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mardi 16 avril 2019

Les premiers jours de l'inhumanité

Jacques Bouveresse, Les premiers jours de l'inhumanité : Karl Klaus et la guerre, Ed. Hors d'atteinte , 2019

Les moyens de communication les plus puissants et les plus modernes offrent au mensonge, désormais "mécanisé", des possibilités susceptibles de le rendre à peu près irrésistible. Les mots sont plus que jamais capables de se transformer en armes meurtrières, au pouvoir de destruction quasiment illimité. Pendant les années de guerre, les plumes ont été trempées dans le sang, et les épées dans l'encre.
Des Derniers Jours de l'humanité (1922) à Troisième nuit de Walpurgis (1933), l'écrivain et satiriste autrichien Karl Kraus n'a cesse de démonter les techniques visant à s'emparer des esprits pour écraser et détruire l'humanité. Le philosophe Jacques Bouveresse revient ici à ses analyses pour les confronter au monde actuel. Une propagande fondée sur l'émotion et la destruction de l'intellect, par laquelle on augmente la toélrance des peuples au mensonge et à la brutalité, accuse ses adversaires des atrocités que l'on commet, et fait croire ses électeurs à une revanche sociale qui n'en en réalité rien d'autre qu'une destruction de la démocratie : voilà qui n'est pas sans résonances avec le comportement de certains dirigeants contemporains.
Préface (extrait)



Karl Kraus par Jacques Bouveresse (Uni Lausanne, 2014)

Karl Kraus est un écrivain autrichien né le 28 avril 1874 à Gitschin (aujourd'hui Jičín en République tchèque) et mort le 12 juin 1936 à Vienne, ville dans laquelle il a vécu toute sa vie.
Auteur d'une œuvre monumentale qui n'est que très partiellement traduite en français, dramaturge, poète, essayiste, il a aussi et surtout été un satiriste et un pamphlétaire redouté. Il dénonçait avec la plus grande virulence, dans les pages de Die Fackel, la revue qu'il avait fondée et dont il a pendant presque quarante ans été le rédacteur à peu près exclusif, les compromissions, les dénis de justice et la corruption, et notamment la corruption de la langue en laquelle il voyait la source des plus grands maux de son époque, et dont il tenait la presse pour principale responsable.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Ecouter aussi : Karl Klaus avec nous, Radio Panik, 2013 (extraits de Les derniers jours de l'humanité et La Troisième nuit de Walpurgis) / Karl Kraus, combattant du verbe, RTS, 2014 partie 1, partie 2, partie 3

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Egalement : Noam Chomsky, que faut-il savoir pour agir ? France Inter, mai 2010

Noam Chomsky, dialogue avec Jacques Bouveresse
23 mars 2016 - La-bas si j'y suis

Vérité et liberté 
Daniel Mermet : Jacques Bouveresse, d’où vous est venue l’idée d’inviter Noam Chomsky au Collège de France pour ce colloque sur « Rationalité, vérité et démocratie »  ?

Jacques Bouveresse : Nous nous trouvons confrontés en France à une situation qui devient de plus en plus pénible pour les gens comme moi. On a l’impression qu’une espèce d’incompatibilité s’est instaurée progressivement entre deux idées qui sont aussi essentielles et fondamentales l’une que l’autre, à savoir l’idée de liberté et l’idée de vérité. Il y a des gens qui soutiennent aujourd’hui que, pour être véritablement démocrate, il faudrait s’en prendre directement à l’idée même de vérité et, plus généralement à celles d’objectivité, de fait, etc. La modernité – c’est-à-dire en fait la postmodernité, la modernité postmoderne – semble reposer en grande partie sur une conviction de cette sorte : dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie, il faudrait essayer de se débarrasser d’idées comme celles de vérité et d’objectivité.
En réfléchissant à cette question, ce que je fais depuis un bon moment déjà, je me suis rendu compte qu’il y a trois auteurs – Russell, Orwell et Chomsky – qui occupent, dans ce débat, une position assez semblable, et qui ont continué à défendre les idées de vérité et d’objectivité, et à les défendre pour des raisons qui ne sont pas seulement théoriques mais également sociales et politiques. D’où l’idée de notre colloque, qui était aussi pour moi l’occasion d’essayer d’en savoir un peu plus sur les relations que Chomsky entretient avec Bertrand Russell, dont je sais qu’il est une de ses références principales, et avec Orwell.
Source (et suite) du texte :  La-bas si j'y suis




Noam Chomsky, les intellectuels et le pouvoir (mars 2019)



Lire aussi sur Le Grand Soir : L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire par John Pilger / Julian Assange : l’ingérence impérialiste inouïe des États-Unis, par  Philippe Arnaud / Arrestation de Julian Assange : déclaration de l’Union Américaine pour les Libertés Civiles / Acte d’accusation contre Julian Assange, Ministère de la Justice des Etats Unis, 6 avril 2019
Et ailleurs :  #JesuisAssange, par Stéphanie Gibaud, RT France, 16 avr. 2019 / D’abord ils sont venus pour Assange... , 15 avril 2019 « Jeter Assange en prison vise à décourager quiconque de suivre son inspiration pour publier sans compromis ce qui expose les crimes et mensonges des puissants. »
   


Juan Branco, Révélation sur Assange, Macron et les Gilets jaunes (Le Média, 14 avril 2019)



Juan Branco, De Wikileaks aux Gilets jaunes : se révolter au 21e siècle (Les Déconomistes, 11 avril 2019)



Juan Branco, François Boulo, Jérôme Rodrigues (Bourse du travail, 9 avril 2019)



Lien direct entre le décès de Mme Redouane et le tir de grenade (RT France)
"Le procureur de la République, de Marseille, a indiqué qu'il n'y avait pas, en l'état actuel, de lien entre la grenade qui a atteint le visage de Mme Redouane et son décès (...) Suite à cette explosion de grenade au visage, Mme Redouane a été conduite aux urgence dans un état critique, ce sont les opérations nécessaires pour cette grave blessure qui ont entraîné la mort, donc de dire qu'il n'y a pas de lien est totalement faux"
Lire aussi : Gilets jaunes : la famille de Zineb Redouane, tuée après un tir de lacrymogène, porte plainte, RT France, 15 avr. 2019

lundi 23 avril 2018

La vérité en question

MAJ de la page : Nietzche contre Foucault / Friedrich Nietzsche / Jacques Bouveresse / Noam Chomsky



Jacques Bouveresse, Nietzsche contre Foucault : Sur la vérité, la connaissance et le pouvoir, Ed, Agone, 2016 (Librairie Les Topiques)




Noam Chomsky vs Michel Foucault (1971)


Nietzsche contre Foucault. La vérité en question. 
Par Jacques Bouveresse, mars 2016 - Le Monde diplomatique 

On a pu dire à propos de Michel Foucault que son principal mérite était de nous avoir enfin débarrassés de l’idée même de vérité. En s’appuyant sur la lecture des premiers écrits de Nietzsche, il a établi qu’elle ne reposerait que sur une distinction entre le vrai et le faux toujours à déconstruire — d’autant plus que cette opposition serait au service de l’ordre en place. La vérité serait-elle donc une variable culturelle ?

