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lundi 5 août 2013

samedi 5 janvier 2013

Connaissance de soi VS Inconnaissance de soi




Suite de la page : Le camembert savant de Clément Rosset (qui est une MAJ de la page : Clément Rosset)

N'étant ni un camembert savant ni un savant aimant le camembert ni un savant tout court (mais qui parfois mange un camembert ou quelques tranches sur un morceau de pain) je vais quand même répondre à l'invitation de Super Dupont et participer à son Opération camembert ou tenter d'arbitrer sinon de réconcilier les adversaires en présence. 

Clément Rosset, auteur de ce remarquable petit essai sur l'identité intitulé Loin de moi (94 pages, intelligentes et facile à lire), se range donc parmi les contempteur de la connaissance de soi - tout comme récemment sur ce blog François Roustang (1). 
Selon l'auteur il n'y a pas de connaissance de soi pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de soi ou d'identité personnelle réelle. Ce que l'on prend pour telle se réduit à une identité de type romanesque, on peut certes en faire le centre de notre attention (en recourant à la mémoire et à l'imagination), mais ce ne sera jamais qu'une introspection narcissique - 
parce que cette pseudo identité "ne constitue pas l'unité d'une identité personnelle mais l'agrégat aléatoire de qualités qui lui sont reconnues ou pas au hasard de l'humeur de son entourage" (p.89/9). Non seulement l'introspection psychologique est inconsistante mais elle ne cessera jamais (fondée sur une identité sociale toujours changeante). 
Nous pouvons donc lister les trois identités de Clément Rosset : 
1) Identité personnelle (qui n'existe pas) 
2) Identité romanesque (objet de l'introspection narcissique) 
3) Identité sociale (objet d'une connaissance fonctionnelle) 
En fait l'ordre est inverse puisque l'identité romanesque prise à tort pour une identité personnelle provient de la seule identité sociale. 

A quoi le camps adverse, appelons-le socratique (1), pourra rétorquer que la connaissance de soi, ou une partie, consiste précisément à établir une telle distinction, ou à constater par une perception immédiate l'absence d'une identité personnelle réelle. Le versant psychologique de la connaissance de soi ne réside pas dans la production d'une histoire - à propos d'autres histoires, dont nous sommes à chaque fois le personnage principal -, mais seulement à prendre conscience de la nature purement littéraire de tout cela (et le plus souvent de piètre littérature). Quant au versant corrélatif, il consiste à faire l'expérience de la conscience elle-même ou du sujet conscient (le premier moment du cogito de Descartes). Néanmoins
 la conscience se manifeste dans un corps, ayant une identité sociale et une tendance à un type d'identité romanesque. Cette conscience non personnelle est donc aussi infiniment personnelle, étant la vérité de la subjectivité (ou de la singularité) de chacun. (Chaque corps est un peu comme une monade leibnizienne qui renferme en elle le monde entier selon un point de vue qui lui est propre).

En résumé la connaissance de soi sera simultanément : 
1) Absence d'identité personnelle 
2) Conscience pure (non définissable)
3) Point de vue particulier de cette conscience (en raison de sa manifestation dans un corps spécifique)

En conclusion l'affrontement est purement verbal, on défendra ou non la possibilité d'une connaissance de soi suivant ce que l'on met sous les termes et de connaissance et de soi. Si on s'en tient à une définition strict de la connaissance comme portant sur quelque chose de stable et de bien défini, la connaissance de soi est une chimère, mais on pourra en parler en redéfinissant son objet. 
Résumons les différentes possibilités : 

1) Connaissance de soi (comme identité sociale) = connaissance fonctionnelle 
2) Connaissance de soi (identité romanesque en tant qu'identité) = introspection narcissique
3) Connaissance de soi (identité romanesque en tant que romanesque ou absence d'identité personnelle) = point de vue de l'observateur
4) Connaissance de soi (simple sujet conscient)
5) Connaissance de soi (point de vue spécifique de ce simple sujet conscient) 
Pour finir remarquons que 3) est une connaissance négative en ce qu'elle n'ajoute rien mais retranche, 4) est à proprement parler indicible, 5) est une connaissance paradoxale. 
On pourra donc aussi bien choisir de parler d'une inconnaissance de soi (puisque ce n'est pas une connaissance au sens habituel, différente de son objet) que d'une connaissance de soi (car ce n'est pas une simple absence de connaissance), l'essentiel n'est pas de s'attacher à un mot ou à une définition mais de voir vers quoi pointe le terme ou l'expression. 


