jeudi 26 mars 2015

La politique de l’UE en Ukraine est d’une grande stupidité

La politique de l’UE en Ukraine est d’une grande stupidité
Entretien avec Richard Sakwa – Le 9 Mars 2015 – Source Fort Russ

Le chercheur britannique et analyste politique de la Russie, Richard Sakwa, pense que la responsabilité de l’escalade en Ukraine revient à Washington et à Bruxelles. La guerre n’est pas dans l’intérêt de Poutine, c’est la dernière chose dont il a besoin. Sakwa appelle l’Occident à mettre la pression sur le régime de Kiev, car l’Ukraine, en tant qu’État fédéral, doit également tenir compte des intérêts du peuple de Donbass.

Dans le Guardian, Jonathan Steele, un ancien correspondant à Moscou, fait la critique d’un livre remarquable de Richard Sakwa, Frontline Ukraine, où il dénonce la vision biaisée de l’Occident sur le conflit, et analyse minutieusement les erreurs de l’UE et des États-Unis. Il critique le manque d’indépendance de la politique étrangère européenne ainsi que les accusations sans fondement portées contre le président russe Vladimir Poutine. Steele souligne que jamais, même aux périodes les plus sombres de la guerre froide, des politiciens soviétiques comme Brejnev ou Andropov n’ont été si ouvertement et si massivement insultés que Poutine dans le conflit actuel.

Deutsche Wirtschafts Nachrichten interviewe Richard Sakwa, qui détient une chaire d’Études russes et européennes à l’Université de Kent. Il est membre du programme Russie et Eurasie de l’Institut royal des affaires internationales de Chatham House. Depuis septembre 2002, il est membre de l’Académie des sociétés savantes pour les sciences sociales. Dans son livre La crise de la démocratie russe, il critique le processus de transformation en Russie.

Deutsche Wirtschafts Nachrichten (DWN): Dans votre livre sur l’Ukraine, vous avez utilisé l’histoire pour clarifier le dilemme actuel : les Russes, comme Gorbatchev l’a souvent dit, ont renoncé à leur empire sans guerre. Ils l’ont fait parce qu’ils pensaient que cela était une bonne chose pour les deux camps. Ils s’attendaient à un partenariat. Mais les Américains ont considéré la chute de l’Union soviétique comme la victoire de leur camp. Est-ce cela qui a déclenché une nouvelle guerre froide en Europe?

Richard Sakwa (RS) : Exactement. Le point de départ a été la conférence de Malte en décembre 1989. C’est là, immédiatement après la chute du mur de Berlin, que l’ordre d’après-guerre a été institué. Le président américain George W. Bush a certainement compris que la puissance de l’Union soviétique déclinait, mais il n’a pas compris que Mikhail Gorbatchev avait prévu d’établir un nouveau genre de rapport politique, sans vainqueurs, sans perdants. Au contraire, les États-Unis ont vu cela comme la victoire de leur propre politique. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, nous comprenons la profondeur de la défaite stratégique. Le pire, c’est qu’il n’y avait aucun homme d’État européen à la conférence de Yalta, même pas Churchill, pour défendre les intérêts des Européens occidentaux. Donc le destin de cette partie du continent a été réglé sans notre participation.

DWN : Les manières divergentes d’interpréter l’histoire peuvent-elles aussi conduire à une nouvelle guerre froide ?

RS : C’est déjà fait. Et je le dis depuis des années. En Europe, nous avons vécu pendant 25 ans au paradis des bienheureux sans régler aucune des questions fondamentales de sécurité. Aussi doit-on plutôt parler d’une période de paix froide. Maintenant, cet ordre s’est effondré, et nous sommes revenus à la guerre froide.

DWN : L’Otan semble déterminée à agir. L’existence de l’Otan dans sa forme actuelle dans un monde modulaire est-elle une partie du problème ou une partie de la solution ?

RS : Nous aurions pu dissoudre l’Otan après 1989, ou on aurait dû inclure la Russie dans une organisation remodelée. Au lieu de cela, nous avons choisi la pire option: une Otan élargie, qui commence maintenant à encercler la Russie de tous côtés tout en l’excluant. Il ne faut pas être un génie stratégique pour comprendre que la Russie, une puissance nucléaire, s’y opposerait tôt ou tard.

DWN : Vous affirmez que l’Europe n’a pas été capable, à cette époque historique, d’avoir une politique indépendante.

