Par Craig Murray, le 9 avril 2018 - Creg Murray / Les Crises (trad.)
Craig Murray, diplomate britannique, ancien ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l’Ouzbékistan, historien et activiste en faveur de la défense des Droits de l’Homme.
Je n’ai jamais exclu la possibilité que la Russie soit responsable de l’attaque de Salisbury, entre autres possibilités. Mais j’écarte la possibilité qu’Assad lâche des armes chimiques sur la Ghouta. Dans cette guerre extraordinaire, où les djihadistes coupeurs de têtes financés par l’Arabie saoudite bénéficient du soutien aérien israélien et des “conseillers” militaires américains et britanniques, chaque fois que l’armée syrienne est sur le point de prendre le contrôle total d’une enclave djihadiste majeure, au dernier moment où la victoire est à leur portée, l’armée syrienne attaquerait des enfants avec des armes chimiques, sans aucune raison militaire. Nous avons été nourris de ce récit encore et encore et encore et encore et encore.
Nous sommes alors confrontés à une offensive de propagande de la part des politiciens néo-conservateurs, des think tanks et des “associations de bienfaisance” qui réclament une grande pluie de bombes et de missiles occidentaux, et nous sommes accusés d’insensibilité à l’égard des enfants qui souffrent si nous nous faisons des objections. Ceci malgré la certitude que les interventions militaires occidentales en Afghanistan, en Irak et en Libye ont eu des conséquences qui restent à ce jour tout à fait désastreuses.
Je crains que l’orchestration massive de la russophobie au cours des deux dernières années vise à préparer l’opinion publique à un conflit militaire plus large centré sur le Moyen-Orient, mais susceptible de s’étendre, et que nous approchons de ce but. La déconnexion de la classe politique et des médias par rapport à la population générale est telle que les leviers de bonne volonté pour empêcher cela sont, comme dans le cas de l’Irak, extrêmement peu nombreux, car les politiciens tremblent face au chauvinisme des médias. C’est une période extrêmement dangereuse.
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Jean-Luc Mélenchon, Dans les guerres la première victime c'est la vérité (RT, 10 avril 2018)
Lire aussi sur : Intervention en Syrie : «Tout missile américain tiré sur la Syrie sera abattu», prévient Moscou, RT, le 11 avril 2018 / «Si une frappe se produit, ce ne sera pas seulement un acte d'agression, ce sera un crime de guerre de la part de la coalition occidentale. C'est une provocation car il n'y a eu aucune enquête», Sputniknews, le 11 avril 2018 / La nouvelle campagne de Russie, les USA, l'UE et l'OTAN veulent la guerre, par Manlio Dinucci, le 27 mars 2018
«Pourquoi la France ne doit pas s'associer aux frappes en Syrie»
Par Caroline Galactéros, le 10 avril 2018 - Le Figaro
Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros est présidente du think tank Geopragma. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).
La messe semble dite et une atmosphère de veillée d'armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d'Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d'une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l'abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.
Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste! Il s'agirait là d'un «devoir moral»! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C'est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d'âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n'existent pas, ne comptent pas.
Mais certaines images de guerre et de civils otages d'une sauvagerie généralisée irritent plus que d'autres nos consciences lasses d'Européens déshabitués de la violence et gonflés d'une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.
Mais agir contre qui? Qui faut-il punir? Le régime de «l'animal Assad», comme l'a appelé Trump? L'Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l'on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n'était qu'un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?
Quel serait l'intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ?
Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter? Personne ne s'autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n'ont rien vu ressemblant à une attaque? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre? Ou que des éléments de l'armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C'est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.