vendredi 25 janvier 2013

Friedrich Nietzsche




Friedrich Nietzsche est né à Rocken, près de Leipzig, le 15 octobre 1844. Après ses études, il occupe la chaire de philologie classique de l'université de Bâle, fréquentant le milieu intellectuel bâlois et Richard Wagner avec qui il se brouillera en 1878. Gravement malade, relevé de ses fonctions de professeur à sa demande, il mène une vie errante entre Sils-Maria, Nice, Menton et plusieurs villes italiennes. Frappé de folie au début de 1889, il meurt le 25 août 1900 à Weimar.
Source du texte : Ed. Gallimard
Autre biographie :  wikipedia


Bibliographie :
Oeuvres principales :
- La Naissance de la tragédie (1871)
- Humain, trop humain (1878)
- Le Voyageur et son ombre (1880)
- Aurore (1881)
- Le Gai Savoir (1882 et 1887)
- Ainsi parlait Zarathoustra, (1885)
- Par-delà bien et mal (1886)
- Généalogie de la morale (1887)
- Le Cas Wagner (1888)
- Crépuscule des idoles (1888)
- L'Antéchrist (1888)
- Ecce homo (1888)
Autres voir : wikipedia
Publications :
- Oeuvres philosophiques complètes, 14 vol., Ed. Gallimard, NRF, 1976-1997.
- Oeuvres, Ed. Gallimard, La Pléiade, 2000.
- Oeuvres, Ed. Robert Laffont, 1993
Les principaux textes sont en divers collections de poche.
En ligne :
- (Presque) tous les textes sur : wikisource
- Quelques textes lus (mp3) : littérature audio
Voir aussi les pages : Dieu est mort ! / Nietzsche en personne / Le Surhumain ou l'enfant 