RS : L’UE n’a pas vraiment de talent stratégique, on le voit lorsqu’elle est à la manœuvre, comme en Ukraine où elle s’est comportée avec une grande stupidité, entraînée par la Pologne et les États baltes. Je fais maintenant référence au nouveau Pacte atlantique, qui lie étroitement l’Otan, les États-Unis et l’UE. Cela ne signifie pas que des pays comme la France et l’Allemagne ne puissent pas individuellement prendre des initiatives indépendantes. Mais tout ce qu’ils font est étroitement lié au partenariat transatlantique. L’Allemagne sous Mme Merkel a perdu beaucoup de son indépendance globale antérieure. C’est le prix que nous avons payé pour que les États-Unis nous [la Grande-Bretagne, NdT] aident à devenir le chef de file de la politique européenne et à influencer sa politique économique. Je crois que Federica Mogherini serait capable de tirer les leçons des erreurs passées de l’UE en matière de politique étrangère, si les atlantistes n’exerçaient pas sur elle une telle pression. Avec les résultats catastrophiques que nous voyons maintenant.

DWN : Comment voyez-vous la position du président russe Vladimir Poutine ?

RS : La position de Poutine est connue; il a prévenu à la Conférence de Munich sur la sécurité de février 2007, que la Russie n’était pas satisfaite de la situation stratégique actuelle. Malheureusement, personne ne l’a écouté. Vous devez comprendre que tout dirigeant de la Russie agirait comme Poutine. Ce n’est pas vrai que Poutine vit dans un autre monde; le problème, c’est que personne en Occident n’a pensé que Poutine agirait comme ça dans la situation actuelle.

DWN : Poutine tire-t-il profit du conflit, utilise-t-il la situation pour désigner un ennemi extérieur à son peuple ?

RS : Non, je ne crois pas. Il n’a pas besoin de cette guerre. Il a tout fait pour l’éviter. La responsabilité en incombe à Washington et à Bruxelles. Poutine bénéficie d’un taux de popularité fantastique. Les jeux Olympiques de Sotchi ont été un grand succès. Ce qui se passe maintenant est la dernière chose dont il a besoin. Ce n’est pas un leader révisionniste, et donc la lecture occidentale de sa gestion est presque entièrement erronée.

DWN : Comment expliquez-vous le fait que tout l’Occident partage la même vision bornée de toute l’affaire, à savoir que c’est une agression russe – en dépit du fait que, grâce à l’interception du coup de fil de la diplomate américaine Victoria Nique l’UE Nuland, nous sachions pertinemment que Washington a été activement impliqué dans le renversement du régime de Ianoukovitch?

RS : Je pense que la vision occidentale tout à fait simpliste de la question est l’aspect le plus troublant de toute cette crise. C’est effrayant de voir comment le public et les élites de l’Ouest ont accepté ces fausses allégations. C’est toujours facile de rendre la Russie responsable de tout. La Russie est loin d’être parfaite, mais elle n’est bien sûr pas la force du mal que l’Occident prétend qu’elle est. Pour moi, il est tout aussi choquant de voir avec quelle facilité le leadership économique occidental a adhéré à cette fausse lecture.

DWN : Pouvez-vous nous dire quelle serait selon vous, la meilleure organisation gouvernementale pour les Ukrainiens ?

RS : La meilleure chose serait un État fédéral, au lieu d’un état central. C’est peu probable à court terme, mais, sur le long terme, c’est la seule façon pour l’Ukraine de s’en sortir. Le Donbass ne fera plus jamais partie d’une Ukraine nationaliste centralisée.

DWN : L’Occident devrait-il examiner la question de l’intégrité territoriale des États existants, en tenant compte de l’existence de minorités ethniques dans la plupart d’entre eux?

RS : C’est en effet ce qu’il devrait faire. Nous avons besoin d’une nouvelle grande conférence, comme Yalta ou Helsinki, pour traiter de tous ces thèmes. Ces problèmes sont de plus en plus urgents. Cela concerne également la Transnistrie et d’autres régions, même le Kosovo.

DWN : Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a maintes fois dit que tous ceux qui veulent être russes doivent aller en Russie. L’idée d’un nettoyage ethnique de l’Est de l’Ukraine se profile-t-elle derrière ces déclarations ?

RS : Iatseniouk est aujourd’hui l’homme le plus dangereux d’Europe. Je ne comprends pas pourquoi on traite ce nationaliste pur et dur avec autant de respect.

DWN : Ce conflit est-il une guerre pour les ressources ? Les Américains veulent-ils mettre un pied dans la porte pour s’approprier les ressources énergétiques ?

