lundi 28 novembre 2016

Surveillance de masse en Occident

MAJ de la page : Snowden
Voir aussi sur France culture : Un monde sous surveillance : Edward Snowden en 7 émissions (27 octobre 2016)



Trois nouveaux scandales montrent combien la surveillance de masse dans l’Occident est envahissante et dangereuse, allant dans le sens de Snowden.
Par Glenn Greenwald, le 4 novembre 2016 - Intercept / Les Crises (trad.)

Tandis que les regards sont tournés vers la course à la présidence entre Hillary Clinton et Donald Trump, trois événements majeurs ont révélé l’étendue et la dangerosité de la surveillance de masse en Occident. Pris séparément, chaque cas met en exergue les fortes menaces qui ont motivé Edward Snowden à devenir lanceur d’alerte. Pris ensemble, ils constituent la justification de tout ce qu’il a fait.

En début de mois, une cour britannique spéciale, traitant des activités secrètes d’espionnage, a dénoncé de façon emphatique les programmes de surveillance de masse sur la population domestique. La cour a trouvé que “les agences de sécurité britanniques ont secrètement et illégalement amassé des quantités énormes de données personnelles confidentielles, notamment des informations financières, sur les citoyens, et ce pendant plus d’une décennie.” Ces agences, affirme la cour, “ont utilisé des moyens illégaux pour enregistrer d’importantes données de communications, surveillant l’utilisation des mobiles et de l’internet et d’autres informations personnelles confidentielles, sans une supervision ou des garde-fous adéquats, pendant 17 ans.


Jeudi, une condamnation encore plus cinglante de la surveillance de masse a été prononcée par la Cour Fédérale du Canada. Elle a “mis en faute l’agence de surveillance intérieure du Canada pour l’enregistrement illégal de données et pour ne pas avoir été honnête avec les juges qui avaient autorisé les programmes de renseignement.” Le point le plus remarquable est que ces activités de surveillance de masse étaient non seulement illégales mais totalement inconnues de la quasi-totalité de la population de la démocratie canadienne, même si leurs objectifs a des implications concernant les libertés fondamentales. “Le centre en question est le Canadian Security Intelligence Service, équivalent à une boule de cristal – un endroit où des analystes du renseignement tentent de prévoir les menaces du futur en examinant et en ré-examinant de grandes quantités de données.”


Le troisième scandale provient également du Canada – un partenaire critique de l’alliance de renseignement Five Eyes aux côtés des USA et du Royaume Uni – quand des responsables des forces de l’ordre de Montréal défendent désormais “une décision très controversée d’espionner un éditorialiste (Patrick Lagacé) de La Presse, en consultant ses appels et messages téléphoniques, et en enquêtant sur son entourage dans le cadre d’une nécessaire enquête interne de police.” Le journaliste ciblé, Lagacé, a énervé des fonctionnaires de police en enquêtant sur leurs actes abusifs, et ils ont alors utilisé la technologie de surveillance pour écouter ses appels et suivre ses mouvements pour déterminer l’identité de ses sources. Alors que ce scandale explosait, il est passé, selon les mots de la Gazette de Montréal, “du mauvais au pire” quand l’enquête qui a suivi a montré que la police avait en fait “enregistré les appels et suivi les déplacements de six journalistes durant l’année après que des articles, basés sur les fuites révélées par Michel Arsenault, aient montré que le président du plus important syndicat du Québec avait son téléphone placé sur écoute.”

Lors d’un discours cette semaine à la Montreal McGill University, Snowden a appelé à la démission du chef de la police de Montréal et dénoncé l’espionnage comme une “attaque radicale contre les activités de la presse libre.” Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a dit : “A l’évidence, je pense que ces histoires perturbantes – pertubantes pour tous les Canadiens – venant du Québec… vont amener à une réflexion sur la façon dont nous devons et pouvons continuer à assurer la protection de la presse et de ses droits.” Tom Henheff, de l’organisation Canadian Journalists for Free Expression, a mis le doigt sur le point essentiel, au sujet de cet abus spécifique mais aussi en règle générale sur les systèmes de surveillance de masse :

Vous ne pouvez pas argumenter en disant qu’il s’agit juste de quelques mauvais fruits car ceci a été autorisé par la justice en temps de paix. C’est le système tel qu’il est supposé fonctionner. Ce qui a contribué à montrer que c’est le système en entier qui est dysfonctionnel.

