MAJ de la page : David Graber / Création monétaire
Contre l’économie
Par David Graeber - The New York Review of books / Les Crises (trad.)
De plus en plus, ceux qui ont la responsabilité de gérer les grandes économies ont le sentiment que l’économie en tant que discipline n’est plus à la hauteur de sa mission. Elle commence à ressembler à une science conçue pour résoudre des problèmes du passé.
L’obsession de l’inflation en est un bon exemple. Les économistes enseignent encore à leurs étudiants que le rôle principal de l’État en matière économique – beaucoup iraient jusqu’à dire son seul rôle économique vraiment légitime – est d’assurer la stabilité des prix. Que les dangers de l’inflation appellent une vigilance constante. Que le simple fait, pour des gouvernements, de faire tourner la planche à billets est donc en soi un péché. Que si, en revanche, l’inflation est maîtrisée grâce à l’action coordonnée du gouvernement et des banques centrales, le marché devrait trouver son « taux de chômage naturel », et les investisseurs, profitant de signaux de prix clairs, devraient être en mesure d’assurer une croissance saine. Ces hypothèses sont apparues avec le monétarisme des années 1980 – l’idée selon laquelle l’État devait se limiter à la gestion de la masse monétaire – et elles étaient devenues des évidences dans les années 1990, tant et si bien que la quasi totalité du débat politique reposait sur le postulat que les dépenses publiques représentaient un danger. Cela continue d’être le cas bien que, depuis la récession de 2008, les banques centrales ne cessent de faire frénétiquement tourner la planche à billets dans le but de créer de l’inflation et de contraindre les riches à employer leur argent à quelque chose d’utile, et qu’elles aient pour ainsi dire échoué dans ces deux entreprises.
Aujourd’hui, nous vivons dans un univers économique différent de celui a précédé la crise. La baisse du chômage n’entraîne plus de poussée salariale. La création monétaire ne provoque pas d’inflation. Pourtant, les termes du débat public et la sagesse véhiculée par les manuels d’économie demeurent quasi inchangés.
On s’attend à un certain temps de retard de l’institution. Les économistes orthodoxes d’aujourd’hui ne sont pas particulièrement doués pour prédire les krachs financiers, ni pour œuvrer à la prospérité de la société, ni encore pour produire des modèles pour lutter contre le changement climatique. En revanche, quand il s’agit de s’ériger en qualité d’autorité intellectuelle, malgré ces échecs, ils sont sans égaux. Il faudrait étudier l’histoire des religions pour trouver quelque chose de ce genre. Aujourd’hui, l’économie continue d’être enseignée non pas comme un fatras de controverses – non pas comme n’importe quelle autre science sociale, comme une pléiade de perspectives théoriques souvent antagonistes – mais plutôt comme une discipline qui se rapprocherait de la physique, de la concrétisation progressive d’universelles et irréprochables vérités mathématiques. Les théories économiques dites « hétérodoxes » existent, bien sûr (ex : institutionnaliste, marxiste, féministe, autrichienne, post-keynésienne…), mais leurs tenants sont quasiment exclus des départements universitaires considérés comme « sérieux » et même les résistances directes de certains étudiants (depuis le mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie, en France, jusqu’à la Post-Crash Economics Society en Grande-Bretagne) ont dans une large mesure échoué à les faire prendre en considération dans les programmes de base de l’enseignement.
En conséquence de quoi les économistes hétérodoxes continuent d’être traités comme des simili-cinglés, en dépit du fait qu’ils ont souvent de bien meilleurs antécédents quant à la prédiction d’événements économiques réels. De plus, les hypothèses psychologiques de base qui fondent l’économie (néo-classique) – bien qu’elles aient été réfutées depuis longtemps par de véritables psychologues – ont contaminé le reste du monde académique et ont profondément altéré la compréhension du monde par les gens.
En Grande Bretagne, plus que partout ailleurs, le fossé entre le débat public et la réalité économique est spectaculaire, ce qui peut donner l’impression que c’est le premier pays où quelque chose commence à craquer. Les travaillistes de centre-gauche étaient aux manettes pendant la bulle qui a précédé la crise, puis le dégagisme des électeurs a amené à une série de gouvernements conservateurs qui ont rapidement découvert que la rhétorique austéritaire – Churchill évoquait le sacrifice collectif pour le bien public – était bien perçue par les britanniques, ce qui leur a permis de gagner en popularité tout en menant des politiques consistant à tailler dans ce qui restait de l’État providence et à redistribuer les ressources vers le haut, vers les riches. « Il n’y a pas d’arbre magique qui donne de l’argent », pour reprendre la formule de Theresa May lors de la campagne éclair de 2017. C’est la seule phrase de l’une des campagnes les plus ternes de l’histoire britannique qui vaut la peine d’être gardée en mémoire. Elle a été répétée à l’envi dans les médias dès que quelqu’un demandait pourquoi le Royaume-Uni était le seul pays d’Europe occidentale à faire payer les frais de scolarité à l’université, ou s’il était bien nécessaire de laisser tant de gens à la rue.