Sur ce que pourraient être, à ses yeux, les mobiles et les buts réels qui se dissimulent derrière la recherche supposée de la vérité, Michel Foucault a donné une idée très claire de la façon dont il se représentait la situation dans sa première année de cours au Collège de France : « Il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’exerce pas, par rapport au discours, un rôle d’exclusion analogue à celui que peut jouer l’opposition de la folie et de la raison, ou le système des interdits. Autrement dit, il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’est pas aussi profondément historique que n’importe quel autre système d’exclusion ; si elle n’est pas arbitraire comme eux en sa racine ; si elle n’est pas modifiable comme eux au cours de l’histoire (1). » Dans une démarche comme celle de Foucault, la grande découverte, due pour l’essentiel à Nietzsche, consiste justement en ce que l’utilisation de la distinction vrai-faux serait elle-même le résultat d’une sorte de violence originaire commise envers la réalité, qui la « falsifie » de façon essentielle : « Si la connaissance se donne comme connaissance de la vérité, c’est qu’elle produit la vérité par le jeu d’une falsification première et toujours reconduite qui pose la distinction du vrai et du faux (2).  »

Un partisan d’une théorie réaliste de la vérité dirait sans doute que l’opposition du vrai et du faux dans le langage est liée intrinsèquement à la prétention qu’a le langage de représenter la réalité. Avant que nous n’intervenions de façon quelconque, la réalité a déjà réparti, indépendamment de nous, les faits en ceux qui sont réalisés et ceux qui ne le sont pas. Aristote dit dans une formule fameuse : « Ce n’est pas parce que nous pensons d’une manière vraie que tu es blanc, que tu es blanc ; mais c’est parce que tu es blanc, qu’en disant que tu l’es, nous sommes dans la vérité (3). » On ne voit pas très bien, si on suit Foucault, où on pourrait chercher et trouver encore une raison qui empêche de dire, au contraire, que c’est seulement parce que nous disons que tu es blanc et disons de cette assertion qu’elle est vraie que tu es blanc : il y a du vrai parce qu’il y a ce que nous appelons le « dire-vrai » ; et il vaudrait mieux renoncer à considérer qu’il y a du dire-vrai parce qu’il y a une vérité à dire.

Un « rôle d’exclusion » ?
Le réalisme demande que l’on distingue clairement entre les moyens et les procédures dont nous disposons à un moment donné pour décider si une proposition est vraie ou fausse, lesquels sont historiquement déterminés, contingents, modifiables, imparfaits et faillibles, et la vérité ou la fausseté de la proposition, qui peut très bien être déterminée sans que nous y soyons pour quelque chose. Mais ce n’est évidemment pas ainsi que Foucault voit les choses. Pour lui, ce qu’on appelle la vérité n’est pas une chose qui résulte d’une confrontation entre le langage et la réalité, mais plutôt, selon une expression qui a fait fortune, un effet du discours lui-même. Il pense que nous sommes obligés de choisir entre deux possibilités qui s’excluent : ou bien la croyance naïve et idéaliste à un sujet de la vérité, conçu sur le modèle qu’en construit la philosophie traditionnelle, et à l’idée que la vérité est essentiellement le produit d’un désir de la vérité elle-même par lequel ce sujet est inspiré et animé ; ou bien l’acceptation de ce dont cette idée constitue justement la dénégation, à savoir la réalité du discours, de ses conditions et de ses lois de production, qui, lorsqu’on la prend au sérieux, fait apparaître la volonté de vérité qui y est à l’œuvre comme ce qu’elle est réellement, à savoir « une prodigieuse machine à exclure ». Je ne vois personnellement aucune raison de croire que nous sommes nécessairement enfermés dans une alternative de ce genre, et je pense que les deux options doivent être pareillement rejetées.

dimanche 27 août 2017

Après les fake news, les no news

MAJ de la page : Noam Chomsky / Venezuela



La propagande : les 5 filtres des médias de masse d'après Noam Chomsky, La fabrication du consentement, Ed. Agone, 1988

L'illusion démocratique est fabriquée avec l'aide des médias qui jouent le rôle de machines de propagande. Le fonctionnement des médias dépend de 5 filtres. [Intérêt des propriétaires, de la publicité, collusion avec les pouvoirs politique et financier, censure des lanceurs d'alerte, fabrication d'un ennemi imaginaire].

Commande sur Amazon : La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie

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Un exemple de no news :

Venezuela : comment NE PAS donner une information
Par Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences politiques et en sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid, le 19 août 2017 – Defend Democracy Press / Le Saker (trad.)


Le 30 juillet s’est produit un événement politique d’une portée historique considérable : un peuple internationalement assailli à extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un événement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu'une ou quelque autre de ces immenses files de Vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par des guarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putschiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet évènement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les  réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.

La non-nouvelle qui a supplanté l’évènement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non-nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes : auto-coup d’État, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

mercredi 12 juillet 2017

Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?

MAJ de la page : Noam Chomsky



Noam Chomsky : «Si vous critiquez la politique du gouvernement – vous êtes antiaméricain» (RT France, 6 juillet 2017)

Pour l'émission de RT On Contact, le linguiste Noam Chomsky revient sur l'évolution politique des Etats-Unis à partir de la transition vers le néolibéralisme et explique pourquoi le système américain prend des airs de totalitarisme.
Transcription de l'interview sur : RT

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Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?
Paul Craig Roberts, le 30 juin 2017 - CounterPunch / Le Saker

Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépensant des milliards de dollars, commettant des crimes de guerre incalculables et envoyant des millions de réfugiés de guerre en Europe, tout en affirmant que Washington ne pouvait pas assurer ses obligations de sécurité sociale et de Medicare [soins aux personnes de plus de 65 ans], ni financer un service national de santé comme tous les pays civilisés.

Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satisfaits en raison du coût massif de ces guerres orchestrées, on pourrait penser que le peuple américain se poserait des questions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accompli avec ces énormes dépenses ? Les besoins intérieurs sont négligés de sorte que le complexe militaro-sécuritaire peut s’engraisser avec les profits de la guerre.

Le manque de curiosité de la part du peuple américain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fondées entièrement sur le mensonge, est extraordinaire. Qu’est-ce qui explique cette conspiration de silence, ce désintérêt incroyable pour le gaspillage d’argent et de vies ?

La plupart des Américains semblent accepter vaguement ces guerres orchestrées comme la réponse du gouvernement au 11 septembre. Cela s’ajoute au mystère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été attaqué, sauf avec des menaces et des sanctions) n’ont rien à voir avec le 11 septembre. Mais ces pays ont des populations musulmanes, et le régime de Bush et les médias prostitués ont réussi à associer le 11 septembre avec les musulmans en général.

Peut-être que si les Américains et leurs « représentants » au Congrès avaient compris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lèveraient d’eux-mêmes pour faire des objections. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washington contre la Syrie et la guerre prévue contre l’Iran. Prêt ?

lundi 17 avril 2017

L’Amérique de Trump et le Nouvel Ordre Mondial

MAJ de la page : Noam Chomsky / Donald Trump 

L’Amérique de Trump et le Nouvel Ordre Mondial : conversation avec Noam Chomsky
Par C.J. Polychroniou, le 6 janvier 2017 - Truthout / Les Crises (trad.)

(Image: Jared Rodriguez / Truthout)

En introduction à cette interview, lire la conversation d’hier avec Noam Chomsky : “Trump & la Nature Défectueuse de la démocratie étasunienne” qui présente les failles du système politique ayant permis l’accession de Trump au pouvoir.

