mardi 25 janvier 2011

Lalla ou Lal Ded ou Lalleshvari ou Lalla Arifa




La vallée du Cachemire, cette terre de lacs et de forêts nichée au coeur du massif himalayen, a abondamment contribué aux différentes traditions mystiques de l’Inde, dont la plus célèbre est la tradition shivaïte. À partir du 8e siècle, le Cachemire devint un grand centre spirituel, et nombre de nouveaux traités furent écrits en sanscrit durant les siècles suivants. Cette tradition a trouvé son expression dans la langue vernaculaire du Cachemire au 14e siècle, dans les compositions de la poétesse Lalla (1320-1392), connue aussi sous les noms de Lal Ded, Lalleshvari (pour les hindous) et Lalla Arifa (pour les musulmans), dont les vers ont été transmis oralement à travers les siècles.
La légende nous dit qu’elle fut mariée très jeune et que sa vie maritale
fut rendue malheureuse par les mauvais traitements que sa belle-mère
lui fit subir ainsi que par le comportement brutal de son mari. Elle
reçut du Siddha Sri Kanth son initiation au yoga shivaïte. L’histoire
raconte qu’elle allait chaque matin puiser de l’eau à la rivière voisine.
Son mari s’aperçut qu’elle tardait souvent à revenir. Un jour il la suivit
et la trouva en contemplation sur la rive. Il rentra chez lui très en
colère et attendit son retour. Lorsqu’elle arriva, pour la punir, il frappa
la jarre d’eau qu’elle portait sur la tête. La jarre se brisa mais l’eau
resta intacte sur sa tête. On considère que c’est à ce moment-là que
Lalla renonça à son foyer et sa famille. L’incident tel qu’il est relaté
symbolise sa capacité à conserver son intégrité et sa complétude au
sein même de la futilité de la vie ordinaire.
Si la légende nous rapporte ses pouvoirs surnaturels, sa poésie nous la
révèle comme une femme de chair et de sang qui travaille dur pour
atteindre ses buts spirituels. Certains vers nous la dépeignent
s’efforçant d’abandonner ses désirs mondains qui entravent le progrès
de son voyage spirituel :

Je me lamente doucement pour toi
O mon esprit, tu es énamourée d’illusions,
Pas une ombre de la splendeur du monde
Ne t’accompagnera.
Pourquoi oublies-tu ta vraie nature ?
Source et suite du texte de Jaishree Kak Odin : PDF


Bibliographie :
- Paroles de Lal Ded, trad. Maina Kataki. Ed. La Table ronde, coll. Les Petits livres de la sagesse, 1998.
- Chants mystiques du tantrisme cachemirien, trad. Daniel Odier. Ed. du Seuil, coll. Points Sagesse, 2000.
- Les Dits de Lalla, trad. Marinette Brunot, Ed. Les Deux océans, 2001.
En ligne : Les dits de Lalla (extraits) : Google books

On line (en anglais) : Vakhs 1-65, 66-138
Vers mis en musique (mp3) : 1, 2, 3, 4


J’ai brûlé les impuretés du coeur.
J’ai tué le désir.
Lalla, mon nom, ne brilla
Que lorsque j’eus renoncé à tout.
M’éveillant à l’aurore
J’ai mis au pas le mental sans repos.
Endurant la douleur,
Je me suis consacré à Dieu.
Disant « Je suis Lalla, je suis Lalla, »
J’ai éveillé mon aimé.
Devenant un avec lui,
J’ai purifié mon mental et mon corps.

Le froid change l’eau en glace ou neige.
Le discernement montre que les trois états
Ne sont pas réellement différents.
Quand brille le soleil de la conscience,
La pluralité se dissout dans l’unité.
L’univers semble empli de Shiva.
Quand j’étais attaché au moi,
Tu me restais inconnu.
Le temps passait alors que je te cherchais.
Quand je t’ai vu au-dedans,
Toi et moi étions unis dans l’extase.

Traversant seule le champs du vide,
Moi, Lalla, perdis conscience de moi-même.
Une fois trouvé le secret de mon Moi,
Un lotus fleurit dans la boue pour Lalla.


Par une pratique assidue, 

ce qui a vaste déploiement a été résorbé
Ce qui est doté de qualités
s'est au ciel vide intimement mêlé, 
le vide même a disparu
seul alors reste le sans tâche. 
Tel est, ô pandit le véritable enseignement. 

Paroles, pensée, immanent, transcendant, 
Il n'est nul accès à ce silence scellé.
Là, point ne demeurent Shiva ni l'énergie, 
S'il reste quelque chose, alors, voilà l'enseignement. 

