dimanche 21 octobre 2012

Henri Michaux



Henri Michaux (Namur, 24 mai 1899 – Paris, 19 octobre 1984) est un écrivain, poète et peintre d'origine belge d'expression française naturalisé français en 1955.
Source (et suite) du texte : wikipedia

« S’il veut se coucher lui-même sur le papier, et non une oeuvre, et non une île de soi-même, il tranche dans sa chair et voilà… » écrivait Michaux (1899-1984) dès 1926. Son œuvre, toute de fragmentation, se déplie selon un rythme et des expériences propres (voyages, drogue…). Irréductible à un « genre », elle conjugue et déplace tous ceux de la « littérature » : récits, poèmes, poèmes en prose, fables, contes, confessions, journal, aphorismes, etc., et compte aussi, partie intégrante de certains livres, maints dessins et peintures.
Source du texte : La Pléiade


Bibliographie :
- Oeuvres complètes, Ed. La Pléiade, 3 tomes,
Bibliographie :
François Troilet, Henri Michaux ou la sagesse du vide, Ed. Albin Michel, 1992
Détails, autres voir : wikipedia /  henrimichaux.org (site dédié)




Fête de tâches, gammes des bras
Mouvements
On saute dans le "rien"
Efforts tournants
Etant seul, on est foule.
Extrait de : Mouvements (1952), Face aux verrous dans : L'espace du dedans
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L'infini est là. Jamais ne fut si près, si évident, si convenable à vous, si répondant, ou bien vous, répondant à lui...
mais ne sachant quand même pas très bien comment y rester.
Distraction, ennemie de l'infini, est partout. Comment s'en garder ? Impossible d'avancer longtemps en ligne droite.
Il faut pourtant apprendre. (...)
Extrait de : Domaines mescalinien et voisins dans : L'infini turbulent (1957)
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Une lumière
Quelle lumière !
Une lumière presque inacceptable
Présence de l’entraîneur caché
Isaïe purifié par l’ange
Persistante poussée persévérante.
Dans le coeur une sorte de caresse
de grande caresse sans raison si pleine, si pleine
... des abysses de caresses

« Dilataste cor meum »
« Dilataste cor meum »
c’est cela
cela même
à partir de cela, sûrement

Expansion à l’état pur (...)
Extrait de : Les grandes épreuves de l'esprit (1966)
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Espace, espace. Espace était mon seul réel. Sans quelques regards vers le bas j'eusse pu me croire transformé en espace.
L'espace qu'un souverain mécanisme avait déclenché, débloqué, laisserait-il jamais mon être se recouvrir de matière ?
(...)

LE DÉPOUILLEMENT PAR L'ESPACE
Enfin, avant de rentrer je lève la tête. Un ciel noir s’étendait partout avec beaucoup d’étoiles. Je m’y abîmai. Ce fut extraordinaire. Instantanément dépouille de tout comme d’un pardessus, j’entrais en espace. J’y étais projeté, j’y précipité, j’y coulais. Par lui happé violemment, sans résistance.

Prodige jamais soupçonné… Pourquoi ne l’avais-je connu plus tôt ? Après la première minute de surprise il paraissait tellement naturel d’être emporté dans l’espace. Et pourtant, combien de fois n’avais-je pas regardé d’aussi beaux et de plus beaux ciels dans autre effet qu’une vraie et vaine admiration. Admiration : antichambre, rien qu’antichambre. Un fois de plus je le vérifiais.
C’était – ce que je vivais – bien autre chose que de l’admiration, un registre tout différent.

Quoi au juste ? Ce n’est pas facile à saisir. Comme soustrait à la terre, me sentant emporté invinciblement par le haut, entraîné toujours plus loin, grâce à une merveilleuse invisible lévitation, dans un espace qui ne finissait pas, qui ne pouvait pas finir, qui était sans commune mesure avec moi, qui toujours plus me tirait à lui, je m’élevais, de plus en plus, aspiré inexplicablement, sans qu’évidemment je pusse jamais arriver. D’ailleurs, arriver où ?

Cela aurait pu être épouvantable. C’était rayonnant.
Le statique, le fini, le solide avait fait leur temps. Il n’en restai rien, ou comme rien. Dépouillé, je filais, projeté ; dépouillé de possessions et d’attributs, dépouillé même de tout recours à la terre, délogé de toute localisation, dépouillement invraisemblable qui semblait presque absolu, tant j’étais incapable de trouver quelque chose qu’il ne m’eût pas ôté.

C’est certain, jusqu’ici je n’avais pas vu, pas vraiment vu le ciel. J’y avait résisté, le regardant de l’autre bord, du bord du terrestre, du solide de l’opposé.
Cette fois, la rive effondrée, je m'enfonçais. Vertigineusement je m'enfonçais en haut.
Extrait de : Le dépouillement par l'espace (1966), Les grandes épreuves de l'esprit
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JOUR DE NAISSANCE DE L'ILLIMITATION
Un autre monde m'accepte
M'agréé
M'absorbe
M'absout
Armistice des passions

Je suis à l'arrivée de la plénitude
L'instant est plus que l'être
L'être est plus que les êtres

Infini
Infini qui ne m'intimide plus

Afflux
Afflux des unifiants
Affluence
L'un enfin
En foule
Resté seul, incluant tout
l'Un

Spacieux
Sanctifiant
Espacement au point culminant
Au point de béatitude
Après un long voyage

Rien
Seulement Rien
"Rien" s'élève du naufrage

"Rien" suffit
Frappant le reste d'insignifiance
D'une inouïe, invraisemblable
Pacifiante insignifiance
Bénédiction par le "Rien"
Pour l'éternité
"Rien"
Réjouissant le coeur
Distribué à tous

Par dessus tout
Effaçant tout
Unité
Totalement
Tous les êtres
Le règne de l'existence commun à tous
Magnifique !
Extrait de : Jour de naissance de l’illimitation, Vers la complétude (1966)
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