D’une crise l’autre
Par Jacques Sapir, le 16 Janvier 2016 - RussEurope
L’émergence d’une nouvelle crise financière est aujourd’hui une réelle menace pour le système économique international. Il est bon de se remémorer alors les conditions de déclenchement de la précédente crise, celle de 2008 que l’on a appelé la « crise des subprimes ». C’est pourquoi je republie ici un article que j’avais donné à l’époque à la Revue de la Régulation. Cet article analyse l’enchaînement des événements durant les douze jours fatidiques qui ont marqué le déclenchement de cette crise. Le lecteur y trouvera de nombreuses références à l’histoire militaire et à « l’art de la guerre ». La temporalité des événements est en effet très proche de celle d’un conflit armé. Au-delà, la pertinence de la métaphore militaire provient du fait que l’on est en présence de groupes de décideurs qui doivent réagir dans un temps très court et qui, bien souvent, n’ont pas les moyens (ou les capacités) de peser complètement le pour et le contre de leurs actions. Ils prennent alors des décisions importantes sur la base de paris, de règles heuristiques, qui peuvent être validées ou invalidées par la suite des événements. C’est ce qui rapproche la décision financière de la décision militaire.
Une décade prodigieuse. La crise financière entre temps court et temps long
Par Jacques Sapir, le 30 septembre 2008 - Revue de la Régulation
La crise financière, rampante depuis l’été 2007, a connu un tournant majeur entre le dimanche 14 septembre et le vendredi 26 septembre 2008. L’accélération brutale des événements en a changé qualitativement la nature. On est ainsi passé du stade d’un nouveau choc dans le système bancaire et financier américain (la faillite de Lehman Brothers) au constat public de la fin de l’hégémonie financière américaine qui datait depuis 19451, en passant par l’évocation du spectre d’un effondrement total du système bancaire comme en 1929. Ces journées dramatiques constituent un de ces « moments » historiques où sont testées tout autant les stratégies que les doctrines et les théories qui les sous-tendent. La décision des autorités américaines de créer une gigantesque caisse de défaisance est survenue bien plus tard qu’il n’eut fallu2. Elle n’a pas mis fin à la crise car elle a révélé une crise de direction majeure au sein du gouvernement et des élites américaines. On voit alors apparaître des pathologies décisionnelles et informationnelles similaires à celles de l’Art de la Guerre3.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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