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mercredi 11 avril 2018

«Pourquoi la France ne doit pas s'associer aux frappes en Syrie»

La ruée vers la guerre en Syrie
Par Craig Murray, le 9 avril 2018 - Creg Murray / Les Crises (trad.)

Craig Murray, diplomate britannique, ancien ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l’Ouzbékistan, historien et activiste en faveur de la défense des Droits de l’Homme. 

Je n’ai jamais exclu la possibilité que la Russie soit responsable de l’attaque de Salisbury, entre autres possibilités. Mais j’écarte la possibilité qu’Assad lâche des armes chimiques sur la Ghouta. Dans cette guerre extraordinaire, où les djihadistes coupeurs de têtes financés par l’Arabie saoudite bénéficient du soutien aérien israélien et des “conseillers” militaires américains et britanniques, chaque fois que l’armée syrienne est sur le point de prendre le contrôle total d’une enclave djihadiste majeure, au dernier moment où la victoire est à leur portée, l’armée syrienne attaquerait des enfants avec des armes chimiques, sans aucune raison militaire. Nous avons été nourris de ce récit encore et encore et encore et encore et encore.

Nous sommes alors confrontés à une offensive de propagande de la part des politiciens néo-conservateurs, des think tanks et des “associations de bienfaisance” qui réclament une grande pluie de bombes et de missiles occidentaux, et nous sommes accusés d’insensibilité à l’égard des enfants qui souffrent si nous nous faisons des objections. Ceci malgré la certitude que les interventions militaires occidentales en Afghanistan, en Irak et en Libye ont eu des conséquences qui restent à ce jour tout à fait désastreuses.

Je crains que l’orchestration massive de la russophobie au cours des deux dernières années vise à préparer l’opinion publique à un conflit militaire plus large centré sur le Moyen-Orient, mais susceptible de s’étendre, et que nous approchons de ce but. La déconnexion de la classe politique et des médias par rapport à la population générale est telle que les leviers de bonne volonté pour empêcher cela sont, comme dans le cas de l’Irak, extrêmement peu nombreux, car les politiciens tremblent face au chauvinisme des médias. C’est une période extrêmement dangereuse.

* * *



Jean-Luc Mélenchon, Dans les guerres la première victime c'est la vérité (RT, 10 avril 2018)

Lire aussi sur : Intervention en Syrie : «Tout missile américain tiré sur la Syrie sera abattu», prévient Moscou, RT, le 11 avril 2018 / «Si une frappe se produit, ce ne sera pas seulement un acte d'agression, ce sera un crime de guerre de la part de la coalition occidentale. C'est une provocation car il n'y a eu aucune enquête», Sputniknews, le 11 avril 2018 / La nouvelle campagne de Russie, les USA, l'UE et l'OTAN veulent la guerre, par Manlio Dinucci, le 27 mars 2018


«Pourquoi la France ne doit pas s'associer aux frappes en Syrie»
Par  Caroline Galactéros, le 10 avril 2018 - Le Figaro

Alors que la France s'apprête vraisemblablement à frapper la Syrie, en représailles aux attaques chimiques supposées, Caroline Galactéros plaide pour un sursaut d'indépendance nationale. Selon elle, la France ne doit pas s'aventurer dans une nouvelle coalition.

Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros est présidente du think tank Geopragma. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).

La messe semble dite et une atmosphère de veillée d'armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d'Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d'une nouvelle attaque chimique imputée de manière «très probable» mais en amont de toute enquête, aux forces de l'abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.

Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste! Il s'agirait là d'un «devoir moral»! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C'est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d'âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n'existent pas, ne comptent pas.

Mais certaines images de guerre et de civils otages d'une sauvagerie généralisée irritent plus que d'autres nos consciences lasses d'Européens déshabitués de la violence et gonflés d'une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.

Mais agir contre qui? Qui faut-il punir? Le régime de «l'animal Assad», comme l'a appelé Trump? L'Iran? La Russie? Vraiment? Et si ce trio noir que l'on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n'était qu'un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences?

Quel serait l'intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ?

Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter? Personne ne s'autorise à douter un instant, quand le ministre russe des affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n'ont rien vu ressemblant à une attaque? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre? Ou que des éléments de l'armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été «retournés»? À qui profite le crime? C'est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

samedi 22 avril 2017

Trump : la petite frappe-tweet !

