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lundi 23 décembre 2019

La théologie d'Aristote

MAJ de la page : Henry Corbin



Henry Corbin - Le Monde Imaginal (1979)



Henry Corbin - La Théologie d'Aristote (1976)

La Théologie d'Aristote est un texte de philosophie, peut-être postérieur au vie siècle1. Il est rédigé en arabe et en substance sans grand rapport avec Aristote, étant composé de traductions (depuis le grec) et interprétations, plus ou moins fidèles, d'une partie des Ennéades de Plotin (205-270) et de commentaires de Porphyre (243-v.305). Ce texte reprend ainsi la pensée néoplatonicienne grecque, mêlée sous forme de synthèse à quelques idées aristotéliciennes ou islamiques. La Théologie d'Aristote est associée à d'autres textes du même style, qui forment ensemble les fragments de la pensée du « Plotin arabe ».
Ce texte eut une forte influence sur le début de la philosophie islamique, particulièrement intéressée par la pensée d'Aristote, puis ultérieurement sur la philosophie médiévale européenne. On retrouve notamment cette influence chez les philosophes islamiques Al-Kindi, Al-Farabi ou Avicenne.
Source (et suite) du texte : wikipedia



Henry Corbin - Schiisme et Ismaélisme (1957)

vendredi 5 janvier 2018

"Fuir seul vers le Seul"

Un texte de Plotin pour commencer l'année et vous souhaiter un bon cru 2018 ! 




Gwenaëlle Aubry, "Fuir seul vers le seul" (conférence au Banquet du Livre de Lagrasse,  9 août 2012)

