Barroso, un scandale révélateur
Par Jacques Sapir, le 11 juillet 2016 - RussEurope
Monsieur Barroso s’est fait embaucher par Goldman-Sachs, et cela a fait scandale[1]. Certains ont trouvé étonnant que l’ancien responsable de la Commission européenne aille se vendre à une banque d’affaires américaine[2]. Ce qui peut susciter l’étonnement est plutôt leur étonnement. Car, les relations incestueuses des grands responsables européens avec les grandes banques d’affaires ne datent pas de hier, ni d’avant-hier. De fait, qu’il s’agisse de Mario Monti, ancien responsable de la Commission et ancien Premier-ministre italien, de Mario Draghi, ci-devant Président de la Banque Centrale Européenne, de Lucas Papademos, nombreux sont les dirigeants qui ont été élevés dans l’écurie Goldman Sachs ou qui retournent dans le giron de cette banque. Plutôt que de se scandaliser, avec retard et sans grands effets, il eut mieux fallu empêcher cela, et considérer que – si l’Union européenne doit être indépendante de la finance américaine – un mur d’airain devait être dressé entre ces mondes. Mais peut-être, en vérité, ne l’a-t-on pas voulu. Peut-être bien que l’Union européenne est simplement un instrument de la « haute finance » américaine. D’ailleurs, n’est-ce pas cette même Goldman Sachs qui avait aidé le gouvernement grec à maquiller ses comptes en 2001, et ce au su et au vu de Bruxelles ? Si telle est la vérité, alors il n’y a pas de quoi se scandaliser de l’attitude d’un Barroso aujourd’hui et d’un autre, pourquoi pas Moscovici, demain. L’indignation de certains, comme l’éditorialiste du journal Le Monde[3], est donc mal placée. Il faudrait réfléchir à ce qu’a été depuis 15 ans l’UE pour les peuples européens. Mais que voulez-vous, et pour plagier feu le regretté Jacques Brel, « chez ces gens là, Monsieur, on ne pense pas, on compte.. »[4].
Il est cependant intéressant de lire ce que dit, et ce que pense, Juan-Manuel Barroso. Le discours qu’il prononça au début du printemps 2014 en Californie, à l’université de Stanford[5] est, à cet égard, parfaitement exemplaire de l’imaginaire du personnage, et avec ce dernier de nombreux parmi les dirigeants européens. On a eu tendance à railler son manque (évident) de charisme. C’est oublier que le charisme n’est une qualité indispensable que dans un univers où les décisions sont prises par des dirigeants identifiables et (si possible…) élus. Mais, quand la décision est prise par une bureaucratie anonyme, cette qualité s’avère en réalité un défaut. Barroso est donc très représentatif et en un sens exemplaire de l’idéologie de l’Union européenne. Au-delà, dans ce discours sont exprimées une série de notion d’une importance toute particulière.

