dimanche 7 juillet 2019

L'apnéiste et la mer, à l'unisson

MAJ de la page : Apnée



DE CAUSE À EFFETS, LE MAGAZINE DE L'ENVIRONNEMENT  par Aurélie Luneau
L'apnéiste et la mer, à l'unisson 06/07/2019
avec Guillaume Nery, apnéiste
Il est l'Homme qui marche sous l'eau. Il tutoie les profondeurs marines, se fond dans les abysses, et c'est dans cette communion avec les éléments marins que notre invité puise sa force et sa détermination.
Source (et suite) du texte : FC
Auteur de : A plein souffle, Ed. Glénat, 2019 - Extrait





Guillaume Nery, One breath around the world (février 2019)


Guillaume Néry : comment j'ai dansé en apnée avec les cachalots (février 2019)



Guillaume Nery, Free Fall (2010)
Voir aussi : AMA, de Julie Gauthier (danse en apnée)
Promenade requin / Promenade baleine

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Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.  
Description de Carl Sagan, à la photo « Pale Blue Dot », prise par la sonde Voyager, à environ 6 milliard de km, montrant la Terre comme un petit point bleu pâle au milieu du cosmos. Cité par Guillaume Nery

Que pouvons-nous dire sur les trous noirs ?



LA CONVERSATION SCIENTIFIQUE  par Etienne Klein
Que pouvons-nous dire sur les trous noirs ? 07/07/2019
avec Aurélien Barreau, physicien, professeur à l’université Grenoble-Alpes et chercheur au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie du CNRS.
Auteur de Trous noirs et étoiles en rebond, Ed. Bayard, 2019 (à paraitre), Trous noirs et espace-temps, Ed. Bayard, 2017 et de Au cœur des trous noirs, Ed. Dunod, 2017 



Pourquoi appelle-t-on un trou noir, un "trou noir" ? (France culture, 2017)

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Aurélien Barrau, Alain Damasio, La fin du monde est-elle pour demain ? (RT, 12 juin 2019)



Juliette Binoche et Aurélien Barrau, Climat, vers la fin du monde ? (Canal +, janv. 2019)

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Aurélien Barrau: "Il est envisageable que les trous noirs soient des univers" 
Interview Romain Clergeat, le 27 mars 2019 - Paris Match

L'astrophysicien Aurélien Barrau, vulgarisateur hors pair, a répondu aux questions de Match à l'occasion de la sortie de son livre «Big Bang et au-delà».
C’est le prof qu’on aurait rêvé d’avoir. Si masse est égal à énergie, la sienne défie la théorie d’Einstein. Esprit en perpétuelle ébullition, au look de rock star, l’astrophysicien Aurélien Barrau est un vulgarisateur hors pair de la cosmologie. A ce titre, il était déjà une «vedette» sur YouTube, avant qu’il ne prenne la tête d’une campagne pour l’urgence écologique et que le grand public découvre ses talents hypnotisant de dialectique. Il publie une édition actualisée de «Big Bang et au-delà», un ouvrage dans lequel il parvient à transformer l’insondable de l’Univers en balade compréhensible pour tous.

Paris Match. Si le temps commence avec le Big Bang, qu’est-ce que « l’avant » Big Bang ?

Aurélien Barrau. Il y a deux réponses possibles. La première consisterait à dire : la question n’a pas de sens. Car le temps émerge au moment du Big Bang. Ce serait donc une contradiction dans les termes de parler « d’avant ». Qu’y a-t-il au Nord du Pôle Nord ? Le problème n’est pas tant qu’il n’y a rien. C’est qu’il n’existe pas. Pour un cosmologiste, « avant » le Big Bang n’existe pas. C’est la réponse que l’on obtient en utilisant la théorie d’Einstein. Cette réponse est évidemment curieuse mais ce n’est pas, en soi, si gênant. Beaucoup de choses en science sont à la fois vraies, et bizarres. Le problème, c’est que la théorie d’Einstein marche tout le temps, sauf… au moment du Big Bang. Comment croire, alors, la réponse d’une théorie qui ne marche pas à cet instant précis ? Il faudrait avoir une théorie meilleure que celle d’Einstein, qu’on appelle « la gravitation quantique. » Et que nous n’avons pas. Dès lors, il est possible que la réponse que je viens de formuler, soit fausse. Peut-être qu’à la place Big Bang, il y a eu « en rebond ». Et donc, avant lui, un univers qui se serait contracté, aurait rebondi sur lui-même, avant d’émerger dans une phase d’expansion. Mais cette seconde réponse dépend d’une théorie qui est spéculative. Donc, pas forcément correcte non plus.

