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samedi 24 octobre 2020

George Orwell, Aldous Huxley : "1984" ou "Le meilleur des mondes" ?

 MAJ de la page : Georges Orwell / Aldous Huxley


George Orwell, Aldous Huxley : "1984" ou "Le meilleur des mondes" ? (2017)

Le film raconte l'histoire croisée de George Orwell et d'Aldous Huxley, les auteurs des deux grands romans d'anticipation : "1984" et "Le meilleur des mondes". Ecrits il y a plus de 70 ans, ces deux romans trouvent un écho extraordinaire dans nos sociétés d'aujourd'hui : faits alternatifs, fake news, ultra-surveillance... Orwell et Huxley semblent avoir imaginé toutes les dérives de nos sociétés.

Avant l’ère de la surveillance généralisée, des fake news ou des bébés sur mesure, deux romans d’anticipation du XXe siècle ont alerté sur les dérives des sociétés démocratiques : Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell, parus respectivement en 1932 et 1949. Écrits par deux Anglais, qui se croisent en 1917 au chic collège d’Eton − le premier, professeur dandy, y enseignait le français au second, Eric Blair de son vrai nom, boursier égaré dans l’institution −, ces livres mettent en scène des dystopies également cauchemardesques mais foncièrement divergentes. Quand Le meilleur des mondes annonce une aliénation consentie au travers d’une civilisation hédoniste, consumériste et eugéniste dans une Londres futuriste, 1984 dénonce la surveillance systématisée d’un régime totalitaire, sous l’œil terrifiant − et faussement rassurant − de "Big Brother". Si George Orwell a lu avec passion le roman de son aîné, l’ancien combattant du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) en Catalogne pendant la guerre d’Espagne a été marqué par la violence et la propagande des fascismes en Europe comme du stalinisme en URSS. Issu d’une famille nantie de scientifiques et frère d’un biologiste eugéniste, Huxley, à son tour, jugera le livre d’Orwell "profondément important", mais ne partagera pas sa vision de l’avenir, qui ne peut, selon lui, se réduire à "une botte dans un visage". L'un redoute une dictature scientiste qui, en s’appuyant sur les biotechnologies, asservirait des individus programmés, quand l’autre imagine un État bureaucratique et répressif qui confisquerait la liberté de penser et la mémoire. 
 
Monstre hybride 
En confrontant les versions du "monde d’après" d’Aldous Huxley et de George Orwell, comme les itinéraires respectifs des deux écrivains, ce documentaire montre combien leurs œuvres visionnaires, qui ont en commun la manipulation du langage et la falsification de l’histoire, rencontrent les enjeux glaçants du monde contemporain, sorte de monstre hybride à la croisée de leurs romans. Éclairée par les analyses de critiques, d’écrivains (Boualem Sansal) et de philosophes (Cynthia Fleury), comme de l’émouvant témoignage du fils adoptif de George Orwell, Richard Blair, une relecture opportune, au temps de la surconsommation, des caméras à reconnaissance faciale, des réseaux sociaux ou encore des éructations de Donald Trump qui martèle : "Ce que vous voyez et lisez n’est pas la vérité."
Source : Arte



L’hommage à la Catalogne de George Orwell

Des ramblas à la Barceloneta, en passant par le barrio Gótico, il règne à Barcelone une atmosphère chaleureuse et bouillonnante. C’est une effervescence toute autre qui attend George Orwell lorsqu’il arrive en Catalogne à l’hiver 1936. En pleine guerre civile, l’écrivain s’engage aux côtés des Républicains. De cette expérience douloureuse naît une œuvre culte : “Hommage à la Catalogne”.
Source : Arte


Guatemala, le meilleur du monde d’Aldous HuxleyInvitation au voyage

Entourés par des sommets volcaniques, les rivages du lac Atitlan sont nimbés de mystère et de poésie. En 1933, Aldous Huxley s’y installe après avoir fui la montée du nazisme en Europe. Dans ce coin du Guatemala, l’auteur britannique découvre, au contact des habitants et de leurs traditions, une forme nouvelle de spiritualité qui le marquera et qu’il dépeint dans “Des Caraïbes au Mexique”.
Source : Arte

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Charles Gave, Comment Biden est utilisé par l'État profond américain (Sud Radio, 22 octobre 2020)
 

samedi 9 mai 2020

Pas de retour à l'anormal



Keny Arcana, V pour Vérité (2011)

Mesdames et messieurs ne croyez pas que les gouvernements vous protègent
Ils se préparent, le terreau hors pair du plus grand génocide
La famine dans les pays riches, répression mais aussi,
Des épidémies, peut être pour qu'on ait peur de se rassembler,
Ou juste pour businesser un tas de vaccins empoissonnés
Peut-être, (peut-être,) avec une puce dedans serait-ce pour de la surveillance ?
Ou pour modifier nos états psychiques à l'aide de leurs fréquences ?
L'Occident construit des camps, l'Europe s'apprête
A réinstaurer la peine de mort spécialement pour les insurgés
Extrait des paroles de V pour Vérité (2011)
Source : Paroles



Keny Arcana, La Rage (2011)



Keny Arcana, Tout tourne autour du Soleil (2011)



Keny Arcana, Fille du vent (2013)



Keny Arcana, L'Histoire se répète (2016)
Extrait de l'album : Etat d'urgence (2016) en téléchargement libre ou à prix libre



Keny Arcana, De quoi es-tu si sûr (2016)
Extrait de l'album : Etat d'urgence (2016) en téléchargement libre ou à prix libre



Keny Arcana, Madame la Marquise (2018)



Keny Arcana, concert au Paleo Festival de Nyon (2017)

Keny Arkana née le 20 décembre 1982 à Boulogne-Billancourt, est une rappeuse française, d'origine argentine ayant grandi à Marseille. Militante altermondialiste, elle fait partie du collectif La Rage du peuple créé en 2004 dans le quartier de Noailles à Marseille.
Source (et suite) du texte : wikipedia

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Macron fait du Macron (6 mai 2020)





Mathilde Panot (FI), Revenir à la normal ? Pour nous : plus jamais ça, plus jamais vous ! (29 avril 2020)

Il ne s'agit pas de savoir si la guerre est réelle ou non. La victoire n'est pas possible. Il ne s'agit pas de gagner la guerre mais de la prolonger indéfiniment. Une société hiérarchisée repose sur la pauvreté et l'ignorance. Leur version devient vérité historique. Et rien d'autre ne peut avoir existé. Le but de la guerre est de maintenir la société au bord de la famine. La guerre est menée par l'élite contre ses propres sujets. Son objectif n'est pas de vaincre (...), mais de garder sa structure sociale intacte.
Georges Orwell, 1984

