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dimanche 7 juillet 2019

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination

MAJ de la page : Georges Orwell

La novlangue de George Orwell, un instrument de domination
Par Yann Lagarde, le 7 juin 2019 - France culture

Comment la langue peut-elle devenir un instrument de domination ? C'est la question que se pose George Orwell dans "1984" avec la novlangue imposée par le pouvoir. Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie et éditeur, explique comment Orwell tente de nous prévenir des dangers du "prêt-à-parler".



Il y a 70 ans paraissait le roman 1984, de George Orwell, l’un des récits les plus bouleversants du XXe siècle. Dans ce livre, un régime totalitaire modifie le langage pour s’assurer du contrôle des masses. George Orwell y  montre comment les mots peuvent devenir un instrument de domination.
Afin de s’assurer le contrôle des esprits, les autorités ont créé cette novlangue (newspeak), censée remplacer l’anglais traditionnel (oldspeak).

Jean-Jacques Rosat, professeur de philosophie, éditeur et spécialiste d'Orwell : "Il y a deux volets dans cette entreprise. Le premier concerne le langage courant. Il est extrêmement appauvri, il n’y a plus de distinction entre les mots et les verbes. On déshabille les mots de toutes les significations secondaires. C’est presque un monosyllabe, une idée.
Et puis un deuxième volet, plus intéressant, l’invention d’un certain nombre de mots qu’Orwell appelle des “blanket words”, des mots-couvertures. Ce sont des mots très généraux comme par exemple “crimethink”, “pensée criminelle”ou “oldthink”, ”vieille pensée” qui vont recouvrir tout un ensemble de concepts anciens pour pouvoir les étouffer et les remplacer.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas de la censure. La censure ça consiste à interdire de prononcer un mot. Le but là, c’est de vous enlever cette pensée de la tête."

Socialiste libertaire, George Orwell est proche du parti travailliste. Il s’engage aux côté des brigades internationales lors de la guerre civile espagnole
Pour écrire 1984, Orwell s’inspire de l’expérience stalinienne en URSS et de la propagande du IIIe Reich en Allemagne. Mais il regarde aussi chez lui au Royaume-Uni, à son époque. Dans un essai publié en 1946, La Politique et la langue anglaise, il montre comment le discours politique ambiant appauvrit la langue et en corrompt le sens.

Jean-Jacques Rosat : "En politique, on voit très bien à quoi ça s'applique, c’est les phrases toutes faites. Un journaliste vous pose une question et vous avez des éléments de langage tout faits qui vont constituer un acte de communication mais certainement pas un acte de pensée, de réflexion. Les jargons, les phrases toutes faites, les métaphores toutes faites. Tout ce vocabulaire-là empêche de penser, c’est un vocabulaire automatique."

Orwell est un écrivain, pas un théoricien politique. Mais la novlangue qu’il invente dans 1984 est une mise en garde universelle contre l’instrumentalisation du langage. Il donne des conseils au lecteur pour ne pas se laisser manipuler par les mots.

Jean-Jacques Rosat : "Pensez à ce que vous dites, essayez de ne dire que des choses que vous pensez et qui ont du sens. Défiez-vous farouchement de toutes les mécaniques de langage dans lesquelles c’est la langue qui pense à votre place, donc d’autres que vous qui pensent à votre place. Si vous faites ce travail sur vous-même, ça ne changera pas la société du jour au lendemain mais c’est une condition pour la démocratie et pour une société humaine."

vendredi 17 février 2017

George Orwell, what else ?

MAJ de la page : Georges Orwell






Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
George Orwell, what else ? (13-16 février 2017)
1/4 Comment Eric Blair est-il devenu George Orwell ?
avec Jean-Jacques Rosat : professeur de philosophie et éditeur
2/4 Apologie de la décence ordinaire
avec Bruce Bégout : Philosophe et écrivain français. Maître de conférences à l'université de Bordeaux.
Son dernier livre : De la décence ordinaire, Ed. Allia, 2008
Commande sur Amazon : De la décence ordinaire
3/4 De « La ferme des animaux » à « 1984 » : les dystopies au présent
avec Raphaël Enthoven : philosophe, homme de radio
Son dernier livre : Little brother, Ed. Gallimard, 2017
Commande sur Amazon : Little Brother
4/4 : Orwell journaliste : "A ma guise, chroniques 1943-1947"
avec Jean-Jacques Rosat : professeur de philosophie et éditeur

Georges Orwell : La quai de Wigan / Hommage à la Catalogne / 1984 / La Ferme des animaux
Commande sur Amazon : Le Quai de Wigan / Hommage à la Catalogne / 1984 / La ferme des animaux

 


LA GUERRE C'EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C'EST L'ESCLAVAGE
L'IGNORANCE C'EST LA FORCE

Le crime de penser n'entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort.

Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ?

La doublepensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances contradictoires, et des les accepter toutes deux.

Le commandement des anciens despotismes était : « Tu ne dois pas. » Le commandement des totalitaires était : « Tu dois. » Notre commandement est : « Tu es. » 

Source (et autres citations de 1984) : wikiquote

* * *

Remarque :
Lorsque des philosophes parlent de la pensée en terme négatif ce n'est pas pour la disqualifier dans la vie quotidienne. On peut (penser) échapper à la rationalité de deux manières, par le haut, en accédant à ce en quoi elle s'origine (une non dualité de l'être et du penser), et par le bas en la remplaçant par de la confusion ou une accumulation de croyances.
Le gouvernement décrit dans 1984 (et la tendance actuel de nos sociétés) tend à bloquer la pensée rationnelle, notamment par la double pensée (acceptation de croyances contradictoires) et la novlange (restriction et perversion du vocabulaire), et non à la nourrir et lui faire prendre son envol.
Le "Tu es" de 1984 n'est pas une invitation à dépasser son individualité vers un universel ("Tu es" ce que tu es) mais le terme d'une soumission : "Tu es" ce que nous avons voulu que tu sois.
   
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