RS : Cela fait certainement partie du problème. Cependant, je crois que les Américains se font des illusions: en gros, il se passe la même chose qu’en Libye, en Syrie ou en Irak. Un régime de chaos a apporté un nouveau style de realpolitik à l’Europe, et nous laissons faire. A quoi sert l’UE si elle ne peut même pas empêcher une guerre sur son propre continent ?

DWN : Quel est votre point de vue sur la participation des responsables américains au régime ukrainien, la ministre des Finances Natalie Jaresko, par exemple ?

RS : C’est choquant. Une nation fière comme l’Ukraine n’a pas besoin de gens comme ça. Ça a été une décision purement démagogique de la part de Porochenko et Iatseniouk.

DWN : Comment ce conflit va-t-il se terminer ?

RS : Nous marchons sur un fil entre la guerre pure et simple et une sorte de moratoire. La courageuse initiative Merkel-Hollande pour Minsk II pourrait stabiliser la situation. Mais nous devons comprendre que ce n’est que le début d’un éventuel processus de paix. Il faut faire pression sur le régime de Kiev pour que le pays soit organisé de façon à permettre à la population du Donbass de revenir en Ukraine. Mais il est plus probable qu’il y aura une nouvelle partition de l’Ukraine. Le gouvernement actuel à Kiev aggrave les problèmes au lieu de les résoudre.

Source : Fort Russ / Le Saker francophone (trad)

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Seul Moscou peut les arrêter
Par Mike Whitney, le 18 mars 2015 

« Afin de survivre et de conserver son rôle de chef de file sur la scène internationale, les Etats-Unis ont désespérément besoin de plonger l’Eurasie dans le chaos et de couper les liens économiques entre l’Europe et la région Asie-Pacifique… la Russie est le seul pays à l’intérieur de cette zone d’instabilité à avoir le potentiel d’offrir une résistance. Il s’agit du seul Etat qui est prêt à affronter les Américains. Miner la volonté politique de la Russie à organiser une résistance … est d’une importance vitale pour les Etats-Unis. »
– Nikolaï Starikov [1]

« Notre premier objectif est de prévenir la ré émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ancienne Union Soviétique ou ailleurs, ce qui ferait peser une menace identique sur l’ordre [mondial] à celle que posait auparavant l’Union Soviétique. C’est le facteur dominant sous-jacent dans la nouvelle stratégie de défense et cela exige que nous nous efforcions d’empêcher toute puissance hostile de dominer une région, dont les ressources, sous son contrôle effectif, seraient suffisantes pour générer une puissance mondiale. »
– La Doctrine Wolfowitz, version originale du Guide de Planification de la Défense, rédigé par le Sous-Secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz, et transmis au New York Times le 7 mars 1992

Les Etats-Unis ne veulent pas une guerre avec la Russie; ils pensent simplement qu’ils n’ont pas le choix. Si le Département d’Etat n’avait pas lancé un coup d’état en Ukraine pour renverser le président élu, Viktor Ianoukovitch, il aurait été impossible pour les États-Unis de s’insérer entre la Russie et l’UE, et ainsi, de perturber les routes commerciales vitales qui étaient en train de renforcer les nations sur les deux continents. L’intégration économique de l’Asie et de l’Europe – y compris les plans d’un train à grande vitesse depuis la Chine [La Nouvelle Route de la Soie] jusqu’en UE – pose un danger clair et immédiat pour les Etats-Unis dont la part dans le PIB mondial continue à se réduire et dont l’importance dans l’économie mondiale continue de diminuer. Ignorer ce nouveau rival (UE-Russie) reviendrait pour les Etats-Unis à jeter l’éponge et à accepter un avenir dans lequel ils devraient faire face à une graduelle mais constante érosion de leur pouvoir et de leur influence dans les affaires du monde. Personne à Washington n’est prêt à laisser cela se produire, et c’est pourquoi les Etats-Unis ont lancé leur guerre par procuration en Ukraine.

Les Etats-Unis veulent séparer les continents, « empêcher l’émergence d’un nouveau rival« , installer un péage entre l’Europe et l’Asie, et se positionner comme le garant de la sécurité régionale. À cette fin, les Etats-Unis sont en train de reconstruire un Rideau de Fer le long des centaines de kilomètres qui vont de la Mer Baltique à la Mer Noire. Des chars, des véhicules blindés et de l’artillerie sont envoyés dans la région pour renforcer une zone tampon autour de l’Europe, afin d’isoler la Russie et pour créer un terrain propice à une prochaine agression étasunienne. Des rapports sur l’équipement lourd et le déploiement d’armes apparaissent dans les médias presque quotidiennement, même si ces nouvelles sont généralement omises dans la presse US. Un résumé rapide de quelques-uns des récents titres de presse aidera les lecteurs à saisir l’ampleur du conflit qui se développe dans l’ombre:

« Les USA, la Bulgarie organiseront des exercices militaires dans les Balkans« , « L’OTAN entame des exercices en Mer Noire« , « L’armée a envoyé encore plus de troupes et de chars en Europe », « La Pologne demande une plus grande présence militaire étasunienne« , « Un convoi militaire de l’Armée étasunienne envoyé sur 1.600 kilomètres à travers l’Europe« , « Plus de 120 chars étasuniens et véhicules blindés arrivent en Lettonie », « Les USA et la Pologne organiseront des exercices sur les missiles en mars – Pentagone »

Comprenez-vous? Il y a une guerre, une guerre entre les Etats-Unis et la Russie.

A noter également comment la plupart des titres de presse soulignent l’implication étasunienne et non pas de l’OTAN. En d’autres termes, les provocations contre la Russie proviennent de Washington, et non pas de l’Europe. C’est un point important. L’UE a soutenu les Etats-Unis sur des sanctions économiques, mais elle n’est pas du tout prête à s’engager dans des préparatifs militaires le long de son périmètre. C’est l’idée de Washington, et le coût est assumé par les seuls Etats-Unis. Naturellement, déplacer des chars, des véhicules blindés et de l’artillerie au travers du monde est un projet coûteux, mais les Etats-Unis sont tout à fait disposés à en payer le prix, si cela les aide à atteindre leurs objectifs.

Et quels sont les objectifs de Washington ?

Il est intéressant de noter que même les analystes politiques situés à l’extrême droite semblent d’accord sur ce point. Voyez par exemple cette citation du PDG de STRATFOR, George Friedman telle qu’il l’a résumée dans une récente présentation au Conseil des Affaires Étrangère de Chicago :

« L’intérêt primordial des Etats-Unis, pour lequel pendant des siècles nous avons fait la guerre – la Première, la Deuxième, et la Guerre froide – a été la relation entre l’Allemagne et la Russie, parce que unies, ce sont les seules forces qui peuvent nous menacer. De façon à s’assurer que cela ne se produise pas … » [2]

Bingo. L’Ukraine n’a rien à voir avec la souveraineté, la démocratie ou la (prétendue) l’agression russe. Tout cela n’est que de la propagande. C’est une question de pouvoir. Il s’agit de l’expansion impériale. Il s’agit de sphères d’influence. Il s’agit de conjurer l’irréversible déclin économique. Tout cela fait partie du monde géopolitique de la terre brûlée où on ne fait pas-de-prisonniers dans lequel nous vivons, basé sur les rapports de force, et non pas du faux Disneyworld créé par les médias occidentaux. Le Département d’Etat US et la CIA ont renversé le gouvernement élu d’Ukraine et ont ordonné à la nouvelle junte de lancer une guerre désespérée d’extermination à l’encontre de son propre peuple, à l’Est, parce qu’ils estimaient qu’ils n’avaient pas d’autre option. Si le plan ambitieux de Poutine visant à créer une zone de libre-échange entre Lisbonne à Vladivostok était allé de l’avant, où en seraient les Etats-Unis ? Dehors dans le froid, c’est là qu’ils seraient. Les Etats-Unis allaient devenir une île isolée d’importance déclinante dont les énormes déficits de la balance commerciale et le niveau stratosphérique de la dette nationale auraient pavé la voie à une brutale restructuration, à un déclin du niveau de vie, à une inflation galopante et à un essor de l’agitation sociale. Peut-on vraiment croire que Washington aurait laissé cela arriver, alors qu’il dispose d’une « rutilante » machine de guerre d’un billion de dollars ?

Diable, non. En outre, Washington estime qu’il a un droit historique à régner sur le monde ; c’est bien ce à quoi il faut s’attendre quand le sentiment de puissance et d’orgueil atteignent leur phase terminale. Voyez par exemple cet extrait d’un article de l’économiste Jack Rasmus publié par CounterPunch :