Ce qui va trancher, c’est l’expérience. Quand j’étais étudiant, et ce n’est pas si vieux, ceci était un peu de la métaphysique. On n’avait aucune perspective de pouvoir utiliser les observations sur des questions qui paraissaient déconnectées des choses tangibles. Mais j’ai espoir que dans 10 ans, on puisse y répondre. En conclusion : je n’en sais rien mais il est possible qu’à relativement court terme, on puisse le savoir.

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination

MAJ de la page : Georges Orwell

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination
Par Yann Lagarde, le 7 juin 2019 - France culture

Comment la langue peut-elle devenir un instrument de domination ? C'est la question que se pose George Orwell dans "1984" avec la novlangue imposée par le pouvoir. Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur, explique comment Orwell tente de nous prévenir des dangers du "prêt-à-parler".



Il y a 70 ans paraissait le roman 1984, de George Orwell, l’un des récits les plus bouleversants du XXe siècle. Dans ce livre, un régime totalitaire modifie le langage pour s’assurer du contrôle des masses. George Orwell y  montre comment les mots peuvent devenir un instrument de domination.
Afin de s’assurer le contrôle des esprits, les autorités ont créé cette novlangue (newspeak), censée remplacer l’anglais traditionnel (oldspeak).

Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie, éditeur et spécialiste d'Orwell : "Il y a deux volets dans cette entreprise. Le premier concerne le langage courant. Il est extrêmement appauvri, il n’y a plus de distinction entre les mots et les verbes. On déshabille les mots de toutes les significations secondaires. C’est presque un monosyllabe, une idée.
Et puis un deuxième volet, plus intéressant, l’invention d’un certain nombre de mots qu’Orwell appelle des “blanket words”, des mots-couvertures. Ce sont des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle”ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas de la censure. La censure ça consiste à interdire de prononcer un mot. Le but là, c’est de vous enlever cette pensée de la tête."

Socialiste libertaire, George Orwell est proche du parti travailliste. Il s’engage aux côté des brigades internationales lors de la guerre civile espagnole
Pour écrire 1984, Orwell s’inspire de l’expérience stalinienne en URSS et de la propagande du IIIe Reich en Allemagne. Mais il regarde aussi chez lui au Royaume-Uni, à son époque. Dans un essai publié en 1946, La Politique et la langue anglaise, il montre comment le discours politique ambiant appauvrit la langue et en corrompt le sens.

Jean-Jacques Rosat : "En politique, on voit très bien à quoi ça s'applique, c’est les phrases toutes faites. Un journaliste vous pose une question et vous avez des éléments de langage tout faits qui vont constituer un acte de communication mais certainement pas un acte de pensée, de réflexion. Les jargons, les phrases toutes faites, les métaphores toutes faites. Tout ce vocabulaire-là empêche de penser, c’est un vocabulaire automatique."

Orwell est un écrivain, pas un théoricien politique. Mais la novlangue qu’il invente dans 1984 est une mise en garde universelle contre l’instrumentalisation du langage. Il donne des conseils au lecteur pour ne pas se laisser manipuler par les mots.