Le plus extraordinaire, dans la phrase de May, c’est qu’elle est fausse. Il y a plein d’arbres magiques qui produisent de l’argent en Grande-Bretagne, comme dans les autres pays développés. Ils s’appellent les « banques ». L’argent moderne étant simplement du crédit, les banques peuvent créer de la monnaie à partir de rien, tout simplement en accordant des prêts. C’est ainsi qu’a été créé l’essentiel de la monnaie qui circule aujourd’hui en Grande-Bretagne. Non seulement les gens l’ignorent très largement, mais une enquête récente menée par le Groupe de Recherche britannique Positive Money a révélé le chiffre incroyable de 85% des parlementaires qui n’ont aucune idée de la provenance de la monnaie (la plupart semblaient penser qu’elle provenait de la Monnaie Royale).
Les économistes, pour des raisons évidentes, ne peuvent pas totalement ignorer le rôle des banques, cependant ils ont consacré une bonne partie du XXe siècle à débattre de ce qui se passe réellement quand on fait une demande de prêt. Une des écoles de pensée veut que les banques puisent dans leurs réserves, l’autre qu’elles produisent de l’argent frais, mais seulement sur la base d’un effet multiplicateur (pour que votre prêt auto puisse toujours être considéré comme adossé au fond de pension d’une grand-mère à la retraite). Seule une minorité – la plupart des économistes hétérodoxes, des post-keynésiens et des tenants de la théorie monétaire moderne – soutient ce que l’on appelle la « théorie de la création de crédit par les banques », selon laquelle il leur suffit d’un coup de baguette magique pour faire apparaître l’argent en ayant la certitude que même si elles accordent un million de dollars au client, le bénéficiaire finira par le leur rendre en remboursant et que dans l’ensemble du système, les dettes et les crédits finissent pas se compenser. De ce point de vue, au lieu de considérer les prêts comme reposant sur des dépôts, on considère que ces sont les dépôts eux-mêmes qui sont le résultat des prêts.
La seule chose à laquelle personne n’a jamais pensé, c’est à décrocher un boulot dans une banque pour découvrir ce qui se passe quand on y demande un prêt. C’est précisément ce qu’a fait, en 2014, un économiste allemand nommé Richard Werner, aussi a-t-il découvert qu’en fait, les gestionnaires de prêts ne regardent pas ce qu’ils ont réellement en caisse, les réserves ou autres. Ils créent simplement de l’argent à partir de rien, ou, comme il préférait le dire, de la « poudre de perlimpinpin ».
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
Affichage des articles dont le libellé est david graeber. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est david graeber. Afficher tous les articles
lundi 16 décembre 2019
mercredi 16 octobre 2019
Crise néolibérale
Psychopathologie du néolibéralisme : "Une gare c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent [dans leur investissement, leur Start-up] et les gens qui ne sont rien" Emmanuel Macron (29 juin 2017)
* * *
Travail, salaire, profit (France, 2019)
Travail, salaire, profit (France, 2019)
Gérard Mordillat et Bertrand Rothé interrogent des chercheurs internationaux sur les concepts fondamentaux de l’économie. Une plongée passionnante, à l'heure où le néolibéralisme traverse une crise profonde. Premier volet : la notion de "travail", hier et aujourd'hui.
Certains mots sont d’un usage si courant qu’on finit par les utiliser sans en interroger le sens. Comme celui de "travail". Depuis la nuit des temps l’homme travaille : une activité qui n'a pourtant pas cessé d'évoluer depuis le paléolithique. Qu'est-ce que le travail aujourd’hui ? Est-il devenu une marchandise ? Qu'achète-t-on sur le marché du travail ? Pourquoi et comment est apparu le Code du travail ?
Crise néolibérale
La série documentaire Travail, salaire, profit nous entraîne dans les arcanes de l'économie mondiale, jugée bien souvent trop opaque pour en saisir tous les tenants et les aboutissants. L'étude de cas, didactique et passionnante, est pourtant salutaire, à l'heure d'une crise massive du capitalisme, notamment via son avatar contemporain, le néolibéralisme, rejeté en bloc par une grande partie de la société. Après Jésus et l'islam, avec Jérôme Prieur, et Mélancolie ouvrière, Gérard Mordillat, accompagné de l'économiste Bertrand Rothé, signe une réflexion creusée et lucide sur cette "nouvelle religion contemporaine", via le témoignage d'économistes renommés, dont Frédéric Lordon et David Graeber.
Source : Arte
* * *
L’économie sidère. Pour le citoyen ou la citoyenne, elle est réputée si dangereuse qu’on n’ose l’affronter. Seuls des experts auto-désignés prétendent pouvoir le faire. Ils tiennent le public à distance en créant une infranchissable barrière de sécurité derrière un jargon compris d’eux seuls.
