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lundi 23 avril 2018

La vérité en question

MAJ de la page : Nietzche contre Foucault / Friedrich Nietzsche / Jacques Bouveresse / Noam Chomsky



Jacques Bouveresse, Nietzsche contre Foucault : Sur la vérité, la connaissance et le pouvoir, Ed, Agone, 2016 (Librairie Les Topiques)




Noam Chomsky vs Michel Foucault (1971)


Nietzsche contre Foucault. La vérité en question. 
Par Jacques Bouveresse, mars 2016 - Le Monde diplomatique 

On a pu dire à propos de Michel Foucault que son principal mérite était de nous avoir enfin débarrassés de l’idée même de vérité. En s’appuyant sur la lecture des premiers écrits de Nietzsche, il a établi qu’elle ne reposerait que sur une distinction entre le vrai et le faux toujours à déconstruire — d’autant plus que cette opposition serait au service de l’ordre en place. La vérité serait-elle donc une variable culturelle ?

Sur ce que pourraient être, à ses yeux, les mobiles et les buts réels qui se dissimulent derrière la recherche supposée de la vérité, Michel Foucault a donné une idée très claire de la façon dont il se représentait la situation dans sa première année de cours au Collège de France : « Il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’exerce pas, par rapport au discours, un rôle d’exclusion analogue à celui que peut jouer l’opposition de la folie et de la raison, ou le système des interdits. Autrement dit, il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’est pas aussi profondément historique que n’importe quel autre système d’exclusion ; si elle n’est pas arbitraire comme eux en sa racine ; si elle n’est pas modifiable comme eux au cours de l’histoire (1). » Dans une démarche comme celle de Foucault, la grande découverte, due pour l’essentiel à Nietzsche, consiste justement en ce que l’utilisation de la distinction vrai-faux serait elle-même le résultat d’une sorte de violence originaire commise envers la réalité, qui la « falsifie » de façon essentielle : « Si la connaissance se donne comme connaissance de la vérité, c’est qu’elle produit la vérité par le jeu d’une falsification première et toujours reconduite qui pose la distinction du vrai et du faux (2).  »

Un partisan d’une théorie réaliste de la vérité dirait sans doute que l’opposition du vrai et du faux dans le langage est liée intrinsèquement à la prétention qu’a le langage de représenter la réalité. Avant que nous n’intervenions de façon quelconque, la réalité a déjà réparti, indépendamment de nous, les faits en ceux qui sont réalisés et ceux qui ne le sont pas. Aristote dit dans une formule fameuse : « Ce n’est pas parce que nous pensons d’une manière vraie que tu es blanc, que tu es blanc ; mais c’est parce que tu es blanc, qu’en disant que tu l’es, nous sommes dans la vérité (3). » On ne voit pas très bien, si on suit Foucault, où on pourrait chercher et trouver encore une raison qui empêche de dire, au contraire, que c’est seulement parce que nous disons que tu es blanc et disons de cette assertion qu’elle est vraie que tu es blanc : il y a du vrai parce qu’il y a ce que nous appelons le « dire-vrai » ; et il vaudrait mieux renoncer à considérer qu’il y a du dire-vrai parce qu’il y a une vérité à dire.

Un « rôle d’exclusion » ?
Le réalisme demande que l’on distingue clairement entre les moyens et les procédures dont nous disposons à un moment donné pour décider si une proposition est vraie ou fausse, lesquels sont historiquement déterminés, contingents, modifiables, imparfaits et faillibles, et la vérité ou la fausseté de la proposition, qui peut très bien être déterminée sans que nous y soyons pour quelque chose. Mais ce n’est évidemment pas ainsi que Foucault voit les choses. Pour lui, ce qu’on appelle la vérité n’est pas une chose qui résulte d’une confrontation entre le langage et la réalité, mais plutôt, selon une expression qui a fait fortune, un effet du discours lui-même. Il pense que nous sommes obligés de choisir entre deux possibilités qui s’excluent : ou bien la croyance naïve et idéaliste à un sujet de la vérité, conçu sur le modèle qu’en construit la philosophie traditionnelle, et à l’idée que la vérité est essentiellement le produit d’un désir de la vérité elle-même par lequel ce sujet est inspiré et animé ; ou bien l’acceptation de ce dont cette idée constitue justement la dénégation, à savoir la réalité du discours, de ses conditions et de ses lois de production, qui, lorsqu’on la prend au sérieux, fait apparaître la volonté de vérité qui y est à l’œuvre comme ce qu’elle est réellement, à savoir « une prodigieuse machine à exclure ». Je ne vois personnellement aucune raison de croire que nous sommes nécessairement enfermés dans une alternative de ce genre, et je pense que les deux options doivent être pareillement rejetées.

lundi 19 février 2018

Dieu par la face Nord



Ueli Steck, sur la face nord de l'Eiger, record en 2h 23' (2015)

* * *



Dieu par la face Nord avec Hervé Clerc
France Culture, Les Discussions du soir par Leili Anvar, émission du 14 juin 2017. Avec Hervé Clerc, essayiste.
Pour son livre, Dieu par la face nord, Ed. Albin Michel, 2016