 
Pas de retour à l'anormal
     

mercredi 9 octobre 2019

George Orwell, 2019

MAJ de la page : Georges Orwell



La Grande Table Idées par Olivia Gesbert
George Orwell : une vie au service d’une œuvre ? (9 octobre 2019)
avec Adrien Jaulmes, grand reporter au Figaro
et Aurélie Marcireau, rédactrice en chef adjointe du nouveau magazine littéraire



George Orwell, Une vie, une oeuvre (1997)





Georges Orwell au présent (4 octobre 2019)
avec Richard Blair, Fils de George Orwell et parrain de la Fondation Orwell.
Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur




Jean Zimmerman : 1984, un manuel d'instructions ? (Thinkerview, 18 oct. 2018)



Alain Deneault, philosophe, Novlangue de bois et résistances (Datagueule, déc. 2017)



La Novlangue dans 1984 (Monsieur Phi, 2016)







Avoir raison avec Georges Orwell par Brice Couturier (3-6 juillet 2017)
- Peut-on dire la vérité en littérature ?
avec Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur
- Orwell et la décence ordinaire
avec Bruce Bégout, philosophe, écrivain, maître de conférences à l'université de Bordeaux, spécialiste de Husserl
- La novlangue, instrument de destruction intellectuelle
avec Françoise Thom, historienne et
Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur
- Adapter Orwell au cinéma et en BD
avec Christian Authier, romancier, essayiste et journaliste
Benjamin Roure, rédacteur en chef du magazine BoDoï

A Lire ou entendre : Georges Orwell, 1984 (1948), version libre de droit (PDF) / version audio (Youtube)
Lire aussi : De la "novlangue" au "néoparler" : la nouvelle traduction de 1984, 22/05/2018 / Réaction à la résolution adoptée par le Parlement européen sur l’importance de la liberté d’expression, 20 sept. 2019, Les Crises [Exemple contemporain de réécriture de l'histoire] / L’accident de l’usine de Lubrizol à Rouen, par Olivier Soria, 8 oct. 2019, Les Crises / Omerta sur une catastrophe industrielle majeure aux portes de Paris, 27 sept. 2019, Le Monde diplomatique




1984 de Georges Orwell par Paul Nickell (1953)



La Ferme des animaux de George Orwell (1954)


De Big Brother à Big Other
Par Sébastien Broca, 24 septembre 2019 - Magazine littéraire

La collecte généralisée de nos données personnelles rappelle immanquablement la surveillance du « Big Brother » du roman de George Orwell, 1984. Dans nos sociétés, ce pouvoir, loin d'être l'apanage d'États totalitaires, est une source de profit pour de nombreuses entreprises comme l'écrit l'américaine Shoshana Zuboff.

dimanche 7 juillet 2019

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination

MAJ de la page : Georges Orwell

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination
Par Yann Lagarde, le 7 juin 2019 - France culture

Comment la langue peut-elle devenir un instrument de domination ? C'est la question que se pose George Orwell dans "1984" avec la novlangue imposée par le pouvoir. Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur, explique comment Orwell tente de nous prévenir des dangers du "prêt-à-parler".



Il y a 70 ans paraissait le roman 1984, de George Orwell, l’un des récits les plus bouleversants du XXe siècle. Dans ce livre, un régime totalitaire modifie le langage pour s’assurer du contrôle des masses. George Orwell y  montre comment les mots peuvent devenir un instrument de domination.
Afin de s’assurer le contrôle des esprits, les autorités ont créé cette novlangue (newspeak), censée remplacer l’anglais traditionnel (oldspeak).

Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie, éditeur et spécialiste d'Orwell : "Il y a deux volets dans cette entreprise. Le premier concerne le langage courant. Il est extrêmement appauvri, il n’y a plus de distinction entre les mots et les verbes. On déshabille les mots de toutes les significations secondaires. C’est presque un monosyllabe, une idée.
Et puis un deuxième volet, plus intéressant, l’invention d’un certain nombre de mots qu’Orwell appelle des “blanket words”, des mots-couvertures. Ce sont des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle”ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas de la censure. La censure ça consiste à interdire de prononcer un mot. Le but là, c’est de vous enlever cette pensée de la tête."

Socialiste libertaire, George Orwell est proche du parti travailliste. Il s’engage aux côté des brigades internationales lors de la guerre civile espagnole
Pour écrire 1984, Orwell s’inspire de l’expérience stalinienne en URSS et de la propagande du IIIe Reich en Allemagne. Mais il regarde aussi chez lui au Royaume-Uni, à son époque. Dans un essai publié en 1946, La Politique et la langue anglaise, il montre comment le discours politique ambiant appauvrit la langue et en corrompt le sens.

Jean-Jacques Rosat : "En politique, on voit très bien à quoi ça s'applique, c’est les phrases toutes faites. Un journaliste vous pose une question et vous avez des éléments de langage tout faits qui vont constituer un acte de communication mais certainement pas un acte de pensée, de réflexion. Les jargons, les phrases toutes faites, les métaphores toutes faites. Tout ce vocabulaire-là empêche de penser, c’est un vocabulaire automatique."

Orwell est un écrivain, pas un théoricien politique. Mais la novlangue qu’il invente dans 1984 est une mise en garde universelle contre l’instrumentalisation du langage. Il donne des conseils au lecteur pour ne pas se laisser manipuler par les mots.

Jean-Jacques Rosat : "Pensez à ce que vous dites, essayez de ne dire que des choses que vous pensez et qui ont du sens. Défiez-vous farouchement de toutes les mécaniques de langage dans lesquelles c’est la langue qui pense à votre place, donc d’autres que vous qui pensent à votre place. Si vous faites ce travail sur vous-même, ça ne changera pas la société du jour au lendemain mais c’est une condition pour la démocratie et pour une société humaine."

vendredi 1 septembre 2017

« Quelques réflexions sur le crapaud ordinaire »

MAJ de la page : Georges Orwell

George Orwell, « Quelques réflexions sur le crapaud ordinaire »

(Article paru le 12 avril 1946 dans Tribune, Londres,
traduit à Bordeaux, l’hiver 2016, par les Amis de Bartleby.)

