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dimanche 5 avril 2015

La lumière sans ombre

MAJ de la page : Jean Bouchart d'Orval

A l'occasion de la parution de son nouveau livre :
- L'harmonie secrète : Coeur de l'ancienne Egypte, Ed. Almora, 2015
Commande sur Amazon : L'harmonie secrète : Coeur de l'ancienne Egypte

L’essentiel n’a pas été dit sur l’ancienne Égypte.
L’antique civilisation du Nil demeure incompréhensible tant qu’on ne peut pressentir l’existence comme la voyaient les grands initiés qui en furent les maîtres d’œuvre. En l’absence de cette lumière, le discours sur l’Égypte demeure confiné aux relatives banalités dont l’égyptologie classique se contente depuis deux cents ans. Le cordon reliant toutes les perles du « miracle égyptien » n’est rien d’autre qu’une authentique et profonde spiritualité. Or, presque toutes les communications sur l’Égypte ancienne ignorent ou feignent d’ignorer ce ferment absolu et tout est passé à la moulinette d’un navrant matérialisme et d’un rationalisme timoré.
L’ancienne Égypte avait planté au cœur de sa vie ce sans quoi aucune société ne peut vivre dans l’harmonie et qui nous fait tant défaut à nous : le sens du sacré. Elle en vivait et elle n’a jamais cessé de l’exprimer dans des monuments célébrant le grand miracle : la manifestation de l’Inconcevable par le visible. On ne peut en apprécier toute la beauté si on ignore son langage symbolique, sa géométrie sacrée, la loi des nombres, l’harmonie et les proportions musicales. Car sur l’essentiel les maîtres de l’Égypte antique n’ont rien dit et n’ont rien expliqué, mais ils ont donné des signes.
L’essentiel n’a pas été dit sur l’ancienne Égypte. Il ne peut être dit.
Quatrième de couverture
Source : Almora



La lumière sans ombre (Genève, 27 Mars 2015)

"Je le dis comme ça ce soir : Il Y A. C'est la première chose qui vous vient en sortant du sommeil profond le matin. Mais ça passe tellement vite... Et comme ça ne peut pas faire l'objet d'une mémoire, d'un souvenir dans le cerveau, alors on passe par-dessus, on ne voit rien et on recommence à s'activer avec tous les éléments de la mémoire, avec tout le cirque que cela réactive.
Mais c'est fantastique le fait qu'il y a. 
C'est la seule chose qu'on ne peut pas expliquer tout le reste vous pouvez l'expliquer. Vous pouvez expliquer ceci par cela. C'est sans fin, si vous allez assez loin dans les explications vous verrez que cela va tourner en rond. Vous n'aurez rien expliquer mais vous aurez l'impression d'avoir expliqué quelque chose. Mais la seule chose qui est inexplicable, qui est inconcevable, qui est impensable est le fait qu'il y a". 

Voir aussi la page : "est" (dont "il y a" est une des traductions possibles dans le poème de Parménide) / Fragments 2-8

samedi 20 avril 2013

Il n'y a pas de miroir du monde

MAJ de la page : Clément Rosset






Hors-Champs par Laure Adler
Clément Rosset 1/3, 2/3, 3/3 (avril 2013)



Pas la peine de crier par Marie Richeux
Penser le réel (mars 2013)



lundi 5 mars 2012

Molla Sadra ou Sadreddin Mohammad Shirâzi


Mollâ Sadrâ Shîrâzî est un philosophe iranien, d'obédience chiite duodécimaine, né à Chiraz en 1571-72 et mort à Bassora en 1635-36 ou en 1640-41. Élève notamment de Mir Damad, il met au point son grand ouvrage, les Asfar, à Kahak (en), puis enseigne la philosophie à la madrasa de Chiraz. C'est là que se développe l’« école de Chiraz », continuatrice de l’« école d'Ispahan ».
L'œuvre de Sadrâ est une synthèse monumentale de toutes les sources et traditions grecques, iraniennes et islamiques. Partant de la tradition aristotélicienne, des philosophes (falasifa) (Farabi, Avicenne), il intègre la « Sagesse orientale » de Sohrawardi et la gnose d'Ibn Arabi dans sa propre philosophie qu'il nomme Hikmat al-Muti'aliyyah.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie (en français) :
- Le Livre des pénétrations métaphysiques (Kitab al-Masha'ir), introduction et traduction de Henry Corbin, Téhéran, Maisonneuve, 1964, rééd. Verdier, 1988.
- Traité de la résurrection, trad. C. Jambet, Fata Morgana, 2000.
- Commentaire du Livre de la Sagesse Orientale de Sohravardi, dans Sohravardi, Le Livre de la Sagesse orientale, traduction et présentation de Henry Corbin, Paris, Fayard, 1986, p. 439-669.
- Commentaire du Verset de la Lumière, Les Belles Lettres, 2009.
- Le Livre de la sagesse du trône, trad. A. Yousef et P. Moulinet, Ed. Bouraq.
Etudes :
Henry Corbin :
- La Place de Mollâ Sadrâ dans la philosophie iranienne, Studia Islamica, XVIII, 1963, 30 p.
- Mollâ Sadrâ Shîrâzî, ch. II, livre V, tome IV de En islam iranien, pp. 54-122, Gallimard, 1972.
- Hamad Trad, Dieu, le monde et l'âme chez Molla Sadra Al-Shirazi, tome 1, Hamade, Paris, 1992.
Cécile Bonmariage, Le Réel et les réalités, Mulla Sadra Shirazi et la structure de la réalité, Vrin, 2008.
Christian Jambet :
- Se rendre immortel, suivi du Traité de la résurrection de Molla Sadra Shirazi, Fata Morgana, 2000.
- L'âme humaine d'Aristote à Molla Sadra Shirazi, Studia iranica, 1997, vol.26, n.2, p.211-236.
- Mort et Résurrection en Islam. L'Au-Delà chez Molla Sadra Shirazi, Albin Michel, 2008.
- L'acte d'être, La philosophie de la révélation chez Mollâ Sadrâ, Paris, Fayard, 2002.
En ligne :
Hossein Nasr :
- L'importance de Molla Sadra dans la philosophie irannienne et islamique, dans La Revue de Téhéran
- L'occident et la pensée de Molla Sadra, dans La Revue de Téhéran
Arefeh Hedjazi, Aperçu sur l'histoire de la philosophie islamique, dans La Revue de Téhéran
Soubadeh Marin, Trois clés pour comprendre Molla Sadra, dans Le monde des religions