« Derrière les sanctions, l’objectif des Etats-Unis est que la Russie quitte l’orbite économique européenne. L’Europe était en train de devenir trop intégrée et dépendante de la Russie. Il s’agissait non seulement du gaz et des matières premières, mais aussi des relations commerciales et des flux de capitaux qui allaient s’approfondissant sur de nombreux fronts entre la Russie et l’Europe, avant que la crise ukrainienne ne fournisse le prétexte à l’introduction de sanctions.
L’intégration économique croissante de la Russie avec l’Europe menace à long terme les intérêts économiques des capitalistes étasuniens. Stratégiquement, le coup d’Etat précipité des Etats-Unis en Ukraine peut être vu, par conséquent, comme un moyen de provoquer une intervention militaire russe, ce qui est l’événement nécessaire afin d’approfondir et d’élargir les sanctions économiques qui permettraient finalement d’en finir avec la croissance des relations économiques entre l’Europe et la Russie sur le long terme. Ce qui permettrait non seulement de garantir aux USA que leurs intérêts économiques en Europe demeurent dominants, mais également d’ouvrir de nouvelles perspectives de profit pour les intérêts étasuniens en Europe et aussi en Ukraine…
Quand les règles du jeu de la concurrence entre les capitalistes se brisent totalement, le résultat, c’est la guerre – qui est la forme ultime de la concurrence capitaliste. » [3]

Voyez-vous? Les analystes de droite et de gauche sont d’accord. L’Ukraine n’a rien à voir avec la souveraineté, la démocratie ou l’agression russe. C’est le vieux plan du coupe-gorge géopolitique, où le dernier homme qui reste debout, l’emporte.
Les États-Unis ne peuvent pas permettre à la Russie de récolter les bénéfices de ses vastes ressources. Oh, non. Elle doit être châtiée, elle doit être brutalisée, elle doit être sanctionnée, isolée, menacée et intimidée. C’est comme ça que le système fonctionne. Le truc du marché libre, c’est juste des bobards pour le petit peuple.

La Russie va devoir faire face à des guerres chaotiques et fratricides sur ses frontières et à des « révolutions colorées » turbulentes dans sa capitale. Elle devra résister à des représailles de la part de ses partenaires commerciaux, à des attaques sur sa monnaie et à des complots pour la déposséder de ses recettes (pétrolières). Les Etats-Unis vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour envenimer les choses, diaboliser Poutine, pour retourner Bruxelles contre Moscou, pour saboter l’économie russe.
Diviser et régner, telle est la devise. Qu’ils se prennent tous à la gorge : les Sunnites contre les Chiites, une ethnie ukrainienne contre une autre, les Russes contre les Européens. C’est le plan de Washington, et c’est un plan qui n’échoue jamais.
Les éminences grises étasuniennes sont convaincues que la récession économique aux USA ne peut être arrêtée qu’en revendiquant l’Asie Centrale, en démembrant la Russie, en encerclant la Chine, et en détruisant tous les plans d’intégration économique entre l’UE et l’Asie. Washington est déterminé à l’emporter dans ce conflit existentiel, à affirmer son contrôle hégémonique sur les deux continents, pour conserver sa position en tant que seule superpuissance dans ce monde.
Seule la Russie peut en empêcher les États-Unis et nous pensons qu’elle le fera.
Mike Whitney

Notes :
[1] Western Financial System Is Driving It to War, (19.02.2015)
[2] https://www.youtube.com/watch?v=oaL5wCY99l8 (Temps de 1:40 à 1:57)
[3] http://www.counterpunch.org/2015/03/13/the-global-currency-wars/

Source : Counterpunch / Arrêt sur Info (trad.)

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« Le traitement spécial réservé aux Russes et aux Serbes est motivé par leur insoumission »
Entretien avec Slobodan Despot, le 13 mars 2015 - Philitt

Slobodan Despot est écrivain et éditeur. Il a notamment publié Despotica en 2010 (Xenia) et Le miel en 2014 (Gallimard). Suisse d’origine serbe, il porte un intérêt tout particulier au monde slave. Nous avons discuté avec lui de la manière dont les médias, les politiques et les intellectuels occidentaux rendaient compte du conflit en Ukraine.

PHILITT : En 1999, l’OTAN et l’Occident ont déclenché une guerre au Kosovo en niant l’importance culturelle et historique de cette région pour le peuple serbe. Aujourd’hui, l’Occident semble ignorer l’importance de l’Ukraine pour le peuple russe. Avec 15 ans d’écart, ces deux crises géopolitiques ne sont-elles pas le symbole de l’ignorance et du mépris de l’Occident envers les peuples slaves ?