Gwenaëlle Aubry, née le 2 avril 1971, est une romancière et philosophe française.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Plotin, Traité 9, VI, 9 (trad. Pierre Hadot),
Extraits :
C'est par l'Un que tous les êtres sont des êtres (9.1.1) ... étant alors dans l'incapacité totale de Le saisir (1.3.5). Car la nature de l'Un, parce qu'elle est cause de toutes choses, n'est aucune d'entre elles. Donc on ne peut dire ni qu'il est quelque chose, ni qu'il est qualifié ou quantifié (9.3.35). C'est pourquoi même lorsque nous disons qu'il est cause, ce n'est pas à lui que nous attribuons un prédicat, mais à nous-mêmes, car c'est nous qui avons en nous quelque chose qui vient de lui, alors que lui est en lui-même. Et d'ailleurs, si l'on veut parler avec exactitude, il ne faut dire ni 'lui', ni 'est', mais nous, qui tournons en quelque sorte de l'extérieur autour de lui, ce ne sont que nos propres états que nous cherchons à exprimer (9.3.50). C'est pourquoi Platon dit, qu'il ne peut être ni objet de discours, ni objets d'écrits, mais  si nous parlons et écrivons, c'est pour conduire à Lui, pour encourager à la vision, à  l'aide de nos discours, comme si nous indiquions le chemin à quelqu'un qui veut voir quelque chose. Car l'enseignement ne peut conduire que jusqu'à la route, que jusqu'au cheminement, mais la vision elle-même, c'est à celui qui veut voir, de la réaliser (9.4. 10) ... sans doute aucun nom ne convient selon la vérité, mais qui pourtant, puisqu'il faut bien la nommer, pourrait être appelée, 'Un' (9.5.30) ... nous l'appelons 'Un' par nécessité, pour pouvoir par ce nom nous désigner les uns aux autres cette nature, nous conduisant ainsi à une notion indivisible et voulant ainsi unifier notre âme (9.5.35) ... il est en lui-même, sans qu'aucun prédicat ne lui advienne. (9.5.15). Car il ne faut pas le concevoir selon la catégorie du pensant, mais bien plutôt selon celle de la pensée : or la pensée ne pense pas, mais elle est cause du penser pour un autre qu'elle, et la cause n'est pas identique à ce qui est causé. Quant à la cause de toutes choses, elle n'est aucune d'elle. (9.6.50). Et si, parce qu'il n'est aucune de ces choses-là, tu te trouves, en ta pensée, dans un état d'indétermination, tiens-toi précisément dans ces choses-là et, à partir d'elles, regarde ! Car il n'est pas situé quelque part, laissant toutes les autres choses privées de lui, mais il est toujours présent pour qui peut le toucher, absent pour qui en est incapable (9.7.1) ... l'âme doit être sans forme (9.7.10). Et s'il en est ainsi, il faut que l'âme, retirée de toutes les choses qui sont à l'extérieur, se retourne totalement vers l'intérieur, sans s'incliner vers aucune des choses qui sont à l'extérieur, mais, dans un non-savoir de toutes choses (...) et dans un non savoir de soi-même (9.7.15). Il n'est, dit Platon, en dehors de rien, mais il est avec tous les êtres, sans qu'ils le sachent. Ce sont eux, en effet, qui fuient hors de lui, ou plutôt hors d'eux-mêmes. (9.7.25). Mais maintenant, puisqu'une partie de nous-mêmes est recouverte par le corps (de la même manière que quelqu'un qui aurait les pieds dans l'eau, mais qui se trouverait au-dessus de l'eau, pour ce qui est du reste du corps), nous élevant donc par la partie de nous-mêmes qui n'est pas plongée dans le corps, nous coïncidons par elle selon le centre de nous-mêmes avec ce que l'on pourrait appeler le centre de toutes choses (9.8.15). C'est aussi là qu'elle exerce son activité intellectuelle, c'est là aussi qu'elle est impassible. Et c'est là qu'elle vit véritablement. Car le vivre que nous vivons maintenant, ce vivre sans Dieu, ce n'est qu'une apparence de vie qui imite seulement cette vraie vie (9.9.15). Il lui faut laisser toutes les autres choses, et se tenir immobile en ce Seul, et devenir ce Seul, en retranchant toutes les autres choses qui nous enveloppent (9.9.50). On sera uni à soi-même dans cet état et on aura conscience d'être dans cet état, étant devenu simple. (9.10.5). Mais puisqu'ils n'étaient pas deux, mais que celui qui voyait était un avec ce qu'il voyait, (...) il était 'un' lui aussi, il n'y avait plus de différence en lui-même par rapport à lui-même, et selon les autres parties de l'âme : car plus rien ne s'émouvait en lui, ni colère, ni désir d'autres choses ne se trouvaient en lui, quand il s'était élevé en haut, mais même il n'avait plus ni raisonnement ni quelque intellection que ce soit, et, finalement, il n'était plus du tout lui-même, s'il faut dire cela aussi, mais comme ravi, comme possédé paisiblement par un dieu, il était entré dans la solitude et dans un état de tranquillité parfaite, ne penchant d'aucun côté en son être propre, et ne tournant pas autour de lui-même, étant totalement en repos et, en quelque sorte, devenu le repos lui-même. (9.11.10). Or être en elle seule et non dans l'Etant, c'est être en Celui-là. Car par le fait que l'on s'approche de Lui, on devient, soi aussi, non pas essence, mais au-delà de l'essence. (9.11.45). Et telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : être libéré à l'égard des réalités d'ici-bas, vivre sans prendre plaisir des réalités d'ici-bas, fuir seul vers le Seul. (9.11.50)
 

jeudi 14 août 2014

Plotin par Gwanaëlle Aubry



Le Régime des passions par Raphaël Enthoven
Plotin et l'extase, avec Gwenaëlle Aubry 10.08.2014

L'être qui contemplait n'avait aucune émotion en lui ; dans son ascension, il n'avait plus ni colère ni désir ; plus de raison, plus de pensée même en lui ; et lui-même il n'est plus : arraché à lui-même et ravi par l’enthousiasme, il se trouve en un état calme et paisible ; les belles choses n’attirent pas ses regards ; car il regarde au dessus de la Beauté elle-même ; comme l’homme entré à l’intérieur d’un sanctuaire a laissé derrière lui les statues placées dans la chapelle ; c’est elles qu’il reverra les premières quand il sortira du sanctuaire, après s’être uni non plus à une statue ni à une image du dieu, mais au dieu lui-même.
(Ennéades, VI, 9)
Source : FC