Les nominations de Trump pour son cabinet ainsi qu’à d’autres postes clés de l’administration sont-elles caractéristiques d’un homme prêt à “faire le ménage” ? Le Président-élu est-il déterminé à pousser la Chine sur la défensive ? Qu’a-t-il en tête au sujet du Moyen-Orient ? Et pourquoi Barack Obama a-t-il choisi à cette croisée des chemins — i.e. à la fin de sa présidence — de faire s’abstenir les États-Unis lors du vote de la résolution des Nations Unies condamnant les colonies israéliennes ? De nouveaux courants et tendances sont-ils en train d’émerger dans la communauté internationale ? Dans cette interview exclusive pour Truthout, Noam Chomsky répond à ces questions essentielles deux semaines à peine avant que la Maison-Blanche change de mains.

C.J. Polychroniou: Noam, le cabinet du Président-élu se remplit de magnats de la finance et des affaires, ainsi que de dirigeants militaires. De tels choix tranchent avec le Trump d’avant l’élection qui promettait de “faire le ménage”, que doit-on donc attendre de cet homme, qui s’est jusqu’à présent montré comme un mégalomane faux et populiste, en ce qui concerne les élites de Washington ?

Noam Chomsky: À ce sujet — relevez la nuance, Time magazine a plutôt bien résumé la situation (dans une tribune de Joe Klein du 26 décembre) : “Bien que cela ait pu refroidir certains de ses partisans, la décision de Trump d’adopter ceux qui ont pataugé dans la boue de Washington a répandu un certain soulagement dans la classe politique de la capitale. ‘Cela montre,’ dit un conseiller du parti Républicain proche des manœuvres de passation du Président-élu, ‘qu’il va gouverner comme n’importe quel Républicain.'”

Il y a sans doute du vrai là-dedans. Les investisseurs et le monde des affaires y croient en tout cas. La bourse a grimpé en flèche juste après l’élection, menée par les mêmes entreprises financières que Trump a dénoncées lors de sa campagne, notamment le premier diable de sa rhétorique : Goldman Sachs. D’après Bloomberg News, “La flambée de leur cours,” en hausse de 30% lors du mois qui a suivi l’élection, “a été le facteur principal de l’ascension du Dow Jones Industrial Average vers les 20 000 points.” Les performances hors du commun de Goldman Sachs tiennent largement du besoin pour Trump que ce démon fasse fonctionner l’économie, étayées par les promesses de baisse des régulations, ce qui dresse le tableau de la prochaine crise financière (et le subséquent renflouement par le contribuable). D’autres grands gagnants sont les fournisseurs d’énergie, les assurances santé, et les entreprises de BTP, qui escomptent tous de juteux profits à la suite des programmes annoncés par l’administration. Parmi ceux-ci figurent : un plan fiscal à la Paul Ryan de baisse des taxes pour les riches et les entreprises ; une augmentation des dépenses militaires ; tourner davantage le système de santé vers les compagnies d’assurances, avec des conséquences prédictibles, un crédit d’impôt pour une forme privée de développement des infrastructures, et autres cadeaux à la richesse et aux privilèges d’un “Républicain normal” financés sur les deniers du contribuable. L’économiste Larry Summers décrit ce plan fiscal de façon probante comme “les pires changements dans la taxation dans l’histoire des États-Unis, qui vont favoriser de façon massive les 1% des revenus les plus élevés, risquer une explosion de la dette fédérale et compliquer le code fiscal sans faire grand-chose pour relancer la croissance.”

dimanche 22 janvier 2017

Tous les gouvernements mentent



Fred Peabody, Tous les gouvernements mentent (Canada, 2016)

En hommage à "Izzy" Stone, légendaire franc-tireur du journalisme, ses héritiers américains dressent un état des lieux accablant, et passionnant, des médias de masse aujourd’hui.

Isador Feinstein Stone, alias "I. F." ou "Izzy" Stone (1907-1989) est l’une des figures les plus glorieuses du journalisme américain : farouchement indépendant et engagé à gauche, il a battu en brèche durant des décennies la propagande gouvernementale, dénonçant les abus du maccarthysme comme la ségrégation raciale, la guerre du Vietnam comme la collusion entre l’industrie et le pouvoir. Au nom de sa devise, "Tous les gouvernements mentent", il défend âprement la liberté et la démocratie promises par la Constitution dans un bulletin hebdomadaire austère et dépourvu de toute publicité. Placé sous son autorité tutélaire, ce documentaire part à la rencontre de ses héritiers dans l’Amérique d’aujourd’hui – engagée au moment du tournage dans une campagne qui n’avait pas encore été couronnée par la victoire de Trump, mais avait déjà vu éliminé le candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders.

La "crème de la crème"

Ils forment la "crème de la crème" du journalisme indépendant de gauche américain et s’appellent Amy Goodman (Democracy now!), Jeremy Scahill et Glenn Greenwald (créateurs du site d’investigation The intercept, dans la foulée des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, qu’ils ont contribué à rendre publiques), Matt Taibbi (chroniqueur politique pour Rolling Stone), David Corn (Mother Jones), Cenk Uygur (créateur de l’émission The young Turks)... On suit aussi John Carlos Frey dans l'enquête patiente qu'il mène au Texas, grâce au soutien financier d'une fondation, sur des charniers, vraisemblablement de migrants assassinés, dont les autorités se désintéressent totalement. Tous ont pour armes un métier qu’ils revendiquent avant tout comme un artisanat et un engagement, et la formidable puissance d’Internet, qui leur a permis de s’adresser directement au public sans dépendre de la publicité. Le réalisateur Michael Moore, le philosophe Noam Chomsky, mais aussi Carl Bernstein, célèbre pour avoir révélé, avec Bob Woodward, le scandale du Watergate qui fit tomber Nixon, joignent leurs voix pour dresser un état des lieux à la fois accablant et passionnant du fonctionnement des grands médias aujourd’hui. Des networks télévisés comme ABC et NBC au vénérable New York times, la concentration croissante des titres, la course à l’audience et la confusion des intérêts publics et privés promeuvent une forme de propagande de masse – en particulier, depuis le 11-Septembre et l’invasion américaine de l’Irak, dans les domaines de la défense et de la sécurité. Une très convaincante enquête à charge qui, au-delà de la question américaine, invite à la réflexion tout citoyen soucieux d’être informé de l’état du monde.
Source : Arte

lundi 3 octobre 2016

Les convulsions du "Dragon blessé"



Hillary Clinton menace de guerre la Russie ! (31 août 2016)

"Vous avez vu les rapports : la Russie s'est infiltrée dans un tas de trucs, la Chine s'est infiltrée dans un tas de trucs, la Russie s'est même introduite dans le Comité national démocrate. Peut-être même dans quelques systèmes d'élection au niveau des états. Donc il faut qu'on monte notre jeu d'un cran. Nous assurer que nous sommes bien défendus et capables de combattre ceux qui nous cherchent des problèmes. En tant que présidente, je vais faire en sorte que ce soit clair, que les USA vont traiter les cyber-attaques de la même façon que toute autre attaque. Nous serons prêts à donner des réponses politiques, économiques et militaires [sic]". Hillary Clinton


Un général américain haut-placé prévient qu’une zone d’exclusion aérienne en Syrie signifie la guerre avec la Russie
Par Bill Van Auken, le 26 septembre 2016 - ESWS

La mise en œuvre d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie signifierait une guerre des États-Unis à la fois avec la Syrie et la Russie, le commandant en uniforme le plus haut gradé des États-Unis l’a dit ouvertement à la commission des forces armées du Sénat jeudi.
Le général de la marine, Joseph Dunford, le chef de l’état-major interarmées des États-Unis, a énoncé les graves implications de la politique préconisée à la fois par les factions prédominantes au sein du Parti républicain et par la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, au milieu de la violence montante en Syrie, et de la pression croissante de Washington sur le gouvernement russe pour qu’il accepte unilatéralement l’immobilisation de ses propres avions, ainsi que ceux du gouvernement syrien.