Slobodan Despot : La réponse est dans la question. On agit de fait comme si ces peuples n’existaient pas comme sujets de droit. Comme s’il s’agissait d’une sous-espèce qui n’a droit ni à un sanctuaire ni à des intérêts stratégiques ou politiques vitaux. Il y a certes des peuples slaves et/ou orthodoxes que l’Otan traite avec une apparente mansuétude — Croates, Polonais, Roumains, Bulgares — mais uniquement à raison de leur docilité. On ne les méprise pas moins pour autant. Cependant, le traitement spécial réservé aux Russes et aux Serbes est motivé par leur insoumission à un ordre global dont l’Occident atlantique se croit à la fois le législateur et le gendarme. On peut déceler dans l’attitude occidentale vis-à-vis de ces deux nations des composantes indiscutables de ce qu’on appelle le racisme. Le journaliste suisse Guy Mettan publie d’ailleurs ce printemps une étude imposante et bienvenue sur la russophobie.

PHILITT : Comme l’explique Jacques Sapir, deux revendications légitimes se sont affrontées dans le cadre de la crise de Crimée : la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et le respect de l’intégrité territoriale d’un État. Est-il possible, selon vous, de dépasser cette tension ?

Slobodan Despot : La Crimée fut arbitrairement rattachée, on le sait, à l’Ukraine par Khrouchtchev dans les années 50, à une époque où l’URSS semblait appelée à durer des siècles et où, du même coup, ses découpages intérieurs ne signifiaient pas grand-chose. L’éclatement de l’URSS a soulevé de nombreux problèmes de minorités, d’enclaves et de frontières inadéquates. La Crimée est non seulement une base stratégique de premier plan pour la Russie, mais encore une terre profondément russe, comme elle l’a montré par le référendum de mars 2014. Les putschistes de Kiev, sûrs de la toute-puissance de leurs protecteurs occidentaux, ont oublié de prévoir dans leur arrogance que le renversement de l’ordre constitutionnel allait entraîner des réactions en chaîne. Or, non seulement ils n’ont rien fait pour rassurer les régions russophones, mais encore ils ont tout entrepris pour que celles-ci ne songent même plus à revenir dans le giron de Kiev.

De toute façon, le rattachement de la Crimée n’est, on l’oublie trop vite, que la réponse du berger russe à la bergère américaine, qui a jugé bon en 1999 de détacher à coup de bombes le Kosovo de la Serbie. Le bloc atlantique et ses satellites ont par la suite reconnu cet État mort-né malgré l’existence d’une résolution de l’ONU (n° 1244) affirmant clairement la souveraineté de la Serbie sur cette province. C’est au Kosovo qu’a eu lieu la violation du droit international qu’on dénonce en Crimée.

PHILITT : Concernant le conflit ukrainien, chaque camp dénonce l’action d’agents d’influence en tentant de minimiser la spontanéité des événements. Quelle est la part de réalité et de fantasme de cette lecture géopolitique ?

Slobodan Despot : Je rappellerai un cas d’école très peu connu. Toute la Crimée se souvient d’un incident gravissime survenu au lendemain du putsch de Maïdan, lorsque des casseurs néonazis bien coordonnés ont arrêté sur l’autoroute une colonne de 500 manifestants criméens revenant de Kiev, mitraillé et incendié leurs autocars, tabassé et humilié les hommes et sommairement liquidé une dizaine de personnes. Les médias occidentaux ont totalement occulté cet épisode. Comme il s’agissait de faire passer le référendum criméen pour une pure manipulation moscovite, il était impossible de faire état de cet événement traumatique survenu moins d’un mois avant le vote.

Les exemples de ce genre sont légion. Le livre très rigoureux du mathématicien français Michel Segal, Ukraine, histoires d’une guerre (éd. Autres Temps), en analyse un certain nombre en détail. Il faut reconnaître que le camp occidentaliste a l’initiative de la propagande contre la propagande, c’est-à-dire de la montée en épingle d’opérations d’influence supposées. Il jouit en cela d’une complaisance ahurissante des médias occidentaux. Or, dans un conflit comme celui-là, où tous les protagonistes sortent des écoles de manipulation soviétiques, les chausse-trappes sont partout et seul un jugement fondé sur la sanction des faits avérés et sur la question classique à qui profite le crime? permettrait d’y voir clair. Nous en sommes loin! Le plus cocasse, c’est que la presse officielle nous sert à longueur de journée des théories du complot russe toujours plus échevelées tout en condamnant le complotisme des médias alternatifs …

BHL - WORLDWAR EXPRESS

PHILITT : Dans la chaîne causale qui va de la mobilisation humanitaire  jusqu’à l’intervention militaire, quelle est la place exacte des intellectuels qui l’approuvent ? Sont-ils de simples rouages ?