La plupart des gens, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur « égoïsme », ne font malgré tout, leur vie durant, rien pour leur ego et tout pour le fantôme d'ego qui s'est formé d'eux dans l'esprit de leur entourage qui le leur a ensuite communiqué; - en conséquence ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles ou à demi personnelles et d'appréciations de valeur arbitraires et pour ainsi dire poétiques, toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, à son tour, vit dans d'autres esprits - étrange monde de fantasmes qui sait pourtant se donner une apparence si objective ! Ce brouillard d'opinions et d'habitudes s'accroît et vit presque indépendamment des hommes qu'il recouvre; de lui dépend la prodigieuse influence des jugements généraux sur « l'homme » - tous ces hommes qui ne se connaissent pas eux- mêmes croient à cette abstraction exsangue, « l'homme », c'est-à-dire à une fiction; et tout changement que les jugements d'individus puissants (tels les princes et les philosophes) entreprennent d'apporter à cette abstraction exerce une influence extraordinaire et d'une ampleur irrationnelle sur la grande majorité, - tout cela pour la raison que chaque individu, dans cette majorité, ne peut opposer aucun ego véritable qui lui soit accessible et qu'il ait approfondi lui-même, à la pâle fiction générale qu'il détruirait de ce fait.
Extrait de : Aurore (1880), Livre II, § 105, trad. J. Hervier, Galimard, coll. Folio essais, 1980.
Autre trad. (Henri Albert, 1901) sur : wikisource
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Il y a encore d'inoffensifs habitués de l'introspection qui crient qu'il existe des "certitudes immédiates", par exemple "je pense" ou, comme c'était la croyance superstitieuse de Schopenhauer , "je veux"; comme si dans ce cas la connaissance réussissait à se saisir de son objet à l'état nu et pur, en tant que "chose en Soi", sans falsification du côté du sujet ni du côté de l'objet.
Mais la "certitude immédiate", comme la "connaissance absolue" ou la "chose en Soi" , contient une contradictio in adjecto, je le répéterai cent fois; il serait temps de se libérer de la duperie des mots. Le vulgaire, à la rigueur, peut bien croire que la connaissance consiste à connaître le fond des choses, mais le philosophe, lui, est bien obligé de se dire:
"Si j'analyse le processus exprimé dans cette phrase: je pense, j'obtiens une série d'affirmations téméraires qu'il est difficile et peut-être impossible de justifier; par exemple, que c'est moi qui pense, qu'il faut absolument que quelque chose pense, que la pensée est le résultat de l'activité d'un être conçu comme cause, qu'il y a un "je" enfin qu'on a établi d'avance ce qu'il faut entendre par penser, et que je sais ce que c'est que penser. Car si je n'avais pas tranché la question par avance et pour mon compte, comment pourrais-je juger qu'il ne s'agit pas plutôt d'un "vouloir" ou d'un "sentir"?
Bref, ce "je pense" suppose que je compare pour établir ce qu'il est, mon état présent avec d'autres états que j'ai observés en moi; vu qu'il me faut recourir à un "savoir" venu d'ailleurs, ce "je pense" n'a certainement pour moi aucune valeur de "certitude immédiate". Au lieu de cette "certitude immédiate" à laquelle le vulgaire peut croire, le cas échéant, le philosophe ne reçoit pour sa part qu'une poignée de problèmes métaphysiques, de véritables cas de conscience intellectuels, qui peuvent se formuler ainsi : Où suis-je allé chercher ma notion de "penser"? Pourquoi dois-je croire encore à la cause et à l'effet? Qu'est-ce qui me donne le droit de parler d'un "je" et d'un "je" qui soit une cause, et pour comble, cause de la pensée? Celui qui ose répondre immédiatement à ces questions métaphysiques en invoquant une sorte d'intuition de la connaissance, comme on le fait quand on dit "Je pense et je sais que cela au moins est vrai, réel, certain" celui-là ne rencontrera chez le philosophe d'aujourd'hui qu'un sourire et une double interrogation : "Monsieur, lui donnera-t-on peut-être à entendre, il est invraisemblable que vous ne vous trompiez point; mais pourquoi est-ce à tout prix la vérité qu'il vous faut ? "?"
Extrait de : Par delà le bien et le mal, Livre I, § 16, trad. G. Blanqui, Ed. 10/18, 1980.
Autre traduction (Henri Albert) : wikisource
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Si l'on parle de la superstition des logiciens, je ne me lasserai jamais de souligner un petit fait très bref que les gens atteints de cette superstition n'aiment guère avouer; c'est à savoir qu'une pensée vient quand "elle" veut et non quand "je" veux, en telle sorte que c'est falsifier les faits que de dire que le sujet "je" est la détermination du verbe "pense". Quelque chose pense, mais que ce soit justement ce vieil et illustre "je", ce n'est là, pour le dire en termes modérés, qu'une hypothèse, une allégation; surtout ce n'est pas une "certitudes immédiates". Enfin c'est déjà trop dire que d'affirmer que quelque chose pense, ce "quelque chose " contient déjà une interprétation du processus lui-même. On raisonne selon la routine grammaticale: "penser" est une action, toute action suppose un sujet actif, donc... C'est par un raisonnement analogue que l'atomisme ancien plaçait à l'origine de la "force agissante" la parcelle de matière où réside cette force et à partir de laquelle elle agit, l'atome; des esprits plus rigoureux ont fini par apprendre à se passer de ce dernier "résidu terrestre ", et peut-être arrivera-t-on un jour, même chez les logiciens, à se passer de ce petit "quelque chose", résidu qu'a laissé en s'évaporant le brave vieux "moi.
Extrait de : Par delà le bien et le mal, Livre I, § 17, trad. G. Blanqui, Ed. 10/18, 1980.
Autre traduction (Henri Albert) : wikisource
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« Il est pensé, donc il y a un sujet pensant », c'est à quoi aboutit l'argumentation de Descartes. Mais cela revient à poser comme « vraie a priori » notre croyance au concept de substance : dire que s'il y a de la pensée, il doit y avoir quelque chose  « qui pense », ce n'est encore qu'une façon de formuler, propre à nos habitudes grammaticales qui suppose à tout acte un sujet agissant. Bref, ici déjà, on construit un postulat logique et métaphysique au lieu de le constater simplement. (...)
Extrait de : La Volonté de Puissance, 1885-1888, tome I, Livre I, § 147, tr. G. Bianquis, 1995, Ed. Gallimard, Tell.
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Tout ce qui entre dans la conscience sous forme d'unité est déjà extrêmement complexe ; nous ne saisissons jamais qu'une apparence d'unité (...)
Si j'ai quelque unité en moi, elle ne consiste certainement pas, dans mon moi conscient, dans le sentir, dans le vouloir, dans le penser; elle est ailleurs : dans la sagesse globale de mon organisme, occupé à se conserver, à assimiler, à éliminer, à veiller au danger; mon moi conscient n'en est que l'instrument. La sensibilité, la volonté, la pensée ne me montrent jamais que des phénomènes terminaux dont les causes me sont totalement inconnues ; la succession de ces phénomènes terminaux qui semblent résulter les uns des autres n'est sans doute qu'une apparence, en réalité les causes finales me donnent l'impression d'un enchaînement logique et psychologique.
Extrait de : La Volonté de Puissance, 1885-1888, tome I, Livre II, § 228 et tome II, Livre III, § 606, tr. G. Bianquis, 1995, Ed. Gallimard, Tell.
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Raphael Enthoven, 2013.



Rencontre autour de Nietzsche, avec Clément Rosset, Philippe Solers et Dorian Astor, 2011







Friedrich Nietzsche, un voyage philosophique, documentaire d’Alain Jaubert, (2001)
Coproduction : ARTE France, Palette Production.













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