Les Nouveaux chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
Les Enneades de Plotin : Où vont les âmes 11.09.2012




Les Nouveaux chemins de la connaissance par Raphaël Enthoven
Les Enneades de Plotin avec Gwenaëlle Aubry, 31.12.2010




Les vendredi des la philosophie par Raphaël Enthoven
Plotin : La sculpture de soi avec Gwenaëlle Aubry

Ancienne élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, qu'elle intègre à dix-huit ans (en 1989) après deux années de classes préparatoires au lycée Henri-IV à Paris, elle est reçue en 1992 à l'agrégation de philosophie. Lauréate du Knox Scolarship de Trinity College (Cambridge), elle obtient un M.Phil. en philosophie et soutient en 1999 sa thèse de doctorat en philosophie à l'université Paris-Sorbonne.
Source (et suite) du texte, bibliographie : wikipedia

Auteure de :
Plotin, Traité 53 : I, 1 (traduction)
Dieu sans la puissance : Dunamis et Energeia chez Aristote et chez Plotin, Ed. Vrin, 2007
KAIROS N° 15 : PLOTIN. : Là-bas, ici, co-auteur, Ed. PU du Miral, 1999

 Comptés par Aristote comme l'un des principaux sens de l'être, l'en-puissance et l'en-acte ouvrent dans la Métaphysique une voie négligée, mais qui permet peut-être d'en dépasser les lectures aporétiques comme les réductions ontothéologiques. C'est cette voie que l'on propose de suivre en examinant au fil du texte, et dans leur corrélation, la constitution du projet métaphysique d'Aristote et celle du couple conceptuel de la dunamis et de l'energeia. Irréductibles tant à la puissance et à l'action qu'à la matière et à la forme, l'en-puissance et l'en-acte paraissent à même de fonder une ontologie unitaire, qui se dévoile aussi comme une ontologie axiologique, identifiant en l'acte le mode d'être du bien, en l'en-puissance son mode d'action. Cette ontologie porte une pensée singulière du divin : acte, et non " forme pure ", sans puissance, mais non pas impuissant, le premier moteur aristotélicien échappe à l'alternative entre le Dieu tout-puissant de la tradition métaphysique et le Dieu faible des inquiétudes contemporaines. Qu'en est-il, alors, du devenir de cette ontologie ? On tente de mesurer la portée du geste par lequel Plotin désigne son premier principe non plus comme acte mais comme puissance de tout, dunamis pantôn. Avec lui s'inaugurent peut-être la subversion et l'oubli d'une pensée pour laquelle l'être, et le divin, ne se confondent ni avec la puissance ni avec la présence.
Quatrième de couverture
Dieu sans la puissance : Dunamis et Energeia chez Aristote et chez Plotin

dimanche 30 mars 2014

La sagesse des anciens



Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
La sagesse des anciens avec Anne Baudart (30.03.2014), agrégée de philosophie, enseignant à Sciences-Po Paris (philosophie publique).



Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
Le néo-platonisme Anne Baudart (22.04.2012)

Voir aussi :
La sagesse, une médecine de l'âme ? (2011) : CanalAcademie / mp3
Participation au Colloque de la Fondation Ostad Elahi (2011) : Vimeo
Bi(bli)ographie : Fondation Ostad Elahi

