Corée du Nord: vers une guerre nucléaire ? (RTS, Infrarouge, 6 septembre 2017)
Lundi, le monde s'est réveillé plus inquiet que jamais. Et pour cause : la menace nucléaire a atteint son paroxysme ce weekend, avec le dernier essai de la Corée du Nord. Il s'agit du plus puissant essai nucléaire jamais réalisé à ce jour par Pyongyang, qui semble désormais disposer de la bombe H, la plus dévastatrice qui soit. Avec Kim Jong-Un d'un côté et Donald Trump de l'autre, l'imprévisibilité est totale. Alors comment arrêter cette escalade ? Et faut-il avoir peur d'une nouvelle guerre ?
Source : RTS
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Corée du Nord: pourquoi la prolifération nucléaire ?
Par Jacques Sapir, le 4 septembre 2017 - RussEurope
Le nouvel essai nucléaire réalisé par la Corée du Nord, venant après des essais répétés de missiles à moyenne, et peut-être à longue portée, souligne une fois de plus les incohérences de la position des Nations-Unies sur la prolifération nucléaires. Et pourtant, cette position se fondait, du moins initialement, sur un constat logique : il y a un intérêt de l’ensemble des pays, qu’ils soient dotés de l’arme nucléaire ou pas, à limiter le nombre de pays disposant d’un arsenal nucléaire opérationnel. Mais, cette position de fond, qui sous-tend le traité de non-prolifération, ne peut être défendue que si l’ensemble des pays, et à commencer par les plus puissants, respectent les règles internationales. Or, et ce depuis le début des années 1990, un pays en particulier – les Etats-Unis pour le nommer – s’est à plusieurs repris affranchi de ces règles. On a pu le constater, du Kosovo à l’Irak. La subversion de l’ordre international que ce comportement a impliqué a conduit à une grande incertitude en ce qui concerne l’ordre international, qui a tendu à être de plus en plus régi par le principe de « la loi du plus fort ». Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner de ce que certains pays cherchent à se doter d’armes nucléaires opérationnelles.
Ceci souligne le lien qui existe, mais que nombre de dirigeants ne veulent pas reconnaître, entre la subversion du droit international et les tendances à la prolifération nucléaire. Cette dernière pose un véritable problème, et en premier lieu parce que le « coût d’entrée » du nucléaire militaire tend aujourd’hui à fortement baisser. Un certain nombre de techniques, et de technologies, non seulement nucléaires mais aussi concernant les missiles balistiques, sont devenues plus accessibles. Aussi ne peut-on plus, aujourd’hui, considérer que l’acquisition de systèmes d’armes nucléaires serait hors de portée de puissances dites « moyennes ». C’est bien le problème qui est posé, que ce soit par la Corée du Nord ou, dans une moindre mesure, par le programme nucléaire iranien. Mais, on ne réglera ce problème qu’en intervenant à se source, c’est à dire à l’instabilité des relations internationales issue du non-respect de la règle de droit.
Le début de la prolifération
Le phénomène de prolifération nucléaire s’est fortement accéléré depuis les années 1970 et plusieurs pays se sont dotés d’armes nucléaires, au-delà du « club des 5 » représenté par les puissances du Conseil de Sécurité, soit les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne, la France et la Chine (par ordre d’accession à l’arme nucléaire).
Les deux premiers « proliférateurs » ont été l’Inde et Israël. Pour le cas de l’Inde, il s’agissait, initialement, de répondre à la montée vers le nucléaire de la Chine. Pendant plusieurs années, l’Inde s’est contenté de démontrer un « capacité » nucléaire avec la détonation d’un « dispositif », soit d’une bombe qui n’était nullement militarisée, en 1974. Devant la menace que représentait, d’un point de vue Indien, les essais pakistanais, l’Inde devait procéder 24 ans plus tard, le 11 et 13 mai 1998, et ce alors que l’Inde n’était pas encore signataire du TNP à de nouveaux essais, cette fois clairement militaires. Ces essais comprirent alors l’explosion de plusieurs bombes. Il y eu le 11 mai trois essais, testant la bombe A et la bombe H, et, le 13 mai, deux autres essais utilisant des petites charges : « L’Inde a ainsi démontré qu’elle était compétente dans toute la gamme des armes nucléaires, tant en termes de puissance que de miniaturisation. [1]» L’Inde disposerait aujourd’hui d’un arsenal comprenant de 30 à 150 charges nucléaires militaires, ainsi que de missiles capables de les porter.
Israël s’est lancé, dès la fin des années 1950, dans une course à l’armement nucléaire, avec l’aide initiale de la France (de 1956 à 1961), puis des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud[2]. Un test a eu lieu en Afrique du Sud en 1979, presque certainement suite à la coopération entre les deux pays. Elle dispose aujourd’hui de plusieurs centaines d’armes (entre 150 et 400), qui peuvent être lancées que ce soit par missiles (le Jéricho), par avions, ou depuis des sous-marins diésels-électriques équipés de missiles de croisière. Une omerta importante continue de régner sur le programme nucléaire israélien dans les milieux politiques puisque, encore en 2015, le Président François Hollande, contre toute évidence, a prétendu qu’Israël ne disposait pas de l’arme nucléaire[3]. La relative facilitée avec laquelle Israël a pu se doter d’un important arsenal nucléaire a, bien entendu, encouragé d’autres pays à suivre son exemple.


