vendredi 5 janvier 2018

"Fuir seul vers le Seul"

Un texte de Plotin pour commencer l'année et vous souhaiter un bon cru 2018 ! 




Gwenaëlle Aubry, "Fuir seul vers le seul" (conférence au Banquet du Livre de Lagrasse,  9 août 2012)

Gwenaëlle Aubry, née le 2 avril 1971, est une romancière et philosophe française.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Plotin, Traité 9, VI, 9 (trad. Pierre Hadot),
Extraits :
C'est par l'Un que tous les êtres sont des êtres (9.1.1) ... étant alors dans l'incapacité totale de Le saisir (1.3.5). Car la nature de l'Un, parce qu'elle est cause de toutes choses, n'est aucune d'entre elles. Donc on ne peut dire ni qu'il est quelque chose, ni qu'il est qualifié ou quantifié (9.3.35). C'est pourquoi même lorsque nous disons qu'il est cause, ce n'est pas à lui que nous attribuons un prédicat, mais à nous-mêmes, car c'est nous qui avons en nous quelque chose qui vient de lui, alors que lui est en lui-même. Et d'ailleurs, si l'on veut parler avec exactitude, il ne faut dire ni 'lui', ni 'est', mais nous, qui tournons en quelque sorte de l'extérieur autour de lui, ce ne sont que nos propres états que nous cherchons à exprimer (9.3.50). C'est pourquoi Platon dit, qu'il ne peut être ni objet de discours, ni objets d'écrits, mais  si nous parlons et écrivons, c'est pour conduire à Lui, pour encourager à la vision, à  l'aide de nos discours, comme si nous indiquions le chemin à quelqu'un qui veut voir quelque chose. Car l'enseignement ne peut conduire que jusqu'à la route, que jusqu'au cheminement, mais la vision elle-même, c'est à celui qui veut voir, de la réaliser (9.4. 10) ... sans doute aucun nom ne convient selon la vérité, mais qui pourtant, puisqu'il faut bien la nommer, pourrait être appelée, 'Un' (9.5.30) ... nous l'appelons 'Un' par nécessité, pour pouvoir par ce nom nous désigner les uns aux autres cette nature, nous conduisant ainsi à une notion indivisible et voulant ainsi unifier notre âme (9.5.35) ... il est en lui-même, sans qu'aucun prédicat ne lui advienne. (9.5.15). Car il ne faut pas le concevoir selon la catégorie du pensant, mais bien plutôt selon celle de la pensée : or la pensée ne pense pas, mais elle est cause du penser pour un autre qu'elle, et la cause n'est pas identique à ce qui est causé. Quant à la cause de toutes choses, elle n'est aucune d'elle. (9.6.50). Et si, parce qu'il n'est aucune de ces choses-là, tu te trouves, en ta pensée, dans un état d'indétermination, tiens-toi précisément dans ces choses-là et, à partir d'elles, regarde ! Car il n'est pas situé quelque part, laissant toutes les autres choses privées de lui, mais il est toujours présent pour qui peut le toucher, absent pour qui en est incapable (9.7.1) ... l'âme doit être sans forme (9.7.10). Et s'il en est ainsi, il faut que l'âme, retirée de toutes les choses qui sont à l'extérieur, se retourne totalement vers l'intérieur, sans s'incliner vers aucune des choses qui sont à l'extérieur, mais, dans un non-savoir de toutes choses (...) et dans un non savoir de soi-même (9.7.15). Il n'est, dit Platon, en dehors de rien, mais il est avec tous les êtres, sans qu'ils le sachent. Ce sont eux, en effet, qui fuient hors de lui, ou plutôt hors d'eux-mêmes. (9.7.25). Mais maintenant, puisqu'une partie de nous-mêmes est recouverte par le corps (de la même manière que quelqu'un qui aurait les pieds dans l'eau, mais qui se trouverait au-dessus de l'eau, pour ce qui est du reste du corps), nous élevant donc par la partie de nous-mêmes qui n'est pas plongée dans le corps, nous coïncidons par elle selon le centre de nous-mêmes avec ce que l'on pourrait appeler le centre de toutes choses (9.8.15). C'est aussi là qu'elle exerce son activité intellectuelle, c'est là aussi qu'elle est impassible. Et c'est là qu'elle vit véritablement. Car le vivre que nous vivons maintenant, ce vivre sans Dieu, ce n'est qu'une apparence de vie qui imite seulement cette vraie vie (9.9.15). Il lui faut laisser toutes les autres choses, et se tenir immobile en ce Seul, et devenir ce Seul, en retranchant toutes les autres choses qui nous enveloppent (9.9.50). On sera uni à soi-même dans cet état et on aura conscience d'être dans cet état, étant devenu simple. (9.10.5). Mais puisqu'ils n'étaient pas deux, mais que celui qui voyait était un avec ce qu'il voyait, (...) il était 'un' lui aussi, il n'y avait plus de différence en lui-même par rapport à lui-même, et selon les autres parties de l'âme : car plus rien ne s'émouvait en lui, ni colère, ni désir d'autres choses ne se trouvaient en lui, quand il s'était élevé en haut, mais même il n'avait plus ni raisonnement ni quelque intellection que ce soit, et, finalement, il n'était plus du tout lui-même, s'il faut dire cela aussi, mais comme ravi, comme possédé paisiblement par un dieu, il était entré dans la solitude et dans un état de tranquillité parfaite, ne penchant d'aucun côté en son être propre, et ne tournant pas autour de lui-même, étant totalement en repos et, en quelque sorte, devenu le repos lui-même. (9.11.10). Or être en elle seule et non dans l'Etant, c'est être en Celui-là. Car par le fait que l'on s'approche de Lui, on devient, soi aussi, non pas essence, mais au-delà de l'essence. (9.11.45). Et telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : être libéré à l'égard des réalités d'ici-bas, vivre sans prendre plaisir des réalités d'ici-bas, fuir seul vers le Seul. (9.11.50)
 

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