mercredi 12 septembre 2012

Luc Brisson


Luc Brisson est un philosophe québécois, né le 10 mars 1946 à Saint-Esprit, comté de Montcalm.
Il commence ses études supérieures à l'Université de Montréal, obtient un doctorat de 3e cycle en 1971 à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux, puis un doctorat d'État en 1985 toujours à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux. Attaché de recherche du CNRS en 1974, est Chargé de recherche en 1981, et devient directeur de recherche en 1986 au Centre Jean Pépin. Il est spécialiste de philosophie antique, particulièrement de Platon. Luc Brisson est l'auteur de nombreuses publications consacrées à Platon et à la philosophie antique; il est également l'un des principaux collaborateurs de l'entreprise de traduction et de présentation des œuvres de Platon aux éditions GF Flammarion, et dirige avec Jean-François Pradeau la traduction des œuvres de Plotin chez le même éditeur.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie (en français) :
- Le même et l'autre dans la structure ontologique du Timée de Platon, ed. Klincksieck, 1974
- Le mythe de Tirésias, Essai d'analyse structurale, Ed. Brill, 1976
- Platon, les mots et les mythes, Ed. La Découverte, 1982
- Inventer l'univers, avec F. Walter Meyersteint, Ed. Les Belles Lettres, 1991.
- Orphée et l'Orphisme dans l'antiquité gréco-romaine, Ed. Aldershot, 1995.

- Puissance et limites de la raison, avec F. Walter Meyerstein, Ed. Les Belles lettres, 1995.
- Vocabulaire de Platon, avec Jean-François Pradeau, Ed. Ellipse, 1998.
- Lectures de Platon. Paris, J. Vrin, 2000.
- Platon, les formes intelligibles, avec Jean-François Pradeau, Ed. PUF, 2001
- Le sexe incertain, Androgynie et hermaphrodisme dans l'Antiquité grecque (2003), Ed Les Belles Lettres, 2008.

- Introduction à la philosophie du mythe, tome 1, Sauver les mythes (1996), Ed. Vrin, 2005
- Dictionnaire Platon, avec J.-F. Pradeau, Ed. ellipses, 2007
Bibliographie analytique sur Platon :
- Platon 1958-1975 / 1975-1980 / 1980-1985 / 1990-1995 (Ed. Vrin, 1999) / 1995-2000 (Ed. Vrin, 2007).
Traductions de Platon :
- Lettres, Paris, Flammarion, 1987.
- Phèdre, 6e éd., Suivi de : La pharmacie de Platon de Jacques Derrida. Paris, Flammarion, (1989) 2004

- Apologie de Socrate, Criton, 3e éd., Paris, Flammarion, (1997) 2005.
- Timée. Critias, 2e éd. Paris, Flammarion, (1992) 1995.
- Parménide, 2e éd. Paris, Flammarion, (1995) 1999.
- Banquet, 4e éd., Paris, Flammarion, (1999) 2005.
- Politique, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003.
- Lois. Deux tomes (Livres I à VI et Livres VII à XII) avec Jean-François Pradeau. Paris, Flammarion, 2006.
- Oeuvres complètes, en collaboration, Paris, Flammarion, 2204 p., 2011.
Traductions de Plotin :
- Traités 27-29, Paris, Flammarion, 2005
- Traités 42-44, Paris, Flammarion, 2007.
- Traité sur les nombre, Ennéade VI 4, en collaboration, Ed. Vrin, 1980
- Traités 1-6, en collaboration, Paris, Flammarion, 2002.
- Traités 7-21, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003
- Traités 22-26, en collaboration, Paris Flammarion, 2004
- Traités 51-54, avec Porphyre, Vie de Plotin, en collaboration, Paris, Flammarion, 2010
Autres traductions :
Porphyre, la Vie de Plotin, deux tomes, en collaboration, Ed. Vrin, 1982, 1992
Porphyre, Sentences, Ed. Vrin, 2005.
Jamblique, Vie de Pythagore, Ed. Les Belles Lettres, (1996) 2011
Diogène Laerce, Vies et Doctrines des Philosophes illustres, en collaboration, Ed. Le Livre de Poche, 1999.
Longin, Fragments et Art rhétorique, en collaboration, Ed. Les Belles Lettres, 2001.
Calcidius, Commentaire au Timée de Platon, t.I, en collaboration, Ed. Vrin, 2011.
Pour les articles (voir encarté en bas de page) :
CV et Publications complètes (Livres, Articles, ...) : CNRS (PDF)