C’est pourquoi trop souvent l’économie ne se discute pas, elle s’impose à nous. C’est ce que veulent nous faire croire la plupart des « voix » dans les médias et chez les responsables politiques. Mettant en lumière les concepts fondamentaux de l’économie : le travail, l’emploi, le salaire, le capital, le profi t, le marché, Les Lois du capital prouve que l’on peut parfaitement débattre de ce sujet qui gouverne nos existences quotidiennes.
Serait-il temps de tout changer ? Le système néolibéral qui régit notre société arriverait-il à son terme ? Serions-nous à un moment critique où, comme l’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître » ?
Quatrième de couverture
Gérard Mordillat et Bertrand Rothé, Les Lois du capital, Ed. du Seuil, 2019
Lire aussi : Inégalités mondiales : Le monde dans lequel nous vivons suit-il vraiment une courbe en cloche ? Par Jason Hickel, 2019, Les Crises (trad.) / Retour sur la panique à la Réserve fédérale en septembre 2019 et les solutions à la crise, par Eric Toussaint, 11 oct. 2019
dimanche 30 septembre 2018
Bullshit job ou Job à la con
MAJ de la page : David Graeber
LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
Les « jobs à la con » sont partout (et c’est à ça qu’on les reconnait…) 10/09/2018
avec David Graeber, Anthropologue, économiste
Auteur de : Bullshit Jobs, Ed. Les liens qui Libèrent, 2018
David Graeber, C'est quoi un "bullshit job" ?
Bullshit jobs - wikipedia
« Bullshit jobs » est une expression d'anglais américain signifiant littéralement « emplois à la con ». Elle désigne des tâches inutiles, superficielles et vides de sens effectuées parfois dans le monde du travail. Le terme est apparu sous la plume de l'anthropologue américain David Graeber qui postule que la société moderne repose sur l'aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et sans réel intérêt pour la société, mais qui permettent malgré tout de maintenir de l'emploi. Sa théorie, publiée en 2013 et largement médiatisée suscite de nombreuses controverses sur sa pertinence. Les psychologues du travail ont repris le concept pour décrire la pathologie du travailleur affecté par cette « démission intérieure » encore appelée « brown-out ».
La théorie de David Graeber
Keynes, en 1930, prédisait que les avancées technologiques permettraient d’ici la fin du xxe siècle de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Pourtant, si la robotisation du travail a bien eu lieu, la réduction du temps de travail n'est pas survenue dans les proportions attendues.
Selon David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, « la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont dû être créés et qui sont par définition, inutiles ». D'après lui, la société moderne repose sur l'aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société. Graeber précise: « C’est comme si quelqu’un inventait tout un tas d’emplois inutiles pour continuer à nous faire travailler. »
Graeber propose la méthode empirique suivante pour définir un bullshit job ou emploi inutile : on imagine la disparition de l'activité et on évalue l'impact sur la société. Si les infirmières, éboueurs ou mécaniciens venaient à disparaître, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques, écrit-il. Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. Mais qu'en est-il des marketeurs, financiers ou juristes, qui avouent eux-mêmes la vacuité de leur travail. Dans ces cas on peut parler de bullshit jobs.
Finalement, Graeber soutient que les bullshit jobs font partie d’un système qui maintient au pouvoir le capital financier : « La classe dirigeante s’est rendu compte qu’une population heureuse et productive avec du temps libre était un danger mortel ».
L’anthropologue remarque par ailleurs l’existence d’un corollaire paradoxal : plus un travail est utile à la société et moins il est payé. Et bien souvent déconsidéré, même si Graeber reconnaît quelques exceptions, comme les médecins. L’auteur conclut que le néolibéralisme en est paradoxalement arrivé au même point que les systèmes soviétiques de la deuxième moitié du xxe siècle, c’est-à-dire à employer un très grand nombre de personnes à ne rien faire. Une aberration à l’encontre des principes du capitalisme
Il divise les « bullshit jobs » en cinq catégories :
Les « faire-valoir », servant à mettre en valeur les supérieurs hiérarchiques ou les clients
Les « timbres-poste », recrutés par effet de mode
Les « sparadraps », employés pour résoudre des problèmes inexistants
Les « contremaîtres », surveillant des personnes travaillant déjà de façon autonome
Les « sbires », recrutés car les concurrents emploient déjà quelqu'un à ce poste
Source (et suite) du texte : wikipedia
LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
Les « jobs à la con » sont partout (et c’est à ça qu’on les reconnait…) 10/09/2018
avec David Graeber, Anthropologue, économiste
Auteur de : Bullshit Jobs, Ed. Les liens qui Libèrent, 2018
David Graeber, C'est quoi un "bullshit job" ?
