vendredi 21 octobre 2011

Exode 3,14




Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
L’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.
L’Éternel vit qu’il se détournait pour voir; et Dieu l’appela du milieu du buisson, et dit : Moïse ! Moïse ! Et il répondit : Me voici !
Dieu dit : N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
Et il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
L’Éternel dit : J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu’habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens.
Voici, les cris d’Israël sont venus jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font souffrir les Égyptiens.
Maintenant, va, je t’enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les enfants d’Israël.
Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les enfants d’Israël ?
Dieu dit : Je serai avec toi ; et ceci sera pour toi le signe que c’est moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.
Moïse dit à Dieu : J’irai donc vers les enfants d’Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. Mais, s’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?
Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle ’Je suis’ m’a envoyé vers vous.
Extrait de Exode, chap. 3, trad. Louis Segond
Source du texte : wikisource
Autre traduction wikisource : Crampon / De Sacy / Darby
A consulter sur wikipedia : Exode / YHWH / Moise


Bibliographie :
 - Exode, dans Bible, Ancien Testament, Tome 1, Ed. Gallimard, La Pleiade, 1959 / Ou autres traductions.
Etudes :
Collectif, Celui qui est, interprétations juives et chrétiennes d'Exode 3,14. Edité par Alain de Libéra et Emilie Zum Brunn, avec le concours du CNRS, Ed. du Cerf, 1986. (ouvrage épuisé).




 (...)
   De fait, quand Dieu dit : Sum qui sum, il faut comprendre que le sujet lui-même, le premier sum, est, c'est-à-dire n'est autre que le prédicat lui même, le second sum :
   Cum ergo dicit : "Sum qui sum", docet ipsum subiectum sum esse ipsum praedicatum sum secondum positum. 

   En d'autres mots : l'énoncé divin note l'indiscernabilité ou l'identité du sujet de la désignation elle-même, de l'essence et de l'être, de la quiddité et de l'anité. Ceci revient alors à affirmer que le signifié du Nom de l'Exode est l'autosuffisance de l'essence divine ou, réciproquement, que l'essence de Dieu est cette suffisance même. (...)

   Ce retournement spéculatif de la formule de l'onto-théologie sera, on l'a déjà dit, repris dans les Prologues sous la forme Esse est Deus. Il faut cependant noter que dès In Exodum l'essentiel de la métaphysique eckhartienne est acquis : Dieu est l'Etre lui-même, l'Etre est Dieu lui-même, Lui-même est "Qui est" (Ipse est "Qui est").
   C'est Lui-même, que les Sermons allemands appelleront "Je", qui est ici appelé l'"Etre" :

   Dieu est l'être lui-même et l'essence de lui-même est l'être lui-même. Lui-même est ce qui est et celui qui est, Exode 3 : "Je suis qui suis", "Qui est m'a envoyé." "Par lui-même et en lui-même" est tout ce qui est, (Lui qui est) la suffisance elle-même, en qui et pour qui et par qui il suffit à tout.
Deus est ipsum esse et essentia ipsius est ipsum esse. Ipse est id quod est et is qui est, Exodi 3 : "Sum qui sum", "Qui est misit me". "Per ipsum et in ipso" est omne quod est, ipsa sufficientia, in quo et per quem et a quo sufficit omnibus. 

   L'ipséité de l'Etre est un solipsisme, car il n'y a d'autre possibilité d'être que d'être Lui. En dehors de Lui, il n'y a rien : Extra ipsum nihil. N'être rien c'est être sans Lui. La vie de l'être est en Lui qui est l'être lui-même, car il est lui-même et toutes choses, dans la mesure où elles trouvent en Lui la suffisance, c'est-à-dire l'être lui-même.
   Etre c'est donc être Dieu en Dieu, c'est être l'Ipse même de l'Etre.
   Eckhart accomplit ainsi le mouvement d'exégèse esquissé chez Ulrich de Strasbourg par l'inscription de l'Un (quia unus est) dans l'Etre (quia est) divin. Cette synthèse entre le néoplatonisme d'Augustin et celui de Denys est particulièrement évidente quand il reprend les passages augustiniens du De consideratione de saint Bernard :

   Qu'est-ce que Dieu ? (Celui) sans lequel rien n'est. Il est autant impossible que quelque chose soit sans lui que lui sans lui-même; il est (l'être) de lui-même et de toutes choses et ainsi, en quelque façon, lui seul est, qui est son propre être et l'être de toutes choses. 

(...)
Extrait de : Alain de Libéra, L'Etre et le Bien : Exode 3, 14 dans la théologie Rhénane, chap. II Ipséité de l'Etre et solipsisme ontologique chez Maitre Eckhart. Article paru dans :
Collectif, Celui qui est, interprétations juives et chrétiennes d'Exode 3,14. Edité par Alain de Libéra et Emilie Zum Brunn, avec le concours du CNRS, Ed. du Cerf, 1986. (ouvrage épuisé)
 


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