Trump : la petite frappe-tweet !
Par Richard Labévière, le 14 avril 2017 - Investig'action



On parle toujours de « frappes » pour qualifier les bombardements que les pays occidentaux n’ont cessé de multiplier, un peu partout, depuis la fin de la Guerre froide, mais on continue à dire « bombardements » lorsque la Russie et ses alliés ont l’arrogance de faire de même… Pour le coup, c’est bien une « frappe » contre une base aérienne syrienne que le président américain Donald Trump a ordonné dans la nuit du 6 au vendredi 7 avril dernier. Cette décision, qui marque un spectaculaire revirement de la communication trumpienne, intervient deux jours après un « événement » chimique survenu dans la localité de Khan Cheikhoun, aussitôt imputé à l’armée syrienne. A l’aune de cette précipitation de l’homme le plus puissant de la planète qui  tweete plus vite que son ombre, prochetmoyen-orient.ch vous propose cette semaine un Editorient à quatre mains, celles de Richard Labévière puis de Guillaume Berlat

De sources militaires autorisées, nous pouvons confirmer que Washington a bien averti Moscou du choix de sa cible syrienne et du créneau horaire de son opération. Les militaires russes auraient alors aussitôt affranchi leurs alliés syriens ayant pu ainsi évacuer l’essentiel de leurs matériels et de leurs personnels.

Vu le résultat de l’opération, les experts ajoutent que « la tête des 59 missiles engagés ont, sans doute, été allégées afin de restreindre leurs effets destructeurs ». Autrement dit, cette frappe-tweet relève davantage du simulacre et de la communication. Sur le fond de la guerre civilo-syrienne et du sort des populations civiles, elle ne change rien et ne règle rien. Son objectif est ailleurs…

Ailleurs : cet enchaînement d’événements précipités nous conduit à proposer six remarques. La plus immédiate, la première tombe sous le sens : vérité et signification des faits ? Dès l’annonce de « l’attaque chimique », nous avons consulté les meilleurs spécialistes français des armes chimiques, notamment plusieurs officiers supérieurs qui enseignent à l’Ecole de guerre. Constat unanime : trop tôt, trop vite, trop affirmatif pour conclure à une attaque aérienne délibérée à l’arme chimique ou au bombardement d’un site abritant des stocks de composants chimiques.

En cette matière, la procédure la plus rationnelle consiste à saisir les experts de l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimique)1, afin que celle-ci ouvre une enquête et remette ses conclusions au Conseil de sécurité des Nations unies. Ensuite, il revient à l’instance exécutive de l’ONU de décider s’il faut ou non recourir à l’article VII de la Charte des Nations unies pour autoriser ou non l’usage de la force. Par conséquent, notre premier constat est sans appel : la frappe-tweet du président des Etats-Unis est parfaitement illégale au regard du droit international, comme il est tout aussi hallucinant de voir la Grande Bretagne et la France – toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité – cautionner et applaudir ce bombardement-ingérence.

Notre deuxième remarque relève davantage de la phénoménologie qui caractérise et oriente l’air du temps. Monsieur Trump nous dit qu’il a pris sa décision de bombarder une base syrienne après avoir été bouleversé par les images qu’il a pu voir… La belle affaire ! Voilà qui n’est pas très rassurant d’apprendre que l’homme le plus puissant de la planète prend ses décisions en fonction d’images qu’il voit ou ne voit pas !

Rappelons seulement ce constat imparable de Guy Debord, dressé dans son maître-livre La Société du spectacle2 : « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout ». Dans cette logique, s’il n’y pas d’image, il n’y a pas d’action, d’où la toute puissance des images ! A l’heure de la post-vérité, on met le pied dans toutes sortes de machineries, de simulacres, sinon de propagande.

vendredi 23 décembre 2016

"Les commanditaires en seront pour leurs frais"

«L'assassinat d'Andreï Karlov pourrait renforcer les relations russo-turques»
Interview de Caroline Galacteros par Alexis Feertchak, le 22 décembre 2016 - Le Figaro


L'ambassadeur russe à Ankara a été tué alors que la Russie, l'Iran et la Turquie allaient se réunir à Moscou pour évoquer la crise syrienne. Pour Caroline Galactéros, l'attentat ne devrait pas remettre en cause la récente réconciliation entre Moscou et Ankara.

L'ambassadeur russe en Turquie a été assassiné lundi 19 décembre à Ankara. Le tireur a déclaré juste après l'avoir abattu à bout portant: «Nous sommes ceux qui ont voué allégeance à Mohamed pour le djihad jusqu'à notre dernière heure. N'oubliez pas la Syrie, n'oubliez pas Alep. Tant que les habitants n'y seront pas en sécurité, vous ne le serez pas non plus». La Russie a aujourd'hui le leadership au Moyen-Orient. Risque-t-elle d'être davantage la cible du terrorisme islamiste ? 

