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mardi 18 septembre 2018

Gwenaëlle Aubry, une philosophe romancière

MAJ de la page : Gwanaëlle Aubry



LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE  par Adèle Van Reeth
Gwenaëlle Aubry, une philosophe romancière 07/09/2018

Gwenaëlle Aubry est née en 1971. Elle poursuit une pratique de philosophe et aussi d’écrivaine.
Dans son écriture et son lien au monde se joue un rapport direct avec l’actualité qui saisit, le roman venant en réaction et en protection face à ce qui nous arrive en Europe.

Co-auteure de :
Le moi et l'interiorité, co-auteure avec Frédérique Ildefonse, Ed. Vrin, 2009

Les études ici rassemblées visent a évaluer la légitimité et la pertinence de deux concepts usuels, le moi et l'intériorité, dans l'Antiquité grecque principalement. De ce moi qui occupe d'abondance le champ littéraire et philosophique, on dit communément qu'il est absent de la pensée antique. On se propose d'abord d'interroger, pour éventuellement la remettre en question, cette curieuse absence. Y a-t-il place, clans le champ antique, pour autre chose que le "soi ", cet impersonnel dégagé des particularités biographiques qui excède l'individu tout en recelant son identité? Dans quels concepts antiques est-on fondé à repérer, autrement distribués, les éléments du concept moderne de moi ? Quels sont ceux qui, à l'inverse, lui sont abusivement ralliés? Plutôt qu'une place vide, ne trouve-t-on pas, chez les Anciens, un concept alternatif du moi, délié de l'unicité comme de l'intériorité? La seconde partie de ce volume vient orienter le programme indiqué par Jean-Pierre Vernant d'une " histoire de l'intériorité et de l'unicité du moi" vers une histoire de l'intériorité, c'est-à-dire une histoire des problématisations de l'intérieur. Si l'organisation mentale et psychique des Grecs n'était pas orientée vers le dedans, mais vers le dehors. si l'introspection n'est pas une pratique de fait, comment est apparue l'alliance entre subjectivité et intérieur que nous présupposons le plus souvent? Il importait alors d'illustrer combien cette problématisation de l'intérieur n'est pas exclusive et d'identifier comment les associations qui la composent peuvent être dénouées, au profit parfois d'un tout autre paysage conceptuel.
Quatrième de couverture Le moi et l'interiorité

Émission de France Culture « Les nouveaux chemins de la connaissance », « Le journal des nouveaux chemins » avec Adèle Van Reeth qui reçoit Gwenaëlle Aubry durant la semaine du 14 au 18 décembre 2009.
Transcription, source : Fabrique du sens

Adèle Van Reeth : On commence aujourd’hui une exploration en cinq étapes d’un univers vertigineux et éclaté dont on ne sait s’il est réel ou illusoire et auquel le fait de lui donner un nom, de lui mettre un visage, une voix, une mémoire ne suffit pas pour le saisir. Cet univers c’est le moi, le moi individu, le moi sujet, le moi intime, le soi, le ça, l’autre moi-même, celui dont on ne sait parfois que faire et qui n’est en fin de compte peut-être personne. Et c’est peut-être en ce sens qu’il faut comprendre le titre du roman de Gwenaëlle Aubry Personne, paru aux éditions du Mercure de France, qui a reçu le prix Femina le mois dernier.

Ce livre est composé de 26 moments qui sont autant de traits, de touches qui tentent de peindre un portrait, celui d’un père, un père qui se perd lui-même, qui se sait fou et auquel sa fille, la narratrice, tente de donner une réalité, une consistance, en prenant acte de la dissolution de son identité dans la folie. C’est un texte traversé par la douleur, qui dévoile la souffrance mais sans jamais l’exhiber et qui, comme tous les bons livres, s’adresse directement au cœur. Et pourtant, pourtant, Gwenaëlle Aubry, l’auteur de ce livre qui va nous accompagner toute cette semaine, en plus d’être romancière est philosophe, et c’est cette double approche, ce double regard, extrêmement riche et fécond, ce double regard, donc, à la fois romanesque et philosophique sur la question du moi, qui va nous intéresser cette semaine et que nous allons essayer d’explorer au cours des cinq prochains jours. Bonjour Gwenaëlle Aubry !

