jeudi 15 décembre 2016

Alep. Où est la vérité ?

MAj de la page : Syrie. Une libération crève-coeur pour la coalition internationale.



Témoignage de Vanessa Beeley, journaliste britannique (octobre 2016)

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Interview de Nabil Antaki, médecin syrien à Alep (Arrêt sur info, 23 mai 2016)
 

ALEP – Où est la vérité ? Sûrement pas chez les journalistes et les médias
Par Nabil Antaki, médecin à Alep, le 14 décembre 2016 - Arrêt sur info

Réponse du Dr Nabil Antaki aux gens désorientés face aux accusations d’exécutions sommaires émanant de l’ONU et de gouvernements et médias désapprouvant l’offensive de l’Etat syrien contre les dernières positions terroristes à Alep. Accusations contrastant avec la lettre du frère Sabe. SC. 


Je comprends très bien le trouble de ton interlocuteur ou le sentiment d’être mal à l’aise de l’autre ainsi que ton questionnement : Où est la vérité ? Je comprends très bien ces réactions de la part de personnes qui sont soumises à un matraquage médiatique occidental très partial, manichéen où il y a les bons d’un côté qu’on appelle rebelles ou révolutionnaires (on oublie qu’ils font partie des 2 groupes, Daech et Al Nosra, qui ont été mis sur la liste des organisations terroristes par la communauté internationale. On oublie les 90,000 djihadistes étrangers qui sont venus chez nous pour faire le djihad. On oublie que le but ultime de ces terroristes est l’installation d’un état islamique) et de l’autre les méchants qu’on a diabolisé par une désinformation massive dès le début des événements pour accélérer la chute du régime.

Ce sont les mêmes qui ont envahi les quartiers Est d’Alep en juillet 2012, Mossoul en 2014 et commis les attentats à Paris en 2015.

A Paris, ce sont des terroristes qu’ils font éliminer.

A Mossoul, vous applaudissez (à juste titre) des 2 mains l’assaut de l’armée irakienne épaulée par les raids aériens américains et de la coalition pour libérer la ville des terroristes de Daech (en sachant bien que ces raids feront naturellement des victimes parmi les civils mais personne ne s’en offusque en Occident).
A Alep, vous condamnez l’assaut de l’armée de l’Etat Syrien qui vise à libérer une partie de la ville contrôlée depuis 4 ans et 4 mois par les mêmes terroristes de Al Nosra. (Pour rappel, Daech et Al Nosra étaient un seul groupe qui s’est scindé en 2, il y a 2-3 ans, Al Nosra voulant suivre Al Qaida et prêter allégeance au dauphin de Ben Laden, et Daech voulant prêter allégeance au calife auto-proclamé Al Baghdadi)

Où est la vérité ? sûrement pas chez les journalistes et les médias. Elle est chez ceux qui vivent sur place.

Elle est chez les habitants d’Alep-Ouest (Il n’y a pas que des chrétiens, bien au contraire, nous sommes devenue une infime minorité) qui ont, hier soir, manifesté de joie dans les rues à l’annonce de la libération d’une grande partie d’Alep-Est. Ils ont subi pendant 4 ans et demi un bombardement quotidien de la part des terroristes d’Alep-Est avec des dizaines de victimes tous les jours (bien sûr passé sous silence par les médias occidentaux et personne ne s’est senti mal à l’aise). L’eau leur a été coupée depuis plus de 2 ans par les terroristes (c’est un crime de guerre et contre l’humanité que de couper l’eau a 1.5 millions d’habitants) et personne en Occident ne s’est senti troublé. Alors, les Alépins d’Alep ont supplié l’armée et le gouvernement de l’Etat Syrien de libérer les quartiers Est et il est du devoir de l’Etat de le faire.

