mercredi 17 avril 2013

Richard Jefferies


John Richard Jefferies [6 Novembre 1848 au 14 Août 1887], poète et essayiste anglais, situe le dépassement du temps au centre même de sa vision extatique. Sans doute est-il aussi ce qu'on appelle un "mystique de la nature", mais le spectacle de la nature représente pour lui, avant tout, l'occasion de se replonger dans le récurrent, le cyclique - et, finalement, dans l'intemporel. Témoin  cette rêverie méditative au milieu d'un cimetière, plus exactement d'un rural cemetery à l'anglaise où les tombes s'effacent dans le paysage.
Source du texte : Michel Hulin, La mystique sauvage, Ed. PUF, 1993
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Bibliographie (en français) :
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En anglais voir : wikipedia
En ligne : The story of my heart (autobiographie)




La grande horloge du firmament, le soleil et les étoiles, le croissant de la lune, la terre qui tourne deux mille fois ne sont pour moi rien de plus que le courant du ruisseau lorsque j’en ai retiré ma main ; mon âme n’a jamais été, et ne peut jamais être immergée dans le temps… Réalisant si clairement la présence de ma propre conscience interne, la psyché, je ne puis comprendre le temps. L’éternité est là, maintenant je suis dedans. Elle est autour de moi dans l’éclat du soleil. Je suis en elle comme le papillon qui flotte dans l’air saturé de lumière. Rien n’est à venir. Tout est déjà là. Maintenant l’éternité, maintenant la vie immortelle. Ici, en cet instant, près de ce tumulus, maintenant je vis en elle… Quand toutes les étoiles ont accompli leur révolution, elles ne produisent qu’un nouveau Maintenant. La continuité du Maintenant dure à jamais. De sorte qu’il m’apparaît absolument naturel, et non surnaturel, que l’âme dont l’enveloppe temporaire a été enterrée sous ce tertre existe à présent, tandis que je suis assis sur le gazon. Combien la pensée est plus profonde que les millions de kilomètres du firmament ! La merveille est ici, non là ; maintenant, non à venir, maintenant toujours. Les choses qu’on a appelées à tort surnaturelles m’apparaissent simples, plus naturelles que la nature, que la terre, que la mer ou le soleil. Il est infiniment plus naturel que j’aie une âme que de n’en pas avoir, et que l’immortalité existe. C’est la matière qui est le surnaturel, et qui est difficile à comprendre. Pourquoi cette motte de terre que je tiens dans ma main ? Pourquoi cette eau dont les gouttes brillantes tombent de mes doigts que j’ai trempés dans le ruisseau ? Pourquoi existent-ils ? Quand ? Comment ? Dans quel but ?
Extrait de : The Story of my Heart, cité dans : Michel Hulin, La mystique sauvage,
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