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lundi 3 octobre 2016

Iboga, une hallucination qui soigne ?

MAJ de la page : Jeremy Narby



 Jeremy Narby (Mos Espa, 2015)



Traditional Bwiti Ritual Gabon (2011)

Iboga, une hallucination qui soigne ?
Nic Ulmi, le 3 octobre 2016 - Le Temps


Le festival musical Mos Espa s’ouvre ce mardi avec une conférence sur le psychotrope africain. Mise en bouche entre rituel et chimie
Site officiel (programme) : Mos Espa

Requinquante à petites doses, férocement hallucinogène en grande quantité. Telle est la racine de l’iboga, arbuste africain dont on se livre à la manducation (c’est-à-dire au mâchonnement) dans le cadre du complexe culturel africain qu’on nomme bwiti. Considérons, à votre gauche, des pratiques autochtones telle que celle-là, originaire du Gabon. Observons ensuite, à votre droite, les habitants de ce qu’on a pour habitude d’appeler «Occident» engagées dans une quête: quête d’un principe divin, d’une guérison miraculeuse, d’une métamorphose existentielle, d’une réinvention de soi en tant qu’être tribal dans un univers peuplé d’esprits. Entre ces deux mondes s’ouvre un espace d’appropriations, de trafics culturels et d’hybridations qu’on place aujourd’hui sous l’appellation «néo-chamanisme». On y trouve, plus ou moins pêle-mêle, des notions et des techniques empruntées aux gens de «là-bas» pour répondre à des questions qu’on se pose «ici»; on y trouve aussi des redéfinitions et réinventions occidentales de traits culturels indigènes d’Amazonie, d’Afrique ou des steppes d’Eurasie.

C’est dans cet entre-monde que s’installe la neuvième édition du festival genevois Mos Espa. Conçue par un duo d’artistes plasticiens, Fabien Clerc et Frédéric Post, la manifestation propose un cadre «en chaussettes sur moquette», un programme musical entre l’électronique, les percussions et l’ethnographie, ainsi que des conférences sur le «chamanisme global», sur la reconnaissance de la nature comme sujet juridique en Bolivie et sur l’usage occidental des psychotropes tropicaux. Ce mardi 4 octobre, la psychologue Svea Nielsen, l’anthropologue Jeremy Narby et l’écrivain Vincent Ravalec croisent leur savoir et leurs expériences autour de l’iboga et de l’ayahuasca.

D’entre les morts

Svea Nielsen rencontre l’iboga au début des années 2000, alors qu’elle officie comme «psychsitter», prodiguant soins et empathie aux personnes qui planent en plein trip psychédélique lors de grands rassemblements festifs tels que le Boom Festival au Portugal. Aujourd’hui, elle poursuit un double parcours, centré en Suisse romande sur la micronutrition («l’utilisation de nutriments, vitamines, acides aminés et minéraux pour rééquilibrer la chimie du cerveau») et tourné vers des thérapies qui «passent par la racine» (c’est-à-dire par l’iboga) dans des centres de traitement au Mexique et au Chili, pays où l’usage de cette plante demeure légal. Signes particuliers de cette médecine psychédélique: on considère que l’iboga n’agit pas seul, comme serait censé le faire un médicament. Ce qu’il faut, c’est également son rituel.

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