Bullshit jobs - wikipedia
« Bullshit jobs » est une expression d'anglais américain signifiant littéralement « emplois à la con ». Elle désigne des tâches inutiles, superficielles et vides de sens effectuées parfois dans le monde du travail. Le terme est apparu sous la plume de l'anthropologue américain David Graeber qui postule que la société moderne repose sur l'aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et sans réel intérêt pour la société, mais qui permettent malgré tout de maintenir de l'emploi. Sa théorie, publiée en 2013 et largement médiatisée suscite de nombreuses controverses sur sa pertinence. Les psychologues du travail ont repris le concept pour décrire la pathologie du travailleur affecté par cette « démission intérieure » encore appelée « brown-out ».
La théorie de David Graeber
Keynes, en 1930, prédisait que les avancées technologiques permettraient d’ici la fin du xxe siècle de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Pourtant, si la robotisation du travail a bien eu lieu, la réduction du temps de travail n'est pas survenue dans les proportions attendues.
Selon David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, « la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont dû être créés et qui sont par définition, inutiles ». D'après lui, la société moderne repose sur l'aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société. Graeber précise: « C’est comme si quelqu’un inventait tout un tas d’emplois inutiles pour continuer à nous faire travailler. »
Graeber propose la méthode empirique suivante pour définir un bullshit job ou emploi inutile : on imagine la disparition de l'activité et on évalue l'impact sur la société. Si les infirmières, éboueurs ou mécaniciens venaient à disparaître, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques, écrit-il. Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. Mais qu'en est-il des marketeurs, financiers ou juristes, qui avouent eux-mêmes la vacuité de leur travail. Dans ces cas on peut parler de bullshit jobs.
Finalement, Graeber soutient que les bullshit jobs font partie d’un système qui maintient au pouvoir le capital financier : « La classe dirigeante s’est rendu compte qu’une population heureuse et productive avec du temps libre était un danger mortel ».
L’anthropologue remarque par ailleurs l’existence d’un corollaire paradoxal : plus un travail est utile à la société et moins il est payé. Et bien souvent déconsidéré, même si Graeber reconnaît quelques exceptions, comme les médecins. L’auteur conclut que le néolibéralisme en est paradoxalement arrivé au même point que les systèmes soviétiques de la deuxième moitié du xxe siècle, c’est-à-dire à employer un très grand nombre de personnes à ne rien faire. Une aberration à l’encontre des principes du capitalisme
Il divise les « bullshit jobs » en cinq catégories :
Les « faire-valoir », servant à mettre en valeur les supérieurs hiérarchiques ou les clients
Les « timbres-poste », recrutés par effet de mode
Les « sparadraps », employés pour résoudre des problèmes inexistants
Les « contremaîtres », surveillant des personnes travaillant déjà de façon autonome
Les « sbires », recrutés car les concurrents emploient déjà quelqu'un à ce poste
Source (et suite) du texte : wikipedia
dimanche 25 septembre 2016
Non merci
MAJ des pages : David Graeber / Etienne Chouard
Etienne Chouard à propos des Inuits (La Mutinerie, 2014)
"David Graeber nous explique une leçon fondamentale des Inuits :
Le passage sur les Inuits, c’est celui dans lequel «Graeber», ce gars-là, explique cette expérience formidable d’un anthropologue qui visite un Esquimau. Il part à la pêche avec eux et revient bredouille, car il n’a pas ramassé grand chose. Quand il rentre à son igloo, sa tente, il trouve plein de poissons d’un autre qui a eu une bonne pêche. Il a fait un tas de poissons et le lui a donné. Alors il lui dit merci, et l’autre s’indigne en disant «il faut pas dire merci!». L’Inuit répond :
« Dans notre pays nous sommes humains, et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Nous n’aimons pas entendre quelqu’un dire merci pour ça. Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain. Nous disons qu’avec les cadeaux nous faisons les esclaves, qu’avec les fouets on fait des chiens». "
Source (et suite) de la transcription : Etienne Chouard
En remettant en perspective l'histoire de la dette depuis cinq mille ans, David Graeber renverse magistralement les théories admises. Il démontre que l'endettement a toujours été une construction sociale fondatrice du pouvoir. Aujourd'hui encore, les économistes entretiennent une vieille illusion : celle que l'opprobre est forcément à jeter sur les débiteurs, jamais sur les créanciers. Et si l'unique moyen d'éviter l'explosion sociale était justement... d'effacer les dettes ? Cet essai essentiel et foisonnant, par une des plus grandes figures de la réflexion politique contemporaine (David Graeber a directement inspiré le mouvement Occupy Wall Street), permet de mieux comprendre l'histoire du monde, la crise du crédit en cours et l'avenir de notre économie.
Quatrième de couverture.
