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mercredi 25 janvier 2017

Et si on initiait les enfants à la philo pour développer leur esprit critique ?



Atelier philo sur le rêve avec Jean Paul Mongin, éditeur des Petits Platon (France 5, Les Maternelles, septembre 2016)
Source (et autres ressources) : Les Petits Platon

 
Et si on initiait les enfants à la philo pour développer leur esprit critique ?
Par Caroline Stevan, le 23 janvier 2017 - Le Temps

Les ateliers de philosophie pour les enfants se multiplient. En jeu: aiguiser la réflexion et l’esprit critique dès le plus jeune âge tout en apprenant le dialogue et la tolérance

«C’est qui, Dieu?» «Et si c’est pas lui qui a créé la terre, alors c’est qui?» «Pourquoi des gens y croient et d’autres non?» «Et avant le Big Bang, il y avait quoi?» Les enfants ont une capacité assez stupéfiante à poser très vite des questions profondes et métaphysiques, une propension naturelle plutôt, que nous perdons avec le temps. Cette aptitude à l’étonnement, doublée d’une volonté de comprendre, est un premier pas vers la philosophie. Beaucoup, dès lors, déplorent qu’il faille attendre la fin de la scolarité pour aborder la discipline et prônent un éveil dès le plus jeune âge. Ateliers dans les écoles primaires, goûters philo, collections ad hoc et ouvrages sur le sujet se multiplient.

Une trentaine d’ouvrages mettent en scène Epicure, Socrate ou encore Edith Stein.  Les Petits Platons

Au coeur de l'apprentissage

«Apprendre à penser est une chose difficile, une question complexe par essence. Il est donc nécessaire de commencer tôt. Or, l’idée prévaut depuis l’Antiquité que la philosophie est la discipline qui couronne l’apprentissage; on ne l’enseigne donc que très tard dans le cursus. Je pense au contraire qu’elle devrait se trouver au cœur de toutes les matières. En histoire, nous pourrions nous demander quelle est la nécessité de tirer des leçons du passé, en sciences, nous interroger sur la notion de vérité scientifique, en arts plastiques, sur ce qui fait une œuvre, etc.», énumère Edwige Chirouter, tout juste nommée à la tête de la nouvelle Chaire Unesco sur la pratique de la philosophie avec les enfants.

De 2005 à 2008, la philosophe française a mené des ateliers dans une école élémentaire de la Sarthe, à une vingtaine de kilomètres du Mans. Elle a été impressionnée par la capacité des élèves à s’emparer de sujets philosophiques, par leur attrait pour la complexité des choses. «Comme nous, ils ont peu l’occasion de discuter de manière sérieuse et argumentée des grandes questions de la vie. Et ils ont des intuitions: dans leurs propos, j’ai retrouvé les théories de Kant, Rousseau ou Heidegger. Le plus difficile est finalement de les faire sortir de leur posture de bons élèves, cherchant l’unique bonne réponse et attendant l’approbation de l’adulte. En cela, les enfants provenant de milieux moins favorisés sont plus décomplexés et s’en sortent mieux.»

L’école La Découverte à Genève pratique la philosophie depuis près de vingt ans. Tous ses professeurs sont formés et ses élèves initiés dès l’âge de 4 ans. Ce sera le cas également sur le campus de Mies, dont l’ouverture est prévue en septembre. «Nous prônons une école active, il est donc logique d’apprendre aux enfants à réfléchir et pas seulement à apprendre. L’école inculque des notions, mais se demande-t-on pourquoi?» note la directrice Catherine Firmenich. A Genève encore, le Département de l’instruction publique a décidé d’organiser cette année 360 ateliers pour des enfants de 5 à 12 ans dans le cadre du projet «Vivre ensemble», en collaboration avec l’association ProPhilo. C’est que la philosophie passe par le dialogue et l’ouverture d’esprit. Des vertus qui expliquent également son actuel succès.

Raconter l’histoire de la philosophie, telle est l’ambition des Petits Platons. Les Petits Platons

Enjeu politique

«Ce n’est pas le but premier de la philosophie, qui est de renforcer le discernement, mais disons que la partie sociale est très importante. J’ai travaillé deux ans au Québec dans le cadre d’un projet de prévention de la violence et, après quelques mois d’ateliers, les insultes et les violences avaient disparu des classes. La réflexion et l’envie de partager ses idées l’emportaient», souligne Alexandre Herriger, intervenant spécialisé en philosophie pour les enfants, notamment à ProPhilo.

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