Gwenaëlle Aubry : Bonjour !

Adèle Van Reeth : Personne, donc je le disais, c’est le titre de votre roman dont je viens de parler mais vous avez également publié l’an dernier une anthologie de textes sur Le moi et l’intériorité avec Frédéric Ildefonse, qui est parue chez Vrin ; ces textes présentent la conception antique du moi et tout comme Personne votre roman, ils interrogent le sens même de cette notion de moi. Alors peut-être pour commencer, essayons d’aborder de front cette dualité, cette double pratique entre roman et philosophie. Est-ce que pour vous Gwenaëlle Aubry, il s’agit d’une même démarche qui tendrait vers un seul but et donc du coup, la philosophie et la littérature seraient deux façons d’accéder à ce même but, deux façons d’enquêter sur un problème qui vous préoccupe, ou est-ce que, au contraire, ces deux disciplines sont d’abord disjointes et il s’avère qu’elles se rejoignent dans leur pratique, sur un même thème ?

Gwenaëlle Aubry : C’est en effet une double pratique et que je m’attache à maintenir comme telle. Je détesterais l’idée d’écrire des romans de philosophe, des romans à thèse, ou, inversement, de faire de la philosophie un simple motif littéraire. C’est vrai que ces pratiques mettent en jeu en moi des puissances distinctes, au point que je pourrais presque signer mes romans d’une part, mes travaux théoriques de l’autre, de noms différents qui ne seraient pas simplement des pseudonymes, des masques sociaux, mais quasiment des hétéronymes à la Pessõa, vraiment le nom en moi d’individus distincts. Il est vrai aussi que je n’écris pas véritablement en philosophie, je veux dire que mes essais sont exempts d’effets de langage ou de travail stylistique, comme mes romans, je l‘espère, de technicité philosophique. Je crois que cette double pratique correspond aussi à deux types de plaisir ou presque de jubilation. Dans un cas, celui de la philosophie, la jubilation de l’impersonnel, le confort et l’ascèse à la fois de l’impersonnel. Dans l’autre, celui de la littérature, la jubilation et l’inconfort aussi, souvent, de quelque chose comme une expression intégrale, qui fait appel, à travers le style, le travail d’écriture, à ma pulsation la plus propre.

vendredi 5 janvier 2018

"Fuir seul vers le Seul"

Un texte de Plotin pour commencer l'année et vous souhaiter un bon cru 2018 ! 




Gwenaëlle Aubry, "Fuir seul vers le seul" (conférence au Banquet du Livre de Lagrasse,  9 août 2012)