David Graeber, Dette - 5 000 ans d'histoire, Ed. Babel (poche), 2016
Commande sur Amazon : Dette : 5 000 ans d'histoire
Jeu de Société (Les Parasites, septembre 2016)
Etienne Chouard à propos des Inuits (La Mutinerie, 2014)
"David Graeber nous explique une leçon fondamentale des Inuits :
Le passage sur les Inuits, c’est celui dans lequel «Graeber», ce gars-là, explique cette expérience formidable d’un anthropologue qui visite un Esquimau. Il part à la pêche avec eux et revient bredouille, car il n’a pas ramassé grand chose. Quand il rentre à son igloo, sa tente, il trouve plein de poissons d’un autre qui a eu une bonne pêche. Il a fait un tas de poissons et le lui a donné. Alors il lui dit merci, et l’autre s’indigne en disant «il faut pas dire merci!». L’Inuit répond :
« Dans notre pays nous sommes humains, et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Nous n’aimons pas entendre quelqu’un dire merci pour ça. Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain. Nous disons qu’avec les cadeaux nous faisons les esclaves, qu’avec les fouets on fait des chiens». "
Source (et suite) de la transcription : Etienne Chouard
En remettant en perspective l'histoire de la dette depuis cinq mille ans, David Graeber renverse magistralement les théories admises. Il démontre que l'endettement a toujours été une construction sociale fondatrice du pouvoir. Aujourd'hui encore, les économistes entretiennent une vieille illusion : celle que l'opprobre est forcément à jeter sur les débiteurs, jamais sur les créanciers. Et si l'unique moyen d'éviter l'explosion sociale était justement... d'effacer les dettes ? Cet essai essentiel et foisonnant, par une des plus grandes figures de la réflexion politique contemporaine (David Graeber a directement inspiré le mouvement Occupy Wall Street), permet de mieux comprendre l'histoire du monde, la crise du crédit en cours et l'avenir de notre économie.
Quatrième de couverture.
David Graeber, Dette - 5 000 ans d'histoire, Ed. Babel (poche), 2016
Commande sur Amazon : Dette : 5 000 ans d'histoire
* * *
Jeu de Société (Les Parasites, septembre 2016)
samedi 16 avril 2016
Frédéric Lordon pour une réécriture de la Constitution
MAJ de la page : Nuit debout / Etienne Chouard / David Graeber / Frederic Lordon
Etienne Chouard, Que penses-tu du mouvement Nuit Debout ? (7 avril 2016 - playlist)
« Que la mobilisation ‘Nuit Debout’ doive aspirer à devenir Constituante », « c’est ce que je crois fondamentalement »
Frédéric Lordon (14 avril 2016 - cf . article ci-dessous)
Débat entre Frédéric Lordon et David Graeber : les Nuits debout doivent-elles rester sauvages ? (Attac, 12 avril 2016)
« Il faut cesser de dire ce que nous ne voulons pas pour commencer à dire ce que nous voulons »
Entretien avec Frédéric Lordon, le 14 avril 2016 - Il Manifesto / Reporterre (trad.)
Frédéric Lordon est économiste et philosophe. Il est une des figures intellectuelles du mouvement de la Nuit debout. L’entretien a été réalisé par Il Manifesto, le quotidien communiste italien, et reproduit sur Reporterre avec l’accord de Frédéric Lordon.
Quelle est l’origine du mouvement Nuit debout et quelles en sont les racines politiques ?
Frédéric Lordon — Au départ de ce mouvement, il y a le film de François Ruffin Merci patron ! Ce film raconte l’histoire d’un salarié licencié de LVMH pour qui Ruffin et son équipe réussissent à soutirer 40.000 euros à Bernard Arnault, l’un des plus grands patrons de France, et à le contraindre à réintégrer le salarié en CDI dans le groupe ! Ce film est tellement réjouissant et donne une telle énergie que nous sommes quelques-uns à nous être dit qu’il ne fallait pas la laisser perdre, qu’il fallait en faire quelque chose. Nous nous sommes dit, surtout, qu’il y avait peut-être là comme un détonateur. La situation générale nous semblait très ambivalente : sombre et désespérante à de nombreux égards, mais en même temps très prometteuse : saturée de colères et en attente de ce qui allait les faire précipiter. Le film pouvait être le catalyseur de ce précipité. Nous avons donc organisé une soirée fin février pour débattre de ce que nous pouvions faire à partir de ce film, et de ce que nous pouvions faire tout court. Il nous est apparu que le jeu institutionnel partidaire étant irrémédiablement sclérosé, il fallait un mouvement d’un autre type, un mouvement d’occupation où les gens se rejoignent sans intermédiaire, comme il y a eu OWS [Occupy Wall Street] aux États-Unis et 15-M [le mouvement des indignés] en Espagne. L’idée est partie d’une projection publique du film place de la République, à Paris, et puis d’y agréger toutes sortes de choses. Là-dessus, la loi El Khomri arrive, qui donne un formidable supplément de nécessité et d’élan à notre initiative. Le mot d’ordre est alors devenu : « Après la manifestation, on ne rentre pas chez nous. » Et nous sommes restés.