Slobodan Despot : Les intellectuels ont joué me semble-t-il un rôle bien plus important dans cet engrenage au temps de la guerre en ex-Yougoslavie. J’ai conservé les articles des BHL, Julliard, Glucksmann, Deniau, etc. On a peine à croire, vingt ans après, que des gens civilisés et hautement instruits aient pu tomber dans de tels états de haine ignare et écumante. Même le bon petit abbé Pierre, saint patron des hypocrites, avait appelé à bombarder les Serbes! J’ai également conservé les écrits de ceux qui, sur le moment même, avaient identifié et analysé cette dérive, comme l’avait fait Annie Kriegel.

Aujourd’hui, à l’exception burlesque de Lévy, les intellectuels sont plus en retrait. Ils vitupèrent moins, mais s’engagent moins également pour la paix. Mon sentiment est que leur militantisme crétin au temps de la guerre yougoslave les a profondément décrédibilisés. Leur opinion n’intéresse plus personne. Du coup, dans l’actualité présente, le rôle des agents d’influence ou des idiots utiles est plutôt dévolu à d’obscurs « experts » académico-diplomatiques, souvent issus d’ONG et de think tanks plus ou moins liés à l’Otan. Ces crustacés-là supportent mal la lumière du jour et abhorrent le débat ouvert. Il est caractéristique qu’Alain Finkielkraut ait dû me désinviter de son Répliques consacré à l’Ukraine suite à la réaction épouvantée d’un invité issu de ce milieu à la seule mention de mon nom. À quoi leur servent leurs titres et leurs pseudo-travaux s’ils ne peuvent endurer un échange de vues avec un interlocuteur sans qualification universitaire ?

PHILITT : Bernard-Henri Lévy compare, dès qu’il en a l’occasion, Vladimir Poutine à Hitler ou encore les accords de Minsk à ceux de Munich signés en 1938. Cette analyse possède-t-elle une quelconque pertinence ou relève-t-elle de la pathologie ?

Slobodan Despot : M. Lévy a un seul problème. Il n’a jamais su choisir entre sa chemise immaculée et la crasse du monde réel. Il se fabrique des causes grandiloquentes à la mesure de sa peur et de sa solitude de garçon mal aimé errant dans des demeures vides qu’il n’a jamais osé abandonner pour mener la vraie vie selon l’esprit à laquelle il aspirait. Je le vois aujourd’hui mendier la reconnaissance par tous les canaux que lui octroie son immense fortune — journalisme, roman, reportage, théâtre et même cinéma — et ne recueillir que bides et quolibets. Et je l’imagine, enfant, roulant des yeux de caïd mais se cachant au premier coup dur derrière les basques de son père ou de ses maîtres. Dans mes écoles, on appelait ces fils-à-papa cafteurs des lèche-cul et nul n’était plus méprisé que ces malheureux-là. Aussi, lorsque j’entends pérorer M. Lévy, je ne pense jamais à l’objet de sa harangue, mais à l’enfant en lui qui m’inspire une réelle compassion.

PHILITT : Vous écriviez, pour annoncer une conférence qui s’est tenue à Genève le 25 février : « On a vu se mettre en place une narratologie manichéenne qui ne pouvait avoir d’autre dénouement que la violence et l’injustice. Si l’on essayait d’en tirer les leçons?» Le storytelling [scénario, NdT] est-il devenu la forme moderne de la propagande ?

Slobodan Despot : C’est évident. Il se développe en milieu anglo-saxon (et donc partout) une véritable osmose entre l’écriture scénaristique et l’écriture documentaire. Cas extrême : le principal document dont nous disposions sur l’exécution supposée de Ben Laden en 2011 est le film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty, qui a tacitement occupé dans la culture occidentale la place du divertissement et de l’analyse, et de la preuve. La réussite cinématographique de ce projet (du reste dûment distingué) a permis d’escamoter toute une série d’interrogations évidentes.

Sur ce sujet du storytelling, nous disposons d’une enquête capitale. En novembre 1992, Élie Wiesel emmena une mission en Bosnie afin d’enquêter sur les camps d’extermination serbes dénoncés par la machine médiatique cette année-là. Ayant largement démenti cette rumeur, la mission Wiesel fut effacée de la mémoire médiatique. Par chance, il s’y trouvait un homme de raison. Jacques Merlino, alors directeur des informations sur France 2, fut outré tant par l’excès de la campagne que par l’escamotage de son démenti. Il remonta jusqu’à l’agence de relations publiques qui était à la source du montage. Son président, James Harff, lui expliqua fièrement comment il avait réussi à retourner la communauté juive américaine pour la convaincre que les victimes du nazisme de 1941 étaient devenues des bourreaux nazis en 1991. Il ne s’agissait que d’une story, d’un scénario bien ficelé. La réalité du terrain ne le concernait pas.

