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samedi 4 novembre 2017

La violence initiale


Image extraite du clip de Tool, Prison Sex (1993) 
Cf. analyse sur Mk-polis



Dr. Muriel Salmona, psychiatre, Violence initiale et mémoire traumatique (2011)
Site Internet : Mémoire traumatique et victimologie
  
  
La violence initiale
Par Patrick Dupuis, sexologue et psychothérapeute à Périgueux, le 6 août 2010 - Mondes francophones

Cet essai expose une nouvelle théorie psychopathologique, que j’ai élaborée à partir de mon expérience clinique de médecin, psychothérapeute en sexologie. Elle s’inscrit dans la continuité des théories structuraliste, constructiviste et cognitiviste, tout en osant cependant s’aventurer plus loin que celles-ci, c’est-à-dire en allant fouiller dans les origines traumatiques de la pensée.

La thèse principale de cet essai est que la violence constitue le problème majeur auquel les sociétés humaines sont confrontées depuis la nuit des temps. Dans le domaine de la sexualité plus encore que partout ailleurs, c’est l’existence de la violence, c’est-à-dire du viol (et notamment celui des enfants) qui transforme la sexualité naturelle ou instinctuelle en un système complexe cadré, structuré, dans lequel sont dictées des conduites, des impératifs et des interdits, générant des structures élémentaires de la sexualité (c’est-à-dire des opérateurs binaires pratiques, anatomiques, symptômatiques ou comportementaux) qui régissent et organisent la vie sexuelle des individus.

La violence humaine, qu’elle prenne la forme d’un rituel sado-maso ou d’un génocide, est une réalité effrayante, que peu de théoriciens ont osé aborder. Elle constitue pourtant un phénomène critique dont la genèse s’apparente à celle des phénomènes violents naturels (cyclones, éruptions volcaniques, tempêtes, etc…), dont l’origine n’est localisable nulle part, puisqu’ils naissent de la simple rencontre fortuite entre un substrat matériel inerte et un processus dynamique naturel (une « force »). Dans le cas de la tempête en mer par exemple, le substrat est l’eau et la dynamique violente (le déclencheur) est le vent, la structure ou forme générée est la vague (structure binaire) ou le tourbillon cyclonique (structure cyclique). Dans le cas de l’éruption volcanique ou du séisme, le substrat est la croûte terrestre, la dynamique est celle de la pression magmatique (tectonique des plaques) et la forme engendrée est la structure volcanique (structure ronde) ou la faille tellurique (structure binaire qui partage la terre en deux).

Ce qui est remarquable, c’est que la forme est à peu de chose près universelle ou invariante, alors que le substrat matériel sur lequel s’exerce la pression ou la dynamique violente peut changer considérablement d’une situation à une autre. Héraclite avait déjà remarqué que la rivière est toujours la même dans sa forme, alors que l’eau qui la compose change sans cesse. La forme est donc engendrée par une contrainte (ici les deux rives et la pesanteur) et ceci est une loi générale qui régit tout processus de morphogenèse. Toute structuration résulte d’une contrainte exercée par un paramètre externe sur un système naturel. Il ne peut donc pas exister de violence endogène ou innée. Il n’y a pas de génération spontanée de la violence, pas plus qu’il n’existe de génération spontanée des épidémies virales ou microbiennes. Seule la violence (subie) engendre la violence (agie). Il n’y a pas de perversion originelle ni de pulsion de mort. La violence est un processus naturel. Sans vent, pas de tempête. Sans traumatismes infantiles, pas de dépressions, pas de phobies, pas de perversions. Aucun système pulsionnel naturel n’est capable à lui seul d’engendrer de la violence sans être soumis à une contrainte violente (abus, forçage, emprise, pression) venant de l’entourage.

Dans le cas de la violence comportementale chez l’homo sapiens, le substrat matériel est le système nerveux (organisé en réseaux de neurones interconnectés), la dynamique est celle de la violence subie ou de la pression exercée par autrui, et la forme générée sera une stéréotypie comportementale, un rituel comportemental ou symptômatique, soit violent soit inhibé (c’est-à-dire binaire ou à bascule), qui sera sempiternellement répété sur le même mode (qui va de la crise clastique au meurtre ou au viol, en passant par les rituels pervers, les rituels phobiques ou obsessionnels, les fantasmes, les cauchemars, les crises d’angoisse ou de spasmophilie, etc…), ou encore un comportement cognitif lui aussi ritualisé, c’est-à-dire un système de pensée ou de croyance figé, dogmatique ou fanatique, débouchant sur des pratiques rituelles (rites religieux ou sociaux).

Nous voyons que les formes générées sont ici très diverses, même si elles sont en nombre limité. Le désir n’a donc strictement rien à voir avec tout cela, ce qui nous amène à changer radicalement de perspective pour aborder le phénomène psychopathologique.

1. le concept d’Ego blessé (damaged Self) vient prendre la place qu’occupait le concept d’Inconscient dans la théorie freudienne en tant que source cachée de motivations comportementales pathologiques, soit inhibitrices, soit destructrices. Autrement dit, la souffrance cachée vient prendre la place du désir refoulé pour expliquer les comportements pathologiques, et la théorie du trauma infantile (qui était la première théorie freudienne) celle du « destin de la pulsion » (refoulée / défoulée).
2. le psychisme étant considéré comme un système dynamique non-linéaire, le concept d’attracteur vient désormais remplacer celui de symptôme pathologique, et celui de bassin d’attracteur, qui désigne la tendance qu’a le système psychique perturbé ou déséquilibré par l’événement traumatique initial à retomber à répétition dans les mêmes pièges, c’est-à-dire dans les mêmes solutions de stabilisation (chréodes), vient prendre la place du concept de compulsion de répétition (ou de pulsion de mort).
3. le concept d’enfant incestué (victime réellement d’inceste ou d’abus sexuel) vient prendre la place du concept d’enfant pervers incestueux (théorie du complexe d’Œdipe). Par définition, l’enfant n’a pas de libido (car celle-ci se déclenche à la puberté sous l’effet de l’horloge biologique hormonale), et encore moins de désir incestueux (car il existe des dispositifs innés d’inhibition de la sexualité intrafamiliale)
4. la dialectique du pensable et de l’impensable vient pendre la place de la dialectique du conscient et de l’inconscient. Ce qui est pensable est pensé (intégré aux données cognitives déjà présentes) ; ce qui est impensable est compensé par son contraire. Il faut donc qu’il existe dans le cerveau une machine à élaborer des contraires à tout ce qui se présente dans la vie. Cette machine, analogue à un logiciel, est connue sous le nom de carré sémiotique. Celle-ci génère dans le système cognitif comme dans le système comportemental et pulsionnel des dichotomies (disjonctions exclusives , opérateurs binaires) qui réduisent le jeu pulsionnel ou comportemental à un choix entre deux excès contraires, ce qui explique le caractère oscillant ou ambivalent du comportement pathologique.

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