Etienne Chouard, Que penses-tu du mouvement Nuit Debout ? (7 avril 2016 - playlist)
« Que la mobilisation ‘Nuit Debout’ doive aspirer à devenir Constituante », « c’est ce que je crois fondamentalement »
Frédéric Lordon (14 avril 2016 - cf . article ci-dessous)
Débat entre Frédéric Lordon et David Graeber : les Nuits debout doivent-elles rester sauvages ? (Attac, 12 avril 2016)
* * *
« Il faut cesser de dire ce que nous ne voulons pas pour commencer à dire ce que nous voulons »
Entretien avec Frédéric Lordon, le 14 avril 2016 - Il Manifesto / Reporterre (trad.)
Comment Nuit debout pourrait-il éviter les écueils rencontrés par Occupy Wall Street aux États-Unis et le 15-M en Espagne ? En élargissant la base de la contestation, explique l’économiste Frédéric Lordon, et en dépassant le stade de la revendication pour dessiner un nouveau cadre, résumé dans la formule : « Non à la loi et au monde El Khomri. »
Frédéric Lordon est économiste et philosophe. Il est une des figures intellectuelles du mouvement de la Nuit debout. L’entretien a été réalisé par Il Manifesto, le quotidien communiste italien, et reproduit sur Reporterre avec l’accord de Frédéric Lordon.
Quelle est l’origine du mouvement Nuit debout et quelles en sont les racines politiques ?
Frédéric Lordon — Au départ de ce mouvement, il y a le film de François Ruffin Merci patron ! Ce film raconte l’histoire d’un salarié licencié de LVMH pour qui Ruffin et son équipe réussissent à soutirer 40.000 euros à Bernard Arnault, l’un des plus grands patrons de France, et à le contraindre à réintégrer le salarié en CDI dans le groupe ! Ce film est tellement réjouissant et donne une telle énergie que nous sommes quelques-uns à nous être dit qu’il ne fallait pas la laisser perdre, qu’il fallait en faire quelque chose. Nous nous sommes dit, surtout, qu’il y avait peut-être là comme un détonateur. La situation générale nous semblait très ambivalente : sombre et désespérante à de nombreux égards, mais en même temps très prometteuse : saturée de colères et en attente de ce qui allait les faire précipiter. Le film pouvait être le catalyseur de ce précipité. Nous avons donc organisé une soirée fin février pour débattre de ce que nous pouvions faire à partir de ce film, et de ce que nous pouvions faire tout court. Il nous est apparu que le jeu institutionnel partidaire étant irrémédiablement sclérosé, il fallait un mouvement d’un autre type, un mouvement d’occupation où les gens se rejoignent sans intermédiaire, comme il y a eu OWS [Occupy Wall Street] aux États-Unis et 15-M [le mouvement des indignés] en Espagne. L’idée est partie d’une projection publique du film place de la République, à Paris, et puis d’y agréger toutes sortes de choses. Là-dessus, la loi El Khomri arrive, qui donne un formidable supplément de nécessité et d’élan à notre initiative. Le mot d’ordre est alors devenu : « Après la manifestation, on ne rentre pas chez nous. » Et nous sommes restés.
vendredi 8 janvier 2016
A propos des métiers à la con !
MAJ de la page : David Graeber
Hors-champs par Laure Adler
David Graeber 04.01.2016
A propos des métiers à la con !
Par David Graeber, le 17 aout 2013 - Strike / Le Partage (trad.)
En 1930, John Maynard Keynes avait prédit que d’ici la fin du siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis mettent en place une semaine de travail de 15 heures. Tout laisse à penser qu’il avait raison. En termes technologiques, nous en sommes tout à fait capables. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au contraire, la technologie a été mobilisée dans le but de trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour cela, des emplois effectivement inutiles, ont dû être créés. Des populations entières, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent toute leur vie professionnelle à effectuer des tâches dont ils pensent secrètement qu’elles n’ont vraiment pas lieu d’être effectuées. Les dommages moraux et spirituels que cette situation engendre sont profonds. Ils sont une cicatrice sur notre âme collective. Et pourtant presque personne n’en parle.
Hors-champs par Laure Adler
David Graeber 04.01.2016
Par David Graeber, le 17 aout 2013 - Strike / Le Partage (trad.)
En 1930, John Maynard Keynes avait prédit que d’ici la fin du siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis mettent en place une semaine de travail de 15 heures. Tout laisse à penser qu’il avait raison. En termes technologiques, nous en sommes tout à fait capables. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au contraire, la technologie a été mobilisée dans le but de trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour cela, des emplois effectivement inutiles, ont dû être créés. Des populations entières, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent toute leur vie professionnelle à effectuer des tâches dont ils pensent secrètement qu’elles n’ont vraiment pas lieu d’être effectuées. Les dommages moraux et spirituels que cette situation engendre sont profonds. Ils sont une cicatrice sur notre âme collective. Et pourtant presque personne n’en parle.
jeudi 26 novembre 2015
La Turquie pourrait couper les filières de ravitaillement de l’État islamique.
