MAJ de la page : Ueli Steck
Hommage à Ueli Steck (avril 2017)
Ueli Steck, la transcendance du rocher
Par Marie-Pierre Genecand, le 2 mai 2017 - LeTemps
Qu’est-ce qui poussait l’alpiniste suisse à défier ainsi les lois de la gravité? Pantoise, notre chroniqueuse postule pour une forme à part de spiritualité
Je ne suis pas terre à terre. Avec mon gabarit, mon rythme et mon débit, je relève plutôt du canari. Ou du joyeux colibri, auquel on me compare aussi. Plus speedy, donc, que heavy. Pourtant, j’ai beau aimer la légèreté et l’agilité – à commencer par celle de l’esprit – je ne comprendrai jamais des ovnis comme Ueli Steck, ce Suisse sur ressorts qui, à 40 ans, vient de rejoindre le panthéon des alpinistes après une vie consacrée à avaler à toute vitesse les parois et les sommets.
Voir et revoir les vidéos dans lesquelles le Bernois gravit la face nord de l’Eiger avec seulement ses mini-piolets et ses crampons aux pieds me donne la nausée. OK, j’ai le vertige en montagne, ça n’aide pas. Mais comment supporter qu’un être sensé défie à ce point la loi de la gravité? Comment comprendre la fascination que la montagne exerçait sur lui? J’écoute et réécoute les interviews qu’il délivrait dans un français parfait, mais je n’ai pas la réponse.
Lire aussi: tous les articles du «Temps» consacrés à la mort d’Ueli Steck
Pareil dans les articles passionnants qui lui sont consacrés. L’athlète parle surtout de performances, concentration, conditions météo, équipements, etc. Moins du plaisir et de la jouissance. Par pudeur sans doute. La mort, par contre, est évoquée. Envisagée comme un possible. Le grimpeur gambadait sur les crêtes enneigées à 8000 mètres d’altitude – son ascension solo de l’Annapurna, une folie! – en toute conscience de la fatale échéance.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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mardi 2 mai 2017
dimanche 30 avril 2017
Ueli Steck : le rêveur n’était pas immortel
MAJ de la page : Ueli Steck
Ueli Steck : le rêveur n’était pas immortel
Par Caroline Christinaz, le 30 avril 2017 - Le Temps
L’alpiniste bernois de 40 ans, porte-flambeau du speed-climbing, est décédé suite à une glissade lors d’une course d’acclimatation sur les contreforts de l’Everest. Il envisageait une traversée inédite à plus de 8000 mètres d’altitude du Toit du monde au Lhotse
C’est une pensée à laquelle on se refusait de succomber. «Un jour où l’autre, il tombera», disaient ceux qui ne rêvent pas, en préférant évoquer l’inévitable punition plutôt que le plaisir de l’instant. Pour Ueli Steck, les ignorer permettait de tenir les oiseaux de mauvais augure loin des cieux sous lesquels il évoluait. Les rêves des rêveurs n’appartiennent qu’à eux. C’est ce qui les rend immortels.
Dimanche matin, il a fallu faire un constat. Les immortels n’existent pas. La nouvelle gisait sur le blog d’Alan Arnette, spécialiste des ascensions himalayennes. Selon ses sources du camp de base de l’Everest côté népalais, le corps d’Ueli Steck a été retrouvé à proximité du Camp 1 à plus de 6000 mètres d’altitude. L’alpiniste de 40 ans aurait chuté, seul, suite à une glissade sur une plaque de glace.
S’en aller sur l’Everest, quelle autre fin imaginer pour celui dont le terrain de jeu était la face Nord tant redoutée de l’Eiger?
Une course d’acclimatation
Si celui que l’on surnommait la «Swiss Machine», pour sa collection de records de vitesse sur des sommets légendaires, s’est retrouvé sur une pente glacée à plus de 6100 mètres pendant la nuit de samedi à dimanche, c’est parce qu’il s’acclimatait en vue d’un grand projet. Jamais réalisé auparavant, il consistait à enchaîner plusieurs voies légendaires entre l’Everest (8848 m) et son voisin le Lhotse (8516 m).