C'est probable et elle le craint. C'est aussi l'une des raisons de son implication militaire en Syrie. L'assassinat d'un ambassadeur en fonction est un acte d'une extraordinaire gravité. L'ambassadeur est nommé par le président lui-même. C'est son émissaire personnel, sa voix, l'expression de sa volonté et de son pouvoir dans son pays de résidence. Et Andrei Karlov était au coeur des pourparlers diplomatiques préparatoires à une transition politique que mène très activement Moscou. C'est donc un message direct et personnel qui vient d'être délivré à Vladimir Poutine. Sachant que le président russe n'est pas le moins du monde homme à céder à l'intimidation, mais qu'au contraire elle le galvanise, soit les instigateurs de l'attentat veulent jeter de l'huile sur le feu et relancer la guerre et en ce cas, ils font preuve d'un bien mauvais jugement. Soit ils déclarent la guerre totale à ceux qui ont décidé de les sortir du jeu syrien, y compris à certains de leurs anciens soutiens qui les lâchent progressivement, reviennent à une vision plus lucide et pragmatique de la réalité des enjeux et se rapprochent de Moscou pour en finir avec cet abcès régional qui menace de devenir incontrôlable. Et là aussi, l'effet boomerang sera douloureux. Il y a bien sûr maintes autres hypothèses. La plus probable est que le message est aussi, via Moscou, adressé à Ankara, pour enfoncer un coin dans la relation turco-russe - mise en péril en novembre 2015 par l'affaire de Sukhoï russe descendu par la chasse turque - et spectaculairement restaurée depuis juillet dernier et le coup d'État avorté à Ankara.

Aurait-on pu ainsi chercher à fragiliser ce récent rapprochement russo-turc? 

Il pourrait s'agir de signifier au président Erdogan qu'il ne peut impunément jouer sur tous les tableaux. 

Il pourrait en effet s'agir de signifier au président Erdogan qu'il ne peut impunément jouer sur tous les tableaux et qu'il doit choisir, sur le terrain, entre son alliance américaine - via l'OTAN et sa participation à la coalition occidentalo-sunnite -, et son rapprochement opportuniste de l'axe russo-iranien, dont on se demande de plus en plus s'il est tactique ou stratégique. La Turquie s'est en effet longtemps impliquée dans la déstabilisation du régime syrien, avant de reconnaître officiellement à la fin de l'été dernier, que Bachar al-Assad était un interlocuteur sinon légitime du moins incontournable. Une manière de faire amende honorable envers Moscou, de légitimer l'implication russe, sa maîtrise croissante du jeu militaire et diplomatique et de mettre un bémol à son soutien militaire aux «rebelles» et même à l'État Islamique qui depuis cible le régime du président Erdogan. Avec cet attentat, Ankara est en train d'expérimenter les limites de son jeu très habile sur tous les tableaux et en premier lieu, celles de son positionnement acrobatique entre Moscou et Washington. Elle tire parti du besoin de chacun des deux Grands de la compter comme alliée sur le terrain pour pousser ses feux en Syrie, à la fois pour y asseoir une influence grâce à ses «rebelles pro-turcs» en installant la légitimité de ses prétentions symboliques sur Raqqa ou Mossoul notamment, et bien sûr pour contrarier les ambitions territoriales et politiques de son ennemi principal kurde. Elle mène quelques offensives contre l'État islamique pour faire bonne mesure et permet de facto d'accélérer la libération d'Alep en cessant son soutien aux djihadistes locaux.

Dans quelle mesure est-ce la politique internationale russe qui a été visée? 

lundi 19 décembre 2016

«À Alep, sortons enfin des vues manichéennes»

MAJ de la page : Alep



Du Grain à moudre par Hervé Gardette
L'Etat islamique est-il un adversaire militaire comme les autres ? (le 15 décembre 2016)
avec :
Caroline Galactéros : directrice du cabinet d'intelligence stratégique «Planeting»
Gérard Chaliand : géostratège, spécialiste de l'étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques
Hosham Dawod : chercheur au CNRS, anthropologue et spécialiste de l’Irak où il dirigeait jusqu’en septembre 2014 la branche irakienne de l’Institut français du Proche-Orient

* * *

«À Alep, sortons enfin des vues manichéennes»
Interview de Caroline Galactéros par Alexis Feertchak, le 16 décembre 2016 - Figaro 

La ville d'Alep a été le lieu d'une bataille sanglante depuis 2012. Pour la géopolitologue Caroline Galactéros, une politique d'équilibre des intérêts entre Washington et Moscou serait la seule manière de sauver la Cité antique et le reste du pays.



Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d'intelligence stratégique Planeting. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (éd.Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).

FIGAROVOX. - L'armée syrienne a repris aux rebelles la ville d'Alep, ancienne capitale économique du pays. Comment percevez-vous le traitement médiatique de cette bataille décisive dans le conflit syrien?

Caroline GALACTEROS. - Si vous me pardonnez cette franchise, je le trouve globalement déplorable et surtout dangereux. Par ignorance, goût du sensationnalisme et de la polarisation manichéenne des situations, confiance excessive dans les réseaux sociaux, ou par inclination à relayer la doxa véhiculée par le pouvoir et ses alliés, la plupart des médias se sont engouffrés depuis des mois dans la brèche de la facilité et ont relayé bien des informations parcellaires voire fausses (cf. l'affaire des «Casques Blancs» ou «l'opération OSDH» - source unique elle aussi anglaise, clairement contestable et pourtant devenue la référence depuis cinq ans ). Ils ont en conséquence nourri une interprétation déformée des enjeux et des faits. Bref, l'immense majorité des médias occidentaux s'est fait la caisse de résonnance naïve ou parfois sciemment complice d'une vaste entreprise de désinformation sur la nature des «rebelles», les objectifs réels de la guerre, l'idée même d'une guerre civile ou encore la dimension confessionnelle du conflit de fait secondaire mais montée en épingle, etc...

Comment voyez-vous les événements?

La partie Est de la ville d'Alep a été, dans la douleur et au prix d'une tragédie humaine indéniable, libérée de djihadistes qui s'en étaient emparés dès 2012.

La partie Est de la ville d'Alep a été, dans la douleur et au prix d'une tragédie humaine indéniable, libérée de djihadistes qui s'en étaient emparés dès 2012. La méthode russe de bombardement intensif est évidemment difficilement acceptable au plan humain, au plan des individus. Les forces occidentales notamment françaises, c'est tout à leur honneur, cherchent davantage à éviter des pertes civiles massives. Elles en font malgré tout nécessairement car la précision de ces frappes n'a de «chirurgicale» que le nom. On les appelle alors pudiquement des «bavures» ou des «dommages collatéraux», on les passe sous silence ou on les relaie très peu médiatiquement. Pourquoi? Parce que depuis le début de ce conflit (comme dans bien d'autres d'ailleurs) et notamment depuis l'intervention militaire russe d'octobre 2015, il s'agit de délégitimer voire de criminaliser l'action de Moscou, comme si elle était de nature fondamentalement différente de la nôtre. Or, la différence n'est pas là. Ce sont nos objectifs politiques et militaires qui, malheureusement, sont très différents et c'est d'ailleurs cet écart béant qui, - pour une grande part-, fait durer le conflit et qui fait beaucoup de morts... La polarisation politique délibérée autour d'un «bon» et d'un «mauvais» camp bat son plein. Ce manichéisme est pour moi extrêmement dangereux et renvoie à l'agenda véritable de la Coalition en Syrie aujourd'hui clairement mis en échec par l'intervention de Moscou mais qui est surtout depuis le début, diamétralement opposé à celui de la Russie. En effet, il ne s'agissait pas pour les Etats-Unis, les puissances européennes et les monarchies du Golfe ou la Turquie, de réduire le cancer islamiste sous toutes ses formes - pas seulement celle de Daech, bouc-émissaire spectaculaire -, mais de déstabiliser l'Etat syrien et faire tomber le régime d'Assad coûte que coûte. Il en a coûté effectivement bien des vies innocentes. On a donc crédibilisé dès 2011 les groupes islamistes radicaux issus d'Al-Qaïda pour délégitimer radicalement la résistance du régime syrien (certes brutale et qui au début a volontairement joué sur les islamistes en embuscade pour balayer l'embryon d'opposition démocratique presque immédiatement débordé puis disparu).

Quid de la responsabilité des rebelles dans la situation humanitaire?

Notre focus systématique sur l'individu escamote la dimension politique et stratégique.