HUITIEME PENETRATION

102. Le rapport de l'instauré à l'égard de son Instaurateur est le rapport de la déficience à l'égard de la perfection, de la faiblesse à l'égard de la puissance. Tu auras en effet compris maintenant que ce qui est effectif in concreto et existe en réalité (au sens vrai), ce sont les existences, non pas les quiddités. Et il est bien établi que l'existence (l'acte d'exister) est une réalité simple (indécomposable). Elle ne comporte ni genres ni différences pour constituer ces genres en espèces, par conséquent ni espèces ni différences pour départager les espèces, et partant, elle n'a pas d'individuation. (...) Sans aucun doute, l'Instaurateur est d'une existence plus parfaite, d'une réalité en acte plus complète que ce qui a été instauré par lui. L'instauré est comme une rosée qui tombe, un épanchement qui émane de son instaurateur, et la production de l'effet ne consiste en réalité que dans la modalisation de l'Instaurateur dans ses propres modalités, dans sa descente aux différents niveaux (ou demeures) de ses opérations. (...)

Sur l'existence divine et son unité
104. Démonstration orientale. Elle consiste en ce que nous disions ceci : ou bien l'existant est la réalité (ou la vérité) même de l'acte d'exister, ou bien c'est quelque chose d'autre. Nous entendons par la réalité (ou la vérité) de l'être ou de l'existence, l'acte pur d'exister, ne comportant le mélange de rien d'autre, ni limite ni fin ni déficience ni généralité ni particularité. C'est cet acte pur d'être ou d'exister que l'on dénomme l'Existence (l'Etre) Nécessaire. Alors nous disons : si la réalité de l'existence n'est pas existante (si son essence ne consiste pas à exister), alors rien de rien n'existe. Le conséquent étant évidemment faux, l'antécédent l'est également. (...)
105. Lorsque tu auras compris que l'Etre Nécessaire - exalté soit-il - n'est rien d'autre que la réalité de l'acte même d'exister, ne comportant le mélange de rien d'autre en dehors de cet acte pur d'exister, alors (tu comprendras qu') à cette pure réalité qui fait son essence, n'arrive ni limite ni fin, puisque, si elle avait une limite et une fin, elle serait délimitée et particularisée par quelque chose d'autre que la nature de l'acte d'exister. (...)
106. (...) C'est une réalité absolument simple. Son essence, c'est la nécessité absolue d'exister, de même qu'il est par essence l'Existence absolument nécessaire, laquelle ne comporte aucune dimension de contingence ni d'impossibilité, sinon il en résulterait une composition qui impliquerait la contingence, ce qui est impossible pour l'Etre ou Existence nécessaire. (...)
110. Comprends que l'Etre Nécessaire est une réalité simple. Or, tout ce dont l'essence est simple, est par son unité la totalité des choses, (...)

Sceau du livre
142. Sache que les voies qui mènent à Dieu sont multiples, parce qu'Il possède des excellences et des aspects innombrables. "Chacun a une direction vers laquelle il s'oriente". Cependant, certaines de ces voies ont plus de lumière, elles sont d'une vertu supérieure, elles sont plus rigoureuses et ont des preuves plus fortes. La voie la plus sûre, celle d'une vertu supérieure à toutes les voies menant à Son Essence, à Ses attributs et à Ses opérations, c'est celle où, dans l'argumentation, le moyen terme n'est autre que Dieu lui-même, car dans ce cas, la voie conduisant à l'objet cherché n'est autre que l'objet cherché lui-même. Aussi bien Dieu est-il la preuve pour toutes choses. (...)
144. Ainsi, les Sages de Dieu, les théosophes, méditent en premier lieu la réalité de l'être et de l'exister. Ils approfondissent cette réalité et ils comprennent qu'elle est la source et principe de toutes choses, et que comprise en sa réalité, cette réalité de l'exister est l'Existence Nécessaire. (...)
Extraits de : Le livre des pénétrations métaphysiques
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* * *
460. L'auteur (Sohravardi) veut montrer que l'Etre Nécessaire n'a pas de limite, donc pas de limitant ni rien qui le domine, étant la puissance de Lumière dont l'intensité est infinie. Cela parce qu'elle est Lumière pure, existence pure, qu'elle ne comporte rien d'autre en elle que la Lumière et l'acte d'exister, tandis que toutes les autres Lumière impliquent le concept d'autre chose que la Lumière et l'être. En effet chacune est limitée. (...)