La vérité est chez les habitants des quartiers Est d’Alep qui ont été libérés alors qu’ils étaient gardés en « otages » par les terroristes, ou plutôt comme boucliers humains. Il faut les voir éclater de joie en se jetant dans les bras des soldats, pleurer de retrouver les membres de leur famille, il faut les écouter raconter les souffrances qu’ils ont subi de la part des terroristes (Bien sûr, tout ceci est documenté par des vidéos qui sont en arabe et qu’on ne vous montre pas)

Quant aux bombardements russes et syriens qui ont tellement dérangé nos amis en Europe, Oui, ils ont fait des victimes parmi les civils et nous le déplorons. Mais déplorez-vous les victimes civiles des raids de la coalition sur Mossoul ? (La bombe américaine serait-elle plus intelligente que la bombe russe), des raids de la coalition sur les terroristes en Syrie qui font à chaque fois des victimes civiles (le dernier raid aérien français en Syrie a fait d’un coup 110 victimes civils mais on ne vous le dit). Lors d’une prise d’otages, après négociation  et tentative infructueuse de libérer pacifiquement les otages, la police ne donne-t-elle pas l’assaut sachant qu’il y aura, peut-être des victimes parmi les otages?.

En effet, il n’y a pas de guerre propre. (Vous oubliez que nous vivons une guerre depuis 5 ans et demi) Mais les médias en Europe ont beaucoup exagéré les faits, modifier et amplifier la réalité. Le matraquage médiatique que vous avez subi était un tissu de mensonge. On vous a annoncé 10 fois en 6 mois la destruction du dernier hôpital d’Alep-Est, c’est comme si, par un coup de baguette magique, l’hôpital renaissait en 2 semaines. On vous a montré en boucle le Maire d’Alep-Est faire des conférences de presse, reçu par Hollande, embarquant avec Duflos dans une farce de voyage à Alep. Or ce Monsieur n’est ni maire d’Alep ni maire de paris. C’est un imposteur qu’on a sorti comme un lapin du chapeau d’un magicien pour appuyer la campagne médiatique VISANT A ARRÊTER LA PROGRESSION DE L’ARMEE SYRIENNE A ALEP, en imposant une trêve pour raisons humanitaires afin de permettre aux terroristes (génétiquement modifiés par les occidentaux en rebelles modérés) de se ressaisir.

Les Syriens ont assez souffert de cette guerre, les Alépins en particulier, et n’acceptent pas qu’on les empêche d’exprimer leur joie de voir les terroristes en déroute (du moins à Alep), leurs concitoyens d’Alep-Est libérés, et de pouvoir vivre sans déplorer chaque jour la mort d’un parent, d’un ami, d’un voisin tués par les obus des rebelles-terroristes.

Nabil Antaki | 14 décembre 2016

PS : La campagne médiatique a été tellement bien orchestrée avec un matraquage quotidien de mensonges que toutes les personnes de bonne volonté, qui n’ont pas de relations sur le terrain, vont croire, malgré un esprit critique, ce qu’on leur raconte. Ils vont se dire : on ne peut pas nous mentir autant, il y a sûrement de la vérité dans ce que l’on nous dit. Mentez,  Mentez, il en restera toujours quelque chose.

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Débat sur Alep dans 24 Heures en Questions (LCI, 24 heures en question, le 15 décembre 2016)
"C'est un peu gênant d'éteindre la Tour Eiffel pour les djihadistes"

Intervenants : Frédéric Pons (journaliste, écrivain, spécialiste de géopolitique, professeur à Saint-Cyr et auteur de "Poutine"), Isabelle de Gaulmyn (rédactrice en chef adjointe au journal La Croix, un quotidien très présent pour couvrir Alep), Frédéric Pichon (professeur de géopolitique, spécialiste de la Syrie et chercheur associé à l'université François Rabelais de Tours, auteur de "Syrie, pourquoi l'Occident s'est trompé" aux éditions du Rocher) et le général Vincent Desportes (professeur de stratégie à Sciences Po et HEC, a dirigé l'école de guerre et auteur de "La Dernière Bataille de France" chez Galimard).



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Sur la Syrie, la France est en état d’extinction cérébrale
Par Bruno Guigue, le 15 décembre 2016 - Arrêt sur info


La Tour Eiffel éteinte le 14 décembre.@ LUDOVIC MARIN / AFP

Provoquée par la cupidité des puissances occidentales et des pétromonarchies corrompues, la guerre en Syrie connaît avec la libération d’Alep un tournant majeur. Le dernier carré des terroristes d’Al-Qaida et consorts, cerné dans les décombres, est sur le point de céder devant la progression fulgurante de l’armée arabe syrienne. Les civils s’enfuient en masse vers le reste de la ville, tenu par les troupes gouvernementales.