Jean-Jacques Rosat : "Pensez à ce que vous dites, essayez de ne dire que des choses que vous pensez et qui ont du sens. Défiez-vous farouchement de toutes les mécaniques de langage dans lesquelles c’est la langue qui pense à votre place, donc d’autres que vous qui pensent à votre place. Si vous faites ce travail sur vous-même, ça ne changera pas la société du jour au lendemain mais c’est une condition pour la démocratie et pour une société humaine."

lundi 1 juillet 2019

Le méditant militant où comment faire jaillir l'action de la méditation

MAJ de la page : Michel Maxime Egger

Le méditant militant où comment faire jaillir l'action de la méditation
Atelier de Michel Maxime Egger, sociologue, écopsychologue
DIMANCHE 7 JUILLET 2019, de 10h à 18h - GENEVE
Coût de la journée :100 CHF (75 CHF adhérents de l'association Jai Jagat).
Infos et Inscription : Eventbrite

Site internet de Michel Maxime Egger : Trilogies



Les 3 clés de Michel Maxime Egger : S'enraciner dans la gratitude, Honorer sa paix pour le monde,  Changer de vision, Aller de l'avant (Présence, 11 avril 2019)



Michel Maxime Egger présente l’aventure du Laboratoire de transition intérieure.
Une production du laboratoire prospectif de primitive.swiss

Ses derniers livres :
Ecopsychologie, Retrouver notre lien avec la Terre, Ed. Jouvence, 2018
On ne pourra pas guérir la Terre sans soigner l’âme humaine. En réponse à la crise écologique et à l’insuffisance des changements de comportement, cet ouvrage propose une nouvelle approche théorique et pratique pour réharmoniser nos relations avec la toile de la vie.
Il s’agit notamment d’aller aux racines du consumérisme, de transformer nos sentiments de peur et d’impuissance, de redécouvrir la nature comme dimension de notre identité et de notre inconscient.
Quatrième de couverture / Extrait (PDF)

Ecospiritualité, Réenchanter notre relation à la nature, Ed. Jouvence, 2018
« Méta-écologie » affirmant que l’écologie et la spiritualité forment un tout, parce que sans une nouvelle conscience et un sens du sacré, il ne sera pas possible de faire la paix avec la Terre.
S’ouvrir à la conscience d’une dimension de mystère qui échappe à notre compréhension, qui habite la nature et qui nous unit à la Terre : telle est la perspective défendue dans cet ouvrage pour construire un monde véritablement écologique, juste et résilient.
Selon Michel Maxime Egger, une double dynamique est en cours où convergent quête spirituelle et aspiration à des relations plus harmonieuses avec la Terre. Ainsi, il nous invite à redécouvrir la sacralité de la nature, à transformer votre cosmos intérieur et à développer des vertus écologiques comme la sobriété, la gratitude ou encore l’espérance. Avec à la clé une nouvelle manière de s’engager : le méditant-militant.
Quatrième de couverture / Extrait (PDF)

Comment réenchanter le monde : la décroissance et le sacré

MAJ de la page : Serge Latouche



Jacques Sapir reçoit Serge Latouche, économiste pionnier de la décroissance, professeur émérite de l’université Paris-Sud, Pour sauver la planète, faut-il en finir avec la croissance ? (Sputnik, 24 juin 2019)

Devenue l’un des thèmes centraux de la vie politique, l’écologie rassemble autant sur le constat qu’elle divise sur les solutions. Au cœur de la question, la croissance économique : peut-on croître à l’infini dans un monde fini ? Une croissance réellement verte est-elle possible, ou bien faut-il envisager une forme de décroissance ?
Source : Sputniknews

La décroissance entend nous libérer de l’aliénation de l’idolâtrie de la croissance et du marché. Désacraliser la croissance consiste à dévoiler la manière dont a été bricolée sa sacralisation : l’hypostase de l’argent, la théologisation de l’économie, et la création des idoles du progrès, de la science et de la technique. Le projet d’une société alternative soutenable et conviviale, porté par la décroissance, vise à sortir du cauchemar du productivisme et du consumérisme, mais aussi à réenchanter le monde. Il contient donc une dimension éthique et même spirituelle essentielle. Cela en fait-il pour autant une nouvelle religion ?
Quatrième de couverture
Serge Latouche, Comment réenchanter le monde : la décroissance et le sacré, Ed. Payot-Rivages, 2019

Assange : l'homme traqué


Assange : l'homme traqué (Arte, 2019)

Une équipe d'ARTE Reportage avait rencontré Julian Assange 3 ans jour pour jour avant cette arrestation, pensant le retrouver rapidement en homme libre. Il dort désormais dans une prison de haute sécurité de la périphérie londonienne, entouré des plus dangereux terroristes du Royaume-Uni. Il risque surtout jusqu'à 175 ans de prison aux Etats-Unis, qui réclament son extradition.