446. (...) Ce qui prouve que les Anciens professaient unanimement que le Créateur est une Lumière immatérielle, comme les catégories de ses anges du plus haut rang, c'est ce que déclare le divin Platon : "la Lumière pure est le monde de l'Intelligence". (...)
447. (...) Ce qu'a dit ce philosophe éminent (l'auteur de la Théologie d'Aristote) correspond tout à fait à l'intention du divin Platon : pour chacune des espèces qui existent en ce monde, il y a une singularité éternelle, subsistant par soi-même dans le Plérôme suprême. (...)
547. (...) En revanche, l'on connait fort bien, d'après le divin Platon, la thèse de la production du monde. (...)
567. (...) Ce qu'ont professé les Anciens, comme Platon et quelques uns de ceux qui, avant lui, furent des Piliers de la Sagesse, (...) dont on parlé les Piliers de la Sagesse, tels que Platon, (...)
Extrait de : Commentaire du Livre de la Sagesse orientale de Sohravardi
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dimanche 16 janvier 2011

Shabestari


Né en 687 de l’hégire (1288) à Shabastar près de Tabriz, Sheikh Saad od-din Mahmoud ben Amin od-din Abdolkarim ben Yahya Shabastari fait partie des grands mystiques du VIIIème siècle (XIVe siècle de l’ère chrétienne) et est considéré comme un important poète persanophone de l’époque.

Ses premiers pas dans le mysticisme furent guidés par Bahâoddin Yaghoub de Tabriz, auprès de qui il acquit de vastes connaissances en la matière qu’il échangea plus tard avec les grands mystiques de cette époque. Il choisit de s’établir un temps à Kermân, d’où l’existence d’une longue lignée reconnue sous le nom de Khâdjegân, formée par sa descendance dans cette région.
 Le Sheikh décéda en 720 de l’hégire (1320). Il fut enterré au cimetière de Shabastar, auprès de son maître Bahâoddin Yaghoub.

Il composa plusieurs œuvres en prose et en vers dont la plus connue de toutes est le Golshân-e Râz (LA Roseraie du Mystère). Il s’agit d’un recueil de poèmes du genre narratif d’une certaine longueur, où le poète répond aux dix sept questions posées, elles aussi en vers, par un certain Amir Seyyed Hossein Hosseini Herâwi.

On raconte qu’une fois connues du Sheikh Bahâoddin Yaghoub Tabrizi, ces questions trouvèrent une réponse instantanée, vers par vers, auprès du Sheikh Shabastari. Ce qu’il nous reste aujourd’hui de cet ouvrage est en fait la totalité de ces questions-réponses versifiées, auxquelles se sont ajoutés au fil du temps d’autres vers complétant l’œuvre.
 Il présente le moment où lui furent expédiées ces questions auprès de son maître, c’est-à-dire en l’an 717 de l’hégire, comme étant la date du commencement du Golshân-e Râz, pour ajouter que c’est à partir de cette date qu’il se lança dans la poésie car auparavant, il n’avait jamais composé aucun vers. Du fait de sa simplicité, cette œuvre fut très vite appréciée de tous.

On peut également faire allusion à Sâ’adat Nâmeh, autre grande œuvre qui nous reste de ce maître mystique. Dans ce recueil, trois mille vers publiés en huit volumes exposent au lecteur de multiples faits et histoires. Le Sheikh y cite également les propos de cinq grands mystiques du Vème siècle de l’hégire originaires d’Azerbaïdjan, à savoir Hassan Sorkhâbi, Bâbâ Faradj Tabrizi, Mohammad Kadjâni, Khâdje Abdolrahim Tabrizi et Khâdje Sayedoddin Tabrizi. Il évoque par ailleurs ses longs voyages ainsi que ceux d’oulémas et de sheikhs :
Source du texte : La revue de Téhéran


Bibliographie (en français) :
- La Roseraie du Mystère, trad. Djamshid Mortazavi et Eva de Vitray-Meyerovitche. Ed. Sindbad
Etude :
Henri Corbin, Trilogie Ismaélienne. Ed. Verdier.


Question 7
A quel degré appartient la parole "Je suis la Réalité suprême" (Ana'l-Haqq) ?
Qu'en dis-tu ? Est-ce le bavardage d'un imposteur ?