Le Secrétaire d’État, John Kerry, a demandé à plusieurs reprises que la Russie adhère à ce qui serait essentiellement une zone d’exclusion aérienne unilatérale contre la Russie et la Syrie où des avions de guerre américains continueraient d’effectuer des attaques aériennes.
Source (et suite) du texte : WSWS


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L'analyse de Douguine : la troisième guerre mondiale (septembre 2016)



L'analyse de Douguine : Donald Trump et les États-Unis (juillet 2016)

Lire aussi : Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent par Ignacio Ramonet, le 21 septembre sur Mémoire des luttes.

Alexandre Guelievitch Douguine (en russe : Александр Гельевич Дугин), né à Moscou le 7 janvier 1962, est un théoricien politique russe.
Douguine est un intellectuel nationaliste, « vieux croyant » orthodoxe de la mouvance reconnaissant l'autorité du patriarche de Moscou (edinovertsy). Il est devenu un des intellectuels les plus influents de la « nouvelle Russie ».
Source (et suite) du texte : wikipedia

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Noam Chomsky: "Trump représente un risque pour l’espèce humaine"
Par Philippe Revaz, le 30 août 2016 - RTS (cliquez sur le lien pour l'interview radio)

"Vraiment effrayant", c'est ainsi que l'intellectuel américain Noam Chomsky qualifie une possible élection de Donald Trump, "un ignorant, susceptible et mégalomane qui pourrait faire n'importe quoi", à la présidence des Etats-Unis.
"Ce que Trump ferait est vraiment imprévisible. Il dit tout et son contraire. Il dit ce qui lui passe par la tête: rien.  On a là un ignorant, susceptible et mégalomane, qui pourrait faire n'importe quoi. Et en particulier avec l'arme nucléaire, c'est trop dangereux!", s'alarme le linguiste et philosophe Noam Chomsky au micro de la RTS.

Survie de l'espèce en jeu ?

Le candidat républicain "répète qu'il est un grand négociateur, que la Chine, la Russie feront ce qu'il demande. Supposez qu'il essaie et que personne ne lui obéit. Que fera-t-il ensuite? La survie de l'Espèce humaine en dépend! Prendre un tel risque, c'est vraiment effrayant", estime l'idéologue de la gauche radicale américaine.

Donald Trump "est une sorte de symbole de l'opposition aux institutions, qui est un phénomène très répandu. Et cette opposition est une conséquence des programmes néo-libéraux. Ils ont eu des effets très négatifs sur la population", estime Noam Chomsky.

Il relève aussi que près de la moitié des Américains "croient que le monde a été créé il y a 10'000 ans". Et "ce segment de la société représente une grande part du soutien à Trump. Ses supporters se sentent proches de la doctrine autoritaire, suprémaciste ou patriarcale".

jeudi 22 septembre 2016

« Le complexe sécuritaro-numérique menace de prendre le contrôle »

MAJ de la page : Pourquoi il faut dire NON/NEIN à la Loi sur le renseignement !



Sébastien Fanti : la LRens, un Patriot Act à la suisse ? (Antipresse, 2016)

Lire aussi : La nouvelle loi sur le renseignement créerait un Etat fouineur selon ses opposants, Le Temps, 27 juin 2016 / Non à la nouvelle loi sur le renseignement !, HumanRights, 24 août 2016

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« Le complexe sécuritaro-numérique menace de prendre le contrôle »
Interview d' Ignacio Ramonet par Pierre Chaillan, le 15 janvier 2016 - L'Humanité



Dans son dernier ouvrage, l’Empire de la surveillance, où il reproduit les entretiens du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, et de l’intellectuel étasunien, le linguiste Noam Chomsky, l’ancien directeur du Monde diplomatique, aujourd’hui directeur de son édition en espagnol, Ignacio Ramonet alerte sur une surveillance privatisée et généralisée lourde de conséquences pour la démocratie.
Commande sur Amazon : L'Empire de la surveillance (Ed. Galilée, 2015)

La mise en place d’un « État d’exception » s’inscrit dans ce que vous appelez la « société de contrôle ». Quelle analyse faites-vous de la volonté de constitutionnaliser l’état d’urgence ?

Ignacio Ramonet : Le contrôle de la société – savoir qui est qui, qu’est-ce qu’il fait, où il est, qui il fréquente... – est une des obsessions permanentes des gouvernants, de tous les gouvernants. C’est pour cela qu’on a inventé les statistiques, la sociologie... et les services de renseignements. Le prétexte de cette volonté de savoir, bien entendu, c’est de mieux connaître la société pour mieux la servir, mieux ­répondre à ses besoins, à ses carences... Mais, à l’inverse des dictatures, un pouvoir démocratique ne peut pas aller trop loin dans ce contrôle inquisiteur sans empiéter sur le périmètre des libertés individuelles. Il a donc besoin, ­objectivement, de « secousses de frayeur collective », comme celles que provoque le terrorisme, pour renforcer au maximum son contrôle des populations. Constitutionnaliser l’état d’urgence est une façon, dans l’arsenal des mesures sécuritaires possibles, de pérenniser l’avancée en matière de contrôle que permettent les récents actes terroristes.

Dans votre récent ouvrage, l’Empire de la surveillance (1), vous publiez un entretien avec Noam Chomsky dans lequel l’intellectuel étasunien réaffirme que « l’ennemi principal de tout gouvernement est son propre peuple ». Les démocraties changent-elles de nature ?

Ignacio Ramonet : Ce que dit Chomsky est une évidence lorsqu’il s’agit de dictatures. Mais ce qui change, avec la mise en place des « sociétés de contrôle et de surveillance », c’est que désormais ce sont les démocraties qui regardent avec méfiance et appréhension leur propre société. Tous les dispositifs répressifs dont on parle – Patriot Act, loi sur le renseignement, etc. – visent à contrôler, voire à châtier le peuple, tout le peuple, au prétexte que pourraient se nicher en son sein quelques terroristes. On ne peut donc plus parler de démocraties tout court, mais de « démocraties sécuritaires » ou d’« États de contrôle ».

mardi 9 août 2016

« Face au moment le plus critique de l’histoire de l’humanité… »

« Face au moment le plus critique de l’histoire de l’humanité… »  
Entretien avec Noam Chomsky, par Agustín Fernández Gabard et Raúl Zibechi, le 7 février 2016 - La Jornada / Le Grand soir (trad.)



Dans un long entretien, Noam Chomsky aborde les principales tendances du scénario politique international actuel, l’escalade militariste de son propre pays et les risques croissants de guerre nucléaire. Il avance aussi quelques réflexions sur les espoirs de paix en Colombie.