Mais que serait aujourd’hui un monde sans Julian Assange ? Et quel prix le lanceur d’alerte australien a-t-il payé pour nous permettre une meilleure compréhension de celui-ci ? Enquête sur le cas Assange, une affaire qui interroge les principes fondamentaux de notre liberté et de notre vie démocratique.
Source : Arte


Wikileaks : la guerre contre le secret (Arte, 2017)

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Lettre de Julian Assange à un ami (13 mai 2019)
« Truth, ultimately, is all we have »  Julian Assange

« Thanks Gordon, you’re a good man. J’ai été privé de toute possibilité de préparer ma défense : pas de portable, pas d’accès au net -jamais -, pas d’ordinateur, pas d'accès bibliothèque jusqu’ici, et même si je décroche l’accès, ce ne sera qu’une demie-heure avec tous les autres [détenus], une fois par semaine. Pas plus de deux visites par mois et il faut des semaines pour faire inscrire quelqu’un sur la liste des appels approuvés, et c’est quasi impossible de faire traiter ses références par la sécurité. Ensuite, tous les appels sauf ceux des avocats sont enregistrés, durée maximale 10 minutes, dans une fenêtre étroite de 30 minutes par jour où tous essayent tous de téléphoner. Et le crédit ? Juste quelques livres sterling par semaine et personne ne peut appeler de l’extérieur. En face ? Une superpuissance qui se prépare depuis 9 ans et qui a mis de centaines de personnes et dépensé des millions sur l’affaire. Je suis sans défense et je compte sur vous et d’autres personnes de valeur pour me sauver la vie. Je ne suis pas cassé, bien que littéralement entouré de meurtriers, mais le temps où je pouvais lire, parler et m’organiser pour me défendre, défendre mes idéaux et mon équipe es révolu jusqu’à ce que je retrouve ma liberté. Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place. Le gouvernement US, ou plutôt les éléments regrettables qui en font partie et qui détestent la vérité, la liberté et la justice, veulent tricher pour obtenir mon extradition et ma mort, plutôt que laisser le public entendre la vérité. La vérité pour laquelle j’ai remporté les plus hautes récompenses en journalisme et été nominé sept fois pour le prix Nobel de la paix. La vérité, quand tout est dit, c’est tout ce que nous avons ». JPA
Source : Mediapart



Véronique Pidancet-Barrière, cofondatrice du comité WikiJustice, « Julian Assange est torturé, notre crainte est qu’il meure en prison » (Sputnik, 25 juin 2019)

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Chris Hedges : Le Martyre de Julian Assange
le 14 avril 2019 - Consortium News, Chris Hedges / Les Crises (trad.)

Assange et Wikileaks nous ont ouvert les coulisses du fonctionnement d’un empire – ce qui est le rôle le plus essentiel de la presse – et pour cette raison, ils sont devenus la proie de l’empire, écrit Chris Hedges de Thruthdig.

L’arrestation de Julian Assange, jeudi, fait voler en éclat toute affirmation de la primauté de la loi ainsi que les droits d’une presse libre. Les violations du droit assumées par les gouvernements équatorien, britannique et américains dans l’interpellation de Julian Assange sont de funeste augure. Elles nous prédisent un monde dans lequel les mauvais fonctionnements internes, les abus, la corruption, les mensonges et les crimes, particulièrement les crimes de guerre, commis par les états au service du capital et les élites dirigeantes mondiales seront dissimulés au public. Elles nous prédisent un monde dans lequel celles et ceux qui ont le courage et la probité de dévoiler les abus de pouvoir seront traqués, torturés et soumis à des simulacres de procès pour finir leurs jours à l’isolement au fond d’une prison. Enfin, elles nous prédisent une dystopie orwellienne qui verra les actualités remplacées par la propagande, les futilités et les divertissements. Je crains que l’arrestation de Julian Assange ne marque la naissance officielle du totalitarisme des multinationales qui conditionnera dorénavant nos vies.
Source (et suite) du texte : Les Crises