En clair, accompagné de son compagnon de cordée népalais Tenji Sherpa, le Suisse de 40 ans prévoyait de bifurquer vers l’ouest une fois le Camp 2 à 6400 mètres atteint. Il voulait rejoindre le sommet par le couloir Hornbein, un passage étroit d’une pente de 47° à 60° entre 8000 et 8500 mètres d’altitude qui n’a été foulé qu’une fois, le 22 mais 1963 par l’américain Tom Hornbein. Le sommet atteint, Steck envisageait de rejoindre le col Sud par la voie normale et de poursuivre sa route sur le Lhotse par le passage qu’un congénère polonais, Denis Urubko, a ouvert. Cette traversée impliquait de demeurer longtemps à plus de 8000 mètres dans la «zone de la mort», là où la récupération est impossible, l’oxygène rare et la fatigue infinie.
Ueli Steck : le rêveur n’était pas immortel
Par Caroline Christinaz, le 30 avril 2017 - Le Temps
L’alpiniste bernois de 40 ans, porte-flambeau du speed-climbing, est décédé suite à une glissade lors d’une course d’acclimatation sur les contreforts de l’Everest. Il envisageait une traversée inédite à plus de 8000 mètres d’altitude du Toit du monde au Lhotse
C’est une pensée à laquelle on se refusait de succomber. «Un jour où l’autre, il tombera», disaient ceux qui ne rêvent pas, en préférant évoquer l’inévitable punition plutôt que le plaisir de l’instant. Pour Ueli Steck, les ignorer permettait de tenir les oiseaux de mauvais augure loin des cieux sous lesquels il évoluait. Les rêves des rêveurs n’appartiennent qu’à eux. C’est ce qui les rend immortels.
Dimanche matin, il a fallu faire un constat. Les immortels n’existent pas. La nouvelle gisait sur le blog d’Alan Arnette, spécialiste des ascensions himalayennes. Selon ses sources du camp de base de l’Everest côté népalais, le corps d’Ueli Steck a été retrouvé à proximité du Camp 1 à plus de 6000 mètres d’altitude. L’alpiniste de 40 ans aurait chuté, seul, suite à une glissade sur une plaque de glace.
S’en aller sur l’Everest, quelle autre fin imaginer pour celui dont le terrain de jeu était la face Nord tant redoutée de l’Eiger?
Une course d’acclimatation
Si celui que l’on surnommait la «Swiss Machine», pour sa collection de records de vitesse sur des sommets légendaires, s’est retrouvé sur une pente glacée à plus de 6100 mètres pendant la nuit de samedi à dimanche, c’est parce qu’il s’acclimatait en vue d’un grand projet. Jamais réalisé auparavant, il consistait à enchaîner plusieurs voies légendaires entre l’Everest (8848 m) et son voisin le Lhotse (8516 m).
En clair, accompagné de son compagnon de cordée népalais Tenji Sherpa, le Suisse de 40 ans prévoyait de bifurquer vers l’ouest une fois le Camp 2 à 6400 mètres atteint. Il voulait rejoindre le sommet par le couloir Hornbein, un passage étroit d’une pente de 47° à 60° entre 8000 et 8500 mètres d’altitude qui n’a été foulé qu’une fois, le 22 mais 1963 par l’américain Tom Hornbein. Le sommet atteint, Steck envisageait de rejoindre le col Sud par la voie normale et de poursuivre sa route sur le Lhotse par le passage qu’un congénère polonais, Denis Urubko, a ouvert. Cette traversée impliquait de demeurer longtemps à plus de 8000 mètres dans la «zone de la mort», là où la récupération est impossible, l’oxygène rare et la fatigue infinie.
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