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jeudi 29 décembre 2016

La philosophie dans tous ses émois






La philosophie dans tous ses émois (26-29 décembre 2016)
1/4 La sobriété avec Hölderlin
avec Françoise Dastur : professeur honoraire de philosophie et présidente honoraire de l’Ecole Française de Daseinsanalyse dont elle fut l’un des membres fondateurs.
2/4 L’ivresse avec Clément Rosset, philosophe
3/4 Le remords avec Nietzsche
avec Paolo D'Iorio : musicien et philosophe de formation Paolo D'Iorio est actuellement directeur de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (CNRS/ENS)
4/4 Les émotions démocratiques avec Martha Nussbaum, professeure de Droit et d'Éthique à l'Université de Chicago
 

dimanche 12 janvier 2014

Actualité de Clément Rosset

MAJ de la page : Clément Rosset



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Actualité philosophique : Clément Rosset (10.01.2014)



Stravinsky, Le sacre du printemps,version Vaslav Nijinsky (1913), Théâtre des Champs-Élysées, Paris (29.05.2013)

mardi 2 juillet 2013

La joie prend tout

MAJ de la page : Clément Rosset (tag)



Le Gai savoir de Raphael Enthoven
La Force majeure - Clément Rosset (30.06.2013)



Maria Callas, Carmen de Bizet (l'amour est enfant de bohème)

samedi 20 avril 2013

Il n'y a pas de miroir du monde

MAJ de la page : Clément Rosset






Hors-Champs par Laure Adler
Clément Rosset 1/3, 2/3, 3/3 (avril 2013)



Pas la peine de crier par Marie Richeux
Penser le réel (mars 2013)



vendredi 1 février 2013

Arthur Schopenhauer


Arthur Schopenhauer écouter est un philosophe allemand, né le 22 février 1788 à Dantzig en Prusse, mort le 21 septembre 1860 à Francfort-sur-le-Main. (...)

Selon ses propres dires, la philosophie de Schopenhauer s'inspire principalement de celles de Platon, d'Emmanuel Kant et des textes sacrés indiens (dont le védanta) que l'Europe venait de découvrir grâce aux traductions d'Anquetil-Duperron.
« Les écrits de Kant, tout autant que les livres sacrés des Hindous et de Platon, ont été, après le spectacle vivant de la nature, mes plus précieux inspirateurs. »
Sa philosophie a également une très forte convergence de points de vue avec la philosophie bouddhiste si bien qu'on l'a considéré, parfois, au dix-neuvième siècle comme un « philosophe bouddhiste », bien que le bouddhisme ne fût pas encore véritablement connu en Europe avant les ouvrages et les traductions d’Eugène Burnouf en 1844 et donc seulement bien après l'apparition de l'œuvre maîtresse de Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation. (...)
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Journal de voyage, 1803-1804, Ed. Mercure de France, collection Le temps retrouvé.
- De la quadruple racine du principe de raison suffisante, 1813, Ed. Vrin
- Sur la vue et les couleurs, 1816, Ed. Vrin,
- Le monde comme volonté et comme représentation, 1818/1819, vol.2 1844, trad. A. Burdeau, PUF, 1966,  trad. de Ch. Sommer, Ed. Folio-Gallimard, 2009.
- L'Art d'avoir toujours raison (1830-1831), Ed. Circé
- De la volonté dans la nature, 1836, Ed. PUF,
- Les Deux Problèmes fondamentaux de l'éthique : La liberté de la volonté ; Le fondement de la morale (1840/1861), trad. Ch, Sommer, Ed. Folio-Gallimard, 2009,
- Parerga et Paralipomena, (1851).
- Correspondance complète, éditions Alive,
En ligne :
(Presque) tous les ouvrages : wikisource
Le monde comme volonté et représentation, trad. A. Burdeau (en téléchargement PDF) : Gallica tome 1 (Livre 1-4.) / tome 2 (Appendice) / tome 3 (Suppléments)


