Tyrannies et dictature
Par Jacques Sapir, le 25 septembre 2015Les conceptions anti-étatistes, qu’elles se parent des couleurs de la droite comme de la gauche, aboutissent à la fois à la destruction de la société mais aussi à l’établissement d’une tyrannie. La négation de l’organisation sociale que portent en elles toutes les tentatives à la naturalisation des sociétés aboutit à ces résultats funestes. Mais la Tyrannie peut aussi être imposé de l’extérieur ; les grecs en ont fait l’expérience. Cela pose le problème de savoir par quels moyens il faut s’opposer à cette tyrannie.
Ainsi, l’Union européenne n’a pas été conçue, peu ou prou, pour protéger les peuples contres les influences de la mondialisation. Le prétendre est un mensonge éhonté. Elle a été, en réalité, à l’avant garde du mouvement qui a défait les Etats au profit des grandes firmes multinationales. Elle n’est en vérité que l’héritière du projet américain conçu dans la guerre froide[1]. Elle se construit sur ce que Stathis Kouvelakis en se référant à un ouvrage relativement récent de Perry Anderson[2], décrit comme « …une mise à distance de toute forme de contrôle démocratique et de responsabilité devant les peuples est un principe constitutif du réseau complexe d’agences technocratiques et autres collèges d’experts qui forme la colonne vertébrale des institutions de l’UE. Ce qu’on a appelé par euphémisme le « déficit de démocratie » est en fait un déni de démocratie »[3]. L’Union européenne est une des formes de cette tyrannie qui nous menace.
Ce que l’on a appelé ici l’ordre démocratique s’impose comme une réponse tant aux menées tyranniques insidieuses, que reproduit en permanence le fonctionnement de l’économie capitaliste, qu’à ces mêmes menées quant elles sont beaucoup plus explicites. Mais, cette notion d’ordre démocratique peut rendre nécessaire l’établissement d’une dictature.
Démocratie et dictature