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samedi 28 janvier 2017

Éloge de l'oisiveté

MAJ de la page : Bertrand Russell

Éloge de l'oisiveté (1932)


Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j'ai été élevé selon le principe que l'oisiveté est mère de tous vices. Comme j'étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu'on me disait, et je me suis ainsi doté d'une conscience qui m'a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution.
En effet, j'en suis venu à penser que l'on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu'il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l'histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c'était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d'entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12ième. Ce voyageur était sur la bonne piste. (...)
Tout ceci n'est que préambule. Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c'est que le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est la cause de grands mots dans le monde moderne, et que la voie bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. Et d'abord, qu'est-ce que le travail ? Il existe deux types de travail : le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la terre, ou dans le sol même ; le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé ; le second est agréable et très bien payé. Le second type de travail peut s'étendre de façon illimitée : il y a non seulement ceux qui donnent des ordres, mais aussi ceux qui donnent des conseils sur le genre d'ordres à donner. Normalement, deux sortes de conseils sont données simultanément par deux groupes organisés : c'est ce qu'on appelle la politique. Il n'est pas nécessaire pour accomplir ce type de travail de posséder des connaissances dans le domaine où l'on dispense des conseils : ce qu'il faut par contre, c'est maîtriser l'art de persuader par la parole et par l'écrit, c'est-à-dire l'art de la publicité.
Partout en Europe, mais pas en Amérique, il existe une troisième classe d'individus, plus respectée que ne l'est aucune des deux autres. Ce sont des gens qui, parce qui possèdent des terres, sont en mesure de faire payer aux autres le privilège d'être autorisés à exister et à travailler. Ces propriétaires fonciers sont des oisifs et on pourrait donc s'attendre à ce que j'en fasse l'éloge. Malheureusement, leur oisiveté n'est rendue possible que par l'industrie des autres ; en fait, leur désir d'une oisiveté confortable est, d'un point de vue historique, la source même du dogme du travail. La dernière chose qu'ils voudraient serait que d'autres suivent leur exemple. (...)
La morale du travail est une morale d'esclave, et le monde moderne n'a nul besoin de l'esclavage. (...)
Source (et suite) du texte : Éloge de l'oisiveté (PDF gratuit)

* * *

Éloge de l’oisiveté, avec Dominique Rongvaux 
Par Olivier Beruyer, le 28 janvier 2017 - Les Crises

Bertrand Russell, philosophe, mathématicien et prix Nobel de littérature, publie en 1932 un essai intitulé « Éloge de l’oisiveté ». Ce livre est un plaidoyer pour une plus juste distribution des richesses obtenues grâce aux progrès techniques de la révolution industrielle. Si ces richesses n’étaient pas accaparées par quelques-uns, le travail pénible serait considérablement réduit et chacun pourrait consacrer son temps à des activités dignes, agréables et constructives.

Le présent spectacle est une réflexion sur la place du travail dans nos vies, sur la valeur de l’argent, sur notre rapport au temps et à l’urgence. Conçu comme un assemblage ludique, on y retrouve bien sûr Bertrand Russell, mais aussi Jean de La Fontaine ou Denis Grozdanovitch, l’auteur du « Petit Traité de désinvolture » et de « L’Art difficile de ne presque rien faire ». Le comédien Dominique Rongvaux nous y raconte aussi sa propre expérience de jeune diplômé en management confronté aux absurdités du monde de l’entreprise et sa décision de tout abandonner pour changer de vie.

« Éloge de l’oisiveté » est questionnement partagé avec le public. Les machines nous ont soulagé de nombreuses tâches ingrates, pourtant la souffrance au travail ne cesse de croître. Que signifie la sévère désapprobation morale qu’encourent la paresse et les paresseux ? Comment résister à la tyrannie de l’efficacité et du rendement ? Et si c’était notre liberté individuelle qui était en jeu ?

Nous voudrions rappeler, dans le brouhaha ambiant, que les choix d’organisation de la société sont multiples, que des possibilités existent en-dehors du discours majoritaire et qu’on peut vouloir travailler moins pour vivre plus.

Réflexion autour de la valeur du travail, « Éloge de l’oisiveté » est une flânerie joyeuse à la découverte des routes parallèles empruntées par ceux qui, de tout temps, échappèrent au dogme de l’activisme. Et si l’oisiveté nous mettait sur la voie d’une société plus juste favorisant l’épanouissement de chacun ? :



" Eloge de l'oisiveté " d'après Bertrand Russell (...) par Dominique Rongvaux (Entre Vues, 2011)



Entretien avec Dominique Rongvaux (2011)



Entretien avec Dominique Rongvaux (2011)