Il n'y a ni toi ni moi, ni contemplé ni contemplation
Seulement, Celui qui a tout crée
s'est perdu dans l'oubli. 
Si les aveugles ne voient pas là de sens profond, 
Les sages ayant reconnu le Suprême
se sont fondus en Lui. 

Tuez vos ennemis mortels

La luxure, la colère, le désir.
Sinon ils vous tueront de leurs flèches.
Calmez-les par le contrôle de soi et les pensées positives.
Reconnaissez leur nature et leur pouvoir.

Le Moi peut être appelé Shiva, Keshava ou Mahavir,
Ou Bouddha né du lotus.
Quelque soit son nom,
Qu’il délivre la pauvre chose que je suis
Des afflictions du monde.
Shiva est omniprésent.
Ne voyez pas de différences entre hindous et musulmans
Si vous êtes sages
Vous reconnaîtrez votre vrai Moi
Qui est votre relation au Seigneur.

Comme un fin filet se répandant partout, Shiva
Imprègne subtilement tout l’univers physique
Si vous ne le voyez pas alors que vous vivez,
Comment le pourrez-vous quand vous serez mort ?


Eh bien, lorsque ces deux desservants, l’Elan et la Pensée, 

Auront offert les fleurs de l’ardente contemplation
Et le vase où coulent les flots de la félicité du Soi, 
Adore le Seigneur grâce au mantra du silence. 

Le miroir de mon esprit s’est illuminé, 

La reconnaissance a jailli de mon être, 
J’ai vu alors le Divin en sa nature essentielle
Rien n’existe, ni moi, ni Toi, ni même l’universel déploiement. 

En cherchant le Soi, je me lassai
Car personne, en cherchant, n'a jamais obtenu
La science secrète au delà de la pensée.
J’arrêtai de chercher. L'amour me conduisit
A la porte de la taverne.
Alors je trouvai des jarres pleines de vin
Mais personne ne désirait en boire.
Alors la folie de mon esprit fut dévoilée
Comme les cendres le sont par un miroir.
Alors il s'imposa à moi
Evident et clair.
Et quand je le vis tout près de moi
Il était tout, et je n'étais rien
Et plus rien d'autre n'existait.

Chasse les actes passés, le plaisir et la peine,
Et tu seras à l'honneur dans le monde à venir.
Lève toi, monte, passe à travers l'orbite du soleil
Et tu auras surmonté la crainte de la mort.

Pas de différence pour moi entre la vie et la mort,
Heureuse de vivre et heureuse de mourir,
Je ne donne ma vie pour personne
Et personne ne donne sa vie pour moi.

Sur rien d'autre je ne bâtis mon espoir,
En rien d'autre je ne place ma confiance.
Mes poêmes m'ont apporté le vin que j'ai bu,
Mes poêmes m'ont donné la force d'empoigner
L'obscurité qui restait en moi.
Je l'ai enroulée et jetée par terre,
Je l'ai mise en pièce,
J'ai dissipé l'obscurité de mon âme.

Abandonne les vaines imaginations
rends l'espace au désir jusqu'à sa dissolution
reviens à l'intimité du Soi !
Ne le recherche pas à l'extérieur
Alors le vide intègre l'espace

Rien à contempler !
Ni Toi, ni moi
Ni objet, ni méthode
Le géniteur de toute action
perd ici son identité !

Si cessent les vaines imaginations
et les désirs qui forment la trame du temps
si tu réalises Shiva omniprésent, impalpable et pur
tu peux vivre dans le monde ou vivre en ermite
habité par la vérité que tu as touchée

Une trop grande indulgence
aux plaisirs des sens
ne permet pas d'atteindre le but
Le jeûne et l'abstinence génèrent la vanité
A l'écart des extrêmes, vis simplement
et les portes de la félicité s'ouvriront

Certains sont éveillés même dans le sommeil
d'autres, qui se proclament éveillés
sont dans un sommeil profond
Certains puent même après un bain !
Rares sont ceux qui vivent dans le monde
et demeurent affranchis de l'action

Il est facile de connaître les écritures
mais difficile de les incarner

Ils lisent les livres sacrés
et comme des perroquets
psalmodient : " Ram…Ram…Ram…"
Les textes ne sont qu'illusion
s'ils ne s'incarnent en chaque instant de ta vie

J'ai placé le creuset au feu de ma forge
L'or étincelant n'a plus de scories
Comme une fine pellicule de glace
j'ai fondu au feu de l'amour
Le soleil s'est levé, et moi, Lalla
j'ai trouvé la félicité lorsque je me suis souvenue
que je n'étais rien d'autre que Ton nom


Source diverses (voir bibliographie). 






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