Réponse 7
"Ana'l Haqq" en vérité, est la révélation d'un mystère absolu.
Qui, sauf la Réalité, peut affirmer : "Je suis la Réalité suprême" ?
Tous les atomes du monde, à l'instar de Mansour,
Tu les croirais ivres et gorgés de vin.
Continuellement, ils célèbrent ces louanges,
Continuellement, ils recherches cette signification.
Si tu désires que ce sens s'éclaire pour toi,
Prononce la Parole : "Toute chose célèbre Dieu."
Quand tu auras cardé ton "moi" comme du coton,
Tel le cardeur de laine, tu pousseras ce cri.
Ote de tes oreilles le coton de ton illusion,
Ecoute l'appel de l'Un, le Tout-Puissant.
Cet appel t'arrive constamment de la Réalité.
Pourquoi attends-tu qu'arrive le Jour du jugement ?
Entre dans la "Vallée de la Paix" car, aussitôt,
Le buisson ardent te dira "En vérité, Je suis Dieu".
Cette parole fut permise au buisson,
Pourquoi serait-elle interdite à la bouche d'un juste ?
Tout homme dont le coeur est dénué de doute
Sait avec certitude qu'il n'est d'autre être que l'Un.
Dire : "Je (Ana)" appartient seulement à la Réalité
Car parler de Hu (Lui) convient à ce qui est absent, et ce qui est absence est illusion.
La sublimité de "Haqq" n'admet point de dualité :
Dans cette sublimité, il n'y a ni "je", ni "nous", ni "toi".
Je, nous, toi et Lui ne sont qu'un.
Car dans l'unité, il n'y a pas de distinction de personnes.
Quiconque renonce au "pourquoi" et au "comment"
Trouve en lui-même l'écho de "Ana'l-Haqq".
Il rejoint son côté éternel, l'autre disparaît,
Le voyage, le chemin et le voyageur deviennent un.
L'incarnation et l'assimilation proviennent de l'altérité.
Mais l'Unité même provient de la Voie.
Ce qui est séparé de la Réalité, c'est l'existence phénoménale.
La Réalité ne devient pas une créature, pas plus que la créature ne devient une avec Dieu.
Incarnation et assimilation sont ici impossible,
Car la dualité dans l'Unité est clairement absurde.
L'existence des créatures et la pluralité ne sont qu'apparence,
Et chaque chose qui semble être, en réalité, n'est pas.
Extrait de : La Roseraie du Mystère.

vendredi 14 janvier 2011

Al Jili ou Abd Al-Karim Al-Jili








Abd AllKarim Ibn Ibrahim al-Jili, qui naquit en 1366 (l'an 767 de l'Hégire) à Jil dans la région de Bagdad et dont le maitre fut le Shaikh Sharaf ad-Din Ismail Ibn Ibrahim Al-Jabarti, est un continuateur de l'enseignement métaphysique du "Très Grand Maitre" (Ibn Arabi).


Bibliographie (en français) :
- De l'Homme Universel, trad. Titus Burkhardt. Ed. Dervy-Livres.

- Un Commentaire ésotérique de la formule inaugurale du Coran. Ed. Al Bouraq, 2002.


De l'Essence :
Sache que l'Essence de Dieu le Suprême est le mystère de l'Unité que tout symbole exprime sous un certain rapport, sans qu'il puisse L'exprimer sous beaucoup d'autres rapports. On ne La conçoit donc pas par quelque idée rationnelle, pas plus qu'on ne La comprend par quelque allusion conventionnelle, car on ne comprend une chose qu'en vertu d'une relation, qui lui assigne une position, ou par une négation, donc par son contraire, or, il n'y a pas, dans toute l'existence, aucune relation qui "situe" l'Essence, ni aucune assignation qui s'applique à Elle, donc rien qui puisse La nier et rien qui Lui soit contraire. Elle est, pour le langage, comme si Elle n'existait pas, et sous ce rapport Elle se refuse à l'entendement humain. Elle est trop noble pour être conçue par les intelligence... Elle est trop élevée pour que les pensées La saisissent. Son fond primordial n'est atteint par aucune sentence de la science, ni par aucun silence qui La tait, aucune limite, aussi fine et incommensurable soit-elle, ne L'embrasse (...)
Extrait de : De l'homme Universelle

De l'Unité :
Le mot "Unité" désigne la révélation de l'Essence en laquelle n'apparaissent ni les Noms ni les Qualités ni aucune trace de leurs effets; il est donc un Nom de l'Essence en tant que Celle-ci est au-delà de toutes les comparaisons divines et créaturielles.
Or, il n'existe pour l'Unité, dans tout le cosmos, aucun lieu de manifestation plus parfait que toi-même, lorsque tu te plonges dans ta propre essence en oubliant toute relation, et que tu te saisis toi-même par toi-même, dépouillé de tes apparences, en sorte que tu sois toi-même en toi-même et que de toutes les Qualités divines ou des attributs créés - qui t'appartiennent par ailleurs - aucun ne se réfère plus à toi. C'est cet état de l'homme qui est le lieu de manifestation le plus parfait de l'Unité dans toute l'existence.
Et c'est là la première "descente" de l'Essence, des ténèbres du "Nuage" vers la lumière des révélations, et aussi la première de toutes Ses révélations à cause de la pureté et de son absence de toute qualité, tout nom, allusion, rapport ou analogie; car tout y est contenu en mode non-manifesté. (...)
Extrait de : De l'homme Universelle

De l'Obscurité divine :
L'Obscurité divine est le lieu primordial
Où les soleil de la beauté se couchent. 
C'est le Soi de Dieu-même
Par lequel Il est, et dont Il ne procède jamais. 
En sorte qu'Il ne change pas. 
Son symbole est l'état latent du feu dans le silex. 
Si le feu émane d'une pierre, 
Il ne s'en sépare pourtant pas, en principe et dans son état latent. 