Le Monde comme Volonté et comme Représentation - Extraits
Le monde est ma représentation. - Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l'homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu'il est capable de l'amener à cet état, on peut dire que l'esprit philosophique est né en lui. Il possède alors l'entière certitude de ne connaître ni un soleil, ni une terre, mais seulement un oeil qui voit ce soleil, une main qui touche cette terre; il sait, en un mot, que le monde doit il est entouré n'existe que comme représentation dans son rapport avec un être percevant, qui est l'homme lui-même. (...)
Livre 1, § 1. - wikisource

Ce qui connaît tout le reste, sans être soi-même connu, c'est le sujet. Le sujet est, par suite, le substratum du monde, la condition invariable, toujours sous-entendue, de tout phénomène, de tout objet ; car tout ce qui existe, existe seulement pour le sujet. Ce sujet, chacun le trouve en soi, en tant du moins qu'il connaît, non en tant qu'il est objet de connaissance. (...)
Livre 1, § 2. - wikisource

La volonté, comme chose en soi, est absolument différente de son phénomène et indépendante de toutes les formes phénoménales dans lesquelles elle pénètre pour se manifester, et qui, par conséquent, ne concernent que son objectivité et lui sont étrangères à elle-même. (...)
Livre II, § 23 - wikisource 

Ce passage de la connaissance commune des choses particulières à celle des Idées est possible (...)
Lorsque, s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de façon vulgaire ; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison les seules relations des objets entre eux, relations qui se réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi, ni l’à-quoi-bon des choses, mais purement et simplement leur nature ; lorsqu’en outre on ne permet plus ni à la pensée abstraite, ni aux principes de la raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition ; lorsqu’on s’y engloutit tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice, ou tout autre; du moment qu’on se perd dans cet objet, comme disent avec profondeur les Allemands, c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu, sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur, comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet existait seul, sans personne qui le perçoive, qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive; lorsqu’enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté : alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière, en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectivité immédiate de la volonté ; à ce degré par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps. (...)
Livre III, § 34 - wikisource


Le tonneau des Danaïdes

Tout vouloir procède d'un besoin, c'est-à-dire d'une privation, c'est-à-dire d'une souffrance. La satisfaction y met fin; mais pour un désir qui est satisfait, dix au moins sont contrariés; de plus, le désir est long, et ses exigences tendent à l'infini; la satisfaction est courte, et elle est parcimonieusement mesurée. Mais ce contentement suprême lui-même n'est qu'apparent: le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d'aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. (...)
Livre III, § 38. - wikisource

Le temps peut se comparer à un cercle sans fin qui tourne sur lui-même; le demi-cercle qui va descendant serait le passé; la moitié qui remonte, l'avenir. En haut est un point indivisible, le point de contact avec la tangente; c'est là le présent inétendu. De même que la tangente, le présent n'avance pas, le présent, ce point de contact entre l'objet qui a le temps pour forme et le sujet qui est sans forme, parce qu'il sort du domaine de ce qui peut être connu, étant la condition seulement de toute connaissance. (...)
Livre IV, § 54 - wikisource

On se rappelle que, dans le troisième livre, nous avons fait consister, en grande partie, le plaisir esthétique, en ce que, — dans la contemplation pure, — nous nous dérobons pour un instant au vouloir, c’est-à-dire à tout désir, à tout souci ; nous nous dépouillons de nous-mêmes, nous ne sommes plus cet individu qui connaît uniquement pour vouloir, le sujet corrélatif à l’objet particulier et pour qui tous les objets deviennent des motifs de volitions, mais le sujet sans volonté et éternel de la connaissance pure, le corrélatif de l’Idée ; nous savons aussi que les instants où, délivrés de la tyrannie douloureuse du désir, nous nous élevons en quelque sorte au-dessus de la lourde atmosphère terrestre, sont les plus heureux que nous connaissions. Par là, nous pouvons nous imaginer combien doit être heureuse la vie de l’homme, dont la volonté n’est pas seulement apaisée pour un instant, comme dans la jouissance esthétique, mais complètement anéantie, sauf la dernière étincelle, indispensable pour soutenir le corps, et qui doit périr avec lui. L’homme qui, après maints combats violents contre sa propre nature, est arrivé à une telle victoire, n’est plus que le sujet pur de la connaissance, le miroir calme du monde. Rien ne peut plus le torturer, rien ne peut plus l’émouvoir ; car toutes ces mille chaînes de la Volonté qui nous attachent au monde, la convoitise, la crainte, la jalousie, la colère, toutes ces passions douloureuses qui nous bouleversent, n’ont aucune prise sur lui. Il a rompu tous ces liens. Le sourire aux lèvres, il contemple paisiblement la farce du monde, qui jadis a pu l’émouvoir ou l’affliger, mais qui, à cette heure, le laisse indifférent ; il voit tout cela, comme les pièces d’un échiquier, quand la partie est finie, ou comme il contemple, le matin, les travestissements épars, dont les formes l’ont intrigué et agité toute une nuit de carnaval. La vie et ses figures flottent autour de lui comme une apparence fugitive ; c’est, pour lui, le songe léger d’un homme à demi éveillé, qui voit au travers de la réalité, et qui ne se laisse pas prendre à l’illusion ; comme ce rêve encore, sa vie s’évanouit sans transition violente. Tout cela nous fera comprendre dans quel sens Mme Guyon répète si souvent a la fin de son autobiographie : « Tout m’est indifférent : je ne puis plus rien vouloir ; il m’est impossible de savoir si j’existe, ni si je n’existe pas. »
Livre IV, § 68 - wikisource