Gwenaëlle Aubry, née le 2 avril 1971, est une romancière et philosophe française.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Plotin, Traité 9, VI, 9 (trad. Pierre Hadot),
Extraits :
C'est par l'Un que tous les êtres sont des êtres (9.1.1) ... étant alors dans l'incapacité totale de Le saisir (1.3.5). Car la nature de l'Un, parce qu'elle est cause de toutes choses, n'est aucune d'entre elles. Donc on ne peut dire ni qu'il est quelque chose, ni qu'il est qualifié ou quantifié (9.3.35). C'est pourquoi même lorsque nous disons qu'il est cause, ce n'est pas à lui que nous attribuons un prédicat, mais à nous-mêmes, car c'est nous qui avons en nous quelque chose qui vient de lui, alors que lui est en lui-même. Et d'ailleurs, si l'on veut parler avec exactitude, il ne faut dire ni 'lui', ni 'est', mais nous, qui tournons en quelque sorte de l'extérieur autour de lui, ce ne sont que nos propres états que nous cherchons à exprimer (9.3.50). C'est pourquoi Platon dit, qu'il ne peut être ni objet de discours, ni objets d'écrits, mais  si nous parlons et écrivons, c'est pour conduire à Lui, pour encourager à la vision, à  l'aide de nos discours, comme si nous indiquions le chemin à quelqu'un qui veut voir quelque chose. Car l'enseignement ne peut conduire que jusqu'à la route, que jusqu'au cheminement, mais la vision elle-même, c'est à celui qui veut voir, de la réaliser (9.4. 10) ... sans doute aucun nom ne convient selon la vérité, mais qui pourtant, puisqu'il faut bien la nommer, pourrait être appelée, 'Un' (9.5.30) ... nous l'appelons 'Un' par nécessité, pour pouvoir par ce nom nous désigner les uns aux autres cette nature, nous conduisant ainsi à une notion indivisible et voulant ainsi unifier notre âme (9.5.35) ... il est en lui-même, sans qu'aucun prédicat ne lui advienne. (9.5.15). Car il ne faut pas le concevoir selon la catégorie du pensant, mais bien plutôt selon celle de la pensée : or la pensée ne pense pas, mais elle est cause du penser pour un autre qu'elle, et la cause n'est pas identique à ce qui est causé. Quant à la cause de toutes choses, elle n'est aucune d'elle. (9.6.50). Et si, parce qu'il n'est aucune de ces choses-là, tu te trouves, en ta pensée, dans un état d'indétermination, tiens-toi précisément dans ces choses-là et, à partir d'elles, regarde ! Car il n'est pas situé quelque part, laissant toutes les autres choses privées de lui, mais il est toujours présent pour qui peut le toucher, absent pour qui en est incapable (9.7.1) ... l'âme doit être sans forme (9.7.10). Et s'il en est ainsi, il faut que l'âme, retirée de toutes les choses qui sont à l'extérieur, se retourne totalement vers l'intérieur, sans s'incliner vers aucune des choses qui sont à l'extérieur, mais, dans un non-savoir de toutes choses (...) et dans un non savoir de soi-même (9.7.15). Il n'est, dit Platon, en dehors de rien, mais il est avec tous les êtres, sans qu'ils le sachent. Ce sont eux, en effet, qui fuient hors de lui, ou plutôt hors d'eux-mêmes. (9.7.25). Mais maintenant, puisqu'une partie de nous-mêmes est recouverte par le corps (de la même manière que quelqu'un qui aurait les pieds dans l'eau, mais qui se trouverait au-dessus de l'eau, pour ce qui est du reste du corps), nous élevant donc par la partie de nous-mêmes qui n'est pas plongée dans le corps, nous coïncidons par elle selon le centre de nous-mêmes avec ce que l'on pourrait appeler le centre de toutes choses (9.8.15). C'est aussi là qu'elle exerce son activité intellectuelle, c'est là aussi qu'elle est impassible. Et c'est là qu'elle vit véritablement. Car le vivre que nous vivons maintenant, ce vivre sans Dieu, ce n'est qu'une apparence de vie qui imite seulement cette vraie vie (9.9.15). Il lui faut laisser toutes les autres choses, et se tenir immobile en ce Seul, et devenir ce Seul, en retranchant toutes les autres choses qui nous enveloppent (9.9.50). On sera uni à soi-même dans cet état et on aura conscience d'être dans cet état, étant devenu simple. (9.10.5). Mais puisqu'ils n'étaient pas deux, mais que celui qui voyait était un avec ce qu'il voyait, (...) il était 'un' lui aussi, il n'y avait plus de différence en lui-même par rapport à lui-même, et selon les autres parties de l'âme : car plus rien ne s'émouvait en lui, ni colère, ni désir d'autres choses ne se trouvaient en lui, quand il s'était élevé en haut, mais même il n'avait plus ni raisonnement ni quelque intellection que ce soit, et, finalement, il n'était plus du tout lui-même, s'il faut dire cela aussi, mais comme ravi, comme possédé paisiblement par un dieu, il était entré dans la solitude et dans un état de tranquillité parfaite, ne penchant d'aucun côté en son être propre, et ne tournant pas autour de lui-même, étant totalement en repos et, en quelque sorte, devenu le repos lui-même. (9.11.10). Or être en elle seule et non dans l'Etant, c'est être en Celui-là. Car par le fait que l'on s'approche de Lui, on devient, soi aussi, non pas essence, mais au-delà de l'essence. (9.11.45). Et telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : être libéré à l'égard des réalités d'ici-bas, vivre sans prendre plaisir des réalités d'ici-bas, fuir seul vers le Seul. (9.11.50)
 

jeudi 14 août 2014

Plotin par Gwanaëlle Aubry



Le Régime des passions par Raphaël Enthoven
Plotin et l'extase, avec Gwenaëlle Aubry 10.08.2014