En ligne sur France Culture (Les Nouveaux Chemins de la Connaissance) :
Les Ennéades de Plotin : Au commencement était l'Un, 10 septembre 2012 :


Ecouter aussi : des mythes et des dieux, la mythologie platonicienne, 3 juillet 2012



Connaitre l'univers, c'est l'inventer. Certes, cette proposition hardie peut déconcerter à une époque comme la nôtre, qui a été le témoin d'une si prodigieuse accumulation de connaissances scientifiques; la remarquable théorie mathématique que la science contemporaine propose pour expliquer l'univers semble même la démentir d'entrée de jeu. Et pourtant, une étude attentive de ces modèles cosmologiques que sont le Timée de Platon et le modèle Big Bang standard montre à l'évidence que cette connaissance que nous appelons "scientifique" se fonde en dernière instance sur des propositions irréductibles et indémontrables, pures inventions de l'esprit humain, retenues seulement en faisant appel à cet argument opératoire : "ça fonctionne". 
Devant cet état de fait, la spéculation philosophique semble n'avoir trouvé que deux issues : ou bien elle  postule le saut vers le non-rationnel, en posant l'"axiome qui justifie tous les axiomes", ou bien elle constate ses propres limites, mais, ce faisant, elle risque de tomber dans l'absurde, car, poussée inlassablement par u appétit de comprendre, par une nostalgie de l'absolu, elle ne peut qu'essayer sans cesse de ré-inventer l'univers, tout en ayant une conscience lucide des limites indépassables inhérentes à cette démarche. (...)
Extrait de : Inventer l'univers (Introduction). Ouvrage épuisé. 


La complexité fixe des limites étroites à la raison elle-même, dans la mesure où elle exige que la taille de complexité des conclusions recherchées ne dépasse pas celle des axiomes postulés. Par là, la possibilité de trouver des axiomes évidents, sur lesquels fonder des conclusions complexes, s’amenuise et disparaît en fait. En outre, puisqu'ils n'arrivent pas à traduire en un langage symbolique, donnant prise au nombre et à la mesure, les idées et les concepts qu'ils utilisent sans une perte d'information presque totale, les philosophes ne peuvent jamais évaluer la taille de complexité et des axiomes qu'ils posent et des conclusions auxquelles ils parviennent. Ils tâtonnent dans les ténèbres, puisqu'ils ne sont pas en mesure de déterminer si la déduction qu'ils développent est valide ou non. (...)
Dans ce livre, nous avons montré où se situaient les limites de la raison. Mais est-il possible de montrer que, en dépit de ces limites, la raison reste assez puissante pour garantir aux hommes une autonomie qui lui permette de se déterminer lui-même, sans qu'intervienne la peur, suscitée par l'usage de la force sous toutes ses forme ou incitée par diverses pressions morales ? Peut-être pas, mais une chose est claire. Seul cet usage de la raison, promue au premier rang par la philosophie pendant vingt-cinq siècles en Occident, a jusqu'ici permis et permet encore de prendre conscience du caractère injustifié et injustifiable d'un certain nombre de propositions mises en avant par la religion, par la science et par les grands moyens de communication, qui en sont les relais, pour modifier le comportement de l'être humain.
Extrait de : Puissance et limites de la raison (Conclusion). Ouvrage épuisé