Note :
(1) François Roustang refuse de parler d'une connaissance de soi chez Socrate, la formule ayant son origine dans une inscription sur le fronton d'un temple de Delphes. A cela nous pouvons répondre qu'il suffit de ne pas réduire la  connaissance de soi à une introspection narcissique (et que le philosophe athénien était de fait, et de pensée, infiniment plus proche de ceux qui ont laissé ces inscriptions que de Freud ou de Lacan). 

lundi 22 octobre 2012

Connaissance de soi et désintérêt de soi



LES RACINES DU CIEL
par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
le dimanche de 7h05 à 8h

Connaissance de soi et désintérêt de soi avec François Roustang (54 minutes)
21.10.2012 - 07:05
François Roustang, philosophe et psychanalyste, théoricien et praticien de l’hypnose. Auteur de « La fin de la plainte » chez Odile Jacob en 2009 et de « Qu’est-ce que l’hypnose ?» aux Editions de Minuit en 2003.

mercredi 21 mars 2012

Sanâ'î


Né a Ghazna, vers le milieu du 11e siècle, d'abord poète de cour sous les Ghaznavides Ibrahim et Bahrâmchâh., il s'établit ensuite au Khorassan où il reçut l'enseignement de maîtres soufis. Il a laissé des poèmes mystiques et plusieurs mathnâvî-s. L'un des premiers poètes mystiques de l'Iran, son oeuvre marque un tournant dans la littérature persane. Elle a inspiré entre autres le plus grand d'entre eux, Djala ud-Din Rûmi, qui lui rend plusieurs fois hommage. Son ouvrage le plus connu est Hadiqat al-haqiqa. Seul ouvrage qui lui soit consacré : une thèse ronéotypée en français de Jabre : Le poète persan Sanâ'î, 1973.
Source du texte : Anthologie du Soufisme
Commande sur Amazon : Anthologie du soufisme


Bibliographie (en français) :
Jabre, Le poète persan Sanâ'î, Paris, 1973.
Cité dans : Eva de Vitray-Meyerovitch, Antologie du Soufisme, rééd. Albin Michel, Spiritualité vivante, 1995.


Nul ne peut, par lui-même, connaître Dieu; l'Essence de Dieu ne peut être connue que grâce à Lui-même. La raison te guidera, mais seulement jusqu'à Sa porte. Sa grâce est celle qui t'amènera auprès de Lui.

Dans le chemin vers Sa transcendance absolue, la connaissance de ta propre nature te suffira pour connaître Son Essence. La raison a fait de son mieux, mais elle n'a pas pu poursuivre son chemin, elle a fini par avouer que connaître Dieu, c'est précisément être impuissant à Le connaître. Comment pourrais-tu pousser la raison à Le rechercher ? Comment ce qui est contingent pourrait-il parler de l’Éternel ? C'est seulement à travers son âme et ses sens vicieux que le contingent parle de l’Éternel. Ne prends pas la raison comme guide pour aller vers Lui, obstiné dans l'erreur, comme les autres, ne commets pas une telle sottise. L'étonnement est la  "fin" des efforts de la raison sur Son chemin. Dans le collyre qui L'a fait reconnaître, la raison était ignorante de Sa divinité.

… Sa main (de Dieu) est la puissance, Sa face, l’Éternité. Sa venue est Sa sagesse. La descente, Son don. Ses deux pieds sont la majesté de Sa domination et de Sa dignité. Ses deux doigts, l'exécution de Son décret… Par rapport à Son existence, fraternité est l'avant-hier, elle est venue à la première aube, mais il était déjà tard pour elle ! Comment pourrait-il y avoir pour Lui une place, fût-elle grande ou petite ? Car la place elle-même n'a pas de place. Quel intérêt pourrait présenter le lieu pour le Créateur du lieu ? Le Ciel, pour Celui qui a créé le ciel ? O toi qui es esclave de la forme et du dessin, prisonnier de  "Il S'assit en majesté sur le trône" , la forme n'est pas séparée de ce qui est contingent et ne peut pas convenir à l’Éternel .
Extrait de Hadiqat ul-Haqiqa.

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