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***

Ainsi le Vouloir, qui gouverne tout, n’a en lui-même ni fin, ni origine, ni raison de son propre pouvoir contraignant, et ne fait qu'éternellement se répéter. Il ne procède de rien, et ne mène nulle part. La conclusion qui s’impose est que le Vouloir est privé de tous les caractères du Vouloir : l’absurdité dernière de la volonté schopenhauerienne consiste en ceci qu’elle est  incapable de vouloir. C’est à la faveur de l’illusion inspirée par le désir vital qu’on attribue de la volonté à un ensemble d’impulsions absurdes. Rien dans le Vouloir qui puisse s’interpréter comme ‘voulant’ : et toutes les tendances qui en procèdent participent de la même absence de volonté. La volonté, qui ne veut jamais, engendre des impulsions fictives. Comme il n’y a pas de volonté dans le Vouloir, il n’y a pas non plus d’émotion, de désir, de haine dans les sentiments des hommes. L’absurde des passions n’est pas dans leur force contraignante et inassouvissable, mais dans l’absence qui se cache sans leur présence fictive. Les passions jouent le rôle théâtral du «comme si» : comme si l’amour,
comme si la haine, comme si l’émotion, à l’instar du Vouloir qui agit comme s’il voulait.
Schopenhauer fait sienne la fameuse définition shakespearienne : ‘Le monde est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien’ (Macbeth, acte V, scène 5). Si le théâtre reflète la vie des hommes, ceux-ci constituent à leur tour un autre théâtre également fictif, et bien davantage, car il ne reflète plus rien. L’homme est un personnage sans acteur pour le supporter, au sein d’un envers dont il n’est nul endroit. Les actes qu’il joue attendent en vain un niveau quelconque de ‘réalité’ à partir duquel les interpréter. La philosophie schopenhauerienne est non interprétative, et répudie comme bavard tout effort pour se substituer au silence absurde. Il ne faut pas compter sur le philosophe pour trouver des raisons de vivre.
Extrait de : Clément Rosset, Schopenhauer, Philosophe de l'absurde
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Schopenhauer et Nietzsche (avec Clément Rosset comme invité) :





De la couleur : Goethe et Schopenhauer



samedi 5 janvier 2013

Connaissance de soi VS Inconnaissance de soi




Suite de la page : Le camembert savant de Clément Rosset (qui est une MAJ de la page : Clément Rosset)

N'étant ni un camembert savant ni un savant aimant le camembert ni un savant tout court (mais qui parfois mange un camembert ou quelques tranches sur un morceau de pain) je vais quand même répondre à l'invitation de Super Dupont et participer à son Opération camembert ou tenter d'arbitrer sinon de réconcilier les adversaires en présence. 