Extrait :
« Le mot dieu est ambivalent. Il a un adret et un ubac. Une face sud et une face nord.
Quand Nietzsche annonce : « Dieu est mort », il fait référence au dieu personnel, bon, jaloux ou miséricordieux, que le croyant prie dans les églises, mosquées et synagogues. C'est la face sud. La face nord, il n'en souffle mot. Elle est abrupte, lisse, vertigineuse, sans filet, sans contour, sans fond, nocturne. C'est elle que nous voyons aujourd'hui pointer à l'horizon. Cela pourrait être le sens, encore caché, de notre modernité. »

Dans une démarche et un style uniques en leur genre, Hervé Clerc nous invite à un voyage ascendant vers une réalité ineffable et cachée, qui a peu de chose à voir avec le « Dieu » que l'on nie ou confesse habituellement. Depuis toujours certains mythes, contes ou légendes nous livrent des indices qu'il nous aide à décrypter.
Source du texte (et autres extraits) : Albin Michel


Pour Hervé Clerc, l’ère des religions touche à sa fin. Dieu peut entrer en scène
par Emmanuel Gehrig, le 29 avril 2016 - Le Temps

Dans «Dieu par la face nord», «Dieu» désigne deux réalités complètement différentes. Opposant le Dieu moribond des monothéismes au Dieu abyssal des mystiques et de traditions orientales, l’essayiste franco-suisse conduit ses lecteurs jusqu’aux portes de l’ineffable… avec une clarté et une aisance déconcertante. Et si tout devenait limpide?

D’un côté, il y a les religions révélées, avec une Parole, une liturgie, un clergé, des dogmes ou du moins un cadre définissant les relations entre les hommes et leur créateur. De l’autre, des mystiques, poètes, philosophes, le plus souvent marginaux, parfois à moitié fous, qui ont su désigner Dieu dans sa dimension infinie, abyssale. Ce Dieu sans visage, Maître Eckhart le mystique rhénan l’appelait «Gottschaft», ou divinité. Le soufi al-Hallaj, qui fut crucifié à Bagdad pour sacrilège, le nommait «al-Haqq», le réel. Un réel où tout est unité. Ces notions, hier transmises au creux de l’oreille, sont peut-être en train de trouver un vaste écho dans un Occident assoiffé de sens.

dimanche 18 février 2018

Nietzsche, Le Gai savoir






Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
Nietzsche, Le Gai savoir (12-15 février 2018)
(1/4) Victoire sur l’hiver !
avec Patrick Wotling, professeur des universités, directeur du département de philosophie de l'Université de Reims
(2/4) Sommes-nous prisonniers des interprétations ?
avec Céline Denat, maître de conférences à l’université de Reims- Champagne-Ardennes, spécialiste de philosophie allemande moderne, et membre et coordinatrice du Groupe international de Recherches sur Nietzsche
(3/4) Dire oui à la vie
avec Stéphane Floccari, professeur de philosophie
(4/4) Dieu est mort
avec Dorian Astor, philosophe et germaniste, spécialiste de Nietzsche

mardi 9 janvier 2018

La fatigue






Les Chemins de la philosophie  par Adèle Van Reeth
La fatigue 18-22 décembre 2017
(1/4) « La grande fatigue » de Friedrich Nietzsche
avec Céline Denat, maître de conférences à l’université de Reims- Champagne-Ardennes, spécialiste de philosophie allemande moderne, et membre et coordinatrice du Groupe international de Recherches sur Nietzsche
auteure de : Nietzsche - Généalogie d'une pensée, Ed. Belin, 2016 / Dictionnaire Nietzsche, Ed. Ellipes 2013
(2/4) Oblomov de Gontcharov, l’homme couché
avec Pierre Cahné, ancien professeur de langue et littérature françaises à l’Université Paris IV-Sorbonne
(3/4) Ode à la fatigue
avec Eric Fiat, professeur de philosophie morale et d’éthique médicale à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée.
(4/4) Les nuits blanches de Levinas
avec Olivier Abel, Professeur de Philosophie Ethique

L’insomnie est faite de la conscience que cela ne finira jamais, c’est à dire qu’il n’a aucun moyen de se retirer de la vigilance à laquelle on est tenu. Vigilance sans aucun but. Au moment où on y est rivé, on a perdu toute notion de son point de départ ou de son point d’arrivée. Le présent, soudé au passé, est tout entier héritage de ce passé ; il ne renouvelle rien. C’est toujours le même présent ou le même passé qui dure. Un souvenir — ce serait déjà une libération à l’égard de ce passé. Ici le temps ne part de nulle part, rien ne s’éloigne ni de s’estompe. Seuls les bruits extérieurs qui peuvent marquer l’insomnie, introduisent des commencements dans cette situation sans commencement ni fin, dans cette immortalité à laquelle on ne peut pas échapper, toute semblable à l’il y a, à l’existence impersonnelle. Vigilance, sans refuge d’inconscience, sans possibilité de se retirer dans le sommeil comme dans un domaine privé. Cet exister n’est pas un en-soi, lequel est déjà la paix ; il est précisément absence de tout soi, un sans-soi. 
Emmanuel Levinas, Le temps et l'autre, p. 27




Barabara, Les insomnies (1981)


Osez questionner

MAJ de la page : En marche vers... le totalitarisme ?

Parce que la lutte contre les "fake-news" (concept flou) ne passe pas par la censure mais par une meilleure information, plus d'enquête et une diversité de point de vue.



