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jeudi 25 juin 2015

La grande mue : de l’Etat-Nation à un Etat transnational

La grande mue: de l’Etat-Nation à un Etat transnational
Par Liliane Held-Khawam, le 21 juin 2015

La mondialisation ou globalisation des marchés est accompagnée d’une mue de la société. Le Larousse décrit la mue entre autre comme « la  dépouille de l’animal qui a mué ».  Ci-dessous un exemple de la mue d’une cigale. On voit bien qu’à la fin de sa mue, la cigale émerge et abandonne une carapace ressemblante mais vidée de toute substance.


C’est exactement ce qui se passe à l’heure actuelle au niveau de l’organisation de société au plan mondial. La société était organisée jusqu’à récemment autour mais surtout au sein d’Etats-nations. Ainsi les classes travailleuses avaient développé tout un système de relations avec les tenants du capitalisme à travers des structures publiques ou privées qu’elles soient législatives, syndicales, politiques ou sociales.

Ces classes subordonnées aux gouvernants se voient actuellement mises de côté tant au plan politique que professionnel à tous les niveaux de décisions, qu’ils soient étatiques, régionaux, ou locaux. Elles ne comprennent plus ce qui se passe et continuent d’observer cette enveloppe qu’était l’Etat-nation qui semble à son tour inerte telle l’enveloppe de notre cigale.

Que s’est-il passé ?

Une nouvelle organisation globalisée essentiellement privée a émergé de la carapace des Etats-Nations reléguant ceux-ci aux historiens. Elle est issue de 3 facteurs qui se sont succédé mais qui, s’ils sont mis bout à bout nous donne une vision intéressante de la nouvelle organisation du monde.

Le premier facteur est la globalisation du marché commercial. L’espace économique européen l’a appelé la libre circulation des biens et des marchandises. Elle fait partie des 4 libertés chères à l’Union européenne et constituantes de la mondialisation.

Le 2ème facteur est la globalisation des marchés financiers. Appelé aussi libre-circulation des capitaux, ce facteur consiste à donner libre cours à tous les investissements financiers transfrontaliers sans limitation aucune. Aucune entrave. Aucune limitation en quantité, en qualité ou en vitesse. Nous avons vu ainsi émerger des produits financiers spéculatifs qui se sont affranchi avec le temps des marchandises qu’ils étaient supposés valoriser.

Récemment, la Deutsche Bank s’est illustrée par son extraordinaire exposition au risque. Elle est impliquée à travers ses produits dérivés pour un montant qui s’élève à 54 trillions de $, soit 54’000’000’000’000 de $. A titre comparatif, le PIB de l’Allemagne s’élève à 3,64 trillions, soit 18 fois moins qu’une de ses banques. Ces chiffres qui nous semblent aberrants n’existent que parce que des gouvernements démocratiquement élus ont transféré le pouvoir régalien de « battre monnaie » à des institutions privées.

Le 3ème facteur essentiel à cette restructuration du monde est la globalisation de la production. Celle-ci a été rendue possible grâce à la libre-circulation des personnes. Cette appellation en a piégé plus d’un. En effet, elle laissait entendre qu’elle concernait la libre-circulation des individus dans un monde ouvert. En réalité cette catégorie de liberté visait essentiellement les personnes morales que sont les entreprises  mais aussi leurs collaborateurs. Grâce à elle, il est devenu possible d’éclater le processus de production à travers le monde pour tirer profit de chaque opportunité qui permettrait de réduire les coûts et de maximiser les revenus et autres marges.

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