Noam Chomsky est l’un des plus grands intellectuels vivants selon le New-York Times ; philosophe et professeur au MIT, il est une référence mondiale dans le domaine de la linguistique et un connaisseur très critique de la politique étrangère de son propre pays, les Etats-Unis.

“Les Etats-Unis ont toujours été une société colonisatrice, qui a commencé à éliminer ses populations indigènes avant même de se constituer en tant qu’Etat ce qui a provoqué la destruction de beaucoup de peuples autochtones", synthétise le linguiste et activiste étasunien Noam Chomsky lorsqu’il lui est demandé de décrire la situation politique mondiale. Virulent critique de la politique étrangère de son pays, il soutient que celle-ci s’est tournée vers le monde à partir de 1898 avec le contrôle de Cuba, pays qui s’est littéralement transformé "en colonie". S’ensuivit l’invasion des Philippines avec "l’assassinat de quelques centaines de milliers de personnes".

Chomsky continue à parler en tissant le récit d’une sorte de contre-histoire de l’empire étasunien : "Les Etats-Unis ont ensuite volé Hawaï à sa population indigène, 50 ans avant de l’incorporer comme un état de plus". Juste après la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis deviennent une puissance internationale. "Dotée d’un pouvoir sans précédents dans l’histoire, avec un système de sécurité incomparable, ils contrôlent l’hémisphère occidental et les deux principaux océans, et naturellement ils planifient l’organisation du monde à leur convenance".

Chomsky reconnait que le pouvoir de la super-puissance a diminué par rapport à ce qu’il était en 1950, époque de splendeur durant laquelle les Etats-Unis accumulaient 50% du PIB mondial (25% aujourd’hui). Même ainsi, il lui paraît nécessaire de rappeler que les Etats-Unis restent encore le pays le plus riche et puissant du monde, dont le niveau de développement militaire n’a pas d’égal.

jeudi 4 août 2016

Qu’est-ce que le bien commun ?

MAJ de la page : Noam Chomsky

Son nouvel essai : Quelle sorte de créature sommes-nous ?, Ed. Lux, 2016
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Qu’est-ce que le bien commun ?
Par Noam Chomsky, le 31 juillet 2016 - Là-bas si j'y suis (trad.)


« Nous sommes bien évidemment des êtres sociaux, et la sorte d’animal que nous devenons découle essentiellement du contexte social, culturel et institutionnel dans lequel nous vivons. Ce qui m’amène à m’intéresser aux formes d’organisation sociale propices à la reconnaissance des droits, au bien-être et à la satisfaction des aspirations légitimes des gens. Bref, au bien commun.
Je m’en suis aussi tenu pour l’essentiel à ce qui m’apparaît comme des évidences – évidences qui, pourtant, sont généralement considérées comme des invraisemblances. J’aimerais en présenter quelques autres, dont les attributs sont tout aussi singuliers. Ces évidences présumées se rapportent à une catégorie particulière de principes éthiques : des principes qui sont universels non seulement parce qu’à peu près tout le monde les défend, mais aussi parce qu’ils sont presque universellement rejetés dans les faits. Certains d’entre eux sont très généraux, comme ce lieu commun selon lequel on devrait s’imposer les mêmes normes qu’on applique à autrui, voire des normes plus élevées ; d’autres sont plus spécifiques, comme la justice et les droits de la personne, défendus quasi universellement, y compris par les monstres les plus sanguinaires, mais dont la situation réelle est plutôt critique.

De la liberté, le grand classique de John Stuart Mill, constitue un bon point de départ. En exergue de cet ouvrage, on lit ceci : « Le grand principe, le principe dominant auquel aboutissent tous les arguments exposés dans ces pages, est l’importance essentielle et absolue du développement humain dans sa plus riche diversité. » [1] Ces mots sont ceux de Wilhelm von Humboldt, qui fut entre autres philosophe, linguiste et pionnier du libéralisme classique. On peut en conclure que les institutions qui entravent le développement humain sont illégitimes si elles se montrent incapables de justifier leur existence d’une manière ou d’une autre.
Humboldt exprimait ainsi une opinion répandue au siècle des Lumières, opinion également illustrée par la critique sévère de la division du travail formulée par Adam Smith, en particulier par les raisons sur lesquelles elle s’appuyait.
« [L]’intelligence de la plus grande partie des hommes est nécessairement façonnée par leurs emplois ordinaires », écrivait-il. Par conséquent : L’homme qui passe toute sa vie à accomplir un petit nombre d’opérations simples, dont les effets sont peut-être aussi toujours les mêmes ou presque, n’a point d’occasion d’employer son intelligence [...] et devient généralement aussi bête et ignorant qu’une créature humaine peut le devenir. [...] Mais dans toute société améliorée et policée, c’est là l’état dans lequel tomberont nécessairement les pauvres laborieux, c’est-à-dire la grande masse du peuple, à moins que le gouvernement ne s’efforce de le prévenir [2]

L’attachement au bien commun devrait nous inciter à trouver les moyens de venir à bout des conséquences funestes de politiques désastreuses qui touchent tant le système d’éducation que les conditions de travail, afin d’offrir à l’être humain des occasions d’« employer son intelligence » et de se développer dans toute sa diversité.

mardi 29 mars 2016

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse
Collège de France, Paris, le 23 mars 2016 - Là-bas si j'y suis


En mai 2010, à l’invitation du Collège de France, Noam CHOMSKY participait à différents colloques à Paris. On se souvient de sa conférence à la Mutualité avec le Monde Diplomatique et à la rencontre avec des syndicalistes à la Maison des Métallos à l’initiative de Là-bas si j’y suis.

Le 31 mai 2010, à l’occasion du colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky » organisé par Jacques Bouveresse au Collège de France, Daniel Mermet s’entretenait avec Jacques Bouveresse et Noam Chomsky sur le thème « Science et Politique ».

Le dialogue partait plus précisément du concept de vérité. Y’a-t-il « une vérité objective, en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment » ? Pour George ORWELL, c’est un point fondamental. « Ce qu’il y a d’effrayant dans le totalitarisme, ce n’est pas qu’il commette des atrocités, mais qu’il s’attaque au concept de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. »

Or l’existence de cette vérité est de plus en plus remise en cause dans le monde intellectuel. C’est le point de départ de ce dialogue entre Chomsky et Bouveresse. À ce concept de vérité il faut associer le concept de liberté. Selon le philosophe James Conant, « la capacité à produire des énoncés vrais et la capacité à exercer sa liberté de pensée et d’action sont les deux faces d’une même médaille » . Deux faces que l’on retrouve aussi bien dans la littérature que dans la politique, tout comme dans le journalisme, d’un côté la recherche de la vérité, le respect objectif des faits, de l’autre la liberté de penser et de commenter.

SOMMAIRE : Vérité et liberté / Vérité et pragmatisme / Science et action / Progrès moral / Savoir et pouvoir / Vérité et liberté

Vérité et Liberté

Daniel Mermet : Jacques Bouveresse, d’où vous est venue l’idée d’inviter Noam Chomsky au Collège de France pour ce colloque sur « Rationalité, vérité et démocratie »  ?