Précédant l’hirondelle, précédant la jonquille et peu après le perce-neige, le crapaud ordinaire salue l’arrivée du printemps à sa manière : il s’extrait d’un trou dans le sol, où il est resté enterré depuis l’automne précédent, puis rampe aussi vite que possible vers le point d’eau le plus proche. Quelque chose – comme un frémissement dans la terre ou peut-être simplement une hausse de température de quelques degrés – lui a signalé qu’il était temps de se réveiller. Il semble cependant que quelques crapauds manquent de temps à autre le réveil et sautent une année. Du moins, plus d’une fois, au beau milieu de l’été, il m’est arrivé d’en déterrer, bien vivants et visiblement en bonne forme.

À ce moment-là, après son long jeûne, le crapaud prend une allure fort spirituelle, tout comme l’un de ces sobres anglo-catholiques vers la fin du carême. Ses mouvements sont lents mais résolus, son corps est amaigri et, par comparaison, ses yeux semblent anormalement grands. Cela permet de distinguer ce que l’on ne pourrait remarquer à aucun autre moment : qu’un crapaud a parmi les plus beaux yeux de tout le règne animal. Ils sont comme de l’or, ou plus précisément comme ces pierres dorées semi-précieuses que l’on voit parfois orner les chevalières et que l’on nomme, me semble-t-il, le chrysobéryl.

Durant les quelques jours qui suivent son retour à l’eau, le crapaud s’attelle à reprendre des forces en mangeant de petits insectes. À présent, le voilà regonflé à sa taille normale et il entre dans une phase d’intense sensualité. Tout ce qu’il sait, du moins s’il s’agit d’un crapaud mâle, c’est qu’il veut serrer quelque chose entre ses bras. Tendez-lui un bâton, ou même votre doigt : il s’y accrochera avec une force surprenante et mettra un long moment à découvrir qu’il ne s’agit pas d’une femelle crapaud. On rencontre fréquemment des amas informes de dix ou vingt crapauds roulant indéfiniment dans l’eau, agrippés les uns aux autres sans distinction de sexe. Puis, progressivement, ils se répartissent en couples, le mâle assis suivant l’usage sur le dos de la femelle. Vous pouvez désormais distinguer les mâles des femelles, car le mâle est plus petit, plus sombre, perché sur le dessus et ses bras enlacent fermement le cou de la femelle. Après un jour ou deux, la ponte est déposée en de longs cordons qui s’enroulent dans les roseaux et deviennent bientôt invisibles. Quelques semaines encore, et l’eau grouille d’une multitude de minuscules têtards qui grossissent rapidement. Puis ils déploient leurs pattes arrière, puis leurs pattes avant et perdent leur queue. Finalement, vers le milieu de l’été, la nouvelle génération de crapauds, plus petits que l’ongle de votre pouce mais parfaits dans le moindre détail, rampe hors de l’eau pour recommencer la partie.

Si j’évoque ici le frai des crapauds, c’est parce qu’il s’agit d’un des phénomènes printaniers auxquels je suis le plus profondément sensible. Et parce que le crapaud, contrairement à l’alouette et à la primevère, a rarement reçu la faveur des poètes. Mais je sais bien que beaucoup n’apprécient pas les reptiles ou les amphibiens, et je ne soutiens pas que pour savourer le printemps, vous devriez avoir un quelconque intérêt pour les crapauds. Il y a aussi le crocus, la grive, le coucou, le prunellier, etc. L’essentiel étant que les plaisirs du printemps s’offrent à tous et ne coûtent rien. Même dans la plus sordide des rues, l’arrivée du printemps se manifestera d’une façon ou d’une autre, qu’il s’agisse seulement d’un ciel bleu plus clair entre les conduits de cheminée ou du vert éclatant d’un sureau qui bourgeonne sur un site bombardé. Il est en effet remarquable de voir comme la Nature persiste telle quelle, de manière officieuse, dans le cœur profond de Londres. J’ai vu un faucon crécerelle survoler l’usine à gaz Deptford et j’ai entendu une performance de premier ordre chantée par un merle sur Euston Road. Il doit bien y avoir des centaines de milliers, sinon des millions d’oiseaux vivant dans un rayon de six kilomètres, et qu’aucun d’eux ne paie un sou de loyer est une pensée plutôt agréable.

Quant au printemps, même les rues étroites et lugubres autour de la Banque d’Angleterre ne semblent tout à fait en mesure de le chasser. Il s’infiltre partout, comme l’un de ces nouveaux gaz toxiques qui traversent tous les filtres. Le printemps est communément appelé un « miracle » et, pendant les cinq ou six dernières années, cette dénomination éculée a repris tout son sens. À la suite du genre d’hiver que nous avons dû subir récemment, le printemps semble tout à fait miraculeux, tant il était devenu de plus en plus difficile de croire qu’il reviendrait un jour. Chaque mois de février depuis 1940, je me suis pris à penser que cette fois l’hiver allait s’installer définitivement. Mais Perséphone, comme les crapauds, renaît toujours à peu près au même moment. Soudain, vers la fin mars, le miracle se produit et le taudis en décomposition où je vis se trouve transfiguré. Dans le square, les troènes couverts de suie ont viré au vert éclatant, le feuillage des châtaigniers s’épaissit, les jonquilles éclosent, les giroflées bourgeonnent, l’habit du policier semble tout à fait agréable avec ses nuances de bleu, le poissonnier accueille ses clients avec un sourire et même les moineaux ont une couleur tout à fait différente, puisqu’ils ont senti la douceur de l’air et retrouvent le courage de prendre un bain, leur premier depuis septembre.