Que fait la France ? Elle éteint la Tour Eiffel par solidarité avec Alep. Avec les habitants d’Alep, avec tous ses habitants ? Non. Le million et demi d’Alépins réfugié dans les quartiers Ouest, pour le gouvernement français et pour les médias qui le servent, ce sont des gens qui n’existent pas. Et même s’ils existaient, ils ne mériteraient pas de vivre. Lorsqu’ils subissaient les tirs de mortier des courageux rebelles en lutte pour la démocratie, leurs morts demeuraient invisibles, effacés des écran-radar.

Car ils ont commis une faute impardonnable, ces Syriens qui ne demandaient qu’à vivre en paix, un crime qu’on ose à peine nommer. Ils n’ont pas pris les armes contre le gouvernement de leur pays. Ils n’ont pas obéi aux gouvernements occidentaux qui leur demandaient de renverser le pouvoir bassiste. Sourds aux appels des prédicateurs saoudiens, ils n’ont pas réclamé l’instauration de la charia wahhabite. Alors on n’en parle pas, c’est plus simple.

On fait l’impossible, en revanche pour sauver la peau des mercenaires recrutés en masse pour détruire l’Etat syrien, laïque et souverain, et le remplacer par un Etat-croupion d’obédience wahhabite. Encerclés dans ce qui reste de la « capitale » d’une révolution-bidon, ces mercenaires sont les mêmes que ceux qui ont tué nos compatriotes au Bataclan. Ce sont les charognards du takfir, les seconds couteaux des Saoud, les petites frappes du gangstérisme sponsorisé par l’OTAN.

La cuisante défaite de ces desperados de la terreur leur arrache des larmes, à nos faiseurs d’opinion, elle les met en transe compassionnelle comme si ces coupeurs de tête étaient nos frères d’armes, ou de pauvres victimes sur le sort desquelles il faudrait s’apitoyer. Avec un art consommé du mensonge et de la manipulation, ces affabulateurs professionnels font comme si le sort des terroristes était lié aux populations civiles qui leur servent de boucliers humains, comme si les souffrances des innocents causées par la guerre justifiaient notre soutien aux terroristes qui en sont responsables.


Pourtant on les voit, ces civils, qui fuient les quartiers rebelles dès qu’ils le peuvent, essuyant les tirs de leurs soi-disant protecteurs. Les médias parlent de 100 000 personnes qui seraient recluses dans le dernier réduit « rebelle », mais sans nous expliquer comment elles peuvent contenir dans trois kilomètres carrés ! Plus les heures passent, en réalité, et plus ce dernier bastion de fanatiques se vide de ses civils, et plus les gouvernements occidentaux, relayés par leurs perroquets médiatiques, s’en affligent.

Avec un cynisme sans limite, nos dirigeants voudraient que ces civils restent bien sagement avec les terroristes dans leur trou à rats, pour servir d’alibi à la poursuite de la guerre par procuration contre la souveraineté syrienne. Complices des allumés du takfir maquillés en rebelles démocrates, nos dirigeants aimeraient les prendre en otages, ces civils, les avoir sous la main comme des preuves vivantes de cette révolution-bidon, en nous faisant croire que lorsque l’armée syrienne frappe Al-Qaïda, elle s’acharne en fait contre des innocents.

Mensonge pour mensonge, on nous dit aussi que des dizaines de civils ont été froidement abattus par des milices chiites. Mais ceux qui rapportent cette accusation oublient de dire que selon l’ONU il n’y a pas de preuve de ces massacres et que ces allégations sont « invérifiables ». Peu importe, c’est un détail ! Les mêmes accusateurs diront alors que des massacres auront lieu, que c’est inévitable, qu’il y aura un « génocide » ! Impuissante à produire la moindre preuve sur des faits passés, l’accusation se conjugue au futur, elle se fait prophétique, elle vaticine en prenant ses désirs pour des réalités.
La désinformation bat son plein, l’esprit collabo se déchaîne et l’hexagone, comme d’habitude, bat tous les records. Quel pays de masochistes ! On éteint la Tour Eiffel pour pleurer la défaite de ceux qui mitraillent les terrasses de nos cafés, mais on impose un embargo sur les médicaments à un peuple qui ne nous a rien fait en croyant punir un gouvernement qui combat ces assassins sans frontières. Alors, oui, éteignons la Tour Eiffel et tout le reste. De toute façon, la France est un pays en état d’extinction cérébrale, une colonie de l’Empire dirigée par des imposteurs qui, en faisant le malheur des autres, feront aussi le nôtre.

