Affichage des articles dont le libellé est la concurrence des souverainistes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est la concurrence des souverainistes. Afficher tous les articles

samedi 25 mars 2017

Soumise au néolibéralisme, l'Europe est fondamentalement anti-démocratique

MAJ de la page : Frédéric Lordon



La Grande table (2ème partie) par Olivia Gesbert
Frédéric Lordon, la concurrence des souverainistes (24.03.2017)

"[Définition de la] souveraineté : effort d'une communauté pour se rendre consciente et maîtresse de son destin (...) définie ainsi cette souveraineté s'assimile en totalité au concept de démocratie, si bien que se déclarer anti-souverainiste ou anti-souveraineté c'est s'avouer anti-démocrate.

La question préalable à toute autre question de politique économique est la question européenne (...) et plus généralement la question des configurations de la structure macroéconomique (...)
Il est vrai que "il n'y a pas d'alternative" [Margaret Tatcher] dans le cadre des structures telles qu'elles ont été établies présentement et que pour reconstituer des alternatives il faut impérativement modifier les structures du cadre [néolibéral] (...) 
Le néolibéralisme (...) consiste en trois choses : 
1) la financiarisation internationale
2) le libre échange international
3) un certain type de politique économique - dont l'Union européenne donne l'expression quasiment pure et parfaite - (...) que l'on résume par les termes : ajustement structurel, privatisation, orthodoxie budgétaire [austérité], etc. 
Tant que vous n'avez pas modifié ces choses là vous êtes voué à agir [dans le domaine économique] sur le deuxième chiffre après la virgule. 

[Sur Emmanuel Macron] :
Emmanuel Macron est un candidat sans base sociale réelle, sous stéroïdes médiatiques (...) On marche sur la tête [en ce qui concerne les ralliements tout azimut] ou alors, ce qui est mon hypothèse, il y a une escroquerie de très grand format qui est dans le tuyau."

* * *

Discours de Pierre Mendès-France contre le traité de Rome le 18 janvier 1957
le 25 mars 2017 - Les Crises

Extraits [texte intégrale en bas de page] :

« Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. Dix crises graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation. […] Dans le cas d’une crise économique, il se produira une baisse des salaires allemands, un dumping de l’industrie allemande contre la nôtre. […] L’harmonisation doit se faire dans le sens du progrès social, dans le sens du relèvement parallèle des avantages sociaux et non pas, comme les gouvernements français le redoutent depuis si longtemps, au profit des pays les plus conservateurs et au détriment des pays socialement les plus avancés.

En fait, ne nous ne le dissimulons pas, nos partenaires veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à consister, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière et, par contrecoup, au détriment des autres classes sociales qui vivent du pouvoir d’achat ouvrier. Il faut faire l’Europe dans l’expansion et dans le progrès social et non pas contre l’une et l’autre.

Si nos charges sont trop lourdes, comme il est certain, si notre balance des payements en est altérée, on nous invitera à dévaluer le franc, une ou plusieurs fois, autant qu’il le faudra, pour rétablir l’équilibre, en réduisant chez nous le niveau de vie et les salaires réels. […] Alors, la dévaluation ne sera plus une décision souveraine, nationale ; elle nous sera imposée du dehors, comme pour freiner nos initiatives sociales, jugées trop généreuses.

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Il est évident que le mouvement naturel des capitaux, surtout des capitaux privés, sera orienté vers les pays à faibles charges, c’est-à-dire vers les pays où la politique sociale est la moins coûteuse. Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée.

Il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre. Nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique. Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter […] car ensuite, les décisions seront prises à la majorité.

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...