«Osez questionner» : RT France prend l'antenne ce soir ! (11 décembre 2017)




Le numérique est politique, Faut-il une loi contre les fake news ? le 7 janvier 2018
Frédéric Martel et Zoé Sfez
Avec Séverin Naudet, Conseiller innovation et disruption au cabinet de conseil Tilder et ancien conseiller numérique du Premier Ministre et
Christian Paul, député PS de la Nièvre :

"Ce sont des lois que l'on peut mettre en face du journaliste d’investigation. Et on nous aurait dit, il y a quelques années, que le compte Cahuzac c'était une fake-news (...) et on mettrait en marche des procédures de référés, avec des moyens face auxquelles des organes de presse ne sont pas toujours capable de réagir. Il y a un risque pour la liberté d'expression, et la liberté de la presse". 

Lire aussi sur Les Crises : Le Président Jupi-Taire invente la Censure Libérale, par Jacques-Marie Bourget, le 8 janvier


Loi sur les "fake news" : "Le grand danger, c'est de donner la responsabilité à l'Etat de dire le vrai du faux"
Interview de Pascal Froissart par Margaux Duguet, le 6 janvier 2018 - FranceTV info

Dans un entretien à franceinfo, Pascal Froissart, enseignant-chercheur, spécialiste de la rumeur, revient sur la proposition d’Emmanuel Macron de légiférer contre les “fake news” en période électorale.

Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi pour lutter contre la diffusion de fausses nouvelles en période électorale, le 2 janvier 2018.
C’est une proposition qui a déjà fait couler beaucoup l’encre. Lors de ses vœux à la presse, mardi 2 janvier, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de s’attaquer aux “fake news” en période électorale. Le gouvernement devrait présenter “probablement avant la fin de l’année” un projet de loi sur le sujet, a annoncé, vendredi 5 janvier, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.
En cas de propagation d’une fausse nouvelle, cette législation permettrait, selon le président de la République, “de saisir le juge dans une action en référé, pour faire supprimer le contenu, déréférencer le site, fermer le compte utilisateur concerné, voire bloquer l’accès au site internet”. Est-ce souhaitable ? L’opposition, notamment le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et la présidente du FN, Marine Le Pen, ont immédiatement qualifié cette future loi de “liberticide”.
Qu’en est-il vraiment ? Franceinfo a interrogé Pascal Froissart, enseignant-chercheur en communication à l’université Paris VIII et spécialiste de la rumeur.

Franceinfo : Est-il possible de définir les “fake news” ?

Pascal Froissart : Eh bien non, sinon ce ne serait pas drôle ! Le problème de l’intervention d’Emmanuel Macron, c’est qu’elle donne corps à une notion qui n’a pas de définition théorique. La “fake news” est un mot-valise dans lequel on range des phénomènes pas tous identiques. C’est plus un sentiment qu’une réalité. En fait, il y a différentes sortes de “fake news”, et le spectre est vaste : cela va de la fausse info répercutée avec ou sans malice jusqu’au coup monté par une officine cachée, parfois étrangère. Il y a donc d’un côté la répercussion d’une info biaisée ou partiale et, de l’autre, de véritables attaques concertées avec des moyens et une volonté de nuire. Ce n’est tout de même pas la même chose.

jeudi 29 décembre 2016

La philosophie dans tous ses émois






La philosophie dans tous ses émois (26-29 décembre 2016)
1/4 La sobriété avec Hölderlin
avec Françoise Dastur : professeur honoraire de philosophie et présidente honoraire de l’Ecole Française de Daseinsanalyse dont elle fut l’un des membres fondateurs.
2/4 L’ivresse avec Clément Rosset, philosophe
3/4 Le remords avec Nietzsche
avec Paolo D'Iorio : musicien et philosophe de formation Paolo D'Iorio est actuellement directeur de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (CNRS/ENS)
4/4 Les émotions démocratiques avec Martha Nussbaum, professeure de Droit et d'Éthique à l'Université de Chicago
 

samedi 3 décembre 2016

Le philosophe selon Nietzsche

MAj de la page : Nietzsche



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
le philosophe selon Nietzsche
avec Patrick Wotling, professeur des universités, directeur du département de philosophie de l'Université de Reims
Auteur de, La pensée du sous-sol, Ed. Allia , 2016
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samedi 26 novembre 2016

Poésie et vérité

MAJ de la page : Nietzsche



Poésie et ainsi de suite par Manou Farine
Poésie et vérité (25 novembre 2016)
« Rien qu’un fou rien qu’un poète ». De quoi la poésie de Nietzsche est-elle faite ? Et si, mieux que tout, elle éclairait sa pensée ?
Avec :
- Marc Jimenez : philosophe, professeur émérite à l’université Paris 1
A propos de son livre : « Rien qu'un fou, rien qu'un poète »: Une lecture des derniers poèmes de Nietzsche (1879- 1888), Ed. Encre Marine, 2016
La lecture des derniers poèmes que Nietzsche compose entre 1879 et 1888, se révèle indispensable si l'on veut suivre les cheminements d'une pensée qui ne procède pas selon les voies traditionnelles de l'argumentation philosophique et de l'abstraction conceptuelle. Elle permet aussi de comprendre les prétendues contradictions de la pensée nietzschéenne, non plus comme des incohérences mais comme les signes ambigus d'une entreprise dont l'auteur a pressenti maintes fois la difficulté, sinon l'échec, lui qui n'ignorait pas que "le service de la vérité est le plus dur service".
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : « Rien qu'un fou, rien qu'un poète »: Une lecture des derniers poèmes de Nietzsche (1879- 1888)
- Guillaume Métayer : Poète et traducteur mais aussi chargé de recherche au CNRS, membre du Centre d'étude de la langue et de la littérature françaises des XVIIe et XVIIIe siècles
- Patrick Chambon : Artiste plasticien

vendredi 7 octobre 2016

Qu'est-ce que tu deviens ?