Clément Rosset, auteur de ce remarquable petit essai sur l'identité intitulé Loin de moi (94 pages, intelligentes et facile à lire), se range donc parmi les contempteur de la connaissance de soi - tout comme récemment sur ce blog François Roustang (1). 
Selon l'auteur il n'y a pas de connaissance de soi pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de soi ou d'identité personnelle réelle. Ce que l'on prend pour telle se réduit à une identité de type romanesque, on peut certes en faire le centre de notre attention (en recourant à la mémoire et à l'imagination), mais ce ne sera jamais qu'une introspection narcissique - 
parce que cette pseudo identité "ne constitue pas l'unité d'une identité personnelle mais l'agrégat aléatoire de qualités qui lui sont reconnues ou pas au hasard de l'humeur de son entourage" (p.89/9). Non seulement l'introspection psychologique est inconsistante mais elle ne cessera jamais (fondée sur une identité sociale toujours changeante). 
Nous pouvons donc lister les trois identités de Clément Rosset : 
1) Identité personnelle (qui n'existe pas) 
2) Identité romanesque (objet de l'introspection narcissique) 
3) Identité sociale (objet d'une connaissance fonctionnelle) 
En fait l'ordre est inverse puisque l'identité romanesque prise à tort pour une identité personnelle provient de la seule identité sociale. 

A quoi le camps adverse, appelons-le socratique (1), pourra rétorquer que la connaissance de soi, ou une partie, consiste précisément à établir une telle distinction, ou à constater par une perception immédiate l'absence d'une identité personnelle réelle. Le versant psychologique de la connaissance de soi ne réside pas dans la production d'une histoire - à propos d'autres histoires, dont nous sommes à chaque fois le personnage principal -, mais seulement à prendre conscience de la nature purement littéraire de tout cela (et le plus souvent de piètre littérature). Quant au versant corrélatif, il consiste à faire l'expérience de la conscience elle-même ou du sujet conscient (le premier moment du cogito de Descartes). Néanmoins
 la conscience se manifeste dans un corps, ayant une identité sociale et une tendance à un type d'identité romanesque. Cette conscience non personnelle est donc aussi infiniment personnelle, étant la vérité de la subjectivité (ou de la singularité) de chacun. (Chaque corps est un peu comme une monade leibnizienne qui renferme en elle le monde entier selon un point de vue qui lui est propre).

En résumé la connaissance de soi sera simultanément : 
1) Absence d'identité personnelle 
2) Conscience pure (non définissable)
3) Point de vue particulier de cette conscience (en raison de sa manifestation dans un corps spécifique)

En conclusion l'affrontement est purement verbal, on défendra ou non la possibilité d'une connaissance de soi suivant ce que l'on met sous les termes et de connaissance et de soi. Si on s'en tient à une définition strict de la connaissance comme portant sur quelque chose de stable et de bien défini, la connaissance de soi est une chimère, mais on pourra en parler en redéfinissant son objet. 
Résumons les différentes possibilités : 

1) Connaissance de soi (comme identité sociale) = connaissance fonctionnelle 
2) Connaissance de soi (identité romanesque en tant qu'identité) = introspection narcissique
3) Connaissance de soi (identité romanesque en tant que romanesque ou absence d'identité personnelle) = point de vue de l'observateur
4) Connaissance de soi (simple sujet conscient)
5) Connaissance de soi (point de vue spécifique de ce simple sujet conscient) 
Pour finir remarquons que 3) est une connaissance négative en ce qu'elle n'ajoute rien mais retranche, 4) est à proprement parler indicible, 5) est une connaissance paradoxale. 
On pourra donc aussi bien choisir de parler d'une inconnaissance de soi (puisque ce n'est pas une connaissance au sens habituel, différente de son objet) que d'une connaissance de soi (car ce n'est pas une simple absence de connaissance), l'essentiel n'est pas de s'attacher à un mot ou à une définition mais de voir vers quoi pointe le terme ou l'expression. 


