dimanche 23 février 2014

Walter J. Ciszek

Walter J. Ciszek, né le 4 novembre 1904 à Shenandoah (en) en Pennsylvanie (États-Unis) et décédé le 8 décembre 1984 au Bronx (New York), était un prêtre jésuite américain d’origine polonaise. Prêtre catholique clandestin en URSS il est condamné comme ‘espion du Vatican' en 1942 et passe 21 ans au Goulag soviétique avant de servir, en 1963, comme monnaie d’échange pour un espion soviétique.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Avec Dieu au goulag. Témoignage d'un Jésuite interné vingt-trois ans en Sibérie (1964), Ed. des Beatitudes, 2010
- L'espion du Vatican, 15 ans au goulag (1967), Ed. Salvator, 2011


C’est seulement en Sibérie, au soir de ces interminables journées de labeur, quand je tombais de fatigue, alors que mon corps criait pour recevoir une seule minute de repos supplémentaire, un peu de répit au travail ou encore une seule miette de pain de plus, que j’ai appris à apprécier le don merveilleux de la vie que Dieu fait à l’homme par cette ressource qu’est le corps humain.
L’intimité qui existe entre l’âme et le corps est une merveille de la Création et un mystère de l’existence humaine. Nous avons tort de penser que dans la mesure où l’âme sera jugée après la mort – tandis que le corps sera laissé à la corruption du tombeau – que cette poignée de cendres mortelles ne sont pas pour autant un don de Dieu, n’ont pas cette noblesse ou cette beauté de l’âme immortelle. C’est dans notre corps que nous vivons et que nous travaillons à notre salut. C’est dans notre corps que nous contemplons et que nous nous réjouissons des beautés de l’univers créé par Dieu. (...)

Quel trésor merveilleux, quelle source de force et de consolation n’ai-je pas trouvés dans l’agonie de notre Seigneur au Jardin des Oliviers à partir de ce moment-là… Je voyais désormais clairement ce que j’avais à faire. Je ne peux désigner cette expérience par un autre terme que celui de conversion et je peux vous dire en toute honnêteté que ma vie à partir de ce moment-là a changé du tout au tout. Si ce moment de désespoir avait été une période de ténèbres absolues, je faisais à présent l’expérience d’une clarté éblouissante. Je sus sur-le-champ ce que je devais faire et, d’une certaine manière, je sus que je pourrais le faire. Je compris que je devais m’abandonner entièrement à la volonté du Père et vivre dès lors dans un esprit de total abandon à Dieu. C’est ce que je fis. Je n’ai pas de meilleurs termes pour décrire cette expérience que le « lâcher prise », c’est-à-dire abandonner totalement mes derniers efforts ou même toute volonté de tenir les rênes de ma vie. C’est vraiment facile à dire et pourtant, cette simple décision a affecté tous les moments de ma vie. Je dois donc parler de conversion. J’avais toujours fait confiance à Dieu. J’avais toujours essayé de rechercher sa volonté, de voir sa Providence à l’œuvre. J’avais toujours considéré que ma vie et mon destin étaient guidés par sa volonté. À certains moments, plus consciemment qu’à d’autres, j’avais senti ses initiatives, ses appels, ses promesses et sa grâce. En temps de crise plus particulièrement, j’avais tenté de découvrir quelle était sa volonté et de la suivre de mon mieux. Mais il s’agissait là d’une nouvelle vision, d’une nouvelle compréhension, bien plus en tout cas qu’une simple mise en relief. Jusqu’à ce jour, j’avais toujours envisagé mon rôle (le rôle de l’homme) dans l’économie divine comme un rôle actif. Jusque-là, j’étais resté maître de toutes mes décisions, actions et entreprises. Je voyais maintenant que ma tâche était de « coopérer » avec la grâce, de m’impliquer jusqu’au bout dans l’œuvre du Salut. La volonté de Dieu se trouvait « là », quelque part, cachée et pourtant claire : je ne pouvais pas la manquer. C’était mon rôle (le rôle de l’homme) de découvrir quelle était sa volonté, puis d’y conformer la mienne et ainsi de travailler à satisfaire les desseins de la Providence divine. La perfection consistait simplement à apprendre à découvrir la volonté de Dieu, dans chaque situation, puis à tout mettre en œuvre pour accomplir ce qu’il y avait à faire.
À présent, avec une clarté soudaine et presque aveuglante, avec une grande simplicité, je comprenais que j’avais tenté d’agir en m’appuyant sur ma volonté et mon intelligence, ce qui était exagéré, ce qui était faux. La volonté de Dieu ne se cachait pas « quelque part » « là » dans les situations où je me trouvais ; les situations elles-mêmes étaient sa volonté pour moi. Ce qu’il désirait, c’était que j’accepte toute situation comme venant de sa main, que j’accepte de lui laisser les rênes et de me mettre entièrement à sa disposition. Ce qu’il me demandait, c’était un acte de confiance absolue, sans aucune interférence ou sans m’agiter de façon frénétique, sans réserve, sans exception ni lieu où mettre des conditions ou hésiter. Il me demandait un don total de moi-même, sans aucune retenue. Il me demandait une foi absolue, la foi en l’existence de Dieu, en sa Providence, en son amour vigilant dans les moindres détails de ma vie, en sa puissance qui me soutient, en son amour protecteur. Cela voulait dire qu’il me fallait abandonner mes derniers doutes les mieux cachés, la peur ultime que Dieu ne soit pas là pour me soutenir. Cela ressemble un peu à ce moment d’éternité terrible entre peur et anxiété, quand un enfant se laisse aller pour la première fois en abandonnant tout soutien, pour faire l’expérience que l’eau le porte vraiment et qu’il peut flotter sans bouger, totalement détendu.
Une fois qu’on l’a compris, c’est tellement simple. (…)
Extrait de : Avec Dieu au Goulag
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Source du texte : exultet 

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