Révéler la torture de Julian Assange,
Par Nils Melzer, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, 26 juin 2019 - Les Crises (trad)

Par Nils Melzer, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture à l’occasion de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture, 26 juin 2019

Je sais, vous pensez peut-être que je me fais des illusions. Comment la vie dans une ambassade avec un chat et un skateboard peut-elle être assimilée à de la torture ? C’est exactement ce que j’ai pensé, moi aussi, quand Assange a fait appel à mon bureau pour se protéger. Comme la plupart des gens, j’avais été inconsciemment empoisonné par la campagne de diffamation incessante, qui avait été diffusée au fil des ans. Il a donc fallu frapper une deuxième fois à ma porte pour attirer mon attention à contrecœur. Mais une fois que j’ai examiné les faits de cette affaire, ce que j’ai trouvé m’a rempli de répulsion et d’incrédulité.

Je me suis dit qu’Assange devait être un violeur ! Mais ce que j’ai découvert, c’est qu’il n’a jamais été accusé d’une infraction sexuelle. Certes, peu après que les États-Unis eurent encouragé leurs alliés à trouver des raisons de poursuivre Assange, deux femmes ont fait la une des journaux en Suède. L’un d’entre eux a affirmé qu’il avait déchiré un préservatif et l’autre qu’il n’en avait pas porté un, dans les deux cas lors de rapports sexuels consentis – ce qui n’est pas exactement le cas dans la plupart des scénarios de ” viol ” dans toute autre langue que le suédois. Rappelez-vous, chaque femme a même soumis un préservatif comme preuve. Le premier, supposément porté et déchiré par Assange, n’a révélé aucun ADN, ni celui d’Assange, ni celui de la femme, ni de qui que soit d’autre. Allez comprendre… Le second, utilisé mais intact, aurait prouvé qu’il s’agissait d’un rapport sexuel ” non protégé “. Allez comprendre, encore une fois. Ces femmes ont même envoyé un texto disant qu’elles n’avaient jamais eu l’intention de porter plainte, mais qu’elles avaient été ” poussées ” à le faire par une police suédoise zélée. Allez comprendre, encore une fois. Depuis lors, la Suède et la Grande-Bretagne ont tout fait pour empêcher Assange de faire face à ces allégations sans avoir à s’exposer simultanément à l’extradition américaine et donc à un procès spectacle suivi d’une peine de prison à vie. Son dernier refuge avait été l’ambassade de l’Équateur.

D’accord, pensai-je, mais Assange doit sûrement être un hacker ! Mais ce que j’ai découvert, c’est que toutes ses révélations lui avaient été divulguées librement, et que personne ne l’accuse d’avoir piraté un seul ordinateur. En fait, la seule accusation défendable de piratage informatique contre lui a trait à sa tentative infructueuse de briser un mot de passe qui, si elle avait réussi, aurait pu aider sa source à couvrir ses traces. Bref : une chaîne d’événements plutôt isolée, spéculative et sans conséquence ; un peu comme essayer de poursuivre en justice un conducteur qui a tenté sans succès de dépasser la limite de vitesse, mais a échoué parce que sa voiture n’était pas assez puissante.

Eh bien, je me suis dit qu’au moins nous savions avec certitude qu’Assange est un espion russe, qu’il s’est ingéré dans les élections américaines et qu’il a causé la mort de personnes par négligence ! Mais tout ce que j’ai trouvé, c’est qu’il publiait constamment des renseignements véridiques d’intérêt public sans aucun abus de confiance, de contrepartie ni allégeance. Oui, il a dénoncé des crimes de guerre, de la corruption et des abus, mais ne confondons pas sécurité nationale et impunité gouvernementale. Oui, les faits qu’il a révélés ont permis aux électeurs américains de prendre des décisions plus éclairées, mais n’est-ce pas simplement la Démocratie ? Oui, il y a des discussions éthiques sur la légitimité de divulgations non expurgées. Mais si un préjudice réel avait réellement été causé, comment se fait-il que ni Assange ni Wikileaks n’aient jamais fait l’objet d’accusations criminelles ou de poursuites civiles pour une juste indemnisation ?