Il y subsiste toujours non manifesté, 

Et sa manifestation ne change rien à son état principiel. 
Nous vous montrâmes un spectateur, 
Aveugle à son propre sujet, Dieu, exalté soit-Il, ne se compare pas !

Elle est la consternation des intelligences

Dans leur impuissance de saisir ce qui, pour elles, est obscurité. 
Elle est le Soi divin, non pas par ce qu'elle comporte de ténèbres, 
Mais par ce qu'elle comporte de lumières, si l'on comprend bien. 

Autre que l'Unité inconnaissable, 

Ou que l'Unicité connaissable du multiple, 
Insaisissable en Elle-même, soustraite à toute vision, 
On l'appelle l'Obscurité divine. 
(...)

Or, après t'avoir exposé que l'Obscurité divine est l'Essence même sous le rapport de Sa non-manifestation absolue, et que l'Unité est l'Essence même sous le rapport de Son affirmation suprême, abstraite de tout rapport interne, nous dirons que ces expressions "sous le rapport de Sa non-manifestation" ou "sous le rapport de Son affirmation surême" ne confèrent pas de sens valable, car l'Obscurité divine ne comporte aucun rapport de non-manifestation ni l'Unité aucun rapport de manifestation.
Extrait de : De l'Homme Universel.



Sache que le point sous le Ba constitue le début de chaque sourate du Livre d’Allah le Très Haut, car la lettre est le développement du point, or toute sourate débute forcément par un point, d’où il découle nécessairement que le point est au commencement de toutes les sourates du Livre d’Allah. Le Ba s’étend sous la lumière du Alif comme l’ombre s’étend, or de même que l’ombre de toute chose est comme la chose, de même l’étendue du Ba, dans toute écriture, est à la mesure de l’axe du Alif dont il est la projection. Le Ba se voit donc comme une ombre de cet axe et sait par là que sa propre persistance n’est due qu’au Alif, étant donné que l’ombre n’a d’existence que par l’objet dont elle projette le corps. 
Extrait de : Un commentaire ésotérique de la formule inaugurale du Coran. 
  


lundi 10 janvier 2011

Balyani ou Awhad Al-Din Balyani



Awbad al-din Balyani (région de Shiraz, mort en 1288) est l'auteur de l'Epitre sur l'Unicité Absolue, faussement attribué à Ibn Arabi
Selon l'auteur de la traduction française, Michel Chodkiewicz, il se rattacherait à la lignée initiatique et à l'enseignement de Ibn Sab'in à travers la personne de Shushtari qu'il aurait pu rencontrer en Egypte. 


Bibliographie :
- Epitre sur l'Unicité Absolue, présentation et traduction par Michel Chodkiewicz. Ed. Les deux océans, 1982.
Extrait en ligne : Google books


Soyez les "contenants" de Dieu ! Si vous n'êtes pas les contenants de Dieu, ne soyez pas les contenants de vous-même : car si vous n'êtes pas les contenants de vous-même, vous êtes les contenants de Dieu ! Je dirai même plus . Soyez Dieu ! Et si vous n'êtes pas Dieu, ne soyez pas vous-même, car si vous n'êtes pas vous-même, vous êtes Dieu. 
Propos rapporté par Jami (cité dans la présentation de Michel Chodkiewicz)

6

La plupart de ceux qui se prétendent des Connaisseurs subordonnent la connaissance d'Allah à l'extinction (fana) de l'être et à l'extinction de l'extinction (fana al-fana). C'est là  une erreur et un manque de discernement manifeste; la connaissance d'Allah n'exige, ni extinction de l'être, ni extinction de cette extinction car les choses n'ont pas d'être et ce qui n'a pas d'être ne peut donc s'éteindre puisque l'extinction suppose l'affirmation préalable que ce qui s'éteint était. Si tu te connais comme n'étant pas et (par conséquent comme) ne cessant pas d'être, alors tu connais Allah; et sinon tu ne le connais pas !

15 

(...)
Voilà pourquoi il est licite à celui qui parvient à la Vérité essentielle de dire . "Je suis la Vérité" (Ana al-Haqq - Hallaj) ou "Gloire à moi !". Nul n'est véritablement parvenu jusqu'à Lui aussi longtemps qu'il ne voit ses attributs comme les attributs d'Allah et son essence comme l'essence d'Allah; cela sans qu'il y ait infusion en Allah ou effusion, à partir de Lui, de Son essence et de Ses attributs, et sans qu'il y ait non plus extinction par rapport à Allah ou permanence en Lui. Il se voit comme ayant toujours été dépourvu d'être propre, et non pas comme l'ayant eu, puis perdu. Il n'y a pas de soi que le Soi, il n'y a pas d'être que Son être. Le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix ! - a fait allusion à cela lorsqu'il a dit : "N'insulte pas le Temps, car Allah est le Temps", affirmant ainsi que la transcendance d'Allah - qu'il soit exalté et béni - exclut tout associé égal ou pareil.

