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mardi 12 juillet 2016

Barroso, un scandale révélateur

MAJ de la page : Les portes tournantes continuent de tourner



Barroso, un scandale révélateur
Par Jacques Sapir, le 11 juillet 2016 - RussEurope

Monsieur Barroso s’est fait embaucher par Goldman-Sachs, et cela a fait scandale[1]. Certains ont trouvé étonnant que l’ancien responsable de la Commission européenne aille se vendre à une banque d’affaires américaine[2]. Ce qui peut susciter l’étonnement est plutôt leur étonnement. Car, les relations incestueuses des grands responsables européens avec les grandes banques d’affaires ne datent pas de hier, ni d’avant-hier. De fait, qu’il s’agisse de Mario Monti, ancien responsable de la Commission et ancien Premier-ministre italien, de Mario Draghi, ci-devant Président de la Banque Centrale Européenne, de Lucas Papademos, nombreux sont les dirigeants qui ont été élevés dans l’écurie Goldman Sachs ou qui retournent dans le giron de cette banque. Plutôt que de se scandaliser, avec retard et sans grands effets, il eut mieux fallu empêcher cela, et considérer que – si l’Union européenne doit être indépendante de la finance américaine – un mur d’airain devait être dressé entre ces mondes. Mais peut-être, en vérité, ne l’a-t-on pas voulu. Peut-être bien que l’Union européenne est simplement un instrument de la « haute finance » américaine. D’ailleurs, n’est-ce pas cette même Goldman Sachs qui avait aidé le gouvernement grec à maquiller ses comptes en 2001, et ce au su et au vu de Bruxelles ? Si telle est la vérité, alors il n’y a pas de quoi se scandaliser de l’attitude d’un Barroso aujourd’hui et d’un autre, pourquoi pas Moscovici, demain. L’indignation de certains, comme l’éditorialiste du journal Le Monde[3], est donc mal placée. Il faudrait réfléchir à ce qu’a été depuis 15 ans l’UE pour les peuples européens. Mais que voulez-vous, et pour plagier feu le regretté Jacques Brel, « chez ces gens là, Monsieur, on ne pense pas, on compte.. »[4].

Il est cependant intéressant de lire ce que dit, et ce que pense, Juan-Manuel Barroso. Le discours qu’il prononça au début du printemps 2014 en Californie, à l’université de Stanford[5] est, à cet égard, parfaitement exemplaire de l’imaginaire du personnage, et avec ce dernier de nombreux parmi les dirigeants européens. On a eu tendance à railler son manque (évident) de charisme. C’est oublier que le charisme n’est une qualité indispensable que dans un univers où les décisions sont prises par des dirigeants identifiables et (si possible…) élus. Mais, quand la décision est prise par une bureaucratie anonyme, cette qualité s’avère en réalité un défaut. Barroso est donc très représentatif et en un sens exemplaire de l’idéologie de l’Union européenne. Au-delà, dans ce discours sont exprimées une série de notion d’une importance toute particulière.

samedi 9 juillet 2016

Les « portes tournantes » continuent de tourner

MAJ de la page : Goldman Sachs



L'ancien président de la Commission Européenne (2004-2014), José Manuel Barroso, est recruté pour conseiller la banque américaine Goldman Sachs à Londres. Notre invité est le journaliste financier Marc Roche, grand connaisseur de Goldman Sachs et de ses liens avec les institutions de l'UE.
Auteur du livre "La Banque : Comment Goldman Sachs dirige le monde" puis d'un documentaire sur le même sujet, avec Jérôme Fritel.
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Barroso rejoint Goldman Sachs : encore une mauvaise nouvelle pour l'Europe
Par Romaric Godin, le 8 juillet 2016 - La TRibune 
 
L'ancien président de la Commission européenne aidera la banque d’affaires américaine à gérer l'après-Brexit. Un transfert qui envoie un message négatif de plus au débit de l'UE.

Les « portes tournantes » continuent de tourner. L'ancien président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Durão Barroso, a été recruté par la banque d'affaires étatsunienne Goldman Sachs pour l'aider à gérer les conséquences de la sortie annoncée du Royaume-Uni de l'Union européenne après le référendum du 23 juin dernier. Il sera ainsi nommé président non exécutif de Goldman Sachs International (GSI) à Londres et, de surcroît, il aura le titre de « conseiller ».

Aider Goldman Sachs à gérer le Brexit

Selon le Financial Times, José Manuel Barroso entend « faire ce qu'il peut pour adoucir les effets négatifs du Brexit ». Les banques d'affaires américaines ont naturellement choisi Londres comme base d'opération pour leurs activités européennes. Mais si le Royaume-Uni perd son accès au marché unique européen, il leur faudra ouvrir de nouvelles filiales dans un pays de l'Espace économique européen. Quel pourrait alors être le rôle de l'ancien président de la Commission ?  Aura-t-il pour charge de faire du lobbying auprès des négociateurs européens qu'il connaît fort bien pour sauvegarder cet accès de la finance londonienne au marché unique (le fameux « passeport » européen) ? Cherchera-t-il à négocier des avantages avec un éventuel « point de chute » ? Pour le moment, il va déménager à Londres et croit que « Londres restera un centre financier mondial très important », indique-t-il au FT.

Le problème de l'indépendance

Évidemment, ce « transfert » pose une question centrale : celle de l'indépendance. Les liens entre Goldman Sachs et d'autres grandes banques et de nombreux fonctionnaires européens ou nationaux posent de véritables problèmes, notamment dans la gestion de la crise financière. Le cas le plus souvent cité est celui de Mario Draghi. L'actuel président de la BCE depuis 2011 a été vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs de 2002 à 2005. Or, Goldman Sachs n'est pas une banque comme les autres. C'est elle qui a aidé le gouvernement grec à détourner la méthode de calcul du déficit public par des produits de « swaps » qui permettaient de reporter à plus tard une partie de ce déficit. Grâce à ce tour de passe-passe, la Grèce était entrée dans la zone euro en 2002. Ce mécanisme avait été utilisé, du reste, par l'Italie, en 1997 pour rejoindre l'union monétaire à une époque où le directeur général du trésor transalpin était un certain... Mario Draghi.

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