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Caroline Galactéros : la bataille d'Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie
le 8 décembre 2016 - Figaro


L'Armée syrienne a repris plus de 70% d'Alep-Est aux rebelles. Pour Caroline Galactéros, d'autres pays pourraient se rapprocher de la Russie qui, en Syrie, a su protéger les structures étatiques malgré la curée internationale contre elle.

Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d'intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (éd.Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).

FIGAROVOX. - L'Armée syrienne a repris le contrôle de la vieille ville d'Alep qui était aux mains des rebelles. Est-ce un tournant décisif pour la Guerre en Syrie?

Caroline GALACTEROS. - Cette avancée des forces du régime est importante. Après la libération d'autres quartiers d'Alep-Est, avoir pu extirper les djihadistes de ce dédale de rues et de souterrains et les contraindre à se replier vers le sud-est de la ville témoigne d'une dynamique militaire positive en faveur de l'armée syrienne. Surtout, l'exfiltration réussie de plusieurs dizaines de milliers de civils vers l'ouest de la ville prive les djihadistes de leurs «boucliers humains» … et les adversaires occidentaux du régime d'un argument médiatique lourd contre l'implication militaire de Moscou à ses côtés…

Le recul des djihadistes à Alep n'est en effet que la manifestation d'une déroute militaire globale.
La prise d'Alep, si elle devait se réaliser rapidement, constituerait un cap au plan des forces morales qui s'opposent dans cet interminable pugilat, mais surtout une victoire politique symbolique de prix qui conforterait un rapport de force de plus en plus favorable à la restauration de l'Etat syrien. Le recul des djihadistes à Alep n'est en effet que la manifestation d'une déroute militaire globale qui semble chaque jour plus inéluctable, et d'un rapport de forces russo-américain où Washington perd pied. Même John Kerry dans sa déclaration à Bruxelles du 6 décembre (lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN), semble jeter l'éponge, apparemment convaincu que la partie (i.e le renversement du régime syrien et l'éclatement du pays) est perdue, et cherche habilement à dédouaner l'Amérique d'un soutien aux mouvements rebelles radicaux devenu indéfendable et surtout sans issue. Sans issue… mais pas sans objet résiduel. La rivalité Washington-Moscou restera vive, au moins jusqu'à l'entrée en fonction de Donald Trump fin janvier prochain. De ce point de vue, la réduction de l'insurrection djihadiste à Alep n'est donc pas décisive, et l'administration Obama poursuivra sans doute son soutien au moins indirect aux groupes radicaux (notamment via la Turquie) pour pourrir au maximum le jeu russe et plus encore celui du nouveau Président, qui a déjà entrepris un dialogue avec Moscou pour sortir l'Amérique de ce bourbier. Peut-être un «deal» de type «blanc-seing à la Russie en Syrie contre mains libres à l'Amérique en Irak» pour redorer le blason US est-il en train de se nouer. La guerre ne va donc pas s'arrêter avec l'éventuelle reprise d'Alep. Elle cessera lorsque les puissances sunnites, les Etats-Unis mais aussi la France accepteront leur «échec» et chercheront sérieusement un compromis politique soutenable pour la Russie et l'Iran. Il faut pour cela que Ryad, Doha, Ankara, Londres et Washington admettent qu'il y a plus à gagner à négocier qu'à combattre, et sans doute aussi que Paris cesse de prendre des initiatives diplomatiques (du type de la conférence envisagée «des pays refusant la guerre totale»…) à contretemps et contre-emploi. Ces gesticulations dérisoires déconnectées de la marche réelle des évènements sont hautement contreproductives, même du seul point de vue égoïste de l'intérêt national. Nous ne reviendrons pas ainsi dans un jeu d'où nos maladresses et notre entêtement dogmatique nous ont exclus en nous déconsidérant.

Dans quelle mesure la prise d'Alep consacre le retour militaire et diplomatique des Russes dans les affaires internationales?