 

dimanche 22 janvier 2017

Les philosophes par eux-mêmes






Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
Les philosophes par eux-mêmes (16-19 janvier 2017)
(1/4) : Les Mots de Jean-Paul Sartre
avec Philippe Cabestan : professeur en Classes Préparatoires au Lycée Janson de Sailly à Paris et président de l'Ecole Française d'analyse existentielle ou Daseinsanalyse
2/4 Autobiographie de Bertrand Russell
avec Anne Françoise Schmid

«Trois passions simples mais irrésistibles, a écrit Bertrand Russell, ont commandé ma vie: le besoin d'aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ces passions comme de grands vents m'ont poussé à la dérive, de-ci, de-là, sur un océan d'inquiétude, où je me suis parfois trouvé aux bords mêmes du désespoir.»
C'était bien donner le ton de cette Autobiographie exceptionnelle en tous points. Elle nous permet de retrouver un personnage hors normes à la vie riche en événements de toutes sortes, dont les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté et endeuillé le XXe siècle ne furent évidemment par les moindres. Tant il est vrai que sa vie durant, cumulant conquêtes intellectuelles et combats politiques, Bertrand Russell sut conjuguer comme personne la réflexion du logicien, ami de Wittgenstein et de Whitehead ou Moore, avec une action dans le siècle qui lui fit notamment connaître la prison en 1918 et une révocation de l'université à New York pour immoralité!
Plus d'un personnage célèbre a croisé notre héros tels Bernard Shaw, Joseph Conrad, D.H. Lawrence, Katherine Mansfield ou J.M. Keynes que l'on retrouvera au fil de ces pages. Traversée du XXe siècle à hautes altitudes, cet autoportrait d'un géant de l'époque est une lecture nécessaire pour les citoyens du XXIe siècle.
Bertrand Russell, Autobiographie (1872-1967), Ed. Belles-Lettres, 2012
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : Autobiographie (1872-1967)

3/4 Montaigne : "C'est moi que je peins"
avec Alain Legros : chercheur associé au Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, à l’Université François Rabelais de Tours
4/4 La Nacre et le rocher : une autobiographie de Robert Misrahi
avec Robert Misrahi : Professeur émérite de philosophie éthique à l'Université Paris 1-Panthéon Sorbonne

mardi 29 mars 2016

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse

Noam Chomsky dialogue avec Jacques Bouveresse
Collège de France, Paris, le 23 mars 2016 - Là-bas si j'y suis


En mai 2010, à l’invitation du Collège de France, Noam CHOMSKY participait à différents colloques à Paris. On se souvient de sa conférence à la Mutualité avec le Monde Diplomatique et à la rencontre avec des syndicalistes à la Maison des Métallos à l’initiative de Là-bas si j’y suis.

Le 31 mai 2010, à l’occasion du colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky » organisé par Jacques Bouveresse au Collège de France, Daniel Mermet s’entretenait avec Jacques Bouveresse et Noam Chomsky sur le thème « Science et Politique ».

Le dialogue partait plus précisément du concept de vérité. Y’a-t-il « une vérité objective, en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment » ? Pour George ORWELL, c’est un point fondamental. « Ce qu’il y a d’effrayant dans le totalitarisme, ce n’est pas qu’il commette des atrocités, mais qu’il s’attaque au concept de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. »

Or l’existence de cette vérité est de plus en plus remise en cause dans le monde intellectuel. C’est le point de départ de ce dialogue entre Chomsky et Bouveresse. À ce concept de vérité il faut associer le concept de liberté. Selon le philosophe James Conant, « la capacité à produire des énoncés vrais et la capacité à exercer sa liberté de pensée et d’action sont les deux faces d’une même médaille » . Deux faces que l’on retrouve aussi bien dans la littérature que dans la politique, tout comme dans le journalisme, d’un côté la recherche de la vérité, le respect objectif des faits, de l’autre la liberté de penser et de commenter.

SOMMAIRE : Vérité et liberté / Vérité et pragmatisme / Science et action / Progrès moral / Savoir et pouvoir / Vérité et liberté

Vérité et Liberté

Daniel Mermet : Jacques Bouveresse, d’où vous est venue l’idée d’inviter Noam Chomsky au Collège de France pour ce colloque sur « Rationalité, vérité et démocratie »  ?

Jacques Bouveresse : Nous nous trouvons confrontés en France à une situation qui devient de plus en plus pénible pour les gens comme moi. On a l’impression qu’une espèce d’incompatibilité s’est instaurée progressivement entre deux idées qui sont aussi essentielles et fondamentales l’une que l’autre, à savoir l’idée de liberté et l’idée de vérité. Il y a des gens qui soutiennent aujourd’hui que, pour être véritablement démocrate, il faudrait s’en prendre directement à l’idée même de vérité et, plus généralement à celles d’objectivité, de fait, etc. La modernité – c’est-à-dire en fait la postmodernité, la modernité postmoderne – semble reposer en grande partie sur une conviction de cette sorte : dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie, il faudrait essayer de se débarrasser d’idées comme celles de vérité et d’objectivité.