La Turquie pourrait couper les filières de ravitaillement de l’État islamique. Pourquoi ne le fait-elle pas ?
Par David Graeber le 23 novembre 2015 - The Guardian / Le Partage (trad.)
David Graeber (1961) est un anthropologue et militant anarchiste US, théoricien de la pensée libertaire nord-américaine et figure de proue du mouvement Occupy Wall Street. » La paternité du slogan « Nous sommes les 99% » lui est parfois attribuée. Évincé de l’université de Yale en 2005, David Graeber, « l’un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon» selon le New York Times, est aujourd’hui professeur à la London School of Economics. Il est l’auteur notamment de Debt: The First 5,000 Years (Dette : les 5 000 premières années). (2011).
Les leaders occidentaux pourraient détruire l’État islamique en exigeant d’Erdoğan qu’il cesse ses attaques contre les forces kurdes en Syrie et en Turquie, et leur permettre de combattre l’ISIS sur le terrain.
Au lendemain des attentats meurtriers de Paris, nous pouvons attendre des chefs d’État occidentaux qu’ils fassent ce qu’ils font toujours en de telles circonstances : déclarer une guerre totale et permanente à ceux qui les ont commandités. Ils ne le souhaitent pas vraiment. Ils ont les moyens d’éradiquer et de détruire l’État Islamique depuis plus d’un an déjà. Ils ont tout simplement refusé de se servir de ces moyens. De fait, alors que le monde entendait les dirigeants proclamer leur implacable résolution lors du sommet du G20 à Antalya, ces mêmes dirigeants fricotent avec le président Turc, Recep Tayyip Erdoğan, un homme dont la politique, les décisions économiques, et même le soutien militaire contribuent ouvertement à permettre à l’ISIS de perpétrer les atrocités de Paris, sans mentionner le flux incessant de leurs atrocités au Moyen-Orient même.
mardi 27 octobre 2015
« Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »
MAJ de la page : David Graeber
Commande sur Amazon : Bureaucratie
David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »
Par Agnès Rousseaux, le 19 octobre 2015
Paperasse et formulaires ont envahi nos vies, et de plus en plus de gens pensent que leur travail est inutile, n’apportant aucune contribution au monde. Malgré ce que martèlent les ultralibéraux, ce n’est pas la faute de l’Etat et de ses fonctionnaires, mais celle des marchés et de leur financiarisation. « Toute réforme pour réduire l’ingérence de l’État aura pour effet ultime d’accroître le nombre de règlementations et le volume total de paperasse », explique ainsi David Graeber, anthropologue états-unien et tête de file du mouvement Occupy Wall Street, dans son nouvel ouvrage Bureaucratie. Il appelle la gauche à renouveler sa critique de cette « bureaucratie totale » avec laquelle nous nous débattons au quotidien.
Basta ! : Vous dites que nous sommes désormais immergés dans une ère de « bureaucratie totale ». Quels en sont les signes ?
David Graeber [1] : Il suffit de mesurer le temps que nous consacrons à remplir des formulaires. Quelqu’un a calculé que les citoyens états-uniens passent en moyenne six mois de leur vie à attendre que le feu passe au vert. Personne n’a calculé combien de temps nous passons à remplir des formulaires ! Peut-être une année entière… C’est la première fois dans l’histoire que nous atteignons ce niveau de bureaucratie.
Le nombre d’occurrences du mot « bureaucratie » augmente dans les livres jusqu’en 1974, puis diminue. Mais les mots que l’on associe généralement aux procédures bureaucratiques, comme « paperasse », « documents à fournir », ou « évaluation de rendement », augmentent de manière continue et dramatique. Nous sommes donc encerclés par des procédures bureaucratiques, mais nous ne les identifions plus comme telles. C’est ce que j’ai essayé d’analyser dans mon livre.
Le sociologue Max Weber affirmait déjà que le 19e siècle avait inauguré l’ère bureaucratique. En quoi la situation est-elle nouvelle ?
La différence, c’est que la bureaucratie est si totale que nous ne la voyons plus. Dans les années 1940 et 1950, les gens se plaignaient de son absurdité. Aujourd’hui, nous n’imaginons même plus une manière d’organiser nos vies qui ne soit pas bureaucratique ! Ce qui également nouveau, c’est la création de la première bureaucratie planétaire. Un système d’administration que personne n’identifie pourtant comme une bureaucratie, car il est surtout question de libre-échange. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? La création de traités internationaux et d’une classe entière d’administrateurs internationaux qui régulent les choses, tout en appelant ce processus « dérégulation ».
