samedi 15 novembre 2014

Alexandre Grothendieck




Alexandre ou Alexander Grothendieck, né le 28 mars 1928 à Berlin, mort le 13 novembre 2014 à Saint-Girons, est un mathématicien apatride, naturalisé français en 1971, qui a passé la majorité de sa vie en France. Lauréat de la médaille Fields en 1966, refondateur de la géométrie algébrique, il est considéré comme l'un des plus grands mathématiciens du XXe siècle. Il est connu pour son intuition extraordinaire et sa capacité de travail phénoménale.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Bibliographie : wikipedia
En ligne :
Récoltes et semailles (Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien), 1983 : Lettre, introduction / Texte et lettre de 1000 pages (PDF)
Site dédié : Grothendieck circle (avec de nombreux textes) / Grothendieck, Sur les routes d'un génie
Dossier : CNRS Image des mathLa Recherche


Pour le dire autrement : j’ai appris, en ces années cruciales, à être seul (*). J’entends par là : aborder par mes propres lumières les choses que je veux connaître, plutôt que de me fier aux idées et aux consensus, exprimés ou tacites, qui me viendraient d’un groupe plus ou moins étendu dont je me sentirais un membre, ou qui pour toute autre raison serait investi pour moi d’autorité. Des consensus muets m’avaient dit, au lycée comme à l’université, qu’il n’y avait pas lieu de se poser de question sur la notion même de "volume", présentée comme "bien connue", "évidente", "sans problème". J’avais passé outre, comme chose allant de soi - tout comme Lebesgue, quelques décennies plus tôt, avait dû passer outre. C’est dans cet acte de "passer outre", d’être soi-même en somme et non pas simplement l’expression des consensus qui font loi, de ne pas rester enfermé à l’intérieur du cercle impératif qu’ils nous fixent - c’est avant tout dans cet acte solitaire que se trouve "la création". Tout le reste vient par surcroît. (...)

Le petit enfant, lui, n’a aucune difficulté à être seul. Il est solitaire par nature, même si la compagnie occasionnelle ne lui déplaît pas et qu’il sait réclamer la totosse de maman, quand c’est l’heure de boire. Et il sait bien, sans avoir eu à se le dire, que la totosse est pour lui, et qu’il sait boire. Mais souvent, nous avons perdu le contact avec cet enfant en nous. Et constamment nous passons à côté du meilleur, sans daigner le voir. . .
Si dans Récoltes et Semailles je m’adresse à quelqu’un d’autre encore qu’à moi-même, ce n’est pas à un "public". Je m’y adresse à toi qui me lis comme à une personne, et à une personne seule. C’est à celui en toi qui sait être seul, à l’enfant, que je voudrais parler, et à personne d’autre. Il est loin souvent l’enfant, je le sais bien. Il en a vu de toutes les couleurs et depuis belle lurette. Il s’est planqué Dieu sait où, et c’est pas facile, souvent, d’arriver jusqu’à lui. On jurerait qu’il est mort depuis toujours, qu’il n’a jamais existé plutôt - et pourtant, je suis sûr qu’il est là quelque part, et bien en vie. Et je sais aussi quel est le signe que je suis entendu. C’est quand, au delà de toutes les différences de culture et de destin, ce que je dis de ma personne et de ma vie trouve en toi écho et résonance ; quand tu y retrouves aussi ta propre vie, ta propre expérience de toi-même, sous un jour peut-être auquel tu n’avais pas accordé attention jusque là. Il ne s’agit pas d’une "identification", à quelque chose ou à quelqu’un d’éloigné de toi. Mais peut-être, un peu, que tu redécouvres ta propre vie, ce qui est le plus proche de toi, a travers la redécouverte que je fais de la mienne, au fil des pages dans Récoltes et Semailles et jusque dans ces pages que je suis en train d’écrire aujourd’hui même.

(*)
Cette formulation est quelque peu impropre. Je n’ai jamais eu à "apprendre à être seul", pour la simple raison que je n’ai jamais désappris, au cours de mon enfance, cette capacité innée qui était en moi à ma naissance, comme elle est en chacun. (...)

Extrait de : Récoltes de semailles (chap. 2.2. L'importance d'être seul)


J’ai senti une telle parenté en quelques rares occasions dans ma vie. C’est par elle aussi que je me sens "proche" d’un autre mathématicien encore, et qui fut mon aîné : Claude Chevalley. Le lien que je veux dire est celui d’une certaine "naïveté", ou d’une "innocence", dont j’ai eu occasion de parler. Elle s’exprime par une propension (souvent peu appréciée par l’entourage) à regarder les choses par ses propres yeux, plutôt qu’à travers des lunettes brevetées, gracieusement offertes par quelque groupe humain plus ou moins vaste, investi d’autorité pour une raison ou une autre.
Cette "propension", ou cette attitude intérieure, n’est pas le privilège d’une maturité, mais bien celui de l’enfance. C’est un don reçu en naissant, en même temps que la vie - un don humble et redoutable. Un don souvent enfoui profond, que certains ont su conserver tant soit peu, ou retrouver peut-être. . .
On peut l’appeler aussi le don de solitude.