Les stories simplistes de ce genre ont durablement orienté la lecture de cette tragédie. Ceux qui s’y opposaient, fût-ce au nom de la simple logique, étaient bâillonnés. Le livre de Merlino,Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire (Albin Michel), fut épuisé en quelques semaines et jamais réimprimé, et son auteur récompensé par un poste… à Pékin !

PHILITT : Comment expliquer la faible mémoire des opinions occidentales ? Comment expliquer qu’elles aient oublié les preuves qui devaient être apportées de l’implication russe dans la destruction du MH-17 ? Le storytelling remplace-t-il, dans l’esprit du public, la causalité mécanique par une causalité purement morale ?

Slobodan Despot : Nous vivons en effet dans une époque hypermorale, ou plutôt hypermoralisante. L’identification des faits est subordonnée à l’interprétation morale qui pourrait en découler. Si, par exemple, voir des jeunes molester une gamine devant votre immeuble risque de vous inspirer des pensées racistes et sécuritaires, vous êtes prié de ne pas constater l’altercation et de passer votre chemin. C’est très vil au point de vue de la moralité individuelle, mais correct selon la moralité sociétale. Une même école du regard a été imposée au sujet de la Russie. Au lendemain de la tragédie du vol MH-17, la sphère politico-médiatique s’est mise à conspuer le président russe en personne comme s’il avait abattu l’avion de ses propres mains. Aujourd’hui, plus personne n’en souffle mot, le faisceau d’indices étant accablant pour le camp adverse. Ces dirigeants et ces personnalités publiques disposent de suffisamment de jugeote et de mémoire pour mener rondement et même cyniquement leurs propres affaires. Mais dans un contexte impliquant l’intérêt collectif, comme la guerre contre la Russie, ils abandonnent tout sens de la responsabilité et du discernement et se comportent comme des midinettes hyperventilées. Leur tartufferie n’est même plus un vice, mais une composante anthropologique. Ils réalisent le type humain totalement sociodépendant que le nazisme et le communisme ont tenté de mettre en place avant d’être coupés dans leur élan.

Source : Philitt

* * *



Bernard-Henri Lévy prend des amphétamines pour écrire et mener "ses combats" (sic) (France 2, Complément d'Enquête, 2014)


Lors d'un numéro spécial de Complément d'enquête, diffusé jeudi 3 juillet sur France 2, l'épouse de BHL a révélé que ce dernier prenait des amphétamines.
Le 03/07/2014 - Le Figaro

Nous vous l'annoncions il y a quelques jours, le numéro spécial de Complément d'enquête consacré au philosophe, révélait jeudi soir - par le biais d'Arielle Dombasle - que ce dernier avait recours aux psychotropes: «Quand je vois son regard extraordinairement fixe, comme ça et une espèce de chose avec un horizon très lointain et dur, je me dis «Ah, là...Y'a de la chimie qui est passé par là»».
Une déclaration métaphorique que la chanteuse a réitérée lorsque le journaliste lui a clairement demandé si Bernard-Henri Lévy se droguait: «Il a recours, je vous dis, à des armes. Ce qui est important pour lui c'est son oeuvre et se sont ses combats, assurait-elle. Et par conséquent, tout est permis pour arriver à ses fins. C'est un grand stratège». (sic)

«Les amphétamines, parfois, m'y ont aidé»
Une information que Bernard-Henri Lévy, nous avait confirmé il y a quelques jours dans un entretien: «Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m'y ont aidé», nous confiait-il.
Source : Le Figaro


Commentaire :
Que BHL prenne des amphétamines (ou n'importe quoi d'autres) pour écrire ne pose pas problème, par contre pour se mêler de politique c'est autre chose, car la substance donne nettement le pas sur l'action au détriment de la faculté de juger. Mais en l’occurrence la faute (dans le déclenchement des conflits) en incombe davantage à ceux qui l'écoute et se laisse influencer par le personnage - qui n'a jamais eu aucun mandat politique.

Sur le rôle des amphétamines dans les guerre voir le reportage Arte :
La pilule de Göring, la pervitine
Extrait :
Très vite, les médecins de la Wehrmacht s’intéressent à ce nouvel excitant du système nerveux qui accroît la vigilance, la résistance à la fatigue et le sentiment d’invincibilité. Distribuée aux conducteurs de chars et aux pilotes d’avion aussi bien qu’à l’infanterie, la "pilule magique" permet à l’armée allemande d’envahir la France et l’URSS à marche forcée. 
 

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