le rapport de l'ONG Sum Of Us
Lire le rapport (format PDF) : 2017 La présidentielle des conflits d'intérêt 

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Macron : La fin du système des partis.
Par Jean-Claude Paye, le 19 avril 2017 - le Grand soir

La déclaration d’Emmanuel Macron, se présentant comme le candidat « anti-système », a surpris les Français, car il avait été nommé secrétaire général adjoint auprès du Président Hollande en 2012, puis ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Manuel Valls II en 2014. Il n’a d’ailleurs démissionné de cette dernière fonction que pour avoir les mains libres, afin de se présenter à l’élection présidentielle. Cette auto-désignation nous dit cependant quelque chose d’important sur l’évolution de la structure politique. Que E. Macron se sépare du régime des partis politiques comme mode de gouvernance du pays est une évidence. Pourtant, cette prise de distance, vis à vis des partis constitués, ne fait pas de lui un candidat anti-système, car le « système » qui se met en place n’est plus celui des partis, mais bien celui d’une gouvernance politique directe des États nationaux par les acteurs économiques dominants et les structures politiques internationales.

Trump : la petite frappe-tweet !

Trump : la petite frappe-tweet !
Par Richard Labévière, le 14 avril 2017 - Investig'action



On parle toujours de « frappes » pour qualifier les bombardements que les pays occidentaux n’ont cessé de multiplier, un peu partout, depuis la fin de la Guerre froide, mais on continue à dire « bombardements » lorsque la Russie et ses alliés ont l’arrogance de faire de même… Pour le coup, c’est bien une « frappe » contre une base aérienne syrienne que le président américain Donald Trump a ordonné dans la nuit du 6 au vendredi 7 avril dernier. Cette décision, qui marque un spectaculaire revirement de la communication trumpienne, intervient deux jours après un « événement » chimique survenu dans la localité de Khan Cheikhoun, aussitôt imputé à l’armée syrienne. A l’aune de cette précipitation de l’homme le plus puissant de la planète qui  tweete plus vite que son ombre, prochetmoyen-orient.ch vous propose cette semaine un Editorient à quatre mains, celles de Richard Labévière puis de Guillaume Berlat

De sources militaires autorisées, nous pouvons confirmer que Washington a bien averti Moscou du choix de sa cible syrienne et du créneau horaire de son opération. Les militaires russes auraient alors aussitôt affranchi leurs alliés syriens ayant pu ainsi évacuer l’essentiel de leurs matériels et de leurs personnels.

Vu le résultat de l’opération, les experts ajoutent que « la tête des 59 missiles engagés ont, sans doute, été allégées afin de restreindre leurs effets destructeurs ». Autrement dit, cette frappe-tweet relève davantage du simulacre et de la communication. Sur le fond de la guerre civilo-syrienne et du sort des populations civiles, elle ne change rien et ne règle rien. Son objectif est ailleurs…

Ailleurs : cet enchaînement d’événements précipités nous conduit à proposer six remarques. La plus immédiate, la première tombe sous le sens : vérité et signification des faits ? Dès l’annonce de « l’attaque chimique », nous avons consulté les meilleurs spécialistes français des armes chimiques, notamment plusieurs officiers supérieurs qui enseignent à l’Ecole de guerre. Constat unanime : trop tôt, trop vite, trop affirmatif pour conclure à une attaque aérienne délibérée à l’arme chimique ou au bombardement d’un site abritant des stocks de composants chimiques.

En cette matière, la procédure la plus rationnelle consiste à saisir les experts de l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimique)1, afin que celle-ci ouvre une enquête et remette ses conclusions au Conseil de sécurité des Nations unies. Ensuite, il revient à l’instance exécutive de l’ONU de décider s’il faut ou non recourir à l’article VII de la Charte des Nations unies pour autoriser ou non l’usage de la force. Par conséquent, notre premier constat est sans appel : la frappe-tweet du président des Etats-Unis est parfaitement illégale au regard du droit international, comme il est tout aussi hallucinant de voir la Grande Bretagne et la France – toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité – cautionner et applaudir ce bombardement-ingérence.

Notre deuxième remarque relève davantage de la phénoménologie qui caractérise et oriente l’air du temps. Monsieur Trump nous dit qu’il a pris sa décision de bombarder une base syrienne après avoir été bouleversé par les images qu’il a pu voir… La belle affaire ! Voilà qui n’est pas très rassurant d’apprendre que l’homme le plus puissant de la planète prend ses décisions en fonction d’images qu’il voit ou ne voit pas !

Rappelons seulement ce constat imparable de Guy Debord, dressé dans son maître-livre La Société du spectacle2 : « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout ». Dans cette logique, s’il n’y pas d’image, il n’y a pas d’action, d’où la toute puissance des images ! A l’heure de la post-vérité, on met le pied dans toutes sortes de machineries, de simulacres, sinon de propagande.

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