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Avec Dorian Astor, philosophe et germaniste, spécialiste de Nietzsche
A propos de son dernier livre :
" Deviens ce que tu es : Pour une vie philosophique, Ed. Autrement, 2016

La formule est célèbre mais paradoxale : ne suis-je pas déjà moi- même ? (fui donc pourrait être cet "autre moi" que l'on m'enjoint d'atteindre ? De Pindare à Nietzsche, de Freud à Deleuze, les philosophes se sont approprié ce fameux mot d'ordre. Pour Dorian Astor, devenir soi ne signifie pas qu'il faille devenir maître de son destin, ni même qu'on doive devenir quelque chose ou quelqu'un. Devenir ce que l'on est, c'est aussi et surtout une disposition qui nous élève, une manière de se faire moins personnel et, peut-être, d'être plus libre.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : Deviens ce que tu es : Pour une vie philosophique
  
« Parvenu à ce point, il n’est plus possible d’éluder la véritable réponse à la question : comment devient-on ce que l’on est ? Et c’est là que j’atteins ce qui, dans l’art de l’autoconservation, de l’automanie, est un véritable chef-d’œuvre… En admettant en effet que la tâche, la détermination et le destin de la tâche, ait une importance supérieure à la moyenne, le plus grave danger serait de s’apercevoir soi-même en même temps que cette tâche. Que l’on devienne ce que l’on est, suppose que l’on ne pressente pas le moins du monde ce que l’on est. De ce point de vue, même les bévues de la vie ont leur sens et leur valeur, et, pour un temps, les chemins détournés, les voies sans issue, les hésitations, les « modesties », le sérieux gaspillé à des tâches qui se situent au-delà de la tâche. En cela peut s’exprimer une grande sagacité, et peut-être la suprême sagacité : là où le nosce te ipsum serait la recette pour décliner, c’est s’oublier, se mécomprendre, se rapetisser, se borner, se médiocriser qui devient la raison même (…) Pendant ce temps, l’« idée » organisatrice, celle qui est appelée à dominer, ne fait que croître en profondeur, - elle se met à commander, elle vous ramène lentement des chemins détournés, des voies sans issue où l’on s’était égaré, elle prépare la naissance de qualités et d’aptitudes isolées qui, plus tard, se révéleront indispensables comme moyens pour atteindre l’ensemble, - elle forme l’une après l’autre les facultés auxiliaires avant même de rien révéler sur la tâche dominante, sur le « but », la « fin », le « sens ». – Considérée sous cet aspect, ma vie est tout simplement miraculeuse. »

Nietzsche, Ecce Homo

jeudi 25 août 2016

« On peut me reconnaître un certain goût pour l’informulé. »



Bhagavad Gîtâ, La dextérité dans l'action, lu par Michael Lonsdale



Nietzsche, Ainsi Parlait Zarathoustra, Prologue 1-3, lu par Michael Lonsdale



L'Etranger d'Albert Camus, lu par Michael Lonsdale


Michael Lonsdale est un acteur français né le 24 mai 1931 dans le 16e arrondissement de Paris. Principalement connu pour ses rôles au théâtre et au cinéma, il a également prêté sa voix à divers projets audiovisuels, comme des dramatiques radiodiffusées ou des livres audios.
Source (et suite) du texte, filmographie (...) : wikipedia

« Avant de jouer, je ne travaille pas les rôles, la façon dont je vais dire les phrases. Je n’en sais rien. Je suis de la famille des instinctifs. »
(...) Absolument ! Je n’ose pas trop le dire parce que les gens vont croire que je ne suis pas sérieux… Mais voilà, le sens me vient quand je lis, et je m’ennuie beaucoup pendant les répétitions parce que j’ai envie de jouer tout de suite. Le cinéma, c’est un art de l’instant. Je n’ai pas besoin de préparer, rien. Sauf quand le metteur en scène me demande une chose plutôt qu’une autre, alors je me plie à ses volontés.
Source (et suite) de l'interview : Standard magazine




Jésus, Michael Lonsdale, et ses Amis (KTOTV 2016)



C'est quoi Michael Lonsdale ? (Blow-up 2016)

samedi 2 avril 2016

Nietzsche contre Foucault par Jacques Bouveresse

MAJ de la page : Jacques Bouveresse / Nietzsche



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Géraldine Mosna-Savoye
Nietzsche contre Foucault par Jacques Bouveresse (1 avril 2016)
Qu'est-ce que la vérité ? Y a-t-il des vérités auxquelles nous n'avons pas accès, ou est-ce la connaissance qui produit la vérité ? Nietzsche a traité de ce problème ; Foucault l'a repris, mais l'a-t-il bien lu ?

jeudi 25 février 2016

La vie amoureuse des philosophes






Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
La vie amoureuse des philosophes (22-25.02.2016) :
1/4 Hannah Arendt et Martin Heidegger
avec Martine Leibovici : maître de conférences-HDR émérite en philosophie politique à Université Paris Diderot-Paris 7
2/4 Arthur Schopenhauer et son caniche
avec Frédéric Schiffter : Enseignant en philosophie
3/4 Lou Andréas-Salomé et Friedrich Nietzsche
avec Dorian Astor : philosophe et germaniste, spécialiste de Nietzsche
4/4 Simone Weil et le Christ
avec Robert Chenavier : Agrégé de philosophie, président de l'Association pour l'étude de la pensée de Simone Weil, directeur de la publication des "Cahiers Simone Weil" (revue trimestrielle).
   