Note :
(1) François Roustang refuse de parler d'une connaissance de soi chez Socrate, la formule ayant son origine dans une inscription sur le fronton d'un temple de Delphes. A cela nous pouvons répondre qu'il suffit de ne pas réduire la  connaissance de soi à une introspection narcissique (et que le philosophe athénien était de fait, et de pensée, infiniment plus proche de ceux qui ont laissé ces inscriptions que de Freud ou de Lacan). 

vendredi 4 janvier 2013

Le camembert savant de Clément Rosset




MAJ de la page : Clément Rosset

(...) : ainsi est-il impossible de décrire la saveur d'un camembert, bien qu'il existe des quantités de camemberts, dans la mesure où cette saveur est singulière et diffère de celle de tout autre fromage. En tant qu'objet existant et consommable, le camembert possède si l'on veut une certaine "identité personnelle" que perçoivent et apprécient ses amateurs (identité il est vrai plus reconnaissable que descriptible). Mais cette particularité ne fournit aucun argument valable en faveur de son identité personnelle qui suppose une perception de son propre moi et de sa propre singularité qui manque évidemment au camembert.
Imaginons pourtant un instant que le camembert, par une métamorphose prodigieuse, devienne un camembert savant, doté de pensée et de sensibilité à l'instar de l'homme. Il serait alors sans doute capable d'identifier la saveur des autres fromages, il sentirait aussi la dureté des dents qui le dévorent. Mais il n'en saurait pas plus long sur son identité personnelle, incapable qu'il serait de reconnaître sa propre saveur. Il serait à la rigueur capable de reconnaître (pas de connaitre) la saveur de ses congénères camemberts, comme la mère phoque reconnait son bébé phoque, ou un loup un loup de sa horde - à leur odeur particulière et singulière. De même ne trompe-t-on pas la vache, chez Lucrèce, sur l'identité du veau qu'elle a perdu : "Ni les tendres pousses des saules, ni les herbes vivifiées par la rosée, ni les vastes fleuves coulant à pleins bords ne peuvent divertir son esprit et détourner le soin qui l'occupe, et la vue des autres veaux dans les gras pâturages ne sauraient la distraire et l'alléger de sa peine : tant il est vrai que c'est un objet particulier, bien connu, qu'elle recherche."  Mais nous retombons toujours sur la même difficulté : notre camembert savant, telle la vache décrite par Lucrèce, acquerrait sans doute une identité sociale - ou "clanique" -, pas une identité personnelle.
Extrait de : Loin de moi, Etude sur l'identité, Ed. de Minuit, 1999.
Commande sur Amazon : Loin de moi. Etude sur l'identité




CONTEXTE :

Ce passage odorant sinon savoureux de Clément Rosset sur l'absence d'identité personnelle d'un camembert, soudainement devenu savant, provient du chapitre III (L'identité et la vie), d'un petit livre intitulé : Loin de moi, Etude sur l'identité (1999).
Dans ce chapitre l'auteur y défendra la thèse de l'inutilité biologique de l'identité personnelle (laquelle a été distinguée dès le début du livre d'une identité sociale) après avoir recours à deux arguments. Le premier énonce que l'identité personnelle est un objet invisible car impossible à observer : "les autres ne peuvent percevoir que mon extérieur, et je manque moi de la distanciation minimale qui me permettrait de m'apercevoir". L'introspection est donc une contradiction dans les termes, "un 'je' ne peut se prendre comme sujet d'étude, pas plus qu'une lunette d'approche ne peut se prendre elle-même comme objet d'observation". Le second "frappe d'impuissance le projet d'une connaissance de soi-même, nécessaire à la constitution d'une identité personnelle" en raison du caractère singulier du moi. Car "Comme le pense justement Aristote, il n'y a de science que du général". L'expérience de pensée du camembert savant vient juste à la suite pour illustrer cette vérité.
Même en supposant l'existence d'une identité personnelle réelle ou non fantasmatique, celle-ci se révèle tout à fait inutile à l’exercice de la vie non seulement pour les animaux socialement organisés mais aussi pour l'homme (que la faculté de conscience distingue des autres règnes). "Je veux dire par là que les renseignements que l'individu humain possède sur lui-même par l'intermédiaire de son identité sociale suffisent amplement à la conduite de sa vie personnelle, tant publique que privée. Je n'ai pas besoin d'en appeler à un sentiment d'identité personnelle pour penser et agir de manière particulière et personnelle, toute chose qui, si je puis dire, s'accomplissent d'elles mêmes."