Extrait de : Récoltes et semailles (chap. 2.21. "L'unique" - ou le don de solitude)


C’est ainsi que pendant quatre heures, les étapes se sont succédées une à une, comme un oignon dont j’aurais enlevé les couches les unes après les autres (c’est là l’image qui m’est venue à la fin de cette nuit-là), pour arriver à la fin des fins au coeur - à la vérité toute simple et évidente, une vérité qui crevait les yeux à vrai dire et que pourtant j’avais réussi pendant des jours et des semaines (et ma vie durant, pour tout dire) à escamoter sous cette accumulation de "couches d’oignon" se cachant les unes derrière les autres.
L’apparition enfin de l’humble vérité a été un soulagement immense, une délivrance inattendue et complète. Je savais en cet instant que j’avais touché au noeud de l’angoisse. L’angoisse de ces cinq derniers jours était bel et bien résolue, dissoute, transformée en la connaissance qui venait de se former en moi. L’angoisse n’avait pas seulement disparu de ma vue, comme tout au long de la méditation, et plusieurs fois aussi au cours des cinq jours précédents; et la connaissance en quoi elle s’était transformée n’était nullement dans la nature d’une idée, d’une concession que j’aurais faite disons pour être quitte et tranquille (comme il m’était arrivé ici et là au cours de la même nuit); ce n’était pas une chose extérieure que j’aurais alors adoptée ou acquise pour l’adjoindre à ma personne. C’était une connaissance au plein sens du terme, de première main, humble et évidente, qui désormais était part de moi, tout comme ma chair et mon sang sont une part de moi. Elle était, de plus, formulée en termes clairs et sans équivoque - pas en un long discours, mais en une petite phrase toute bête de trois ou quatre mots. Cette formulation avait été l’étape ultime du travail qui venait de se poursuivre, qui restait éphémère, réversible aussi longtemps que ce dernier pas n’était pas franchi. Tout au long de ce travail, la formulation soigneuse, méticuleuse même, des pensées qui se formaient, des idées qui se présentaient, avait été une part essentielle de ce travail, dont chaque nouveau départ était une réflexion sur l’étape que je venais de parcourir, qui m’était connue par le témoignage écrit que je venais d’en faire (sans possibilité de l’escamoter dans les brouillards d’une mémoire défaillante !). (...)
C’est dans cette même nuit, je crois, que j’ai compris que désir de connaître et puissance de connaître et de découvrir sont une seule et même chose. Pour peu que nous lui fassions confiance et le suivions, c’est le désir qui nous mène jusqu’au cœur des choses que nous désirons connaître. Et c’est lui aussi qui nous fait trouver, sans même avoir à la chercher, la méthode la plus efficace pour connaître ces choses, et qui convient le mieux à notre personne. 

Extrait de : Récoltes de semailles (9.4 (36) Désir et méditation, p.  194/196)



La Marche des sciences par Aurélie Luneau
Entre ombre et lumière, Alexandre Grothendieck ou la vie du plus grand génie des mathématiques !
27.11.2014



Continent sciences par Stéphane Deligeorges
Autour d'Alexandre Grothendieck 02.06.2008
avec :
Denis Guedj, écrivain et mathématicien
Michel Demazure, mathématicien et ancien président de la Société mathématique de France (SMF) et de plusieurs musées scientifiques français
Laurent Lafforgue, mathématicien, Professeur à l'Institut des hautes études scientifiques (IHES)




Bande annonce du documentaire réalisé par Catherine Aira et Yves Le Pestipon, Alexander Grothendieck, sur les routes d'un génie (2013)
Site officiel : Alexandre Grothendieck Film / Facebook

Au milieu des années 90, Alexander Grothendieck, mathématicien de génie, se retire définitivement. On perd sa trace.
Lauréat de la médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel), cet homme avait fait vivre au monde mathématique une de ses plus grandes avancées théoriques.
Sa domination intellectuelle était assurée. Mais, en 1988, il refusa le prix Crafoord et son million et demi de dollars. Il se mit ainsi en accord avec ses convictions anarchistes héritées peut-être d’un père pionnier de la révolution russe, rescapé des premiers camps bolchéviques puis assassiné à Auschwitz.
Pour Grothendieck, la recherche scientifique doit être une œuvre pure, que justifient sa beauté et le plaisir qu’elle procure. Vers 1968, lorsqu’il entrevit qu’elle est en partie financée par les militaires, il fut bouleversé. Il prit ses distances, lutta. Il se consacra ensuite largement à la méditation.
Considéré par certains comme un des précurseurs de l’écologie européenne, un visionnaire et même un maître spirituel, Alexander Grothendieck est l’objet d’un quasi culte. Des hommes du monde entier, universitaires ou non, le cherchent afin de le contacter.
Par des chemins d’aventure poétique, nous sommes parvenus jusque devant sa maison.
Ce film est le récit de cette enquête aux confins de la science, de la poésie et de la folie.
Nous voulons montrer les effets qu’a pu produire, par sa violence, son silence, son génie, sa spiritualité, cet homme sur d’autres hommes.
Source : Sur les routes d'un génie 

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