Est-il indécent d’apprécier le printemps et autres changements de saison ? Plus précisément, alors que nous gémissons tous, ou du moins devrions-nous gémir, sous le joug du système capitaliste, est-il politiquement condamnable de rappeler que ce qui rend le plus souvent la vie digne d’être vécue, c’est le chant d’un merle, un orme jaunissant en octobre, ou tout autre phénomène naturel qui ne coûte rien, mais qui n’a pas ce que les journaux de gauche appellent un « point de vue de classe » ? Il ne fait aucun doute que beaucoup de gens pensent ainsi. Je sais d’expérience qu’une référence positive à la « Nature » dans un de mes articles m’attirera des lettres injurieuses, et bien que le mot clé habituel de ces lettres soit « sentimental », deux idées semblent s’y mêler. La première est que tout le plaisir pris dans le processus même de la vie encourage une sorte de quiétisme politique. Les gens, a-t-on coutume de croire, devraient être mécontents, et il est de notre devoir de multiplier nos besoins et non de simplement accroître le plaisir que nous tirons de ce dont nous disposons déjà. L’autre idée est que nous nous trouvons à l’âge des machines et que ne pas aimer la machine, ou même vouloir limiter sa domination, est une attitude rétrograde, réactionnaire et légèrement ridicule. Ce point de vue est souvent défendu en affirmant que l’amour de la Nature est une faiblesse de citadins, qui n’ont aucune idée de ce à quoi ressemble réellement la Nature. Ceux qui ont vraiment affaire à la terre, croit-on, n’aiment pas la terre et n’ont pas le moindre intérêt pour les oiseaux ou les fleurs, si ce n’est dans une perspective strictement utilitaire. Pour aimer la campagne, il faut vivre à la ville en s’offrant simplement, à l’occasion, un week-end en balade à la belle saison.

Cette dernière idée est manifestement fausse. En atteste par exemple la littérature médiévale, ballades populaires comprises, qui regorge d’un enthousiasme presque géorgien pour la nature. L’art des peuples agricoles, également, tels que les peuples chinois ou japonais, tourne toujours autour des arbres, des oiseaux, des fleurs, des rivières, des montagnes. L’autre idée, quant à elle, me semble fausse d’une manière plus subtile. Certes, nous devons être mécontents, et ne pas nous satisfaire du moindre mal. Et pourtant, si nous étouffons tout le plaisir que nous procure le processus même de la vie, quel type d’avenir nous préparons-nous ? Si un homme ne peut prendre plaisir au retour du printemps, pourquoi devrait-il être heureux dans une Utopie qui circonscrit le travail ? Que fera-t-il du temps de loisir que lui accordera la machine ? J’ai toujours soupçonné que si nos problèmes économiques et politiques se trouvent un jour résolus pour de bon, la vie sera alors devenue plus simple et non plus complexe. Et que le genre de plaisir que l’on prend à trouver la première primevère dépasserait de loin celui de manger une glace au son d’un juke-box. Je pense qu’en préservant son amour d’enfance pour des choses telles que les arbres, les poissons, les papillons et – pour revenir à mon premier exemple – les crapauds, un individu rend un peu plus probable un avenir pacifique et décent, et qu’en prêchant la doctrine suivant laquelle rien ne mérite d’être admiré sinon l’acier et le béton, il rend simplement un peu plus certain que les humains n’auront d’autre débouché à leur trop-plein d’énergie que dans la haine et le culte du chef.

Quoi qu’il en soit, le printemps est là, même au centre de Londres, et ils ne peuvent vous empêcher d’en jouir. Voilà bien une réflexion satisfaisante. Combien de fois suis-je resté à regarder l’accouplement des crapauds, ou deux lièvres se livrant à un combat de boxe dans les pousses de maïs, en pensant à tous ces personnages haut placés qui m’empêcheraient d’en profiter s’ils le pouvaient. Mais heureusement, ils en sont incapables. Tant que vous n’êtes pas vraiment malades, affamés, terrorisés, emmurés dans une prison ou dans un camp de vacances, le printemps demeure le printemps. Les bombes atomiques s’amassent dans les usines, les policiers rôdent à travers les villes, les haut-parleurs déversent des flots de mensonges, mais la Terre tourne encore autour du Soleil. Et ni les dictateurs ni les bureaucrates, bien qu’ils désapprouvent profondément cela, n’ont aucun pouvoir d’y mettre un terme.


Histoire des Anarchies






La Fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin
Histoire des Anarchies (28-31 aout 2017)
(1/4) Naissance du mouvement anarchiste
(2/4) « Ce n’est pas rien de tuer un homme » ou le crime politique de Germaine Berton
(3/4) Les anarchistes espagnols
(4/4) Y a-t-il eu une internationale anarchiste ?

  
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Une utopie réalisée
Quand l’Espagne révolutionnaire vivait en anarchie
Par Frédéric Goldbronn & Frank Mintz, décembre 2000 - Le Monde diplomatique 

Pour défendre l’ordre des choses, il suffit souvent de prétendre que toute tentative de s’en éloigner aurait débouché sur la tyrannie ou sur le chaos. L’histoire est riche d’exemples contraires, qui ont établi le caractère éternel de la révolte, de l’aspiration à la démocratie et à la solidarité. Pendant quelques mois, au moment de la guerre civile espagnole, certaines régions du pays défendirent ainsi un mode de gouvernement inédit, qui remettait à la fois en cause le pouvoir des possédants, des notables et des bureaucrates. Des historiens et des réalisateurs nous rappellent cette parenthèse livrée à l’utopie.

A l’heure où les apôtres du Saint Bénéfice se parfument volontiers d’un soupçon d’« Anarchiste (1) », il est difficile d’imaginer l’ampleur de la révolution libertaire conduite par les travailleurs espagnols dans les zones où ils mirent en échec le pronunciamiento des généraux contre la République en 1936. « Nous, les anarchistes, n’étions pas partis faire la guerre pour le plaisir de défendre la république bourgeoise (...). Non, si nous avions pris les armes, c’était pour mettre en pratique la révolution sociale (2) », rappelle un ancien milicien de la Colonne de fer (3).

La collectivisation de très larges secteurs de l’industrie, des services et de l’agriculture constitua en effet l’un des traits les plus saillants de cette révolution. Ce choix prenait racine dans la forte politisation de la classe ouvrière, organisée principalement au sein de la Confédération nationale du travail (CNT, anarcho-syndicaliste) et de l’Union générale des travailleurs (UGT, socialiste).