PRÉCISION : 
"De ce que 'je pense' il peut s'ensuivre que 'je suis', pas que 'je suis un'" (p. 88). Autrement dit, Clément Rosset reconnait la validité du cogito cartésien mais aussi ses limites. Ce qui est perçu immédiatement dans le cogito c'est seulement le sujet conscient et non une hypothétique identité personnelle propre à René Descartes, Clément Rosset ou à son camembert. 
Dans cette optique la connaissance de soi n'est pas seulement vaine ou inutile mais constitue un empêchement pour l'exercice de la vie en ne faisant qu'entretenir (ou recréer sans cesse) une identité personnelle purement fantasmée. (Et bientôt la recherche de soi ne deviendra qu'un prétexte à l'exercice d'un narcissisme qui s'ignore). 
L'identité de la personne tout court est une identité romanesque au même titre que celle de n'importe quel héros d'épopée ou de roman de gare.

Quelques pages avant la fin du livre l'auteur cite la magnifique épitaphe de Martinus von Biberach (mort en 1498) : 

"Je viens je ne sais d'où, 
Je suis je ne sais qui (1)
je meurs je ne sais quand, 
Je vais je ne sais où, 
je m'étonne d'être aussi joyeux".

(1) Souligné par Clément Rosset. 


Suite au prochain post : Connaissance de soi Versus Inconnaissance de soi



lundi 26 novembre 2012

Clément Rosset








Clément Rosset (Carteret, Manche, 1939). Ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm), agrégé de philosophie, docteur ès lettres, il a enseigné pendant 30 ans la philosophie à l'Université de Nice.
Source du texte : Clément Rosset
Autre biographie : wikipedia


Bibliographie :
- La Philosophie tragique, Paris, Presses Universitaires de France, 1961
- Le Monde et ses remèdes, Paris, Presses universitaires de France, Paris, 1964
- Lettre sur les chimpanzés : plaidoyer pour une humanité totale, Paris, Gallimard, 1965, rééd. 1999
- Schopenhauer, philosophe de l’absurde, Paris, Presses universitaires de France, 1967, 2010
- L’Esthétique de Schopenhauer, Paris, Presses universitaires de France, 1969
(sous le pseudonyme de Roger Crémant) Les matinées structuralistes, suivies d’un Discours sur l’écrithure (sic), Paris, R. Laffont, 1969
- Logique du pire : éléments pour une philosophie tragique, Paris, Quadrige, 1971
- L’Anti-nature : éléments pour une philosophie tragique, Paris, Presses Universitaires de France, 1973
- Le Réel et Son Double : essai sur l’illusion, Paris, Gallimard, 1976
- Le Réel : Traité de l’idiotie, Paris, Éditions de Minuit, 1977
- Propos sur le cinéma, Paris, Presses universitaires de France, 1977
- L’Objet singulier, Paris, Éditions de Minuit, 1979
- La Force majeure, Paris, Éditions de Minuit, 1983
- Le Philosophe et les sortilèges, Paris, Éditions de Minuit, 1985
- Le Principe de cruauté, Paris, Éditions de Minuit, 1988
- Principes de sagesse et de folie, Paris, Éditions de Minuit, 1991
- En ce temps-là - Notes sur Louis Althusser, Paris, Éditions de Minuit, 1992
- Le Choix des mots, Paris, Éditions de Minuit, 1995
- Le Démon de la tautologie, Paris, Éditions de Minuit, 1999
- Route de nuit : épisodes cliniques, Paris, Gallimard, 1999
- Le Réel, l’imaginaire et l’illusoire, Biarritz, Distance, 2000
- Loin de moi : étude sur l’identité, Paris, Éditions de Minuit, 2001
- Le Régime des passions, Paris, Éditions de Minuit, 2001
- Impressions fugitives : L’ombre, le reflet, l’écho, Paris, Éditions de Minuit, 2004
- Fantasmagories, Paris, Éditions de Minuit, 2005
- L’Ecole du réel, Paris, Éditions de Minuit, 2008
- Nuit de mai, Paris, Éditions de Minuit, 2008
- Une passion homicide, Paris, Ed. PUF, 2008
- Le Monde perdu, Éditions Fata Morgana, 2009
- Tropiques. Cinq conférences mexicaines, Paris, Éditions de Minuit, 2010
- Matière d’art, Montpellier, Fata Morgana, 2010
- Les Matinées savantes, Montpellier, Fata Morgana, 2011
- Récit d’un noyé, Paris, Éditions de Minuit, 2012
- L’Invisible, Paris, Éditions de Minuit, 2012
- Récit d'un noyé, Editions de Minuit, 1012
Bibliographie détaillée (articles, ...) voir : Clément Rosset
En ligne :
Site officiel (bien fourni) : Clément Rosset
Blog dédié : Atelier Clément Rosset