Ce retour de la Russie est à mon sens plus qu'une évidence. C'est une nécessité, n'en déplaise aux nombreux «experts» et commentateurs qui veulent contre toute évidence persister à voir le monde avec un regard de cyclope myope, de manière simpliste et manichéenne. Ils se trompent d'ennemi, par confort intellectuel et refus de se remettre en question. Leur responsabilité est en fait lourde dans la perpétuation du chaos et de la violence car en claironnant leur pensée indigente, ils sclérosent les lignes de fracture au lieu de contribuer à les dépasser. Il est pourtant urgentissime de reconnaître enfin que le modèle implicite des relations internationales qui a eu cours depuis 20 ans s'est définitivement fracassé contre ses propres excès. L'idéalisme moralisateur comme masque d'un interventionnisme rapace a fait des ravages qu'on ne peut plus ignorer. Chez les peuples victimes de notre empressement à les «libérer», mais aussi chez tous ceux que l'on croit ainsi convaincre de la prévalence du modèle occidental de développement politique, économique et social. Et l'effet boomerang de cette offensive qui ne dit pas son nom joue désormais à plein contre nous.

La Russie offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant.

Profitant de cet échec patent, la Russie propose - à l'occasion du conflit syrien -, de rééquilibrer le jeu international, d'admettre sa multipolarité de fait et de se rapprocher de l'Occident dont elle s'estime encore pleinement partie. Surtout, elle offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant: fiable, cohérent, pragmatique, résilient. Ne pas «lâcher Assad» en dépit de la curée internationale contre lui, et surtout protéger l'Etat syrien du démembrement a un impact non seulement à Damas et Téhéran, mais aussi au Caire, à Alger, à Dehli, en Afrique, aux EAU, à Ankara et même d'une certaine façon, à Ryad… La diplomatie du dialogue ouvert et sans exclusive (officiel ou discret) de Moscou avec tous les acteurs directs et indirects du conflit syrien va bien au-delà de la gestion optimale de ce seul drame. L'entreprise de séduction «à la russe» tous azimuts se poursuit. Les émissaires de Moscou, directs ou indirects (palestinien…), nouent des contacts, proposent des partenariats divers, des contreparties attractives à un appui aux positions russes sur ce que doit être la transition politique syrienne. Bref, les lignes bougent et, au lieu de les franchir, là encore, en France ou ailleurs, on oppose artificiellement la logique militaire à la diplomatique, comme si elles n'étaient pas étroitement liées. Comme si on pouvait décider de faire la guerre ou de négocier! Ça ne marche pas comme ça. Ce n'est pas la guerre comme seul mode d'action …ou la diplomatie hors sol dans le silence des armes. Seule la prise d'ascendant militaire sur le terrain et un rapport de force qui ne peut plus évoluer qu'à la marge permettent à un moment donné aux belligérants contraints et forcés, et à leurs parrains divers de s'assoir à la table de négociation de manière productive.

Pour l'heure, les Russes ont marginalisé les Américains.

Pour l'heure, les Russes ont marginalisé les Américains - qui ont déjà fort à faire pour «soutenir sans soutenir» les djihadistes et essayer de maitriser leur allié turc indocile. Ils dominent le front diplomatique et cherchent à réunir autour de leurs auspices exclusifs un panel crédible et représentatif de la diversité syrienne pour un processus politique qui débouchera sur des élections et surtout sur le maintien de l'unité syrienne même dans l'hypothèse d'une structure étatique fédérale. Mais à Paris, au lieu de s'insérer dans cette approche pragmatique, on persiste à criminaliser Vladimir Poutine, à parler d'Assad comme du bourreau unique de son peuple, à minorer le soutien populaire au régime de Damas pour accréditer l'idée qu'on pourrait, de l'extérieur, imposer un casting représentatif… qui pourtant a sombré sans équivoque dans le discrédit et en est lui-même réduit à proposer «de parler avec la Russie» pour ne pas quitter tout à fait la scène. Et la guerre continue.

Quelles suites peut-on imaginer pour le régime de Bachar al-Assad?

