vendredi 30 novembre 2012

Nicolas Bouvier








Nicolas Bouvier (Genève, 1929 - 1998), écrivain, iconographe, photographe, a commencé à voyager dès l'âge de 17 ans. Ses traversées de l'Europe orientale, de l'Asie, du Japon, les périodes qu'il a vécues à Ceylan, à Tokyo, en Irlande lui ont inspiré des livres grâce auxquels il figure parmi les maîtres contemporains du récit de voyage.
Source du texte : Zoé
Autre biographie : wikipedia / odyssée / guide du routard


Bibliographie :
- Oeuvres complètes, Quarto Gallimard, 2004
avec notamment :
- L’Usage du monde, Droz, 1963
- Chronique japonaise, L’Âge d’homme, 1975
- Le Poisson-scorpion, Gallimard, 1982
- Le Dehors et le Dedans, Zoé, 1982
- Journal d’Aran et d’autres lieux, Payot, 1990
- Routes et déroutes, Métropolis, 1992
- Le Hibou et la Baleine, Zoé, 1993
- Histoire d’une image, Zoé, 2001
Bibliographie détaillée : wikipedia
Présentation de quelques ouvrages : écrivain-voyageurs


Comme une eau, le monde vous traverse, et, pour un temps, vous prête ses couleurs. Puis, se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr.
Extrait de : Usage du monde
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(...) la surface était d’une belle matière veloutée, celle d’un vieux pot sorti du four. Entre les trous de coffrage et quelques graffitis indécis, une main enfantine mais résolue avait écrit baka (imbécile). Je l’ai pris pour moi : j’avais dû passer cent fois là devant sans rien voir.
Extrait de : Chronique japonaise
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On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. On s’en va loin des alibis ou des malédictions natales, et dans chaque ballot crasseux coltiné dans des salles d’attente archibondées, sur de petits quais de gare atterrants de chaleur et de misère, ce qu’on voit passer c’est son propre cercueil. Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu’on a vu ?
Extrait de : Le Poisson-scorpion
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L'oncle m'a dit : « Si vous allez vous balader, prenez le chien noir, il s'appelle Alabar ; ce n'est pas ici qu'il risque de se faire écraser. »
Le neveu m'a dit : « Quelle idée de venir ici en pleine tempête d'hiver, alors que fin mai nous avons trente-cinq variétés d'orchis et d'anémones sauvages et dix-neuf sortes d'abeilles. Et maintenant : rien, rien de rien. On mange à huit heures, ça vous va ? » Ça m'allait. Et l'idée de me trouver ici n'était pas de moi.
Rien est un mot spécieux qui ne veut rien dire. Rien m'a toujours mis la puce à l'oreille. Ce n'est pas parce que la météo a mis ces îles sous narcose qu'elles ont cessé d'exister. La mienne est toujours sur la carte, avec ses huit cents habitants, même s'ils se terrent comme des homards dans leur chaumière pour faire pièce à la neurasthénie qui s'empare de vous après quelques jours de vent continuel.
Empaqueté comme un esquimau, je suis sorti pour voir de quoi était fait ce rien. La nuit montait du sol comme une nappe d'encre, pas une lumière, le noir des murs plus profond encore que le noir des prés. Un vent à décorner les boeufs ; mes poings gelaient au fond des poches. Alabar ne m'a pas suivi longtemps : ce rien ne lui disait rien qui vaille. Il a fait demi-tour et gratté à la porte qui s'est ouverte aussitôt. Je cherchais l'ermitage de ce saint Enda dont les disciples ont fondé Saint-Gall (...) Je ne l'ai évidemment pas trouvé ce soir là (...)
Extrait de : Journal d'Aran
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Il y a quelque chose de fondamentalement heureux dans le simple fait d’être au monde et par carence, par insuffisance d’être, on l’oublie. Montaigne a écrit à ce sujet quelque chose de très beau, il dit : " Je n’ai rien fait aujourd’hui, rien accompli. Quel fol, n’avez-vous pas vécu ? C’est non seulement la plus illustre mais la plus mémorable des occupations. " Vivre. Et si j’avais un reproche à adresser à mon pays, c’est qu’il a toujours mis le faire avant l’être. Or je trouve qu’il est plus difficile d’être que de faire. (...)

Vous avez deux mots sentinelles qui sont "indicible" et "ineffable" et derrière, il n'y a plus de texte. La musique, elle, passe plus furtivement la douane mais sans aller jusqu'au bout sinon, de nouveau, le firmament s'éteindrait. C'est assez plaisant de penser que nous devons notre survie à notre imperfection.
Extrait de : Routes et déroutes
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Gaël Métroz "Nomad's Land" (2009) :



Site officiel : Nomad's land

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