Jacques Bouveresse : Nous nous trouvons confrontés en France à une situation qui devient de plus en plus pénible pour les gens comme moi. On a l’impression qu’une espèce d’incompatibilité s’est instaurée progressivement entre deux idées qui sont aussi essentielles et fondamentales l’une que l’autre, à savoir l’idée de liberté et l’idée de vérité. Il y a des gens qui soutiennent aujourd’hui que, pour être véritablement démocrate, il faudrait s’en prendre directement à l’idée même de vérité et, plus généralement à celles d’objectivité, de fait, etc. La modernité – c’est-à-dire en fait la postmodernité, la modernité postmoderne – semble reposer en grande partie sur une conviction de cette sorte : dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie, il faudrait essayer de se débarrasser d’idées comme celles de vérité et d’objectivité.

En réfléchissant à cette question, ce que je fais depuis un bon moment déjà, je me suis rendu compte qu’il y a trois auteurs – Russell, Orwell et Chomsky – qui occupent, dans ce débat, une position assez semblable, et qui ont continué à défendre les idées de vérité et d’objectivité, et à les défendre pour des raisons qui ne sont pas seulement théoriques mais également sociales et politiques. D’où l’idée de notre colloque, qui était aussi pour moi l’occasion d’essayer d’en savoir un peu plus sur les relations que Chomsky entretient avec Bertrand Russell, dont je sais qu’il est une de ses références principales, et avec Orwell.

Noam Chomsky : Je suis honoré par cette association, c’est un compagnonnage qui m’aurait ravi. Russell a profondément influencé ma propre pensée. Orwell aussi, bien que je préfère ses œuvres les moins connues. La Ferme des animaux et 1984 n’ont jamais été pour moi des livres particulièrement marquants. Je les trouve assez faciles et prévisibles ; mais Hommage à la Catalogne est un ouvrage magnifique et très important, et d’autres qui décrivent sa vie à Londres, en Birmanie, etc. sont particulièrement éclairants [1].

samedi 12 mars 2016

Repenser la politique étrangère des États-Unis

Repenser la politique étrangère des États-Unis
Interview de Noam Chomsky par Conor Gearty, 19 mai 2014 - Chatham House / Les Crises (Trad.)


Noam Chomsky, Professeur ordinaire et émérite de linguistique au MIT
Conor Gearty, Enseignant de loi sur les droits humains et directeur de l’institut des Affaires publiques de la London School of Economics

Noam Chomsky, merci d’être venu ici à Chatham House. Nous n’avons qu’une heure à disposition car Noam Chomsky a d’autres obligations plus tard. Nous vous sommes infiniment reconnaissants de nous avoir trouvé ce petit moment.
Et nous sommes fiers d’avoir cette conversation. Nous devrions maintenant passer à la politique étrangère des É-U et cesser de bavarder.

C’est ce qu’ils ont annoncé. Autant en parler.

J’espère que nous pourrons passer rapidement d’une question à sa réponse pour utiliser au maximum notre temps disponible. Cela exige une grande concision de la part de nous tous et surtout de moi. Par exemple, je vous épargnerai l’ennui d’apprendre mon nom et mes activités. Cette exigence de concision vaut aussi pour vous et je prie, à l’avance, de m’excuser si je vous coupe la parole. Mon but est de faire avancer les choses.

Je n’ai rien contre. J’ai l’habitude d’être interrompu. Mes enfants ont un mot qu’ils utilisaient lorsqu’ils me posaient une question de leur cru. Ils disaient : “Seulement un cours de cinq minutes, s’il te plaît !”

mercredi 3 février 2016

L’Europe est-elle en train de se désintégrer ?



Interview de Noam Chomsky : l’Europe est-elle en train de se désintégrer ?
Par C.J. Polychroniou, le 25 janvier 2016 - Truth out / Le Saker francophone (trad.)

Noam Chomsky, un des plus grands intellectuels critiques, offre son point de vue sur le sujet des migrants en Europe, mais aussi sur d’autres problèmes européens comme la crise financière grecque  
L’Europe est prise dans un tourbillon. La crise des migrants et des réfugiés menace de désintégrer le projet de regroupement du continent européen. Comme les nations de l’Union européenne (UE) ne veulent pas accueillir les vagues des gens fuyant leurs maisons du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord, elles ont commencé par réimposer des contrôles aux frontières.
Mais ce ne sont pas seulement des Syriens ou des Irakiens, comme le suggèrent les médias dominants, qui essaient d’atteindre l’Europe, de nos jours. Les réfugiés viennent aussi du Pakistan, d’Afghanistan ou d’Afrique subsaharienne. Les chiffres sont impressionnants et semblent augmenter de mois en mois. Pendant ce temps, un sentiment anti-immigration se répand comme un feu de forêt à travers l’Europe, donnant de la voix aux extrémistes qui menacent les fondations mêmes de l’UE et sa vision d’une société démocratique et ouverte.
A la lumière de ces défis, les fonctionnaires de l’UE ont déployé les grands moyens pour tenter de gérer cette crise des migrants, offrant une assistance tant technique qu’économique aux États membres dans l’espoir qu’ils assument leur part du travail et que le projet de regroupement européen y survive. Y arriveront-ils ou pas, cela reste à voir. Ce qui, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute est que la vague de migrants va grossir, car l’on prévoit que plus de 4 millions de migrants atteindront les côtes européennes dans les deux prochaines années.

C.J. Polychroniou : Noam, merci pour cette interview sur les événements actuels en Europe. Je voudrais commencer en vous posant cette question : pourquoi maintenant, cette crise des migrants en Europe ?

Noam Chomsky : Les racines de la crise remontent à longtemps. Elle touche l’Europe maintenant parce que celle-ci a fait exploser les dernières bornes, du Moyen-Orient comme de l’Afrique. Deux coups de massue occidentaux ont provoqué des conséquences dramatiques. Le premier a été l’invasion anglo-américaine de l’Irak, qui a porté un coup fatal à un pays déjà dévasté par une guerre militaire de grande envergure 20 ans auparavant, suivie de sanctions économiques quasiment génocidaires. En plus des massacres et des destructions, cette occupation brutale a enclenché un conflit sectaire qui déchire maintenant le pays et toute la région. Cette invasion a déplacé des millions de personnes, dont beaucoup ont fui et se sont implantées dans les pays voisins, des pays pauvres que l’on a laissé se débattre avec les conséquences de nos crimes.

Un des rejetons de cette invasion est la monstruosité nommée État islamique, qui contribue aux horreurs de la catastrophe syrienne. De nouveau, les pays voisins ont été contraints d’absorber le flux de réfugiés. Rien que la Turquie en héberge plus de deux millions. Paradoxalement, elle contribue à ce flux à cause de sa politique vis-à-vis de la Syrie. Elle aide le front extrémiste al-Nusra et d’autres islamistes radicaux et attaque les Kurdes qui sont la principale force de résistance au sol contre EI, qui a aussi bénéficié d’une aide kurde pas si tacite. Mais ce flux de réfugiés ne peut plus être contenu au Moyen-Orient.