Mais alors, me suis-je retrouvé à plaider, Assange doit sûrement être un narcissique égoïste, faisant du skate à travers l’ambassade de l’Équateur et étalant des excréments sur les murs ? Eh bien, tout ce que j’ai entendu du personnel de l’ambassade, c’est que les inconvénients inévitables de son hébergement dans leurs bureaux ont été traités avec respect et considération mutuels. Cela n’a changé qu’après l’élection du président Moreno, lorsqu’on leur a soudainement demandé de trouver des calomnies contre Assange et, quand ils ne l’ont pas fait, ils ont rapidement été remplacés. Le Président a même pris sur lui d’offrir ses ragots au monde entier, et de dépouiller personnellement Assange de son asile et de sa citoyenneté équatorienne sans aucune procédure légale.

Mais j’ai finalement compris que j’avais été aveuglé par la propagande et qu’Assange avait été systématiquement calomnié pour détourner l’attention des crimes qu’il avait exposés. Une fois déshumanisé par l’isolement, le ridicule et la honte, comme les sorcières que nous brûlions sur le bûcher, il était facile de le priver de ses droits les plus fondamentaux sans provoquer l’indignation publique dans le monde entier. C’est ainsi qu’un précédent juridique est en train d’être établi, par la porte de derrière de notre propre complaisance, qui peut et sera appliqué à l’avenir tout aussi bien aux divulgations du Guardian, du New York Times et d’ABC News.

Très bien, me direz-vous, mais qu’est-ce que la diffamation a à voir avec la torture ? Eh bien, c’est une pente glissante. Ce qui peut sembler n’être qu’une simple “calomnie” dans le débat public, devient rapidement une “intimidation” lorsqu’il est utilisé contre des personnes sans défense, et même de la “persécution” lorsque l’État est impliqué. Maintenant, il suffit d’ajouter le caractère intentionnel et les souffrances aiguës, et ce que vous obtenez est une torture psychologique à part entière.

Oui, vivre dans une ambassade avec un chat et un skateboard peut sembler une bonne situation quand on croit le reste des mensonges. Mais quand personne ne se souvient de la raison de la haine que vous subissez, quand personne ne veut entendre la vérité, quand ni les tribunaux ni les médias ne demandent des comptes aux puissants, alors votre refuge n’est vraiment qu’un bateau en caoutchouc dans une piscine remplie de requins, et ni votre chat ni votre planche à roulettes ne vous sauveront la vie.

Même ainsi, vous direz vous peut-être, pourquoi dépenser autant d’énergie pour Assange, alors que d’innombrables autres personnes sont torturées dans le monde entier ? C’est parce qu’il ne s’agit pas seulement de protéger Assange, mais d’empêcher un précédent susceptible de sceller le sort de la Démocratie occidentale. Quand pour la première fois, dire la vérité sera devenu un crime, alors que les puissants jouissent de l’impunité, il sera ensuite trop tard pour corriger le tir. Notre voix aura capitulé face à la censure et notre destin face à la tyrannie sans limites.

Cette tribune a été proposée pour publication au Guardian, au Times, au Financial Times, au Sydney Morning Herald, à The Australian, au Canberra Times, au Telegraph, au New York Times, au Washington Post, à Reuters et à Newsweek.

Aucun n’a répondu positivement.

Lire aussi : Julian Assange présente des symptômes de « torture psychologique », par Nils Melze, le 31 mai 2019, Le Monde
Julian Assange ne doit surtout pas être extradé (Rolling Stone), par Matt Taibbi, 1 juin 2019, Le Grand Soir / Scandale. De sa prison Julian Assange peut envoyer une lettre à un ami, 26 juin 2019, Mediapart /
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