mardi 8 décembre 2015

Swami Vijayananda

MAJ de la page : Le souffle du maître

Swami Vijayananda (1914-2010)
Son nom signifie littéralement Le bonheur de la Victoire, il lui fut donné par Ma Ananda Mayee considérée par les hindous comme la femme sainte la plus connue et la plus aimée du XXe siècle. Il devient son disciple et pratique une vie spirituelle intense pendant 59 ans.
Vijayananda est un Français né au sein d’une famille juive de Metz. Il fut médecin dans les environs de Marseille, il est parti pour l’Inde en 1950 à l’âge de 36 ans et y est resté après avoir rencontré Ma Anandamayi. Il annule son billet de retour, vend son cabinet médical par correspondance et entame, pendant 19 mois une vie de voyages auprès de Mâ. Il passe 7 ans dans un ermitage à 2000m d’altitude face à l’Himalaya, avec l’accord de Mâ. Sept ans de solitude où il ne lit pas, il médite, marche dans la montagne.
Il est décédé en 2010 et repose dans la 41e division, dans un superbe tombeau de pierre blanche. Une inscription déposée prés de sa tombe dit :

Vivant au coeur du Château de l’âme,
il est l’essence même du Védanta
Ici repose un trés grand sage...
Source : Amis et passionnés du Père Lachaise

Facebook dédié : Vijayananda Swami
Divers textes sur : Ashram Ma Ananda Moyi





Luc Maréchaux, Vijayananda, Un chemin de sagesse (2003)



Swami Vijayananda parle de Sri Ma Anandamayi et de la Sadhana (2001)

Il nous est pratiquement impossible de croire à la mort de notre moi. Au fond de nous même, nous ‘savons’ que nous sommes indestructibles en tant que conscience. Cette croyance fondamentale dans la réalité du moi est plus puissante, plus convaincante que n’importe quel argument intellectuel, ou même que n’importe quelle preuve mathématique.
L’enfant qui frappe à la porte et auquel on demande ‘qui c’est ?’ répond : ‘moi’, et si on lui demande : ‘qui c’est, moi’ ?’, il s’irrite. ‘Mais c’est moi !… moi !’. Pour lui, c’est clair, tellement clair, tellement évident qu’il ne peut même pas imaginer qu’on puisse en demander la signification.

La maîtrise de l’esprit réside en grande partie dans la faculté de pouvoir se dissocier de la conscience instinctive. L’histoire qu’on raconte sur Turenne est remarquable à ce propos : ‘Tu trembles, carcasse !’, disait-il à lui-même sur le champ de bataille,  ‘mais tu tremblerais bien plus si tu savais où je veux te mener !’. Ce qui ne l’empêchait pas d’être un général remarquable, d’une bravoure exceptionnelle.

Les enseignements que j’ai reçus du Gourou, ou d’autres grands sages ont été importants et nombreux, ont rarement été transmis par l’intermédiaire de paroles. C’était comme si le Gourou, ou le sage, rentrait en moi-même, ou plus exactement dans cette portion de moi-même, ou pour être plus précis s’identifiait avec cette portion de la conscience universelle que j’appelle ‘moi-même’ et de cette position d’intériorité, révélait directement, sans que les mots fussent nécessaires, une vérité importante donnant une indication du chemin à suivre à un croisement de routes, ou bien ouvrait de manière mystérieuse une source cachée à l’intérieur et même montrait parfois directement un monstre caché dans un recoin de l’esprit, qu’il fallait chasser ou détruire.

Le but du sage est de montrer le chemin qui mène à la sagesse, et non d’expliquer ce en quoi consiste la sagesse. La vision de la vérité qu’il a obtenue est une vision directe au-delà des mots. L’aveugle de naissance qui a retrouvé la vue doit-il expliquer aux autres aveugles de naissance  ce qu’il voit, ou doit-il plutôt leur indiquer le moyen de recouvrer la vue ?  La base de la relation entre le sage et les autres hommes sera donc avant tout la confiance, la foi : ce qu’il dit n’est pas un mensonge, son expérience est authentique, il ne se trompe pas lui-même. N’est-ce pas la même base dans tout travail scientifique ? Le médecin, le chimiste, le savant ne commencent pas leur travail à zéro, après avoir fait ‘table rase’. Ils prennent en compte une somme considérable d’expériences que d’autres ont faites avant eux sans les vérifier.

Dans notre effort d’échapper au cercle d’un univers basé sur les sensations et les besoins de notre corps, nous élargissons ce cercle, nous l’agrandissons, nous le sublimons, et par là même nous créons d’innombrables fausses routes, d’innombrables liens et des prisons mentales toujours nouvelles.