Ainsi, en ce seul mois, deux membres clés de l’alliance des Five Eyes ont été montrés du doigt par des cours de justice et des enquêtes, comme étant engagés dans de la surveillance de masse qui était à la fois illégale et intrusive, et de plus, dans le cas du Canada, détournant les capacités de surveillance pour écouter des journalistes afin de découvrir leurs sources. Quand Snowden a parlé pour la première fois publiquement, c’était exactement les abus et les infractions qu’il citait comme étant commises par les systèmes de surveillance de masse mis en place secrètement par des nations, tandis que leur existence était démentie par les responsables en charge de ces systèmes.

Ainsi, avec chaque nouvelle découverte ou enquête judiciaire, et alors que les preuves deviennent de plus en plus nombreuses, les affirmations de Snowden se révèlent de plus en plus justifiées. Les responsables occidentaux sont en réalité accros aux systèmes abusifs, secrets et sans contrôle de surveillance de masse, utilisés aussi bien contre leurs propres citoyens que contre les étrangers, et plus ces systèmes s’enracinent, plus les libertés fondamentales s’érodent.

* * *

L'intelligence artificielle de Google est capable de mieux lire sur les lèvres qu'un humain
Par Lara Charmeil, le 24 Novembre 2016 - We demain

Des scientifiques de l'Université d'Oxford et de DeepMind, la filiale de Google dédiée à l'intelligence artificielle, ont développé une IA capable de convertir les mouvements des lèvres en texte, avec une précision record.

Et si demain, les machines savaient lire sur les lèvres des humains ? (Crédit : Université d'Oxford/Google DeepMind)

Et si, demain, les machines savaient lire sur les lèvres des humains ? Si pour l’heure, ce sont surtout les malentendants qui s’entraînent à la lecture labiale, à base de cours par exemple, les multinationales de l’informatique y travaillent depuis longtemps.

Alors qu’un humain expérimenté dans la lecture labiale est capable de reconnaître une phrase dans 52,3 % des cas, des chercheurs de l’Université d’Oxford affirmaient début novembre que leur intelligence artificielle, elle, parvenait à une moyenne de 93 %. Son nom : LipNet, un logiciel qui arriverait presque, selon eux, à retranscrire la parole d'un interlocuteur en temps réel... Mais qui n'aurait été testé "que" sur des séquences pré-enregistrées, avec des volontaires prononçant des phrases très formelles.

Jeudi 24 novembre, un autre groupe de chercheurs de l'Université d'Oxford, qui travaille en partenariat avec le département IA (intelligence artificielle) de la filiale de Google DeepMind, a annoncé avoir réussi à créer un logiciel encore plus performant : le "logiciel de lecture labiale le plus précis du monde", selon le média de technologie en ligne The Verge  .

118 000 phrases et 17 500 mots
​Grâce à des milliers d'heures de séquences télévisées de la chaîne britannique BBC, les scientifiques ont créé un réseau artificiel de neurones capable de sous-titrer des vidéos avec une précision de 46,8 %. Un chiffre qui semble dérisoire... Sauf que devant les mêmes images, un professionnel de lecture labiale humain a, lui, seulement réussi à détecter le mot juste dans 12,4 % des cas. Le tout, rappelons-le, face à des images bien plus compliquées à décrypter que celles analysées par le programme LipNet.

En effet, le logiciel de DeepMind, baptisé Watch, Listen, Attend and Spell (Regarder, écouter, assister et épeler) a été confronté à des conversations "naturelles", issues de débats politiques non scénarisés pour l'occasion. Dans le détail, ce sont plus de 5 000 heures d'émissions télévisées de la BBC (dont Newsnight, Question Time, World Today) qui ont été utilisées pour développer le logiciel. Au total, 118 000 phrases différentes et 17 500 mots uniques constituent sa base de données. LipNet, lui, n'en compte que 51.

Des applications nombreuses
Selon les chercheurs du projet, les applications de ce logiciel sont nombreuses. Par exemple, il pourrait aider les personnes malentendantes à mieux comprendre les conversations. Mais aussi être utilisé pour sous-titrer des films muets, ou permettre de mieux contrôler des assistants de reconnaissance vocale tels que les programmes Siri d'Apple, Cortona (Microsofot), Google Assistant ou Alexa (Amazon)... en prononçant ses mots à une caméra. Voire en les chuchotant ou en les mimant, ce qui peut s'avérer pratique en public.

Mais ces prouesses technologiques soulèvent aussi de nouvelles questions éthiques. Qu'adviendrait-il si de tels logiciels de reconnaissance labiale étaient utilisés à des fins de surveillance ?

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