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samedi 31 décembre 2016

Eloges de l'injustice : la philosophie face à la déraison



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Eloges de l’injustice (23 décembre 2016)
avec Céline Spector, professeure à l’UFR de Philosophie de l’Université Paris-, et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France
A propos de son livre Eloges de l'injustice : la philosophie face à la déraison, Ed. du Seuil, 2016

D’où vient que l’injustice constitue un problème à part dans la philosophie ? Pourquoi est-il si difficile pour elle de donner de bonnes raisons d’agir de manière raisonnable ?
Ce livre propose une galerie de portraits des Objecteurs qui, dans l’histoire de la philosophie, ont contesté la proposition selon laquelle il est rationnel d’être juste. De Platon à Hobbes, Diderot, Rousseau, Hume et Sade, de nombreux philosophes ont tenté de figurer le raisonneur violent qui se cabre face aux coûts et aux sacrifices associés à une politique juste. Or les théories politiques contemporaines inscrites dans le cadre du choix rationnel ont métamorphosé la figure de l’Objecteur.
Dans une large mesure, elles ont occulté l’Insensé qui figurait leur dehors et l’ont réduit à la figure apaisée du passager clan destin (free rider) qui trouve un bénéfice économique dans la désobéissance aux règles communes. En étudiant cette transformation de la philosophie politique, il s’agit donc de mesurer ce que nous risquons de perdre, en termes de réalisme politique, lorsque la résistance de l’illusion, de la violence, de l’affect ou du désir n’est plus prise en charge par la philosophie.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : Eloges de l'injustice : La philosophie face à la déraison




La Grande table (2ème partie) par Olivia Gesbert
La déraison, un mal nécessaire ? (21 novembre 2016)
avec Céline Spector, professeure à l’UFR de Philosophie de l’Université Paris-, et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France
  

mardi 9 juin 2015

Dérive du système judiciaire et carcéral américain

L’adolescent martyr de Rikers Island s’est donné la mort
Par Stéphane Bussard, le 9 juin 2015

A 21 ans, Kalief Browder, un jeune Afro-Américain du Bronx envoyé à tort dans la terrible prison de Rikers Island, s’est suicidé samedi

S’il fallait un exemple de dérive du système judiciaire et carcéral américain, le cas de Kalief Browder, un jeune Afro-Américain du Bronx, serait l’un des plus éloquents. Le jeune homme avait 16 ans quand on l’accusa d’avoir volé un sac à dos. Il fut envoyé dans la terrible prison de Rikers Island, sur une petite île à New York, là où un certain DSK avait passé quelques nuits.

Malgré son jeune âge et surtout en dépit d’une faute somme toute banale et mineure, il a passé, selon le New York Times, au moins deux ans à raison de 23 heures sur 24 en cellule d’isolement. Résultat: quand il a été libéré, il a bien tenté de reconstruire sa vie en obtenant l’équivalent d’un bac. Il a aussi fréquenté un community college, une structure entre l’université et le lycée. Mais sa détention en cellule d’isolement a eu des répercussions dévastatrices sur sa santé mentale.

Quand il était de retour chez lui dans sa famille du Bronx, il a cherché à recréer les conditions de l’isolement en s’enfermant pendant de longues périodes dans sa chambre, explique le New York Times. Il avait peur d’être attaqué dans le métro et s’assurait chaque soir que chaque fenêtre de l’appartement était bien fermée avant de s’endormir. Selon le magazine New Yorker, il a jeté la télévision par la fenêtre samedi dernier car il avait l’impression qu’elle l’observait. A Noël, Kalief Browder a dû être hospitalisé dans un établissement psychiatrique, car sa santé mentale s’était détériorée. Mais il a fini par craquer et s’est suicidé samedi dernier dans l’appartement de ses parents.

En prison, des vidéos prouvent qu’il a été battu par des gardes de Rikers Island et par d’autres détenus. Il a lui-même tenté sept fois de mettre fin à ses jours quand il était encore en détention. Il a refusé plusieurs «offres» de procureurs de plaider coupable, car il s’estimait innocent.

La police qui l’avait arrêté à Little Italy avait affirmé qu’il avait volé un marchand du quartier. Mais elle ne trouva rien sur lui. Un officier revint quelques minutes plus tard pour affirmer qu’il avait commis un vol finalement deux semaines plus tôt, selon l’article du New Yorker. Mais aucune preuve à l’appui. Le jeune lui-même ne savait vraiment pas pourquoi il était arrêté. Par le passé, il avait eu quelques démêlés avec la police d’importance mineure.

Les conditions de détention de Kalief Browder, qui plus est pour une faute mineure, lui ont sans doute coûté la vie. Entre-temps, le maire de New York Bill de Blasio a interdit les cellules d’isolement pour les jeunes de 16 et 17 ans.

En sortant, le jeune homme avait pourtant bénéficié d’une certaine visibilité après un article du New Yorker. L’artiste Jay Z s’intéressa à son cas et le jeune homme fut invité à une émission de la télévision ABC réputée aux Etats-Unis, The View. Même l’actuel candidat républicain à la présidence des Etats-Unis, Rand Paul, y fit allusion dans ses discours. Rien n’y fit. Le système judiciaire et carcéral américain a eu raison de lui. A 21 ans.
Source : Le Temps
 
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