Les droits de l’homme peuvent attendre
Par Luis Lema, le 10 décembre 2015 - Le Temps
Les Etats se réclament tous du même objectif d’un monde rendu meilleur par l’adhésion aux valeurs des droits de l’homme. Mais, le moment venu d’agir, les uns et les autres sont contraints d’en convenir: ils ne veulent pas d’un ordre international qui mettrait au jour les zones d’ombre de leurs logiques étatiques
Jamais encore les droits de l’homme n’avaient eu pareillement bonne presse. C’est pour les sauvegarder qu’on se protège contre les attaques terroristes; c’est pour les protéger qu’on déclenche des guerres et qu’on tente de créer des coalitions militaires internationales; c’est en leur nom qu’on porte le fer à l’étranger, qu’on largue des bombes, qu’on exclut les malpropres de l’humanité.
Et pourtant, ce jeudi – dans une Genève angoissée par l’éventualité d’une attaque terroriste –, la «communauté internationale» a une nouvelle fois failli. Pressés de donner un rien de plus de mordant aux Conventions de Genève, cette vénérable pierre angulaire du droit humanitaire international, les Etats se sont défilés. Le respect des droits de l’homme, c’est bon pour les autres, ont dit en substance les délégués de la 32e Conférence internationale des Croix-Rouge et des Croissant-Rouge de la planète. Ou mieux: nous respectons tous ces droits, la main sur le cœur. Mais ne faites pas mine de vouloir nous contraindre à rendre des comptes à qui que ce soit.
La guerre qui ravage la Syrie (puisqu’elle est, parmi d’autres, en toile de fond de ce débat) montre combien les Conventions de Genève peinent à faire le tour des enjeux qui sont à l’œuvre. Aujourd’hui, peu ou prou, tout le monde est partie prenante de cette guerre-là. Chacun se réclame du même objectif sacro-saint d’un monde rendu meilleur par l’adhésion aux valeurs universelles des droits de l’homme. Mais, dans le même temps, chacun y mène sa guerre particulière. Un conflit national, supra-national, mondial ? Les juristes s’arrachent les cheveux à l’heure de définir précisément ce qui est en train de s’y dérouler. Les grandes puissances, autant que les puissances régionales, ne veulent pas être prises la main dans le sac. Elles font tout pour sauvegarder les apparences. Mais, le moment venu, à Genève, les uns et les autres sont contraints d’en convenir: ils ne veulent pas d’un ordre international qui mettrait au jour les zones d’ombre de leurs logiques étatiques.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
Affichage des articles dont le libellé est la guerre en syrie un casse-tete juridique incroyable. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est la guerre en syrie un casse-tete juridique incroyable. Afficher tous les articles
vendredi 11 décembre 2015
Inscription à :
Articles (Atom)