Assad n'est ni le (seul) problème, ni la solution. Cette polarisation sémantique elle aussi est hautement contreproductive. C'est un atout dans une négociation globale que chaque puissance intervenante essaie de valoriser au mieux. Si la reconquête militaire se poursuit à son avantage, il pourra sans doute négocier des conditions de sortie honorables pour lui et ses proches au terme d'un processus politique institutionnel et électoral auquel lui - ou d'autres de ses proches, membres éminents du régime - devront d'une façon ou d'une autre participer.

Quel est le jeu de la Turquie alors que le pays poursuit au Nord de la Syrie son opération «Bouclier de l'Euphrate»?

Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie.

La Turquie est revenue depuis juillet dernier pleinement dans le jeu politico-militaire régional. Al-Bab, qu'elle essaie d'encercler avec l'aide de ses rebelles affiliés de l'Armée syrienne libre (ASL), est un point stratégique entre Alep et la ville de Manbij qui est elle, tenue par les Kurdes, ennemi principal du pouvoir d'Ankara et de son point de vue bien supérieur en nocivité à Daech qu'elle a longtemps soutenu. Son idée de manœuvre - qui inquiète d'ailleurs fortement Damas - pourrait être de déloger Daech d'Al-Bab pour y prendre sa place, empêchant ainsi la réunification des zones kurdes tout en continuant à nourrir la lutte des islamistes radicaux contre le régime syrien via son «proxy» ASL notamment. D'une manière générale, on peut dire qu'Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie, jouant tout à la fois de son appartenance à l'OTAN - qui sert les Américains dans leur jeu contre la Russie et les rend conciliants -, et de sa «réconciliation» avec Moscou qu'elle monnaie contre une tolérance russe à ses avancées militaires en Syrie.

La réalité du conflit syrien donne-t-elle ainsi raison aux positions diplomatiques de Donald Trump et François Fillon?

En diplomatie, pragmatisme, réalisme et visée éthique ne sont pas contradictoires.

Pour moi, notre monde a un très urgent besoin de réalisme politique et stratégique. Il faut ouvrir, au nom même de l'apaisement de sa violence structurelle, une ère de coopération hyperpragmatique et à visée éthique (ce n'est pas contradictoire!) en abandonnant les utopies mortifères de l'idéalisme moralisateur qui ont pavé le monde de cadavres civils sacrifiés sur l'autel de notre ubris. Il faut revivifier les Nations Unies et revenir au respect de leur Charte fondatrice. La stabilité de l'ordre international dépend du respect de la souveraineté des Etats, de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et de l'exemplarité politique propre des démocraties occidentales, non de leur interventionnisme cynique sous des prétextes qui depuis longtemps ne convainquent plus que de grandes âmes au bellicisme refoulé qui depuis leur confortable cocon, décident de la vie ou de la mort de peuples entiers. Donald Trump est en train de s'entourer d'une équipe en matière internationale et de défense que je trouve de très bon niveau. Ses émissaires sont déjà à l'œuvre pour nouer des liens précieux. Nous aurons bientôt sans doute de bonnes surprises … et plus que nos yeux pour pleurer et faire oublier l'indigence de notre compréhension des enjeux diplomatiques et stratégiques liés à son arrivée au pouvoir. Notre docilité diplomatique envers l'Administration sortante, pourtant si mal récompensée, nous a empêchés d'accueillir l'alternance américaine comme un Etat du rang de la France aurait dû évidemment le faire: avec un respect du vote démocratique et un accueil ouvert au dialogue avec le nouveau pouvoir de Washington. Encore une fois, nous donnons des leçons, refusons la réalité d'un nouveau président qui nous déplait car il voit le monde sans lunettes roses et noires. Et nous nous enfonçons un peu plus dans la relégation diplomatique et stratégique. Sauf à mettre en œuvre très vite une complète refondation de notre politique étrangère sur une base souveraine, indépendante, réaliste, audacieuse et généreuse. Ce n'est pas un choix. C'est impératif. Il semble que le vainqueur de la primaire de la Droite et du centre en a une claire conscience. Il faut souhaiter ardemment qu'il trouve en Donald Trump tout autant qu'en Vladimir Poutine des interlocuteurs désireux de promouvoir un triple «reset» (des relations américano russe, franco-américaine et franco-russe) et de faire renaître un pôle occidental élargi, influent et attractif. Nous avons tout à y gagner.

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