17

(...)
Il est à Lui-même le Nom et le Nommé. De même qu'il est nécessaire qu'Il soit, il est nécessaire que ce qui est "autre que Lui" ne soit pas. En effet, ce que tu crois être "autre que Lui" n'est pas "autre que Lui". L' "autre que Lui" est Lui. 

(...)

20

Le fruit de la connaissance de soi, c'est de savoir de connaissance certaine que tu n'es ni existant, ni inexistant, que tu n'es pas, que tu n'as jamais été et que tu ne seras jamais. De cette manière t’apparaîtra la signification de La ilaha illa llah : il n'y a pas de dieu autre que Lui, l'Etre n'appartient à nul autre que Lui, il n'y a pas d'autre à côté de Lui, il n'y a de dieu que Lui ! 

22

Lorsque tu te connais de cette manière, sans attribuer donc à Allah - qu'Il soit exalté - de contraire, de pareil, d'égal ou d'associé, alors oui, tu te connais véritablement. Voilà pourquoi le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix - a dit : 
"Celui qui se connait soi-même connait son Seigneur" et non pas : "Celui qui éteint son soi connait son Seigneur", car il savait et voyait qu'il n'y a rien en dehors de Lui. Puis il indiqua que la connaissance de soi est la connaissance d'Allah - qu'Il soit exalté ! Autrement dit : "Connais-toi toi-même" ou Connais ton être", c'est-à-dire : sache que tu n'es pas ton être ni non plus autre chose que ton être. Tu n'es pas existant, tu n'es pas non-existant, tu n'es pas non plus autre qu'existant ou non existant. Ton être et ton absence d'être sont Son Etre, sans qu'on puisse pourtant parler d'être ou d'absence d'être car l'un et l'autre sont identique à son Etre et réciproquement. 

37

(...) 
Ces paroles s'adressent à qui ne voit rien en dehors d'Allah. Celui qui voit quelque chose en dehors d'Allah, nous n'avons rien à lui répondre, et rien à lui demander. (...) 
A celui qui est parvenu au but, l'allusion suffit. Quant à celui qui n'y est pas parvenu, il n'y parviendra ni par l'enseignement théorique, ni par l'instruction, ni par la répétition, ni par l'effort intellectuel, ni par la science, mais seulement en se mettant au service d'un maître éminent et d'un instructeur sagace, afin d'être guidé par sa lumière et de progresser grâce à son énergie spirituelle : ainsi parviendra-t-il au but, si Dieu le veut. 
Extrait de : Epitre sur l'Unicité Absolue


mercredi 15 décembre 2010

Maitre Eckhart ou Johannes Eckhart (von Hochheim)





Maître Eckhart (1260-1328) est un dominicain et un philosophe mystique allemand. Son enseignement est une invitation au détachement considéré comme la condition nécessaire de l'union à Dieu et à l'enfantement de Dieu dans l'âme. Pour Eckhart, l’expérience mystique est vue comme le retour à la Déité manifestée dans le Christ vivant en l'âme du croyant. L’union avec Dieu est comparée à une goutte d’eau retournant à l’océan. La vocation prédestinée de l’homme est d’être en Dieu. Eckhart est sans doute le penseur le plus proche d'une mystique qui transcende les religions : la hardiesse de ses vues (sa conception de Dieu a des aspects panthéistes) provoqua la « censure » de 28 des ses propositions à l'issue de nombreux procès qui se terminèrent en 1329.
Source : Editions du Cerf

Autre bio : Editions Arfuyen




Bibliographie (complétée d'après l'Encyclopédie des Mystiques Rhénans) :
TRADUCTIONS FRANÇAISES : 
- Traités (allemands), trad. Jeanne Ancelet-Hustache, Ed. du Seuil, 1971.
- Sermons (allemands) en 3 tomes (1-30,31-59,60-86), trad. Jeanne Ancelet-Hustache, Ed. du Seuil, 1974-79.
- Sermons (allemands) en 3 tomes (L'étincelle de l'âme 1-30, Dieu au delà de Dieu 31-60, Et ce néant était Dieu 61-90), trad. Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière. Ed. Albin Michel, 1998-2000.
- L'oeuvre latines de Maître Eckhart, tome 1 : Commentaire de la Genèse précédé des Prologues, texte latin, introduction, traduction et notes par Fernand Brunner, Alain de Libera, Emile Zum Brunn. Ed. du Cerf, 1984.
- L'oeuvre latines de Maître Eckhart, tome 6 : Le commentaire de l’Évangile selon Saint Jean, texte latin, introduction et notes par Alain de Libera. Ed. du Cerf, 1989.
- Commentaire du Livre de l'Exode, trad. P. Gire, Ed. Faculté catholique de Lyon, 1980. 
- Sermons et leçons sur l'Ecclésiaste, trad. Fernand Brunner, Ed. Ad Solem, 2002.
- Commentaire du Notre Père, trad. E. Mangin, Ed. Arfuyen, 2005. 
- Maître Eckhart à Paris. Une critique médiévale de l'ontothéologie. Les Questions parisiennes 1 et 2, études, textes et traductions par Emile Zum Brunn, Z. Kaluza, Alain de Libera, P. Vignaux et E. Weber, Ed. PUF, 1984.
- La mesure de l'amour. Sermons parisiens (sermons latins), trad. Eric Mangin, Ed. du Seuil, 2009. 
- L'oeuvre des sermons (latins). Erfut - Paris - Strasbourg - Cologne, trad. Jean Devriendt, Ed. du Cerf, 2010. 
EDITIONS PARTIELLES : 
- Oeuvres de Maître Eckhart, Sermons et Traités, trad. Paul Petit, Ed. Gallimard, 1942.
- Traités et Sermons (allemands), trad. F. Aubier, J. Molitor, Ed. Aubier, 1942.
- Mystiques allemands du XIVe, Eckhart, Suso, Tauler, trad. J.A. Bizet, Ed. Aubier, 1957.
- Sur l'Humilité, Ed. Arfuyen, 1988.
- Traités et Sermons (allemands), trad. de Alain de Libera, Ed. Garnier Flammarion, 1993.
- Les Traités et le poème, trad. G. Jarczyk, P.-J. Labarrière, Ed. Albin Michel, 1996.
- Poésie mystique et prière de Maître Eckhart, trad. Wolfgang Wakernagel, Ed. Ad Solem, 1998. 

