Affichage des articles dont le libellé est fin de monde. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est fin de monde. Afficher tous les articles

jeudi 6 décembre 2018

Fin de monde ? Acte IV

MAJ de la page : Gilets jaunes

Lire aussi : Au cœur d'une assemblée générale de Gilets jaunes à Montreuil, 5 déc. 2018Les Gilets Jaunes - un signe de détresse jaune vif, par Diana Johnstone, le 4 déc. 2018 / Gilets jaunes : pour une nouvelle "nuit du 4 août", par Charles Rojzman, le 3 déc. 2018 / Gilets jaunes : cette soif de république, par Ambroise de Rancourt, le 6 décembre 2018




"Macron massacre son peuple" (Le Media, le 4 déc. 2018)

Quelques points de vue sur l'acte IV (prudence si vous en êtes) :



Francis Cousin, Pas de revendications, pas de porte-parole (26 novembre 2018)
Vidéo intégrale



Etienne Chouard, Jean Lassalle, Philippe Pascot (BTLV, 5 décembre 2018)

"Les politiciens ne lâchent pas de lest pour que cela ne pète pas comme s'il voulaient que ça pète, et les médias nous aide à nous mobiliser comme s'il voulaient que ça pète, mais dans les révolutions colorées quand cela se passe, c'est pour légitimer l'instauration d'une dictature". Etienne Chouard
"Je pense aussi que c'est une éventualité, on crée un climat d'insécurité totale, j'étais sur les manifs, on se fait gazer dès 9 heures du matin, (...) on prépare les gens à un dérapage. Aujourd'hui ils n'arrêtent pas de dire 'mais samedi il va y avoir des coups de feu', (...) on prépare les gens au fait de tirer. Et si jamais quelqu'un tire dans la foule samedi, mais c'est un bonheur pour instituer un coup d'état, un état d'urgence, un couvre-feu." Philippe Pascot

Un policier lance un appel à ses collègues pour rejoindre le mouvement des Gilets Jaunes, le 25 novembre 2018 (vidéo) / «Même combat que les Gilets jaunes» : un syndicat de police dépose un préavis de grève5 déc. 2018 / Un général montera à Paris pour soutenir les Gilets jaunes, le 6 déc. 2018 (vidéo)
Des policiers se sont-ils déguisés en Gilets jaunes le 1er décembre ?, 5 déc. 2018  / Alliance Police Nationale demande l'instauration de l'Etat d'urgence / Gilets Jaunes: le secrétaire général de l'unité SGP Police FO craint "des morts samedi prochain", le 3 décembre 2018
Abdel sur RMC: "Je suis un gilet jaune qui crève, j'ai cassé samedi et on va revenir avec des armes", le 2 déc. 2018 (vidéo) / Mes frères des cités ne tombé pas dans le panneau de BFM et du pouvoir, par Bassem, le 3 décembre 2018 (vidéo)

Fin de monde ?
par Frédéric Lordon, 5 décembre 2018 - Le Monde diplomatique 

 
Egon Schiele — « Selbstbildnis in gelber Weste » (« Autoportrait en veste jaune »), 1914.

La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les « élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.
Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...