dimanche 10 mai 2015

De Nietzsche à maître Eckhart

MAJ de la page : Jean-Yves Leloup



Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
Les deux maladies des yeux : athéisme et religion avec Jean-Yves Le loup, 10.05.2015, écrivain, théologien et prêtre orthodoxe, philosophe. Fondateur de l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes.
Son dernier livre :
"De Nietzsche à Maître Eckhart : l'athéisme est une maladie des yeux, la religion aussi" Ed. Almora, 2015
Commande sur Amazon : De Nietzsche à maître Eckhart

Jean-Yves Leloup nous propose ici deux lectures magistrales de deux géants de la culture occidentale : Nietzsche, l’athée et Maître Eckhart, le théologien-mystique.
Il tente de remettre « à l’endroit » un texte de Nietzsche, Ecce Homo, souvent cité pour justifier tous les athéismes. Leloup montre que le Dieu en lequel Nietzsche voyait une
« antithèse de la vie » n’a rien à voir avec le Dieu des Évangiles qui est au contraire une puissance de vie et de libération, une claire lumière par laquelle le monde est vu.
L’auteur, avec Maître Eckhart, nous entraîne ensuite au-delà des contraires, au-delà même de Dieu et de tous les Absolus que nous imaginons, vers notre essentielle et silencieuse liberté…
Ce livre délicieux et audacieux nous montre, comme le disait Pascal, que « l’athéisme est une marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain degré seulement ».
Quatrième de couverture.
Source (et commande) : Almora

jeudi 13 février 2014

jeudi 6 février 2014

Rien









Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Rien (26-29.11.2012)
(1/4) : Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? avec Francis Wolff
(2/4) : Beckett, faire du rien un théâtre avec Bruno Clément
(3/4) : Les deux nihilismes de Friedrich Nietzsche avec Céline Denat
(4/4) : La nature a-t-elle horreur du vide ? avec Simone Mazauric

A quoi tu penses ? A rien. C’est donc que tu penses à quelque chose, sinon tu me répondrais, simplement : je ne suis pas en train de penser, ce qui est impossible. Le rien, ce sont les vagues de l’esprit qui, certes, pense, mais sans savoir à quoi il pense.  Tout comme l’absence est le signe d’une présence qui manque, le rien est un mot qui désigne une chose qui s’ignore : un rien me fait chanter, un rien me fait danser, et quand je ris pour rien, je ris sans raison, et c’est déjà beaucoup.
Si le rien n’est rien, et si la pensée est toujours pensée de quelque chose, alors le rien est impensable, inimaginable même.
Source (et suite) du texte : FC
Voir aussi les pages : Le rien et l'illusion / Friedrich Nietzsche / Blaise Pascal




Stacey Kent, Ces petits rien
Autre version : ZAZ



Serge Gainsbourg, Ces petits rien



lundi 3 février 2014

L'éthique de Nietsche

MAJ de la page : Nietzsche





Le Gai Savoir par Raphaël Enthoven
L'éthique de Nietzsche (02.02. - 09.02.2014)

samedi 9 février 2013

Le dernier homme

MAJ de la page : Nietzsche




(...)
J’aime tous ceux qui sont comme de lourdes gouttes qui tombent une à une du sombre nuage suspendu sur les hommes : elles annoncent l’éclair qui vient, et disparaissent en visionnaires.
Voici, je suis un visionnaire de la foudre, une lourde goutte qui tombe de la nue : mais cette foudre s’appelle le Surhumain.

5.
Quand Zarathoustra eut dit ces mots, il considéra de nouveau le peuple et se tut, puis il dit à son cœur : « Les voilà qui se mettent à rire ; ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.
Faut-il d’abord leur briser les oreilles, afin qu’ils apprennent à entendre avec les yeux ? Faut-il faire du tapage comme les cymbales et les prédicateurs de carême ? Ou n’ont-ils foi que dans les bègues ?
Ils ont quelque chose dont ils sont fiers. Comment nomment-ils donc ce dont ils sont fiers ? Ils le nomment civilisation, c’est ce qui les distingue des chevriers.
C’est pourquoi ils n’aiment pas, quand on parle d’eux, entendre le mot de « mépris ». Je parlerai donc à leur fierté.
Je vais donc leur parler de ce qu’il y a de plus méprisable : je veux dire le dernier homme. »

Et ainsi Zarathoustra se mit à parler au peuple :
Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.
Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme.
« Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu’est cela ? » -  Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l’œil.
La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps.
« Nous avons inventé le bonheur, » - disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.
Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.
Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes !
Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement.
On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.
On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles.
Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.
« Autrefois tout le monde était fou, » - disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.
On est prudent et l’on sait tout ce qui est arrivé : c’est ainsi que l’on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt -  car on ne veut pas se gâter l’estomac.
On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.
« Nous avons inventé le bonheur, » - disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. -

Ici finit le premier discours de Zarathoustra, celui que l’on appelle aussi « le prologue » : car en cet endroit il fut interrompu par les cris et la joie de la foule. « Donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra, - s’écriaient-ils - rends-nous semblables à ces derniers hommes ! Nous te tiendrons quitte du Surhumain ! » Et tout le peuple jubilait et claquait de la langue. Zarathoustra cependant devint triste et dit à son cœur :
« Ils ne me comprennent pas : je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.
Trop longtemps sans doute j’ai vécu dans les montagnes, j’ai trop écouté les ruisseaux et les arbres : je leur parle maintenant comme à des chevriers.
Placide est mon âme et lumineuse comme la montagne au matin. Mais ils me tiennent pour un cœur froid et pour un bouffon aux railleries sinistres.
Et les voilà qui me regardent et qui rient : et tandis qu’ils rient ils me haïssent encore. Il y a de la glace dans leur rire.