Voir aussi les pages : Le camembert savant de Clément Rosset / Connaissance de soi VS Inconnaissance de soi


Mon point de départ est que le réel est idiot. Attention, l’idiotie n’est pas l’imbécillité mais l’insignifiance, l’absence de signification. Un exemple : ce caillou que vous voyez là répond parfaitement – il ne fait même que ça – au principe d’identité, A égale A. Vous pouvez le torturer, il ne fera rien d’autre que confirmer son identité de caillou. Cette vérité peut devenir insupportable. Je m’explique : si je veux décrire ce caillou, je vais être tenté de le faire rentrer dans une généralité, un concept de caillou. Mais ce caillou, tout banal qu’il soit, est unique, et je vous mets au défi de le décrire complètement dans sa singularité. Il n’existe pas, dans l’univers, deux choses absolument semblables.
Source (et suite) du texte : psychologies


Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réelle. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu’il semble raisonnable d’imaginer qu’elle n’implique pas la reconnaissance d’un droit imprescriptible – celui du réel à être perçu – mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Tolérance que chacun peut suspendre à son gré, sitôt que les circonstances l’exigent : un peu comme les douanes qui peuvent décider du jour au lendemain que la bouteille d’alcool ou les dix paquets de cigarettes – « tolérés » jusqu’alors – ne passeront plus. Si les voyageurs abusent de la complaisance des douanes, celles-ci font montre de fermeté et annulent tout droit de passage. De même, le réel n’est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. (...)
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire
embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. (...)
Dans le cas de Boubourouche, le fait qu'Adèle ait dissimulé un amant et le fait qu'il soit cocu deviennent miraculeusement indépendants l'un de l'autre. Descartes dirait que l'illusion de Boubourouche consiste à prendre une "distinction formelle" pour une "distinction réelle" : Boubourouche est incapable de saisir la liaison essentielle qui unit dans le cogito, le "je pense" au "je suis", liaison modèle dont une des innombrables applications apprendrait à Boubourouche qu'il est impossible de distinguer réellement entre "ma femme me trompe" et "je suis cocu".
Extrait de : Le réel et son double (1976)

Source du texte : Avant-propos en entier (PDF)

C'est pourquoi toute pensée raisonnable fait un arrêt obligatoire, dans la conduite du raisonnement, du moment où l'on atteint la chose même. Aristote et Descartes appellent ce moment du même mot : l'évidence, le directement visible, sans le secours et la médiation du raisonnement. Il y a un moment où cesse le domaine des preuves, où l'on bute sur la chose elle-même, qui ne peut se garantir d'autre part que de par elle-même. C'est le moment où la discussion s'arrête et où s'interrompt la philosophie : adveniente re, cessat argumentum.
Il est toutefois un domaine où l'argument ne cesse pas, parce que la chose ne se montre jamais : et c'est justement mon domaine, le moi, ma singularité  Il me manque, pour m'arrêter raisonnablement à moi-même, d'être visible. Sans doute puis-je, si j'en crois sur ce point Aristote, décider que je suis un homme, mais je ne peux, en revanche, réussir à penser que je suis un homme, justement celui-là que je suis. L'idée selon laquelle je suis moi n'est qu'une vague présomption, encore qu'insistante : une "impression forte", comme dit Hume. Et Montaigne : "Notre fait, ce ne sont que pièces rapportées". Et Shakespeare : "nous sommes fais de l'étoffe des songes" - de songes dont l'étoffe est elle-même de papier : vienne le papier à manquer, comme dans l'histoire de Courteline, et le songe se dissipe.
Une solution, dans ce cas désespéré consiste à s’accrocher au papier : puisque ma personne est douteuse, qu'au moins les documents qui en font foi soient d'une solidité à toute épreuve. C'est la solution inverse de celle de Vermeer, qui abandonne le moi au profit du monde : ici on abandonne le monde au profit du moi, et d'un moi de papier. Le double effacera le modèle.
Extrait de : Le réel et son double (1976)
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Johannes Vermeer, L’Atelier du peintre (1666)