Le deuxième coup de massue a détruit la Libye, devenue maintenant un chaos de groupes guerriers, une base de EI, une abondante source d’armes arrivant d’Afrique de l’Ouest et allant au Moyen-Orient, et un passage pour le flot de réfugiés venant d’Afrique. Tout cela a provoqué des conséquences à long terme. Pendant des siècles, l’Europe a torturé l’Afrique ou, pour le dire plus gentiment, exploité l’Afrique dans le but de favoriser son propre développement, pour adopter la résolution du grand planificateur américain, George Kennan, après la Seconde Guerre mondiale.

jeudi 7 janvier 2016

Écologie, éthique et anarchie

MAJ de la page : Noam Chomsky



Noam Chomsky - Au bord du précipice (PEN World Voices Festival, mai 2014)


Écologie, éthique et anarchie 
Entretien avec Noam Chomsky, le 3 avril 2014 - TruthOut / Le Partage (trad.)

On ne peut mettre en doute ni la gravité ni le rôle central joué par la crise environnementale actuelle. Propulsée par les impératifs absurdes de la croissance à tout prix inhérente au capitalisme, la destruction de la biosphère par l’humanité a atteint, voire dépassé plusieurs seuils critiques, que ce soit en termes d’émissions de carbones, de perte de biodiversité, d’acidification des océans, d’épuisement des ressources en eau ou de pollution chimique. On a pu voir des catastrophes météorologiques s’abattre sur le globe, depuis les Philippines dévastées par le Typhon Haiyan en novembre 2013, jusqu’à la Californie qui souffre en ce moment de la pire sécheresse qu’on ait jamais connue depuis des siècles. Ainsi que l’a montré Nafeez Ahmed, une étude récente publiée en partie par la NASA avertit qu’un effondrement imminent menace notre civilisation si nous ne nous orientons pas vers un changement radical en matière d’inégalités sociales et de surconsommation. Dahr Jamail, qui fait partie de notre équipe, a écrit récemment un certain nombre de textes prouvant la profondeur de la trajectoire actuelle de perturbation anthropique du climat (PAC) et d’écocide global. Dans une métaphore éloquente, il assimile l’accroissement des phénomènes météorologiques de grande ampleur provoqués par la PAC, à l’électrocardiogramme d’un « cœur en fibrillation. »

Plutôt que de conclure que des tendances aussi affligeantes sont une conséquence intrinsèque d’une nature humaine « agressive » et « sociopathe », des observateurs sensés devraient probablement associer l’expansion de ces tendances à la prédominance du système capitaliste. Car, ainsi que Oxfam l’a noté dans un rapport datant de janvier 2013, les 85 individus les plus riches du monde possèdent autant de richesses que la moitié de l’humanité — les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres — tandis que 90 corporations sont tenues responsables de deux tiers des émissions de CO2 produites depuis les débuts de l’industrialisation. Donc, comme le prouvent ces statistiques stupéfiantes, les crises écologique et climatique correspondent à la concentration extrême des pouvoirs et des richesses produites par le capitalisme et entérinés par les gouvernements du monde entier. En tant qu’alternative à cette réalité, la philosophie politique de l’anarchisme – qui s’oppose à la fois à la mainmise de l’état et à celle du capital- peut receler de grandes promesses d’amélioration et peut-être même de retournement de ces tendances destructrices. A ce propos, j’ai eu l’aubaine d’interviewer le professeur Noam Chomsky, anarcho-syndicaliste de renom, pour débattre de la question de la crise écologique et de l’anarchisme comme remède. Voici la transcription de notre conversation.

Javier SETHNESS pour TRUTHOUT : Professeur Chomsky, merci infiniment de prendre le temps de débattre avec moi des thèmes de l’écologie et de l’anarchisme. C’est un véritable honneur d’avoir cette occasion de m’entretenir avec vous. Cependant, avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais tout d’abord vous poser une question portant sur l’éthique et la solidarité. Pensez-vous que la notion développée par Emmanuel Kant qui consiste à dire qu’il faut traiter l’humanité comme une fin en soi, ait influencé d’une manière ou d’une autre la pensée anarchiste et anti autoritaire ?

NOAM CHOMSKY : Indirectement oui, mais à mon avis sous un angle plus général. De mon point de vue, l’anarchisme procède très naturellement d’un certain nombre de préoccupations et d’engagements majeurs inhérents au siècle des Lumières. Cela a donné lieu au libéralisme classique qui lui-même a été détruit par la montée du capitalisme, les deux doctrines étant en contradiction l’une l’autre. Mais je pense que l’anarchisme est l’héritier des idéaux qui ont été développés de diverses manières au cours du siècle des Lumières, notamment à travers la théorie de Kant. Ces idéaux ont été illustrés par la doctrine du libéralisme classique, se sont échoués sur les récifs du capitalisme et ont été repris par les mouvements de gauche libertaire qui en sont les héritiers naturels. Donc, dans un sens oui, mais c’est plus vaste.

mardi 29 décembre 2015

La solitude de Noam Chomsky

MAJ de la page : Noam Chomsky / Arundhati Roy




La solitude de Noam Chomsky
Par Arundhati Roy - Préface (2003) du livre de Noam Chomsky, intitulé “For Reasons of State” (première édition 1970)

Arundhati Roy (née le 24 novembre 1961 à Shillong en Inde) est une écrivaine et militante indienne. Elle est notamment connue pour le roman Le Dieu des Petits Riens (Ed. Gallimard, Folio, 2000), pour lequel elle a obtenu le prix Booker en 1997, et pour son engagement en faveur de l’écologie, des droits humains et de l’altermondialisme.
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« Je ne m’excuserai jamais pour les États-Unis d’Amérique — quels que soient les faits, je m’en moque ». [Président George Bush Sr]

Assise chez moi à New Delhi, en regardant une chaîne d’informations américaine faire sa propre promotion (« Nous rapportons, Vous décidez »), j’imagine le sourire amusé aux dents abîmées de Noam Chomsky.

Tout le monde sait que les régimes autoritaires, indépendamment de leurs idéologies, utilisent les mass-médias pour leur propagande. Mais qu’en est-il des régimes démocratiquement élus du « monde libre »?

Aujourd’hui, grâce à Noam Chomsky et à ses compagnons analystes des médias, il est presque évident pour des milliers, voire des millions d’entre nous que l’opinion publique dans les démocraties« d’économie de marché » est fabriquée comme n’importe quel autre produit du marché de masse — savon, interrupteurs ou pain en tranches. Nous savons qu’alors que, légalement et conformément à la constitution, la parole peut être libre, l’espace dans lequel cette liberté peut être exercée nous a été volé, et a été vendu aux enchères aux plus offrants. Le capitalisme néolibéral n’est pas simplement une affaire d’accumulation de capital (pour quelques-uns). C’est aussi une affaire d’accumulation de pouvoir (pour quelques-uns), d’accumulation de liberté (pour quelques-uns). Inversement, pour le reste du monde, les personnes qui sont exclues du conseil d’administration du néolibéralisme, c’est une affaire d’érosion de capital, d’érosion de pouvoir, d’érosion de liberté. Dans « l’économie de marché », la liberté de parole est devenue un produit de base comme un autre — la justice, les droits de l’homme, l’eau potable, l’air pur. Seuls ceux qui ont les moyens de se l’offrir peuvent en bénéficier. Et, naturellement, ceux qui peuvent se le permettre utilisent la liberté de parole pour fabriquer le genre de produit, le genre d’opinion publique qui convient le mieux à leur objectif. (Les informations qu’ils peuvent utiliser). La manière exacte dont ils font cela a été le sujet d’une bonne partie des écrits politiques de Noam Chomsky.

samedi 8 août 2015

Le combat ardu contre les robots tueurs

MAJ de la page : Robots (tag)

Robots districs

Les chercheurs et personnalités du monde scientifique se mobilisent pour faire interdire la guerre automatisée.
Le 28 juillet 2015 - Metronews

C’est une révolution cynique que pourrait constituer celle du recours aux armes de guerre autonomes. Tandis que nos sociétés utilisent les machines pour intervenir au service de l’humain, lui offrir plus de confort et le libérer de certaines tâches fastidieuses, le secteur militaire s’intéresse à l’intelligence artificielle pour opérer des actions militaires sans intervention humaine.