Extrait du Prologue de Ainsi parlait Zarathoustra, lu par Michael Lonsdale
Source du texte : wikisource
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* * *


lundi 4 février 2013

Hallaj sans corde et sans gibet


MAJ de la page : Muhammad Iqbal 



Iqbal : le soufisme indo-pakistanais avec Abdenour Bidar. 
Abdenour Bidar, philosophe et écrivain, normalien, professeur de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles, spécialiste des évolutions de l'islam contemporains et de la question de la sortie de la religion. Il fait partie de la commission laïcité du Haut Conseil à l'Intégration.
« L'islam face à la mort de Dieu, Actualité de Mohammed Iqbal » chez François Bourin Editeur 2010.
Source : Les Racines du ciel (émission de Frédéric Lenoir)



* * *

Edouard Munch, Nietzsche (1906)


La demeure du philosophe allemand Nietzsche
Partout, l'Être est en lutte avec le non-Être, et nul ne connaît le secret de cette voûte tournante. Partout la mort porte le message de la vie. Oh ! Heureux l'homme qui sait ce que c'est que la mort. Partout la vie est à bon marché comme le vent, elle est instable, mais est en quête de stabilité ! Mes yeux ont vu cent mondes éphémères, jusqu'à ce que mon regard parvienne aux confins de la création. Dans chaque monde, j'ai vu une autre lune et d'autres Pléiades, d'autres coutumes, d'autres formes de vie ! Le temps, dans chacun de ces mondes, s'écoulait comme un flot, ici lent, là plus rapide : en un lieu notre année équivalait à un mois, dans un autre, à un instant; ce qui était beaucoup en un monde était peu dans un autre.  Notre esprit, dans un monde, était plein de talents, dans un autre monde, humble et méprisé !
Aux confins de ce monde contingent, se trouvait un homme à la voix pleine de passion : son regard était plus perçant que celui de l'aigle, son visage trahissait la passion qui embrasait son coeur. A chaque instant augmentait la fièvre dans son sein, et il avait sur les lèvres un vers qu'il répétait sans cesse : « Ni Gabriel, ni paradis, ni houri, ni Dieu, seulement une poignée de terre brûlée du désir du coeur ! »
Je dis à Rûmî : « Qui est ce fou ? » Il répondit : « C'est un sage allemand. Il se tient entre deux mondes; le chant de sa flûte est un chant antique. Cet Hallâj sans corde et sans gibet redisait de nouveau et différemment des paroles anciennes. Ses paroles étaient audacieuses et ses pensées élevées; les Occidentaux furent coupés en deux par le glaive de ses discours ! Il ne trouva aucun compagnon dans ses extases : il était ivre de Dieu, on le prit pour un fou ! Les intellectuels ne connaissent rien à l'amour et à l'ivresse ils le remirent aux mains des médecins. Chez ces derniers, il n'y a que fraude et qu'hypocrisie : malheur à l'homme ivre de Dieu qui naît en Europe ! Avicenne ne tient compte que des traitements donnés dans les livres : on te perce une veine ou bien l'on te donne une pilule somnifère.
Nietzsche fut un Hallâj étranger à sa propre patrie; il échappa aux mollahs, mais les médecins le tuèrent !
Il n'y avait pas en Europe d'homme connaissant la Voie mystique; or, sa mélodie était trop puissante pour les cordes de son luth. Personne n'indiqua le chemin à ce voyageur, et cent accidents lui arrivèrent en cours de route. Il était une monnaie, et personne n'en fit l'essai; il était un théoricien de l'action, et personne n'en fit un homme d'action. Un amant qui se perd dans ses propres soupirs, un voyageur qui s'égare sur son propre chemin ! Son ivresse brisa tous les flacons, il s'arracha de Dieu et à la fin de lui-même. Il voulait percevoir avec son oeil extérieur l'union de la Beauté et de la Puissance. Il voulait que jaillit de l'eau et de la terre ce fruit qui ne peut être produit que par le coeur seul. Ce qu'il cherchait, c'est le Degré de la Majesté divine, et ce niveau est au delà de la raison et de la sagesse. La vie est le commentaire des mystères du « Soi », Lâ et Illâ sont des étapes du Soi. Il s'arrêta au Lâ et ne parvint pas au Illâ, il disparut sans avoir compris le sens de « Serviteur de Dieu ». Embrassant les manifestations de Dieu, et pourtant en étant ignorant, comme le fruit est loin de la racine de l'arbre. Son oeil ne voulait voir que l'homme, et son cri audacieux était : « Où est l'Homme ? » Sinon, il aurait éprouvé de la répugnance pour les êtres terrestres, et comme Moïse, il aurait aspiré à la Vision de Dieu ! Oh ! S’il avait pu vivre au temps de Ahmad, afin de parvenir à la Joie éternelle ! Sa raison était en discussion constante avec son Moi. Toi, suis ta propre route, car cette route est la meilleure. Avance maintenant, car voici un lieu où naissent les discours sans paroles.
Extrait de : Muhammad Iqbal, Le Livre de l'Eternité, Ed. Albin Michel, 1962. (Ouvrage épuisé).
Source du texte : Moncelon


* * *


Andy Warhol, Goethe, 1981


Le sage allemand, 
Goethe, dont le drame « Faust » est très connu. Dans ce drame, le poète a décrit le pacte conclu entre Faust et Satan, et par cette parabole il montre toutes les possibilités de l'homme. On ne peut rien imaginer de plus beau. (...)