Interview (extrait) :
- Comment vous situez-vous par rapport aux précédentes entreprises de traduction  complète de Platon ? Celle des Belles-Lettres et celle de La Pléiade ?
- Luc Brisson : Je suis un admirateur de mes prédécesseurs, même si je peux les critiquer – et j’espère qu’on me critiquera aussi.
Les deux entreprises sont très différentes. Les Belles-Lettres ont commencé ce travail dans les années vingt et l’ont achevé dans les années soixante. Ce qui caractérise ces traductions est qu’elles correspondent parfaitement au découpage universitaire : les premiers dialogues ont été traduits par des agrégés de lettres classiques, tandis que les autres l’ont été par des agrégés de philosophie. Je pense que les premiers dialogues méritent mieux que ça. Leur traduction est très belle d’un point de vue littéraire, mais il y a beaucoup plus à tirer de ces dialogues que ce que l’on peut trouver dans ces traductions. Les derniers dialogues sont très dépendants de l’agrégation de philosophie de l’époque où la philosophie française dominait, mêlant néo-cartésianisme et néo-kantisme. Les limites de ces traductions tiennent donc à ce qu’elles sont très rattachées à une époque : les introductions par exemple sont faites pour des gens qui connaissaient la littérature allemande du XIXe siècle, mais aujourd'hui ce sont les commentaires écrits en anglais qui dominent et dont il faut tenir compte.
La traduction de La Pléiade a été menée par Léon Robin et Joseph Moreau dans les années cinquante. Pour des spécialistes comme moi, ces traductions sont merveilleuses : quand on a le texte grec devant les yeux, on s’aperçoit qu’il ne manque rien à ces traductions, et qu’elles ont un souci de rendre compte de tous les mots. Le problème, c’est ce que cela ne représente à mon avis qu’une partie du travail du traducteur. J’avais beaucoup insisté pendant les vingt ans où nous avions traduits les textes de Platon en GF sur le fait que le traducteur doit comprendre le grec, mais que cela ne suffit pas : ce que le traducteur comprend, il doit le faire comprendre à la personne qui se tient devant lui. Dans les années 50 en Europe, peut-être sous l’influence de Heidegger ou de certains poètes sophistiqués, on se souciait peu de la communication. Les traductions de Robin et Moreau, admirables lorsqu'il s'agit de comprendre le grec, restent difficiles à lire pour les étudiants. La phrase est trop heurtée, la langue correspond à un français de moins en moins accessible.
Le souci de la traduction entreprise a en GF a donc été de rester fidèle au texte grec, mais en se faisant comprendre d’entrée de jeu par le lecteur, certains passages des dialogues de Platon conservant une grande complexité. Les notes sont importantes aussi, dans la mesure où auparavant le grec, le latin et l’histoire antique faisaient partie de l’éducation de base et où aujourd’hui certaines choses doivent être expliquées. Alors que les GF sont destinés à des lecteurs qui travaillent sur les textes, cette édition est davantage prévue pour une lecture rapide, les index et les annexes des deux cent dernières pages permettant d’apporter les informations utiles à la compréhension, sur des éléments de mythologie et d’histoire par exemple.
Source (et suite) du texte : nonfiction


mardi 17 janvier 2012

Origène


Origène (en grec ancien Ὠριγένης / Ôrigénês) est un théologien de la période patristique, né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 253.
Il y eut aussi au IIIe siècle un autre Origène, philosophe néoplatonicien et païen, condisciple de Plotin et de Longin, avec lequel on l'a parfois confondu
Source (et suite) du texte : wikipedia

Voir en bas de page les citations de La Vie de Plotin.

Disciple de Clément d'Alexandrie, Origène a été l'un des plus grands théologiens de l'école d'Alexandrie, quoique certaines de ses positions aient pu « sentir le fagot » au temps des grandes controverses christologiques qui favorisèrent la naissance de l'arianisme, opposant résolument les Alexandrins à l'école d'Antioche.
Il est l'auteur du schéma corps-âme-esprit, et le grand chef de file de la gnose chrétienne. Il enseigna à partir de 231 à Césarée Maritime, grand centre héllénistique de Palestine, dont l'historien Eusèbe de Césarée fut évêque quelques années après la mort d'Origène.
Source du texte : Edition du Cerf

Sans Origène, il n'y aurait pas de théologie. Tout commence avec lui parce que, grâce à lui, la réflexion philosophique pénètre dans le christianisme. La grande innovation apportée par Origène est d'avoir structuré la pensée théologique en un système logique et cohérent. À partir de la foi transmise dans l'Église, le théologien pouvait aborder les grands problèmes de l'existence humaine et y apporter des éléments de réponse en lien avec une vaste vision du monde. Son influence fut décisive, aussi bien dans la théologie grecque que latine. Elle marqua aussi la dogmatique, l'exégèse et la spiritualité. (...)
Source du texte : Edition du Cerf




Bibliographie :
- Traité des principes, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1978-1984. 
- Commentaire sur saint Jean, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1966-1992. 
- Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu X et XI, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1970.