Et c’est bien ce qui affole le milieu scientifique et les milliers de personnalités signataires d’une lettre ouverte intitulée “Armes automatiques : lettre ouverte des chercheurs en robotique et en intelligence artificielle”. Présentée à Buenos Aires (Argentine) le 27 juillet dernier lors d’une conférence internationale portant sur l’intelligence artificielle, cette lettre se présente comme une action de prévention contre la course à l’armement automatisé au niveau mondial, c’est-à-dire l’emploi de robots tueurs lors de frappes guerrières.

Philosophes, scientifiques et entrepreneurs unis contre les machines de guerre

jeudi 6 août 2015

Hiroshima, la véritable histoire

MAJ de la page : La face cachée d'Hiroshima /  La bombeHiroshima  (tag)



HIROSHIMA, LA VÉRITABLE HISTOIRE (Royaume-Unis, 2014)

Soixante-dix ans après la déflagration d'Hiroshima, une enquête de grande ampleur replace la vérité historique aux avant-postes et révèle d’étonnants témoignages. Un regard neuf sur un événement qui a provoqué tant d’aveuglement.

 Les noms sont entrés dans la mémoire collective, et ils résonnent encore de manière macabre. Le projet atomique américain s’appelait "Manhattan Project", la bombe "Little Boy", et l’avion qui a ouvert sa soute "Enola Gay". Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. "Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique", dit aujourd’hui un des survivants. "L’aube d’une ère nouvelle", assurent certains scientifiques. 80 000 Japonais paient sur le champ ce basculement de l’histoire de l’humanité. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, Hiroshima, la véritable histoire dissipe les écrans de fumée qui ont détourné le monde de la réalité des faits.

Test grandeur nature

Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un "mal nécessaire" pour forcer les Japonais à capituler ? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août) : les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment  japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu.
Source : Arte


dimanche 14 juin 2015

L'Occident terroriste

MAJ de la page : Noam Chomsky / Noam Chomsky (tag)

Avec une nouvelle trad. française :
Noam Chomsky, André Vltchek, l'Occident terroriste, D’Hiroshima à la guerre des drones, Ed. Ecosociété, 2015 (publication anglaise 2013).
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Noam Chomsky raconte «l’Occident terroriste»
Le 13 juin 2015 - Le Temps

«George Orwell disait des humains vivant hors d’Europe, de l’Amérique du Nord et de quelques pays privilégiés d’Asie qu’ils étaient des non-personnes », écrit André Vltchek dans l’avant-propos. Tel est le fil conducteur de ce livre, où l’on évoque des millions de morts par lesquels la conscience occidentale n’a pas été marquée: «non-personnes» des colonies, puis du tiers-monde, victimes de la poursuite occidentale du pouvoir, des ressources et du profit, tuées et rendues insignifiantes.

Après quinze ans d’échanges épistolaires sur ce sujet, deux hommes décident de se rencontrer pour dialoguer, pendant deux jours, en enregistrant leur conversation en vue d’un film (actuellement en production) et d’un livre, publié en anglais en 2013 et aujourd’hui en français. L’un des deux est Noam Chomsky, figure majeure de la linguistique et intellectuel militant, attelé au dévoilement du système de propagande qui forge l’opinion dans les pays démocratiques et à la déconstruction de l’impérialisme américain. Son interlocuteur, André Vltchek, est Soviétique de naissance, New-Yorkais d’adoption, philosophe, romancier, cinéaste, reporter, poète, dramaturge et photographe, selon l’ordre qu’il retient lui-même pour énumérer ses activités.

«Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le colonialisme et le néocolonialisme occidentaux ont causé la mort de 50 à 55 millions de personnes», attaque Vltchek. A celles-ci, «mortes en conséquence directe de guerres déclenchées par l’Occident, de coups d’Etat militaires pro-occidentaux et d’autres conflits du même acabit», s’ajoutent «des centaines de millions de victimes indirectes qui ont péri de la misère, en silence».

mercredi 27 mai 2015

Noam Chomsky et la stupidité institutionnelle

MAJ de la page : Noam Chomsky / tag

Noam Chomsky et la stupidité institutionnelle 
avril 2005 - Philosophy now

En janvier, Noam Chomsky a reçu le trophée décerné par Philosophy Now [NdT : revue bimestrielle de philosophie diffusée aux États-Unis, en Angleterre, en Australie et au Canada, et aussi en ligne https://philosophynow.org/], pour son combat contre la stupidité].

Introduction par Rick Lewis :

Bienvenue à cette 4e remise du prix de Philosophy Now pour les contributions à la lutte contre la stupidité. Je suis très heureux d’annoncer que nous l’attribuons cette année au professeur Noam Chomsky.

La stupidité peut se présenter sous plusieurs formes. Généralement, elle est plus facile à identifier lorsqu’elle se manifeste chez les autres, et plus difficile à remarquer lorsqu’on en est soi-même victime, la stupidité étant ici entendue comme le fait de se fier à des affirmations non vérifiées, des schémas de pensée bien ancrés ou des raisonnements boiteux. Pourtant, nous cédons tous parfois à de tels vices. Essayer de les éviter pour ne pas se mettre le doigt dans l’œil est le problème central de la philosophie.

Alors, en quoi Chomsky peut-il nous être utile pour ce problème ? Un des intellectuels les plus connus au monde, il a d’abord connu la gloire pour ses travaux en linguistique, en particulier pour sa théorie selon laquelle la grammaire serait innée et sous-tendrait toutes les langues naturelles du monde. Ensuite il a mené un travail important et novateur sur beaucoup de sujets variés, incluant la traduction automatique, la logique, la philosophie et la nature des médias. Commentateur infatigable de la société, il n’hésite pas à marquer son engagement politique sur un grand nombre de sujets extrêmement polémiques.

vendredi 24 avril 2015

Interview de Noam Chomsky

MAJ de la page : Noam Chomsky



Noam Chomsky : l'interview qui dénonce l'Occident (Global Conversation Euronews, 17 avril 2015)



Il est minuit moins 3 sur l'horloge de la fin du monde
Par Will Oremus, le 23.01.2015 - Slate

C'est l'heure la plus proche de minuit depuis 1984, pendant la Guerre froide. En plus du risque nucléaire, ce qui nous menace aujourd'hui, c'est bien le réchauffement climatique.

En 1947, le spectre d'un holocauste nucléaire a amené le Bulletin of the Atomic Scientists à inventer l'Horloge de la fin du monde. Cette horloge devait montrer à quel point les humains étaient près d'être effacés de la carte. Minuit sur l'horloge représentait une catastrophe mondiale –la fin de la civilisation telle qu'on la connaît.

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