
La Turquie pourrait couper les filières de ravitaillement de l’État islamique. Pourquoi ne le fait-elle pas ?
Par David Graeber le 23 novembre 2015 - The Guardian / Le Partage (trad.)
David Graeber (1961) est un anthropologue et militant anarchiste US, théoricien de la pensée libertaire nord-américaine et figure de proue du mouvement Occupy Wall Street. » La paternité du slogan « Nous sommes les 99% » lui est parfois attribuée. Évincé de l’université de Yale en 2005, David Graeber, « l’un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon» selon le New York Times, est aujourd’hui professeur à la London School of Economics. Il est l’auteur notamment de Debt: The First 5,000 Years (Dette : les 5 000 premières années). (2011).
Les leaders occidentaux pourraient détruire l’État islamique en exigeant d’Erdoğan qu’il cesse ses attaques contre les forces kurdes en Syrie et en Turquie, et leur permettre de combattre l’ISIS sur le terrain.
Au lendemain des attentats meurtriers de Paris, nous pouvons attendre des chefs d’État occidentaux qu’ils fassent ce qu’ils font toujours en de telles circonstances : déclarer une guerre totale et permanente à ceux qui les ont commandités. Ils ne le souhaitent pas vraiment. Ils ont les moyens d’éradiquer et de détruire l’État Islamique depuis plus d’un an déjà. Ils ont tout simplement refusé de se servir de ces moyens. De fait, alors que le monde entendait les dirigeants proclamer leur implacable résolution lors du sommet du G20 à Antalya, ces mêmes dirigeants fricotent avec le président Turc, Recep Tayyip Erdoğan, un homme dont la politique, les décisions économiques, et même le soutien militaire contribuent ouvertement à permettre à l’ISIS de perpétrer les atrocités de Paris, sans mentionner le flux incessant de leurs atrocités au Moyen-Orient même.