PREAMBULE
   L'invisible dont il est question ici ne concerne pas le domaine des objets qu'une impossibilité matérielle interdit de voir (tel un visage plongé dans l'obscurité), mais celui des objets qu'on croit voir alors qu'ils ne sont aucunement perceptibles parce qu'ils n'existent pas et/ou ne sont pas présents (tel un visage absent d'une pièce éclairée). Cette sorte d’« existence » d’objets non existants, ou de visibilité de ce qui est invisible, si on la conçoit indépendamment de toute pathologie hallucinatoire, semble évidemment une contradiction dans les termes.
   Cependant de tels objets existent, et ils sont légion. Car ce que j’ai appelé ailleurs la « faculté anti-perceptive » est double et complémentaire. Faculté, d’abord, de ne pas percevoir ce qu’on a sous les yeux ; mais aussi faculté de percevoir ce qui n’existe pas et échappe ainsi nécessairement à toute perception : de voir (ou de croire voir) ce qu’elle ne peut voir, de penser ce qu’elle ne pense pas, d’imaginer ce qu’en réalité elle n’imagine pas. Car l’homme possède la faculté de croire souvent appréhender des objets éminemment équivoques, dont on peut dire à la fois qu’ils existent et qu’ils n’existent pas. Ce sont sans doute là moins des perceptions illusoires que des illusions de perception. Les objets paradoxaux suggérés par ces illusions sont naturellement très différents des mirages qu’on peut voir en mer ou dans le désert (d’abord parce que le mirage consiste en une image que chacun peut percevoir réellement ; ensuite parce qu’ils reflètent un corps réel situé au-dessous de l’horizon, alors que l’illusion de perception allie l’invisibilité à l’inconsistance). Pour le dire en mot : si, dans l’illusion de perception, l’objet de la vision n’existe pas, la « vision » de l’objet, ou son imagination, n’en existe pas moins. Mais que voit-on, quand on ne voit rien ? Et de même, pour reprendre une question de Jean Paulhan : que pense-t-on, quand on ne pense à rien ?
Extrait de : L'invisible (2012)
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Clément Rosset, la joie tragique :



A voix libre par Raphael Enthoven (2006) :









Archive quintessenciée par Francesca Isidori (juillet 2006) :



Je l'entends comme je l'aime par Thomas Baumgartner (février 2011) :




Pas la peine de crier par Marie Richeux
Penser le réel (mars 2012) :



Le Gai savoir par Raphael Enthoven
Le réel et son double (octobre 2012) :



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth 
Quel réel ? (novembre 2012) : 


Hors-Champs par Laure Adler (avril 2013) : 


   

vendredi 16 novembre 2012

Quel réel ?



Semaine(s) sur le réel (au pluriel à Cité philo et au singulier sur France culture).
Source (et autres émissions) : Les nouveaux chemins de la connaissance

Cité philo : site / programme (8-28 novembre)

Mon point de départ est que le réel est idiot. Attention, l’idiotie n’est pas l’imbécillité mais l’insignifiance, l’absence de signification. Un exemple : ce caillou que vous voyez là répond parfaitement – il ne fait même que ça – au principe d’identité, A égale A. Vous pouvez le torturer, il ne fera rien d’autre que confirmer son identité de caillou. Cette vérité peut devenir insupportable. Je m’explique : si je veux décrire ce caillou, je vais être tenté de le faire rentrer dans une généralité, un concept de caillou. Mais ce caillou, tout banal qu’il soit, est unique, et je vous mets au défi de le décrire complètement dans sa singularité. Il n’existe pas, dans l’univers, deux choses absolument semblables.
Source (et suite) du texte : psychologies
Site officiel de Clément Rosset


 


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