En réfléchissant à cette question, ce que je fais depuis un bon moment déjà, je me suis rendu compte qu’il y a trois auteurs – Russell, Orwell et Chomsky – qui occupent, dans ce débat, une position assez semblable, et qui ont continué à défendre les idées de vérité et d’objectivité, et à les défendre pour des raisons qui ne sont pas seulement théoriques mais également sociales et politiques. D’où l’idée de notre colloque, qui était aussi pour moi l’occasion d’essayer d’en savoir un peu plus sur les relations que Chomsky entretient avec Bertrand Russell, dont je sais qu’il est une de ses références principales, et avec Orwell.

Noam Chomsky : Je suis honoré par cette association, c’est un compagnonnage qui m’aurait ravi. Russell a profondément influencé ma propre pensée. Orwell aussi, bien que je préfère ses œuvres les moins connues. La Ferme des animaux et 1984 n’ont jamais été pour moi des livres particulièrement marquants. Je les trouve assez faciles et prévisibles ; mais Hommage à la Catalogne est un ouvrage magnifique et très important, et d’autres qui décrivent sa vie à Londres, en Birmanie, etc. sont particulièrement éclairants [1].

jeudi 11 septembre 2014

Bertrand Russell, l’œuvre d’une vie






Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Bertrand Russell, l’œuvre d’une vie
(1/4) : Des mathématiques à l’éthique, une vie philosophique 08.09.2014
avec Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie des sciences, du langage et de la connaissance à l'université de Paris Est Créteil Val de Marne. Il est membre du comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé.
Voir aussi la page : Les Andalousies spirituelles
(2/4) : Le tournant linguistique de la philosophie 09.09.2014
avec Pascal Ludwig, maître de conférences à l'université de Paris-Sorbonne et spécialiste de philosophie du langage et de philosophie de l'esprit.
(3/4) : De la vérité logique à la vérité mystique 10.09.2014
avec Denis Vernant, professeur de philosophie à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble.
 (4/4) : L'engagement d’un pacifiste 11.09.2014
avec Anne-Françoise Schmid, philosophe, épistémologue, fondatrice de l’épistémologie générique, spécialiste de Henri Poincaré et éditrice de Russell


Bertrand Arthur William Russell, 3e comte Russell, né le 18 mai 1872 à Trellech (Monmouthshire), et mort le 2 février 1970 près de Penrhyndeudraeth (Pays de Galles), est un mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique.
Russell est considéré comme l'un des plus importants philosophes du XXe siècle. Sa pensée peut être présentée selon trois grands axes.
La logique et le fondement des mathématiques : Russell est, avec Frege, l'un des fondateurs de la logique contemporaine. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. À la suite des travaux d'axiomatisation de l'arithmétique de Peano, Russell a tenté d'appliquer ses propres travaux de logique à la question du fondement des mathématiques (cf. logicisme).
Il soutient l'idée d'une philosophie scientifique, et a proposé d'appliquer l'analyse logique aux problèmes traditionnels, tels que l'analyse de l'esprit, de la matière (problème corps-esprit), de la connaissance, ou encore de l'existence du monde extérieur. Il est ainsi le père de la philosophie analytique. Jules Vuillemin le fera connaître en France.
L'engagement social et moral : il écrivit des ouvrages philosophiques dans une langue simple et accessible, en vue de faire partager sa conception d'une philosophie rationaliste œuvrant pour la paix et l'amour. Il s'est engagé dans de nombreuses polémiques qui le firent qualifier de Voltaire anglais, défendit des idées proches du socialisme de tendance libertaire et milita également contre toutes les formes de religions, considérant qu'elles sont des systèmes de cruauté inspirés par la peur et l'ignorance. Il organisa le tribunal Sartre-Russell contre les crimes commis pendant la guerre du Viêt Nam.
Son œuvre, qui comprend également des romans et des nouvelles, fut couronnée par le prix Nobel de littérature en 1950, en particulier pour son engagement humaniste et comme libre penseur. Enfin, il devint membre du Parlement britannique.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie sélective (en français) :
- Écrits de logique philosophique, PUF, 1989 comprenant notamment De la Dénotation (1905), des extraits des Principia Mathematica (3 vol., 1910-1913) avec Alfred N. Withehead, et Philosophie de l'atomisme logique (1912).
- Problèmes de philosophie (1912), Ed. Payot, 1989
- Introduction à la philosophie mathématique, Ed. Payot, 1991
- Eloge de l'oisiveté (1932), Ed. Allia, 2002
- Histoire de mes idées philosophiques (1959), Ed. Tel Gallimard, 1961
Autres textes voir wikipedia
en ligne : wikisource / Eloge de l'oisiveté (PDF)






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