Elle est première. On a passé sous silence les pratiques horrifiantes de ces groupes islamistes (exécutions, tortures, racket, enrôlement des enfants…) pour tenir en otages les populations syriennes - toutes communautés confondues - sous leur coupe afin de se protéger des frappes. Au-delà, le problème de la médiatisation relève de la quadrature du cercle. Il est évident que l'on ne peut que s'indigner en tant qu'humain de ce que subissent les civils dans les guerres car notre focus systématique sur l'individu escamote la dimension politique et stratégique. Et là, on a un problème. Car pour en finir avec les djihadistes d'Alep, il faut pouvoir les séparer de leurs populations-boucliers. Soit par la persuasion, soit par la force. C'est ce qui a fini par arriver lorsqu'enfin ont pu être mis en place (pas grâce aux Etats-Unis) des corridors d'exfiltration des civils et de reddition des derniers djihadistes souhaitant eux-mêmes éviter la mort.

Parleriez-vous de guerre civile?

Il n'y a pas de guerre civile à proprement parler en Syrie. Il y a une guerre contre tous les Syriens (toutes confessions et communautés confondues) qui est menée de l'extérieur contre ces populations. Les rebelles les retiennent sous leur coupe nous l'avons dit, les rançonnent, menacent les familles de ceux qui voudraient fuir, utilisent écoles et hôpitaux pour s'y retrancher, y disposer leurs snipers et provoquer l'opprobre occidental contre ceux qui n'hésitent pas à les en déloger.

Bachar al-Assad s'érige depuis longtemps en rempart contre le «terrorisme». Dans quelle mesure s'agit-il là d'un moyen tactique pour écarter l'opposition modérée?

Depuis quatre ans, il n'y a plus un «rebelle modéré» en Syrie.

jeudi 15 décembre 2016

Alep. Où est la vérité ?

MAj de la page : Syrie. Une libération crève-coeur pour la coalition internationale.



Témoignage de Vanessa Beeley, journaliste britannique (octobre 2016)

* * *



Interview de Nabil Antaki, médecin syrien à Alep (Arrêt sur info, 23 mai 2016)
 

ALEP – Où est la vérité ? Sûrement pas chez les journalistes et les médias
Par Nabil Antaki, médecin à Alep, le 14 décembre 2016 - Arrêt sur info

Réponse du Dr Nabil Antaki aux gens désorientés face aux accusations d’exécutions sommaires émanant de l’ONU et de gouvernements et médias désapprouvant l’offensive de l’Etat syrien contre les dernières positions terroristes à Alep. Accusations contrastant avec la lettre du frère Sabe. SC. 


Je comprends très bien le trouble de ton interlocuteur ou le sentiment d’être mal à l’aise de l’autre ainsi que ton questionnement : Où est la vérité ? Je comprends très bien ces réactions de la part de personnes qui sont soumises à un matraquage médiatique occidental très partial, manichéen où il y a les bons d’un côté qu’on appelle rebelles ou révolutionnaires (on oublie qu’ils font partie des 2 groupes, Daech et Al Nosra, qui ont été mis sur la liste des organisations terroristes par la communauté internationale. On oublie les 90,000 djihadistes étrangers qui sont venus chez nous pour faire le djihad. On oublie que le but ultime de ces terroristes est l’installation d’un état islamique) et de l’autre les méchants qu’on a diabolisé par une désinformation massive dès le début des événements pour accélérer la chute du régime.

Ce sont les mêmes qui ont envahi les quartiers Est d’Alep en juillet 2012, Mossoul en 2014 et commis les attentats à Paris en 2015.

A Paris, ce sont des terroristes qu’ils font éliminer.

A Mossoul, vous applaudissez (à juste titre) des 2 mains l’assaut de l’armée irakienne épaulée par les raids aériens américains et de la coalition pour libérer la ville des terroristes de Daech (en sachant bien que ces raids feront naturellement des victimes parmi les civils mais personne ne s’en offusque en Occident).
A Alep, vous condamnez l’assaut de l’armée de l’Etat Syrien qui vise à libérer une partie de la ville contrôlée depuis 4 ans et 4 mois par les mêmes terroristes de Al Nosra. (Pour rappel, Daech et Al Nosra étaient un seul groupe qui s’est scindé en 2, il y a 2-3 ans, Al Nosra voulant suivre Al Qaida et prêter allégeance au dauphin de Ben Laden, et Daech voulant prêter allégeance au calife auto-proclamé Al Baghdadi)

Où est la vérité ? sûrement pas chez les journalistes et les médias. Elle est chez ceux qui vivent sur place.

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