Djelal Rumi et Goethe
Le sage de l'Allemagne dans le Paradis
Eut une conversation avec le Guide de l'Iran,
Ce poète si plein d'élévation
Qui n'est pas Prophète, mais qui a le Livre !
Il fit au connaisseur des anciens secrets
Le récit de l'union du sage et de Satan.
Rumi lui dit: « O toi qui donnes une âme à la parole,
O toi qui cherches à capturer les anges et la divinité,
Ta pensée s'est retirée dans l'intime du coeur,
Pour recréer à nouveau ce vieux monde.
Tu as vu la ferveur et l'ardeur de l'âme à travers le corps,
Tu as vu la perle se former dans la coquille.
Ce n'est pas le premier venu qui connaît le secret de l'amour,
Ce n'est pas le premier venu qui est digne de pénétrer dans ce palais.
« Seul le sait celui qui connaît la joie de l'union,
« La ruse est le propre de Satan, l'amour est le propre de l'homme ».
Extrait de : Muhammad Iqbal, Message de l'orient, Ed. Albin Michel, 1956. (Ouvrage épuisé).
Source : Moncelon 

samedi 26 janvier 2013

Le Surhumain ou l'enfant

MAJ de la page : Nietzsche / Dieu est mort ! / Nietzsche en personne

"Je vous enseigne le Surhumain. L'homme n'existe que pour être dépassé. Qu'avez-vous fait pour le dépasser ?" (Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, § 3).

La langue allemande comporte un premier terme "mensch" pour désigner l'homme en tant que genre humain et un second "mann", en tant qu'individu de sexe masculin. Nietzsche utilise Übermensch (et non Übermann), il est donc préférable de le traduire par Surhumain que par Surhomme, pour ne pas risquer la faute.

Le Surhumain n'est pas un homme augmenté de quelque façon que ce soit. Ce n'est pas un individu doté par la nature (un génie ou/et un héros), ou la technologie (robotique, dopage...), de capacités ou de pouvoirs supérieurs. Ce n'est pas plus un Super-héros américain que cela n'a été le représentant de la race aryenne. Et ce ne sera pas le résultat d'une évolution biologique.

Le Surhumain n'est pas non plus un homme ordinaire ni un homme diminué : ce n'est tout simplement pas un homme ! Pour la simple et bonne raison que pour le philosophe de Sils-Maria ou de Gênes, l'homme n'a pas plus d'existence que Dieu. "(...) tous ces hommes qui ne se connaissent pas eux-mêmes croient à cette abstraction exsangue,  « l'homme », c'est-à-dire à une fiction." (Aurore, II, § 105). Autrement dit "l'homme est mort !" tout comme "Dieu est mort !" et les deux vont de pair. On ne peut pas entendre la mort de Dieu sans celle de l'homme. Le moi lui-même est une fiction grammaticale (Par delà le bien et le mal, I, §17 / La volonté de puissance, I,1,§ 147), une simple apparence (La volonté de puissance, II, 3, § 606).
Pour les citations voir les pages : Friedrich Nietzsche (concernant la mort de l'homme) et Dieu est mort !

En effet à quoi bon échanger une servitude, supposée ou réelle, (la croyance en Dieu) contre une autre (la croyance en l'homme, ou au moi), ce que propose Zarathoustra c'est de se libérer de toute forme d'idoles pour accepter la vie simplement et sans restriction.
Zarathoustra parle aussi du Surhumain comme d'un Créateur ou d'un Enfant - voir la fable ci-dessous du chameau, du lion et de l'enfant (Ainsi parlait Zarathoustra, Les trois métamorphoses).


* * *

Je vais vous dire trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.



Il est maint fardeau pesant pour l’esprit, pour l’esprit patient et vigoureux en qui domine le respect : sa vigueur réclame le fardeau pesant, le plus pesant. Qu’y a-t-il de pesant ? ainsi interroge l’esprit robuste ; et il s'agenouille comme le chameau et veut un bon chargement. Qu’y a-t-il de plus pesant ! ainsi interroge l’esprit robuste, dites-le, ô héros, afin que je le charge sur moi et que ma force se réjouisse. N’est-ce pas cela : s’humilier pour faire souffrir son orgueil ? Faire luire sa folie pour tourner en dérision sa sagesse ? Ou bien est-ce cela : déserter une cause, au moment où elle célèbre sa victoire ? Monter sur de hautes montagnes pour tenter le tentateur ? Ou bien est-ce cela : se nourrir des glands et de l’herbe de la connaissance, et souffrir la faim dans son âme, pour l’amour de la vérité ? Ou bien est-ce cela : être malade et renvoyer les consolateurs, se lier d’amitié avec des sourds qui n’entendent jamais ce que tu veux ? Ou bien est-ce cela : descendre dans l’eau sale si c’est l’eau de la vérité et ne point repousser les grenouilles visqueuses et les purulents crapauds ? Ou bien est-ce cela : aimer qui nous méprise et tendre la main au fantôme lorsqu’il veut nous effrayer ? L’esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants : tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert.