Dans une Espagne qui comptait alors vingt-quatre millions d’habitants, le syndicat anarchiste avait plus d’un million d’adhérents et - fait unique dans l’histoire du syndicalisme - un seul permanent rémunéré au plan national. Quelques mois avant le coup d’Etat militaire du 18 1936, le congrès de Saragosse (mai 1936) de la CNT avait adopté une motion ne laissant aucun doute sur sa conception de l’action syndicale : « Une fois conclue la phase violente de la révolution, seront déclarés abolis la propriété privée, l’Etat, le principe d’autorité et par conséquent les classes qui divisent les hommes en exploiteurs et exploités, oppresseurs et opprimés. Une fois la richesse socialisée, les organisations de producteurs enfin libres se chargeront de l’administration directe de la production et de la consommation (4). »

Un tel programme fut mis en oeuvre par les travailleurs eux-mêmes, sans attendre aucune sorte de commandement de leurs « chefs ». La chronologie des événements en Catalogne en offre un bon exemple. A Barcelone, les comités dirigeants de la CNT avaient lancé l’appel à la grève générale le 18 juillet 1936, mais sans donner la consigne de collectivisation. Or, dès le 21 juillet, les cheminots catalans collectivisaient les chemins de fer. Le 25, ce fut le tour des transports urbains - tramways, métro et autobus - puis, le 26, celui de l’électricité et, le 27, des agences maritimes. L’industrie métallurgique fut immédiatement reconvertie dans la fabrication de véhicules blindés et de grenades pour les milices qui partaient combattre sur le front d’Aragon. Bref, en quelques jours, 70 % des entreprises industrielles et commerciales étaient devenues la propriété des travailleurs, dans cette Catalogne qui concentrait à elle seule les deux tiers de l’industrie du pays (5).

George Orwell, dans son fameux Hommage à la Catalogne, a décrit cette liesse révolutionnaire : « L’aspect saisissant de Barcelone dépassait toute attente. C’était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus. A peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouge et noir des anarchistes. (...) Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation ; jusqu’aux caisses des cireurs de bottes qui avaient été collectivisées et peintes en rouge et noir ! (...) Tout cela était étrange et émouvant. Une bonne part m’en demeurait incompréhensible et même, en un sens, ne me plaisait pas : mais il y avait là un état de choses qui m’apparut sur-le-champ comme valant la peine qu’on se battît pour lui (6). »

dimanche 19 mars 2017

L’antirussisme à la lumière de George Orwell

MAj de la page : Georges Orwell / 1984




Commande sur Amazon : Georges Orwell, 1984 


L’antirussisme à la lumière de George Orwell
Par Nicolas Bonnal, le 17 mars 2017 - De Defensa 

Le général de Gaulle disait à Alain Peyrefitte sur cette rivalité russo-américaine qui l’énervait quelque peu : « les deux super-grands s’entendent comme larrons en foire. »

C’est l’historien Charles Beard qui a parlé au moment de la lugubre présidence Truman d’une guerre perpétuelle pour une paix perpétuelle. La guerre perpétuelle est celle que mène à tout moment l’Amérique dans telle ou telle partie du monde. Les Etats-Unis ont mené dans le monde 200 conflits comme l’a montré Oliver Stone dans son angoissant documentaire. Sept conflits ont été menés sous le prix Nobel de la paix Obama qui cherche à retourner au pouvoir ; son successeur intérimaire Donald Trump fait déjà la guerre au Yémen et menace l’Iran. Ensuite on verra. Pour prouver qu’il n’est pas un agent russe, Trump déclarera la guerre à la Russie !

La paix perpétuelle consiste à faire de ce monde libre un monde sûr pour la démocratie - dixit Woodrow Wilson qui laissa bolchévisme et fascisme s’installer en Europe ; ses héritiers ont imposé l’islamisme aux musulmans.

Revenons en 2017, cent ans après l’entrée en guerre des USA le 2 avril 1917.

Le pentagone a eu ses 84 milliards de rallonge et c’est très bien comme ça. On aura peut-être les guerres que désire l’Etat profond US, quoique George Orwell soit d’un autre avis. Car un autre historien, Harry Elmer Barnes, a établi en 1953 un lien entre la politique US (l’Amérique a la rage disait alors Sartre, aujourd’hui tout le monde la célèbre) et 1984.
Le livre de George Orwell redevient un bestseller, il y a de quoi. Souvenez-vous des déclarations hystériques du général Mad Dog Mathis au sénat sur la menace existentielle que font peser la Chine et la Russie sur l’Océanie orwellienne, pardon sur l’Amérique et son chenil européen peu éclairé en ces temps derniers.

Orwell a basé son Océanie sur l’Oceana de John Harrington un écrivain contemporain de Cromwell (il y a Orwell dans Cromwell) et inspiré par le modèle du sanhédrin et de l’oligarchie vénitienne. Orwell voit l’Océanie se heurter à Eurasia (la Russie) et à Estasie, une Asie unifiée par la Chine. Cela donne :

« … à ce moment, on annonça qu’après tout l’Océania n’était pas en guerre contre l’Eurasia. L’Océania était en guerre contre l’Estasia. L’Eurasia était un allié.  Il n’y eut naturellement aucune déclaration d’un changement quelconque. On apprit simplement, partout à la fois, avec une extrême soudaineté, que l’ennemi c’était l’Estasia et non l’Eurasia. »

 Puis Orwell explique qu’on est toujours en guerre, ou en guéguerre (la Chine et la Russie sont pour l’Océanie US ou la France socialiste de plus gros morceaux à avaler que la Libye) contre des rivaux diabolisés par la bureaucratie de la haine.

« Groupés d’une façon ou d’une autre, ces trois super-États sont en guerre d’une façon permanente depuis vingt-cinq ans. La guerre, cependant, n’est plus la lutte désespérée jusqu’à l’anéantissement qu’elle était dans les premières décennies du vingtième siècle. C’est une lutte dont les buts sont limités, entre combattants incapables de se détruire l’un l’autre, qui n’ont pas de raison matérielle de se battre et ne sont divisés par aucune différence idéologique véritable.»

vendredi 17 février 2017

George Orwell, what else ?

MAJ de la page : Georges Orwell






Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
George Orwell, what else ? (13-16 février 2017)
1/4 Comment Eric Blair est-il devenu George Orwell ?
avec Jean-Jacques Rosat : professeur de philosophie et éditeur
2/4 Apologie de la décence ordinaire
avec Bruce Bégout : Philosophe et écrivain français. Maître de conférences à l'université de Bordeaux.
Son dernier livre : De la décence ordinaire, Ed. Allia, 2008
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3/4 De « La ferme des animaux » à « 1984 » : les dystopies au présent
avec Raphaël Enthoven : philosophe, homme de radio
Son dernier livre : Little brother, Ed. Gallimard, 2017
Commande sur Amazon : Little Brother
4/4 : Orwell journaliste : "A ma guise, chroniques 1943-1947"
avec Jean-Jacques Rosat : professeur de philosophie et éditeur

Georges Orwell : La quai de Wigan / Hommage à la Catalogne / 1984 / La Ferme des animaux
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LA GUERRE C'EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C'EST L'ESCLAVAGE
L'IGNORANCE C'EST LA FORCE

Le crime de penser n'entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort.

Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ?

La doublepensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances contradictoires, et des les accepter toutes deux.

Le commandement des anciens despotismes était : « Tu ne dois pas. » Le commandement des totalitaires était : « Tu dois. » Notre commandement est : « Tu es. » 

Source (et autres citations de 1984) : wikiquote

* * *

Remarque :
Lorsque des philosophes parlent de la pensée en terme négatif ce n'est pas pour la disqualifier dans la vie quotidienne. On peut (penser) échapper à la rationalité de deux manières, par le haut, en accédant à ce en quoi elle s'origine (une non dualité de l'être et du penser), et par le bas en la remplaçant par de la confusion ou une accumulation de croyances.
Le gouvernement décrit dans 1984 (et la tendance actuel de nos sociétés) tend à bloquer la pensée rationnelle, notamment par la double pensée (acceptation de croyances contradictoires) et la novlange (restriction et perversion du vocabulaire), et non à la nourrir et lui faire prendre son envol.
Le "Tu es" de 1984 n'est pas une invitation à dépasser son individualité vers un universel ("Tu es" ce que tu es) mais le terme d'une soumission : "Tu es" ce que nous avons voulu que tu sois.
   

mardi 29 mars 2016

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse
Collège de France, Paris, le 23 mars 2016 - Là-bas si j'y suis


En mai 2010, à l’invitation du Collège de France, Noam CHOMSKY participait à différents colloques à Paris. On se souvient de sa conférence à la Mutualité avec le Monde Diplomatique et à la rencontre avec des syndicalistes à la Maison des Métallos à l’initiative de Là-bas si j’y suis.

Le 31 mai 2010, à l’occasion du colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky » organisé par Jacques Bouveresse au Collège de France, Daniel Mermet s’entretenait avec Jacques Bouveresse et Noam Chomsky sur le thème « Science et Politique ».

Le dialogue partait plus précisément du concept de vérité. Y’a-t-il « une vérité objective, en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment » ? Pour George ORWELL, c’est un point fondamental. « Ce qu’il y a d’effrayant dans le totalitarisme, ce n’est pas qu’il commette des atrocités, mais qu’il s’attaque au concept de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. »

Or l’existence de cette vérité est de plus en plus remise en cause dans le monde intellectuel. C’est le point de départ de ce dialogue entre Chomsky et Bouveresse. À ce concept de vérité il faut associer le concept de liberté. Selon le philosophe James Conant, « la capacité à produire des énoncés vrais et la capacité à exercer sa liberté de pensée et d’action sont les deux faces d’une même médaille » . Deux faces que l’on retrouve aussi bien dans la littérature que dans la politique, tout comme dans le journalisme, d’un côté la recherche de la vérité, le respect objectif des faits, de l’autre la liberté de penser et de commenter.

SOMMAIRE : Vérité et liberté / Vérité et pragmatisme / Science et action / Progrès moral / Savoir et pouvoir / Vérité et liberté

Vérité et Liberté

Daniel Mermet : Jacques Bouveresse, d’où vous est venue l’idée d’inviter Noam Chomsky au Collège de France pour ce colloque sur « Rationalité, vérité et démocratie »  ?

Jacques Bouveresse : Nous nous trouvons confrontés en France à une situation qui devient de plus en plus pénible pour les gens comme moi. On a l’impression qu’une espèce d’incompatibilité s’est instaurée progressivement entre deux idées qui sont aussi essentielles et fondamentales l’une que l’autre, à savoir l’idée de liberté et l’idée de vérité. Il y a des gens qui soutiennent aujourd’hui que, pour être véritablement démocrate, il faudrait s’en prendre directement à l’idée même de vérité et, plus généralement à celles d’objectivité, de fait, etc. La modernité – c’est-à-dire en fait la postmodernité, la modernité postmoderne – semble reposer en grande partie sur une conviction de cette sorte : dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie, il faudrait essayer de se débarrasser d’idées comme celles de vérité et d’objectivité.

En réfléchissant à cette question, ce que je fais depuis un bon moment déjà, je me suis rendu compte qu’il y a trois auteurs – Russell, Orwell et Chomsky – qui occupent, dans ce débat, une position assez semblable, et qui ont continué à défendre les idées de vérité et d’objectivité, et à les défendre pour des raisons qui ne sont pas seulement théoriques mais également sociales et politiques. D’où l’idée de notre colloque, qui était aussi pour moi l’occasion d’essayer d’en savoir un peu plus sur les relations que Chomsky entretient avec Bertrand Russell, dont je sais qu’il est une de ses références principales, et avec Orwell.

Noam Chomsky : Je suis honoré par cette association, c’est un compagnonnage qui m’aurait ravi. Russell a profondément influencé ma propre pensée. Orwell aussi, bien que je préfère ses œuvres les moins connues. La Ferme des animaux et 1984 n’ont jamais été pour moi des livres particulièrement marquants. Je les trouve assez faciles et prévisibles ; mais Hommage à la Catalogne est un ouvrage magnifique et très important, et d’autres qui décrivent sa vie à Londres, en Birmanie, etc. sont particulièrement éclairants [1].

jeudi 25 février 2016

Jean-Claude Michéa et la double pensée



Entretien avec Jean-Claude Michéa (Le Clav, 2013)

Le libéralisme est, fondamentalement, une pensée double: apologie de l'économie de marché, d'un côté, de l'Etat de droit et de la "libération des mœurs" de l'autre. Mais, depuis George Orwell, la double pressée désigne aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondé sur le mensonge à soi-même, qui permet à l'intellectuel totalitaire de soutenir simultanément deux thèses incompatibles. Un tel concept s'applique à merveille au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. Son ralliement au libéralisme politique et culturel la soumet, en effet, à un double bina affolant. Pour sauver l'illusion d'une fidélité aux luttes de l'ancienne gauche, elle doit forger un mythe délirant: l'idéologie naturelle de la société du spectacle serait le "néoconservatisme", soit un mélange d'austérité religieuse, de contrôle éducatif impitoyable, et de renforcement incessant des institutions patriarcales, racistes et militaires. Ce n'est qu'à cette condition que la nouvelle gauche peut continuer à vivre son appel à transgresser toutes les frontières morales et culturelles comme un combat "anticapitaliste". La double pensée offre la clé de cette étrange contradiction. Et donc aussi celle de la bonne conscience inoxydable de l'intellectuel de gauche moderne.
Quatrième de couverture.
La double pensée : Retour sur la question libérale, Ed. Climats,‎ 2008
Commande sur Amazon : La double pensée : Retour sur la question libérale