- Les Légendes de Maître Eckhart, Ed. Arfuyen, 2002.  
- Les Dits de Maitre Eckhart, Ed. Arfuyen, 2003.
- Les Discours du discernement, trad. P. Festugière, Ed. Afuyen, 2003.
- Conseils spirituels, trad. Wolfgang Wakernagel, Ed. Rivages poche / Petite bibliothèque, 2003.
- La divine consolation, trad. Wolfgang Wakernagel, Ed. Rivages poche / Petite bibliothèque, 2004.
- Le Grain de Sénevé, trad. Alain de Libera, Ed. Arfuyen, 2004. 
- Les Dialogues de Maitre Eckhart avec Catherine de Strasbourg, trad. G. Pfister, Ed. Arfuyen, 2004. 
- Sur la naissance de Dieu dans l'âme (Sermons allemands 101-104), trad. G. Pfister, Ed. Arfuyen, 2004. 
- Commentaire du Notre Père, trad. Eric Mangin, Ed. Arfuyen, 2005.
Marie-Anne Vannier (sous la direction de), Les Mystiques rhénans, Eckhart, Tauler, Suso, Ed. du Cerf, 2011. 
En ligne : 

Sermons (allemands) 1-30, trad. Gwendoline Jarczyk : PDF
ETUDES :
Vladimir Lossky, Théologie Négative et Connaissance de Dieu chez Maître Eckhart, Ed. Vrin, 1960 (1982). 
Alain de Libera, La mystique rhénane. Ed. Seuil. coll. Point Sagesse, 1973.
Bernard Barzel, Mystique de l'inéffable dans l'hindouisme et le christianisme, Cankara et Eckhart. Ed. du Cerf, 1982.
Wolfgang Wakernagel, Ymagine denudari. Ethique de l'image et métaphysique de l'abstraction chez Maitre Eckhart. Ed. Vrin, 1991.
Alain de Libera. Eckhart, Suso, Tauler et la divinisation de l'homme. Ed. Arfuyen, 1996.
Colette Pogi, Les oeuvres de vie selon Maitre Eckhart et Abhinavagupta. Ed. Les deux océans, 1996.
Emile Zum Brunn et Alain de Libera, Maitre Eckhart. Métaphysique du Verbe et théologie négative. Ed. Beauchesne, 1997.
Fernand Brunner, Maitre Eckhart, Approche de l'oeuvre (avec des traductions inédites). Ed. Ad Solem, 1999.
Fernand Brunner, Etudes sur Maître Eckhart (recueil d'articles), Ed. Hermann, 2012.
Alain de Libera,
 Maitre Eckhart et la mystique rhénane. Ed. du Cerf, 1999.

Jeanne Ancelet-Hustache, Maitre Eckhart et la mystique rhénane. Ed. Seuil. coll. Points Sagesse, 2000.
Benoit Beyer de Ryke, Maitre Eckhart. Ed. du Seuil, Point, 2008.
Marie-Anne Vannier, Noel chez Maître Eckhart et les mystiques rhénans. Ed. du Cerf, 2005.
Marie-Anne Vannier (sous la direction de), La trinité chez Eckhart et Nicolas de Cues. Ed. du Cerf, 2009.
Marie-Anne Vannier (sous la direction de), La naissance de Dieu dans l'âme selon Eckhart et Nicolas de Cues. Ed. du Cerf. 
Marie-Anne Vannier (sous la direction de), Encyclopédie des mystiques rhénans d'Eckhart à Nicolas de Cues et leur réception, Ed. du Cerf, 2011. 
Voir aussi : wikipedia / Maitre Eckhart

Voir aussi les pages : Dieu m'engendre comme lui-même / Nativité / Grain de senevé / Etudes sur Maitre Eckhart / Marie-Anne Vannier / Ni ceci ni cela /