L'être qui contemplait n'avait aucune émotion en lui ; dans son ascension, il n'avait plus ni colère ni désir ; plus de raison, plus de pensée même en lui ; et lui-même il n'est plus : arraché à lui-même et ravi par l’enthousiasme, il se trouve en un état calme et paisible ; les belles choses n’attirent pas ses regards ; car il regarde au dessus de la Beauté elle-même ; comme l’homme entré à l’intérieur d’un sanctuaire a laissé derrière lui les statues placées dans la chapelle ; c’est elles qu’il reverra les premières quand il sortira du sanctuaire, après s’être uni non plus à une statue ni à une image du dieu, mais au dieu lui-même.
(Ennéades, VI, 9)
Source : FC




Les Nouveaux chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
Les Enneades de Plotin : Où vont les âmes 11.09.2012




Les Nouveaux chemins de la connaissance par Raphaël Enthoven
Les Enneades de Plotin avec Gwenaëlle Aubry, 31.12.2010




Les vendredi des la philosophie par Raphaël Enthoven
Plotin : La sculpture de soi avec Gwenaëlle Aubry

Ancienne élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, qu'elle intègre à dix-huit ans (en 1989) après deux années de classes préparatoires au lycée Henri-IV à Paris, elle est reçue en 1992 à l'agrégation de philosophie. Lauréate du Knox Scolarship de Trinity College (Cambridge), elle obtient un M.Phil. en philosophie et soutient en 1999 sa thèse de doctorat en philosophie à l'université Paris-Sorbonne.
Source (et suite) du texte, bibliographie : wikipedia

Auteure de :
Plotin, Traité 53 : I, 1 (traduction)
Dieu sans la puissance : Dunamis et Energeia chez Aristote et chez Plotin, Ed. Vrin, 2007
KAIROS N° 15 : PLOTIN. : Là-bas, ici, co-auteur, Ed. PU du Miral, 1999

 Comptés par Aristote comme l'un des principaux sens de l'être, l'en-puissance et l'en-acte ouvrent dans la Métaphysique une voie négligée, mais qui permet peut-être d'en dépasser les lectures aporétiques comme les réductions ontothéologiques. C'est cette voie que l'on propose de suivre en examinant au fil du texte, et dans leur corrélation, la constitution du projet métaphysique d'Aristote et celle du couple conceptuel de la dunamis et de l'energeia. Irréductibles tant à la puissance et à l'action qu'à la matière et à la forme, l'en-puissance et l'en-acte paraissent à même de fonder une ontologie unitaire, qui se dévoile aussi comme une ontologie axiologique, identifiant en l'acte le mode d'être du bien, en l'en-puissance son mode d'action. Cette ontologie porte une pensée singulière du divin : acte, et non " forme pure ", sans puissance, mais non pas impuissant, le premier moteur aristotélicien échappe à l'alternative entre le Dieu tout-puissant de la tradition métaphysique et le Dieu faible des inquiétudes contemporaines. Qu'en est-il, alors, du devenir de cette ontologie ? On tente de mesurer la portée du geste par lequel Plotin désigne son premier principe non plus comme acte mais comme puissance de tout, dunamis pantôn. Avec lui s'inaugurent peut-être la subversion et l'oubli d'une pensée pour laquelle l'être, et le divin, ne se confondent ni avec la puissance ni avec la présence.
Quatrième de couverture
Dieu sans la puissance : Dunamis et Energeia chez Aristote et chez Plotin
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