Jean-Claude Michéa (né en 1950) est un professeur de philosophie (aujourd'hui à la retraite) et philosophe français, auteur de plusieurs essais consacrés notamment à la pensée et à l'œuvre de George Orwell. (...)
Prônant des valeurs morales proches du socialisme de George Orwell, Jean-Claude Michéa fustige l'intelligentsia de gauche qui s'est selon lui éloignée du monde prolétarien et populaire. Il défend des valeurs morales collectives dans une société de plus en plus individualiste et libérale, faisant exclusivement appel au droit et à l'économie pour se justifier. Il « considère que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant » et « déplore que le socialisme ait accepté les thèses du libéralisme politique3 ».
Source (et suite) du texte, bibliographie : wikipedia


Jean-Claude Michéa : la gauche, sa vie, son œuvre
Interview par Christian Authier, 2013 - Claude Rochet

Dans son dernier essai, Les mystères de la gauche (2013) l’auteur de L'enseignement de l'ignorance (2006) et d’Orwell, anarchiste Tory (1995) explique pourquoi la gauche est le meilleur allié du libéralisme moderne.

Vous écrivez que le ralliement de la «gauche officielle» au culte du marché concurrentiel et de la croissance illimitée n’est pas une parenthèse mais «l’aboutissement logique d’un long processus historique» dont le moteur n’est autre que cette métaphysique du Progrès et du «Sens de l’histoire» héritée des Lumières. Le capitalisme est-il selon vous l’enfant des Lumières ?

La réponse est donnée par l’histoire ! Loin d’être une idéologie «conservatrice» ou «réactionnaire», le libéralisme économique d’Adam Smith est né au cœur même de la philosophie écossaise des Lumières. Et la plupart des Encyclopédistes (de Voltaire à Turgot) étaient persuadés que le «doux commerce» apporterait au monde entier la paix, la liberté et la prospérité matérielle. C’est tout aussi vrai, bien sûr, du libéralisme politique et culturel. C’est pourquoi on ne peut pas comprendre la modernité capitaliste sans mobiliser les idées de Progrès (la «mondialisation» comme avenir inéluctable de l’humanité), de Raison (le primat du calcul économique et le culte de l’innovation technologique à tout prix) et de liberté individuelle (le droit de chacun à vivre selon ses seuls caprices, qu’elles qu’en soient les conséquences sur la vie commune). C’est ce qui explique que la gauche – dont l’ennemi originel n’était pas le capitalisme naissant, comme pour les socialistes, mais l’Ancien Régime et le pouvoir traditionnel de l’Eglise («le cléricalisme, voilà l’ennemi !») – a toujours eu le plus grand mal à se démarquer de l’idéologie libérale des Lumières.

mardi 6 octobre 2015

Eloge de l’inégalité






Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Eloge de l’inégalité
(1/4): « Voulons-nous vraiment l’égalité ? » 28.09.2015
avec Patrick Savidan, professeur de philosophie politique à l'université de Poitiers, président de l'Observatoire des inégalités
(2/4): La raison peut-elle encore consoler ? 06.10.2015
avec Jean-Christophe Abramovici, professeur à l’Université de Paris-Sorbonne.
(3/4): 1984 d’Orwell ou le cauchemar de l’uniformité 30.09.2015
avec Frédéric Regard, professeur des Universités, il enseigne la littérature anglaise contemporaine à la Sorbonne.
(4/4): Le darwinisme et la loi du plus fort 01.10.2015
avec Jean Gayon, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et directeur de l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et techniques.

dimanche 7 juin 2015

La ferme des animaux

MAJ de la page : Georges Orwell



Le Gai savoir par Raphaël Enthoven
La Ferme des animaux - Orwell 07.06.2015

La Ferme des animaux (titre original : Animal Farm) est un apologue de George Orwell publié en 1945 (en 1947 pour la traduction en français), décrivant une ferme dans laquelle les animaux se révoltent puis prennent le pouvoir et chassent les hommes, à la suite de la négligence de ceux-ci à leur encontre. Il s'agit d'une fable animalière par laquelle Orwell propose une satire de la Révolution russe et une critique du stalinisme.
Source (et suite) du texte : wikipedia
En ligne : La ferme des animaux
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La ferme des animaux (Animal Farm), film d'animation de Joy Batchelor et John Halas (1954)



Pink Floyd, Animals (1977)

mardi 22 juillet 2014

Se désintoxiquer de la langue de bois



Sur les docks par Irène Omélianenko
Se désintoxiquer de la langue de bois 07.05.2014
Un documentaire de Myriam Prévost et Véronique Vila

Le novlangue (traduit de l'anglais Newspeak, masculin dans la traduction française d'Amélie Audiberti) est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984 (publié en 1949).
Le principe est simple : plus on diminue le nombre de mots d'une langue et plus on fusionne les mots entre eux, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir en éliminant les finesses du langage, plus on rend les gens incapables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l'affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et manipulables par les instruments de propagande massifs tels que la télévision.
Source (et suite) du texte : wikipedia



Novlangue, extrait du film 1984 d'après Orwell

Voir aussi la page : Georges Orwell

lundi 22 juillet 2013

1984

MAJ de la page : Georges Orwell



Le Gai savoir par Raphael Enthoven
1984 - Georges Orwell (21 juillet 2013)



Michael Radford, 1984 (1984)

1984 (Nineteen Eighty-Four) est le plus célèbre roman de George Orwell, publié en 1949.
1984 est communément considéré comme une référence du roman d'anticipation, de la dystopie, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés. En 2005, le magazine Time a d'ailleurs classé 1984 dans sa liste des 100 meilleurs romans et nouvelles de langue anglaise de 1923 à nos jours, liste où se trouve La Ferme des animaux, autre fameux roman d'Orwell1.
Il décrit une Grande-Bretagne trente ans après une guerre nucléaire entre l'Est et l'Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950 et où s'est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du stalinisme et de certains éléments du nazisme. La liberté d'expression n’existe plus. Toutes les pensées sont minutieusement surveillées, et d’immenses affiches sont placardées dans les rues, indiquant à tous que « Big Brother vous regarde » (Big Brother is watching you).
Source (et suite) du texte : wikipedia

jeudi 11 avril 2013

Georges Orwell


George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est un écrivain anglais né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde britannique, aujourd'hui en Inde) et mort le 21 janvier 1950 à Londres.

Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l'expérience personnelle de l'auteur : contre l'impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l'ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d'existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d'Espagne.

Témoin de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale : La Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L'adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l'univers totalitaire imaginé par l'écrivain anglais.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
- La ferme des animaux (1945), Ed.Gallimard Folio, 1988.
- 1984 (1948), Ed. Gallimard Folio, 1972
Autre voir : wikipedia
En ligne :
- Préface inédite à la ferme des animaux
La ferme des animaux
- 1984 


Voir aussi les pages : Georges Orwell (tag)




Préface inédite à Animal Farm (1945) :
L'idée de ce livre, ou plutôt de son thème central, m'est venue pour la première fois en 1937, mais c'est seulement vers la fin de l'année 1943 que j'ai entrepris de l'écrire. Lorsqu'il fut terminé, il était évident que sa publication n'irait pas sans difficultés (malgré l'actuelle pénurie de livres, qui fait « vendre » à peu près tout ce qui en présente l'apparence) et, de fait, il fut refusé par quatre éditeurs. Seul l'un d'entre eux avait à cela des motifs idéologiques. Deux autres publiaient depuis des années des ouvrages hostiles à la Russie, et le quatrième n'avait aucune orientation politique particulière. L'un de ces éditeurs avait d'ailleurs commencé par accepter le livre, mais il préféra, avant de s'engager formellement, consulter le ministère de l'Information; lequel s'avère l'avoir mis en garde contre une telle publication ou, du moins, la lui avoir fortement déconseillée. Voici un extrait de la lettre de cet éditeur :
J'ai mentionné la réaction dont m'a fait part un fonctionnaire haut placé du ministère de l'Information quant à la publication d'Animal Farm. Je dois avouer que cet avis m'a fait sérieusement réfléchir. (...) Je m'aperçois que la publication de ce livre serait à l'heure actuelle susceptible d'être tenue pour particulièrement mal avisée. Si cette fable avait pour cible les dictateurs en général et les dictatures dans leur ensemble, sa publication ne poserait aucun problème, mais, à ce que je vois, elle s'inspire si étroitement de l'histoire de la Russie soviétique et de ses deux dictateurs qu'elle ne peut s'appliquer à aucune autre dictature. Autre chose: la fable perdrait de son caractère offensant si la caste dominante n'était pas représentée par les cochons. Je pense que ce choix des cochons pour incarner la caste dirigeante offensera inévitablement beaucoup de gens et, en particulier, ceux qui sont quelque peu susceptibles, comme le sont manifestement les Russes. Ce genre d'intervention constitue un symptôme inquiétant. Il n'est certes pas souhaitable qu'un service gouvernemental exerce une quelconque censure (sauf pour des motifs relevant de la sécurité nationale, comme tout le monde l'admet en temps de guerre) sur des livres dont la publication n'est pas financée par l'Etat. Mais le principal danger qui menace aujourd'hui la liberté de pensée et d'expression n'est pas l'intervention directe du ministère de l'Information ou de tout autre organisme officiel. Si les éditeurs et les directeurs de journaux s'arrangent pour que certains sujets ne soient pas abordés, ce n'est pas par crainte des poursuites judiciaires, mais par crainte de l'opinion publique. La lâcheté intellectuelle est dans notre pays le pire ennemi qu'ait à affronter un écrivain ou un journaliste, et ce fait ne semble pas avoir reçu toute l'attention qu'il mérite. Tout individu de bonne foi, ayant une expérience du journalisme, sera d'accord pour reconnaître qu'au cours de cette guerre la censure officielle ne s'est pas montrée particulièrement tatillonne. On ne nous a pas imposé le genre de « coordination » totalitaire à laquelle nous pouvions raisonnablement nous attendre. La presse a certains griefs légitimes, mais dans l'ensemble le gouvernement a fait preuve d'une tolérance étonnante envers les opinions minoritaires. Ce qu'il y a de plus inquiétant dans la censure des écrits en Angleterre, c'est qu'elle est pour une bonne part volontaire. Les idées impopulaires peuvent être étouffées et les faits gênants passés sous silence, sans qu'il soit besoin pour cela d'une interdiction officielle.
Source (et suite) du texte : catallaxia
Voir aussi la page : Noam Chomsky







Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées partout. De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston. Au niveau de la rue, une autre affiche, dont un angle était déchiré, battait par à-coups dans le vent, couvrant et découvrant alternativement un seul mot : ANGSOC. Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.
Extrait de 1984 (Partie I, ch. 1.)
Source : Librairal

Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience, mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et le terrible n’était pas que le Parti tuait ceux qui pensaient autrement, mais qu’il se pourrait qu’il eût raison.
Après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou que la gravitation exerce une force ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit est susceptible de recevoir des directives ? Alors quoi ?
Mais non. De lui-même, le courage de Winston se durcit. Le visage d’O’Brien, qu’aucune association d’idée évidente n’avait évoqué, se présenta à son esprit. Il sut, avec plus de certitude qu’auparavant, qu’O’Brien était du même bord que lui. Il écrivait son journal pour O’Brien, à O’Brien. C’était comme une interminable lettre que personne ne lirait jamais mais qui, adressée à une personne particulière, prendrait de ce fait sa couleur.
Le Parti disait de rejeter le témoignage des yeux et des oreilles. C’était le commandement final et le plus essentiel. Son cœur faiblit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux subtils arguments qu’il serait incapable de comprendre, et auxquels il serait encore moins capable de répondre. Et cependant, il était dans le vrai. Le Parti se trompait et lui était dans le vrai. L’évidence, le sens commun, la vérité, devaient être défendus. Les truismes sont vrais. Il fallait s’appuyer dessus. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau humide, et les objets qu’on laisse tomber se dirigent vers le centre de la terre.
Avec la sensation qu’il s’adressait à O’Brien, et aussi qu’il posait un important axiome, il écrivit :
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit.
Extrait de 1984, (Partie I, ch. 7)
Source : Librairal 
Commande sur Amazon :  1984





Le Gai savoir par Raphael Enthoven
1984 - Georges Orwell (21 juillet 2013)


La ferme des animaux, (Animal Farm), film d'animation de Joy Batchelor et John Halas, 1954.





1984, film de Michael Radford, 1984


(...)

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