Marco Pallis (1895-1989) est un alpiniste, musicien, compositeur, écrivain, traducteur gréco-britannique. Il séjourne au Tibet où il découvre et étudie le bouddhisme tibétain. Ami de Frithjof Schuon, il est aussi en relation avec l'historien de l'art Ananda Coomaraswamy. De par ses affinités avec l'école traditionaliste, il traduit en anglais l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues de René Guénon, auquel il rend visite au Caire en 19471. Il traduit aussi des textes grecs anciens. Écrivain, ses ouvrages traitent de la religion et de la culture du Tibet.
(...)
Sa passion pour la montagne a amené Pallis à son troisième amour : le Tibet et sa civilisation. En 1923, Pallis visita le Tibet pour la première fois, pour s'y livrer à l'escalade. Il retourna en Himalaya pour des expéditions plus prolongées, et séjourna dans des monastères du Sikkim et du Ladakh en 1933 puis en 19367, année où il rencontre Lachen Gomchen Rinpoché. Son livre très connu Cimes et Lamas décrit ces derniers voyages et la transformation qu'il a vécue. De par sa qualité d'étranger bienveillant, simple observateur, il a pu pénétrer au plus profond du cœur de la vie tibétaine. Il a remplacé ses vêtements occidentaux par la robe tibétaine, et a approfondi son étude de la langue, de la culture et du bouddhisme. Séjournant souvent dans les monastères, il a reçu son éducation religieuse directement des lamas. La Deuxième Guerre mondiale a interrompu ses voyages jusqu'en 1947, quand lui et son ami Richard Nicholson ont pu retourner au Tibet une dernière fois avant l'invasion chinoise. Déjà bouddhiste pratiquant depuis 1936, alors qu'il se trouvait à Shigatse, au Tibet, Pallis a été initié dans un des ordres ; il était âgé de 52 ans. Quand il est parti du Tibet, on peut dire que Marco Pallis, désormais nommé Thubden Tendzin, avait complété son voyage intérieur vers sa patrie spirituelle. Il a continué à être un pratiquant fidèle du bouddhisme tibétain, et un défenseur infatigable du Tibet, jusqu'à sa mort quelque 43 ans plus tard
Source (et suite) du texte : wikipedia
Bibliographie :
- La Vie Active. Ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas, Éd. Paul Derain
- Cimes et Lamas, Éditions Albin Michel, 1955, Éd. Kailash, 1997
- Lumières bouddhiques, Éd. Fayard, 1983
- La Voie et la Montagne. Quête spirituelle et bouddhisme tibétain, Éd. l'Harmattan, 2010
Préfaces
- Chögyam Trungpa, Né au Tibet, Seuil, 1991 (1re éd. 1968, Buchet/Chastel)
- Thomas Merton Zen, Tao et Nirvana, Lib. Arthème Fayard (1re éd. 1970)
- Abdul Radhu, Caravane tibétaine, Paris, Peuples du Monde, coll. « Domaine tibétain », 1991
Bach, 1e contrepoint de l'Art de la fugue, Célimène Daudet (2015)
Métaphysique de la Polyphonie musicale
Extrait de : Lumières Bouddhiques, pp. 209-220.
La possibilité de produire de la musique comportant plusieurs parties mélodiques se déroulant concurremment en relation réciproque étroite mais sans cesse changeante fut une découverte du génie artistique européen et, pourrait-on ajouter, du génie chrétien occidental dont cette forme de musique reflète l'esprit de façon caractéristique. La modulation harmonique, qui est l'autre face de la polyphonie, a, depuis des siècles, mis à la disposition des compositeurs un moyen de grande puissance émotive qui, appliqué aux usages liturgiques, leur a permis de répondre de la façon la plus efficace aux états d'âme de la dévotion chrétienne tels que les suggèrent les textes scripturaires et autres ; la joie ou la tristesse repentante, la jubilation ou la résignation, l'espérance pieuse ou les profondes intuitions du recueillement mystique, tout cela a trouvé les moyens de remuer les coeurs des fidèles dans l'ambiance tonale créée par le style polyphonique. On peut ici parler sans exagération d'une théologie sonore grâce à laquelle les vérités de la religion chrétienne peuvent être directement communiquées à l'intelligence de ceux qui savent comment écouter, qu'il s'agisse de simples croyants ou de gens plus instruits. C'est une dimension de la connaissance ne dépendant que faiblement de la présence ou de l'absence de savoir acquis.
Tout ceci est adapté aux tendances théologiques et dévotionnelles occidentales ; la fonction d'une polyphonie sacrée fut, au temps de son apogée, de compléter la monodie grégorienne tout en tirant de celle-ci une grande partie de son matériel thématique. De cette façon fut maintenue comme elle le devait la primauté du plain-chant en tant que forme traditionnelle de la musique vocale de l'Eglise et telle demeura durant de longs siècles la relation normale entre les deux formes musicales. La situation était encore la même lorsque les pères du concile de Trente se donnèrent pour tâche de réviser les dispositions existantes du culte catholique ; elle n'avait toujours pas changé du moins en principe, même si la pratique y correspondait beaucoup moins, lorsque le pape Pie X promulgua au début de ce siècle son décret sur la musique d'Eglise.
Etant donné que l'Eglise médiévale avait initialement accepté la polyphonie, sa prédominance définitive ne pouvait manquer de s'ensuivre ; toutes les branches de la musique, qu'elles soient classifiées comme sacrées ou profanes, vocales ou instrumentales, s'y conformèrent, conduisant bientôt à une situation où la musique non harmonisée a été ressentie comme une anomalie par la moyenne des auditeurs européens. Quels que soient les jugements de valeur que l'on puisse poter sur les résultats finals de cette grande innovation, il y a toujours lieu de se demander quelles sont les raisons d'une évolution de cette envergure si manifestement opposée à ce qui est d'usage courant dans le reste de l'humanité ; si les peuples d'Europe occidentale d'il y a quelque mille ans furent amenés à adopter une manière si originale de faire la musique, qu'est-ce qui les y a poussés ? Pareille rupture d'avec les normes généralement acceptées qui, partout ailleurs, sont restées liées à la monodie avec ou sans variations d'un genre plus ou moins élaboré, et les résultats spectaculaires qui ont découlé de cette rupture ne peuvent pas être expliqués comme s'il s'agissait d'un accident historique ; ils doivent être issus de quelques profondes perceptions métaphysiques dont la polyphonie est devenue le mode d'expression naturel. Le présent chapitre se propose d'attirer l'attention sur ces perceptions.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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