- Commentaire sur le Cantique des cantiques, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2 t., 1991-1992. 
- Contre Celse, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1967-1976.
- Entretien d'Origène avec Héraclite, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2002.
- Homélies sur la Genèse, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", rééd. 2003.
- Commentaire sur l'épître aux Romains, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2 t., 2009-2010.
- Homélies sur Josuée, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2000.
- Homélies sur les Nombres, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 3 t., 1996-2001.
- Homélies sur Jérémie, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2 t., 1976-1977.
- Homélies sur le Lévitique, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2 t., 1981.
- Homélies sur l'Exode, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1985.
- Homélies sur Samuel, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1986.
- Homélies sur Ezéchiel, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1989.
- Homélies sur les Juges, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1993.
Etudes :
Henri Crouzel, Origène et Plotin, Comparaisons doctrinales, Ed. Tequi, 1991.
Philippe Henne, Introduction à Origène, Ed. du Cerf, 2004
Joseph Stephen O'Leary, Christianisme et philosophie chez Origène, 2011.
En ligne :

Contre Celse : remacle
Traité des principes, Tome II : scribd
Divers extraits dans : les voies


Il s'agit maintenant de voir comment et quand le mot ténèbres est pris en bonne part. Il est dit dans l'Exode : "Ténèbres, obscurité, tempête environnent Dieu" et dans le psaume 17 : "Dieu a fait des ténèbres sa retraite, sa tente autour de lui (c'est) une eau ténébreuse dans les nuage du ciel". Si l'on réfléchit que la richesse de ce qu'il y a en Dieu à contempler et à connaître est insaisissable à la nature humaine et peut-être aussi à tous les êtres qui, en dehors du Christ et du Saint-Esprit, sont nés, on comprendra comment Dieu est enveloppé de ténèbres, car on n'en connaît pas de description assez riche pour être digne de lui. C'est donc dans ces ténèbres qu'il a établi sa retraite : il a fait cela parce qu'on ne peut connaître tout ce qui le concerne qui est infini.
Commentaires sur l'Evangile de Jean, II, 172.

Mais il est vraisemblable que certains seront choqués de ce que nous avons dit, à savoir que seul le Père est proclamé vrai Dieu et que, cependant, à côté du vrai Dieu, plusieurs deviennent dieux par participation à Dieu; ils craindront de ravaler la gloire de celui qui dépasse toute créature au niveau des êtres qui reçoivent le titre de dieux : c'est pourquoi, en plus de la différence que nous avons déjà signalée, en disant que le Dieu Logos est, pour tous les autres dieux, le ministre de leur divinité, remarquons encore celle-ci : le logos qui est en chacun des êtres doués de raison a avec le Logos demeurant dans le principe auprès de Dieu, qui est le Logos Dieu, les mêmes rapports que le Dieu Logos a avec Dieu. Car ce que le Père, Dieu même et vrai Dieu, est à l'égard de son image et des images de son image - on dit en effet que les hommes sont selon l'image et non images -, le Logos même l'est à l'égard du logos qui est en chaque (créature).
Commentaires sur l'Evangiles de Jean III, 19

De même que la lumière du soleil réduit à néant l'éclat de la lune et des étoiles, de même ceux qui sont éclairés par le Christ et qui accueillent en eux ses rayons n'ont nul besoin du ministère des apôtres ni des prophètes - car il faut oser dire la vérité - ni des anges, j’ajouterai même ni des puissances supérieurs, puisqu'ils sont enseignés par la lumière engendrée la première. Les saints prennent soin de ceux qui ne supportent pas les rayons du soleil du Christ et ils procurent à ceux qui peuvent à peine la recevoir et qui s'en rassasient une lumière beaucoup moins vive que la première. Le Christ, lumière du monde est donc la lumière véritable, par contraste avec la lumière sensible, car rien de sensible n'est véritable. N'étant pas véritable le sensible n'est pas, pour autant, mensonger, car le sensible peut avoir certaines analogies avec l'intelligible et il ne serait pas raisonnable de qualifier de mensonger tout ce qui n'est pas véritable.
Commentaires sur l'Evangile de Jean, I, 165-167