L’abeille doit-elle renoncer à s’élancer vers la liberté, l’air pur, les arbres en fleurs, la douce brise du matin ?  Certes non. Mais elle doit renoncer à se casser la tête contre la vitre. Evidemment, la période intermédiaire entre l’abandon de la vaine recherche et la découverte du vrai bonheur est quelque fois pénible ; mais cela ne vaut-il pas la peine de tenir le coup quelque temps ? D’ailleurs, on s’aperçoit bien vite que cette période intermédiaire n’est pas si pénible que cela en réalité. D’abord, il y a la joie de diriger notre esprit vers une recherche qui n’est plus vanité, qui vaille vraiment la peine d’être faite. Et puis, peu à peu, on s’aperçoit que les plaisirs ne viennent pas des objets des sens, mais d’une réaction vis à vis de ces objets des sens. Quand ces réactions sont maîtrisées on peut être heureux toujours avec ou sans objet des sens.

Les gens dans le monde sont comme des poissons hors de l’eau. Ils ont besoin de rituels et de cérémonies, comme le poisson sur l’étal du marchand a besoin d’un verre d’eau de temps en temps pour survivre. Mais pour ceux qui vivent déjà en Dieu, les rites et les cérémonies sont non seulement superflus, mais ils sont un obstacle à l’évolution spirituelle, une sorte de camisole de force dont l’aspirant spirituel devra se débarrasser.

Les relations humaines sont toujours de la nature d’un conflit, parce qu’elles se sont formées d’ego  à ego, et que la nature de l’ego est de prendre, non pas de donner, même quand en apparence il donne, c’est qu’il a l’espoir de ‘ramasser’ beaucoup plus.

Il y a quelque chose de touchant dans le comportement d’un adulte qui , bien qu’ayant atteint la maturité mentale, a conservé dans son comportement, dans son visage, quelque chose d’enfantin. Nous lui ouvrons plus facilement notre cœur, même si notre esprit ne reconnaît pas précisément pourquoi notre cœur s’ouvre à sa tendresse, et pourquoi nous devenons indulgents pour ses faiblesses.
L’ascète appuie sur le frein, le débauché sur l’accélérateur, l’ascète, ou plutôt l’apprenti ascète, cherche la paix en rejetant les plaisirs des sens, mais le conflit n’est pas supprimé. La poussée primordiale qui n’est que partiellement refoulée est toujours prête à resurgir avec une violence redoublée à la moindre faiblesse … Le débauché, lui, veut jouir toujours, sans crainte, sans scrupules, dans ce monde et dans l’autre ; oui, toujours !  Comme il est curieux n’est-ce pas, que le débauché parle le même langage que le yogi parfait. Les extrêmes se touchent, oui ! C’est cela le bonheur du Soi ; mais le débauché n’a pas échappé au conflit. Au fond de lui-même, il sait qu’il n’est pas heureux, qu’il bluffe. Dans ses moments de solitude, il sent quelque chose au centre de lui qui est terriblement triste, terriblement désespéré : il a ‘vendu son âme au diable’, comme on disait au Moyen-Age. Il y a quelque chose de vrai là-dedans. Il a renoncé au vrai bonheur du Soi.

Le corps a sa conscience que j’appellerai conscience instinctive. Cette conscience est un réseau de sensations qui l’entoure, l’habille. Ce réseau est le plus souvent trop étroit et pénible, voire gênant et douloureux. La conscience instinctive essaie constamment de se mettre à l’aise, de changer les sensations pénibles en sensations agréables, de défaire les tensions et de se relaxer. Elle jongle avec les sensations dans l’espoir d’atteindre un équilibre parfait qu’elle semble trouver le temps d’un clin d’œil, mais qui lui échappe toujours. Ce réseau de sensations,  je l’appellerai la ‘tunique de Nessus’ ; comme la tunique de Nessus, il nous fait souffrir et nous oblige à tenter de nous en débarrasser sans cesse. Ce vêtement n’a pas de condition fixe, il change constamment avec l’état de notre corps. Les vagues de force et de faiblesse, les instants de malaise, les moments d’exubérance après un bon repas, les angoisses d’une inspiration pénible, les irritations provoquées par des démangeaisons au niveau du tractus respiratoire, ainsi que les chose honteuses qu’un homme bien élevé n’osera jamais avouer à personne, même pas à lui-même, c’est-à-dire à sa conscience claire : les pets qui ne passent pas parce qu’on les a refoulés, les constipations, les prurits génitaux, etc… le rôle de la conscience instinctive est de veiller sur le bon fonctionnement et l’intégrité du corps, elle le fait jalousement, plus encore qu’une mère sur son enfant.
Un simple petit bobo, par exemple une épine dans le doigt, et toute notre conscience se centre à cet endroit, comme magnétisée, pour chercher à retirer l’épine. La maîtrise de l’esprit consiste en grande partie à se désidentifier de cette conscience instinctive.

Nous faisons une fausse dichotomie entre le moi et le monde, entre l’extérieur et l’intérieur, etc… Ceci n’a d’utilité qu’au niveau empirique. La véritable dichotomie se trouve entre cette partie de nous-même  -la conscience, le moi réel-  qui perçoit sans être perçue et le reste.

Source du texte (et texte précédent) : Vijaynanda, Un Chemin de Joie

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