Mais au fond du désert le plus solitaire s’accomplit la seconde métamorphose : ici l’esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert. Il cherche ici son dernier maître : il veut être l’ennemi de ce maître, comme il est l’ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon.
Quel est le grand dragon que l’esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? « Tu dois », s’appelle le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit : « Je veux. » « Tu dois » le guette au bord du chemin, étincelant d’or sous sa carapace aux mille écailles, et sur chaque écaille brille en lettres dorées : « Tu dois ! » Des valeurs de mille années brillent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : « Tout ce qui est valeur — brille sur moi. » Tout ce qui est valeur a déjà été créé, et c’est moi qui représente toutes les valeurs créées. En vérité il ne doit plus y avoir de « Je veux » ! Ainsi parle le dragon. Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l’esprit ? La bête robuste qui s’abstient et qui est respectueuse ne suffit-elle pas ? Créer des valeurs nouvelles — le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour la création nouvelle — c’est ce que peut la puissance du lion. Se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir : telle, mes frères, est la tâche où il est besoin du lion. Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles — c’est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité, c’est là un acte féroce, pour lui, et le fait d’une bête de proie. Il aimait jadis le « Tu dois » comme son bien le plus sacré : maintenant il lui faut trouver l’illusion et l’arbitraire, même dans ce bien le plus sacré, pour qu’il fasse, aux dépens de son amour, la conquête de la liberté : il faut un lion pour un pareil rapt.



Mais, dites-moi, mes frères, que peut faire l’enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ? L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation. Oui, pour le jeu divin de la création, ô mes frères, il faut une sainte affirmation : l’esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde. Je vous ai nommé trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment l’esprit devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.
Ainsi parlait Zarathoustra. Et en ce temps-là il séjournait dans la ville qu’on appelle : la Vache multicolore.
Extrait de : Ainsi parlait Zarathoustra, Les trois métamorphoses, trad. Henri Albert, 1903.
Source : wikisource
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* * *

Pour finir quelques images du film de Stanley Kubrick, 2001 L'Odyssée de l'espace (1968), avec l'introduction musicale du poème symphonique de Richard Strauss intitulé "Ainsi parlait Zarathoustra" (1896).



vendredi 25 janvier 2013

Nietzsche en personne ou Personne en nietzsche

MAJ de la page : Friedrich Nietzsche / Dieu est mort !

Nietzsche lui-même (ou elle-même en personne) dans la peau de Zarathoustra descendu de sa montagne ou presque pour nous parler :



Mon frère, veux-tu t’isoler ? Veux-tu chercher le chemin qui mène à toi-même ? Tarde donc encore un instant et écoute-moi. (...)
Tu te dis libre ?
Je veux entendre ta pensée maîtresse et non pas apprendre que tu t’es débarrassé de tes chaînes.
Il en est qui ont perdu leur magnitude en rejetant leur état de servitude.
Libre de quoi ? Que m’importe ! Mais que ton œil clair m’annonce : Libre pour quoi ?
Peux-tu te donner à toi-même ton bien et ton mal et suspendre ta volonté au-dessus de toi comme une loi ? Peux-tu être ton propre juge et le vengeur de ta propre loi ? (...)
A certains hommes tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte : et je veux que ta patte ait aussi des griffes.
Mais l’ennemi, le pire que tu puisses rencontrer sera toujours toi-même (...)
Il faut que tu veuilles brûler dans ta propre flamme : comment voudrais-tu redevenir neuf si tu n’es pas d’abord devenu cendre !
Extrait de : Ainsi parlait Zarathoutra (De la Voie du Créateur)
En ligne, trad. Henri Albert, 1901 : wikisource
Commande sur Amazon : Ainsi parlait Zarathoustra

Toujours de personne une autre vidéo en paraphrase du titre du livre précédemment cité (et en hommage à la philosophe Hypatie d'Alexandrie, 370 – 415, dont il ne nous reste malheureusement aucun écrit).



Personne en dialogue avec Zarathoustra junior :



Autres vies, encore et toujours en compagnie de personne et juste pour le plaisir.

Destin animé : 



Requiem for a dream : 



Newtown : J'ai honte d'être humaine !



Des millions de délaissés : émoi, aime-moi et moi !



Hallucino-Gène :



Sans titre !



L'être au néant :



Columbo m'a tuer !



Mon voyage en Inde :



Falestine :



Sacrifice myself by fire :



Le Journal de Personne pratique la scénarisation à outrance, pour illustrer une question d'actualité. Son info est une info scénario, son drame : une dramatisation et sa réalité: une réalisation.
Vous auriez mauvaise grâce d'assimiler Personne à ses personnages, et ses histoires à des dérapages. L'humour et la dérision y ont toujours fait bon ménage. Le Journal n'est l'otage d'aucun parti, prisonnier d'aucune opinion, dupe d'aucun soupçon.
Ni à gauche, ni à droite, mais au cœur de l'événement, il aborde tous les sujets, pose tous les problèmes et relance tous les débats.
Source du texte et des vidéos : Le Journal de Personne / chaine youtube (plus de 500 clips). 
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