Dieu est absolument un et simple. Mais, à cause de la multiplicité (des créatures), notre Sauveur, que "Dieu a par avance destiné à être victime de propitiation" et prémices de toute la création, devient beaucoup de choses, peut-être même tout ce qu'attend de lui toute créature capable de recevoir la délivrance.
Commentaires sur l'Evangile de Jean, I, 119.

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Après avoir réfuté, comme nous l’avons pu, toute signification qui suggère en Dieu quelque chose de corporel, nous disons en toute vérité que Dieu est incompréhensible et qu’il est impossible de le penser. Si nous pouvons penser ou comprendre quelque chose de Dieu, il faut croire qu’il est de très loin au-dessus de ce que nous jugeons de lui. C’est comme si quelqu’un pouvait à grand peine regarder une étincelle ou la lueur d’une petite lampe, et si nous voulions apprendre à cet homme, dont le regard ne peut pas supporter plus de clarté que ce que nous venons de dire, l’éclat et la splendeur du soleil : ne faudrait-il pas lui dire que l’éclat du soleil dépasse de façon ineffable et inestimable la lumière qu’il voit ? (...)
Il ne faut pas se représenter Dieu comme s’il était un corps ou comme s’il était dans un corps, mais comme une nature intellectuelle simple, qui ne souffre absolument aucun ajout : ne croyons pas qu’il y ait en lui du plus ou du moins, car il est entièrement une monade, et, pour ainsi parler, une hénade, une intelligence qui est la source d’où procède toute nature intellectuelle ou toute intelligence. Pour se mouvoir et pour agir, l’intelligence n’a pas besoin de lieu corporel, ni de grandeur sensible, ni de figure corporelle, ni de couleur, ni absolument de rien qui soit propre au corps et à la matière. C’est pourquoi cette nature simple, tout entière intelligence, pour se mouvoir et agir, ne peut rien avoir qui la retarde ou la fasse hésiter. S’il en était autrement, ce qui lui serait ajouté limiterait et inhiberait en quelque façon la simplicité de la nature divine : ce qui est le principe de toutes choses serait composé et divers, multiple et non un ; il importe en effet qu’il soit étranger à toute adjonction corporelle pour être constitué seulement par ce que je pourrais appeler l’espèce unique de la divinité.
Traité des Principes, Livre I.1.5-7
Source du texte : les voies


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Bien que la question soit controversée (de savoir s'il s'agit ou non du même personnage) voici les passages de la Vie de Plotin, par Porphyre concernant un certain Origène :


Herennius, Origène et Plotin avaient convenu ensemble de tenir secrets les dogmes d'Ammonius, que leur maître leur avait expliqués en toute clarté dans ses leçons. Plotin tint sa promesse; il était en relation avec quelques personnes qui venaient le trouver; mais il conservait, ignorés de tous, les dogmes qu'il avait reçus d'Ammonius. Hérennius rompit le premier la convention, et Origène le suivit Il n'écrivit que le traité Sur les démons, et, sous le règne de Galien, son traité Que le roi est seul poète.
Porphyre, Vie de Plotin, § 3, trad. Émile Bréhier.


Un jour, Origène vint à son cours (au cours de Plotin); il rougit et voulut se lever; prié par Origène de parler, il dit qu'on n'en avait plus envie, lorsqu'on est sûr de s'adresser à des gens qui savaient ce qu'on allait dire; il continua un peu la discussion, et se leva pour partir. 
Prophyre, Vie de Plotin, § 15, trad. Emile Bréhier

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