La première des ces quatre propositions, à savoir que Dieu seul étant au sens propre, est évidente : "Je suis celui qui suit"; "Celui qui est m'a envoyé", Exode 3 (14); et "Toi qui seul es", Job (14,4). De même, le Damascène dit que le premier nom de Dieu "est qu'il est". En accord avec quoi, Parménide et Mélissos (d'après le livre premier de la Physique d'Aristote), n'admettaient qu'un seul étant (absolu), tandis qu'ils admettaient plusieurs étants-ceci-ou-cela, par exemple le feu, la terre, et ainsi de suite, comme l'atteste Avicenne dans son livre de physique, qu'il intitule Suffisance. En accord avec quoi encore (il est dit), Deutéronome 6 (4) et Galates 3 (20) : "Le Dieu est un" (Deus unus est). Ainsi ressort déjà la vérité de la proposition ci-dessus, selon laquelle l'être est Dieu. C'est pourquoi, à celui qui demande à propos de Dieu : qu'est-il, ou qui est-il ? on répondra : l'être; Exode 3 (14) : "Je suis celui qui suis" et "Celui qui est", comme plus haut.
Extrait de : Prologue à l'ouvrage des propositions.

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L'abandon le plus élevé et le plus total que l'homme puisse faire est d'abandonner Dieu pour Dieu. Or, saint Paul abandonna Dieu pour Dieu et il abandonna tout ce qu'il pouvait prendre de Dieu et il abandonna tout ce que Dieu pouvait lui donner et tout ce qu'il pouvait recevoir de Dieu. Quand il abandonna cela, il abandonna Dieu pour Dieu, et Dieu lui resta, en tant que Dieu est Dieu, non comme il peut être reçu ou acquis, mais dans l'être que Dieu est en lui-même. Il n'a jamais rien donné à Dieu ni rien reçu de Dieu : ils sont un et purement unifié. Ici, l'homme est un homme véritable, aucune souffrance ne peut échoir à cette homme, pas plus que la souffrance ne peut échoir à l'être divin; c'est ainsi que j'ai déclaré maintes fois qu'il y a dans l'âme quelque chose qui est tellement apparenté à Dieu que cela est un et non uni. Cela est un, n'a rien de commun avec autre chose et avec quoi que ce soit de créé. Tout ce qui est créé est néant. Ce (quelque chose) est loin de toute créabilité et lui est étranger. Si l'homme était tout entier de la sorte, il serait totalement incréé et incréable; si tout ce qui est corporel et corruptible était connu ainsi dans l'unité, ce ne serait rien d'autre que ce que l'unité est en elle-même. Si je me trouvais un seul instant dans cet être, je me soucierais aussi peu de moi-même que d'un vermisseau de fumier.
Extrait : Sermon allemand 12. 


Nous disons donc que l'homme doit être tellement pauvre qu'il ne soit pas un lieu et n'ait pas en lui un lieu où Dieu puisse opérer. Tant que l'homme conserve encore en lui un lieu quelconque, il conserve aussi quelques distinction. C'est pourquoi je prie Dieu de me libérer de Dieu; car mon être essentiel est au-dessus de Dieu, dans la mesure où nous concevons Dieu comme l'origine des créatures; en effet, dans ce même être de Dieu où Dieu est au-dessus de l'être et de la distinction, j'étais moi-même, je me voulais moi-même et je me connaissais moi-même, pour faire cet homme (qu'ici-bas je suis). Et c'est pourquoi je suis cause de moi-même selon mon être qui est éternel, mais non pas selon mon devenir qui est temporel. C'est pourquoi je suis non-né et selon mon mode non-né je ne puis jamais mourir. Selon non mode non-né, j'ai été éternellement, je suis maintenant et je demeurerai éternellement. Ce que je suis selon ma nativité doit mourir et s'anéantira, car cela est mortel et doit se corrompre avec le temps. Mais dans ma naissance naquirent toutes choses; ici je fus cause de moi-même et de toute choses. Si je l'avais voulu alors, je ne serais pas et le monde entier ne serait pas; et, si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus; que Dieu soit Dieu, j'en suis une cause. Si je n'étais pas, Dieu ne serais pas Dieu.
Extrait de : Pourquoi nous devons nous affranchir de Dieu même (Sermon 52).

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De même que la déité est anonyme et sans nom, l'âme elle aussi est anonyme comme Dieu, car elle est la même chose qu'Il est. C'est pourquoi Christ dit : "Je ne vous appelle plus en ce moment mes serviteurs, mais mes amis. Car tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai révélé" (Jn.15,15). Mais un ami, dit un paien, est un autre moi-même, Dieu est devenu un autre moi-même pour que je devienne un autre lui-même. C'est pourquoi Saint Augustin dit : "Dieu s'est fait homme, afin que l'homme devienne Dieu" (J.97 5-6).
Extrait de : Comment l'âme suit sa propre voie et se trouve elle-même.

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Or Dieu est proprement retranché de tout nombre. Il est en effet un sans unité, trine sans trinité, tout comme bon sans qualité, etc.; en effet, il est au-dessus de tout nom, de toute raison, de toute intelligence, et au dessus de l'Etre et de l'étant, dont la différenciation est le nombre, et au-dessus de toutes choses de ce genre là. Il apparaît qu'il est au-dessus de l'Etre et de l'étant en ce qu'il est la cause de l'Etre et de l'étant.
Extrait du : Sermon latin XI, 2, 118 (trad. Jean Devriendt)
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