David Graeber : "La méfiance engendre la bureaucratie, qui elle-même engendre de la violence (Ce Soir ou Jamais, 9 octobre 2015)
David Graeber, Bureaucratie, Ed. Les liens qui libèrent, 2015Commande sur Amazon : Bureaucratie
David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »
Par Agnès Rousseaux, le 19 octobre 2015
Paperasse et formulaires ont envahi nos vies, et de plus en plus de gens pensent que leur travail est inutile, n’apportant aucune contribution au monde. Malgré ce que martèlent les ultralibéraux, ce n’est pas la faute de l’Etat et de ses fonctionnaires, mais celle des marchés et de leur financiarisation. « Toute réforme pour réduire l’ingérence de l’État aura pour effet ultime d’accroître le nombre de règlementations et le volume total de paperasse », explique ainsi David Graeber, anthropologue états-unien et tête de file du mouvement Occupy Wall Street, dans son nouvel ouvrage Bureaucratie. Il appelle la gauche à renouveler sa critique de cette « bureaucratie totale » avec laquelle nous nous débattons au quotidien.
Basta ! : Vous dites que nous sommes désormais immergés dans une ère de « bureaucratie totale ». Quels en sont les signes ?
David Graeber [1] : Il suffit de mesurer le temps que nous consacrons à remplir des formulaires. Quelqu’un a calculé que les citoyens états-uniens passent en moyenne six mois de leur vie à attendre que le feu passe au vert. Personne n’a calculé combien de temps nous passons à remplir des formulaires ! Peut-être une année entière… C’est la première fois dans l’histoire que nous atteignons ce niveau de bureaucratie.
Le nombre d’occurrences du mot « bureaucratie » augmente dans les livres jusqu’en 1974, puis diminue. Mais les mots que l’on associe généralement aux procédures bureaucratiques, comme « paperasse », « documents à fournir », ou « évaluation de rendement », augmentent de manière continue et dramatique. Nous sommes donc encerclés par des procédures bureaucratiques, mais nous ne les identifions plus comme telles. C’est ce que j’ai essayé d’analyser dans mon livre.
Le sociologue Max Weber affirmait déjà que le 19e siècle avait inauguré l’ère bureaucratique. En quoi la situation est-elle nouvelle ?
La différence, c’est que la bureaucratie est si totale que nous ne la voyons plus. Dans les années 1940 et 1950, les gens se plaignaient de son absurdité. Aujourd’hui, nous n’imaginons même plus une manière d’organiser nos vies qui ne soit pas bureaucratique ! Ce qui également nouveau, c’est la création de la première bureaucratie planétaire. Un système d’administration que personne n’identifie pourtant comme une bureaucratie, car il est surtout question de libre-échange. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? La création de traités internationaux et d’une classe entière d’administrateurs internationaux qui régulent les choses, tout en appelant ce processus « dérégulation ».
mercredi 8 avril 2015
Innombrables expériences démocratiques
MAJ de la page : Etienne Chouard / David Graeber
Innombrables expériences démocratiques (chez David Graeber, Francis Dupuis-Deri et Marcus Rediker)
par Etienne Chouard, le 28 Juillet 2014 - Kaizen Magazine
David Graeber est épatant. Après m’avoir remué en profondeur sur le sujet de la monnaie avec son livreDette : 5 000 ans d’histoire, voici qu’il me retourne sur celui de la démocratie avec son livre La démocratie aux marges (avec une passionnante préface d’Alain Caillé).
Après m’avoir fait comprendre que presque tout ce qu’on nous apprend en « économie » sur la monnaie et la dette est un tissu de contresens, voilà que David me fait réaliser, à moi qui justement croyais avoir déjà fait un bon travail de démystification sur le plan politique autour de la démocratie, que j’ai encore un étage à monter pour prendre conscience des erreurs courantes en la matière. Cet anthropologue observe les sociétés humaines réelles, y compris et surtout les communautés dont l’imaginaire n’a pas encore été colonisé par les marchands (et leurs armées), les sociétés qu’on appelle « primitives » et qui sont, en fait, à bien des égards, plus humaines et plus généreuses que nous, stupides consommateurs matérialistes et compétiteurs égoïstes – décervelés par la réclame et les jeux du cirque – que nous sommes devenus.
Du point de vue de l’anthropologue Graeber, Athènes n’est pas la seule démocratie au monde, loin de là, et c’en est même une version plutôt dégradée (militaire et brutale), alors que toutes les sociétés sans État se sont organisées ─ et s’organisent encore, naturellement, spontanément ─ de façon démocratique ! C’est-à-dire en se réunissant tous pour discuter ensemble et décider ensemble, et presque toujours sans voter ! En cherchant toujours le consensus, sorte de quasi-unanimité… Cornegidouille, ça secoue !
Innombrables expériences démocratiques (chez David Graeber, Francis Dupuis-Deri et Marcus Rediker)
par Etienne Chouard, le 28 Juillet 2014 - Kaizen Magazine
David Graeber est épatant. Après m’avoir remué en profondeur sur le sujet de la monnaie avec son livreDette : 5 000 ans d’histoire, voici qu’il me retourne sur celui de la démocratie avec son livre La démocratie aux marges (avec une passionnante préface d’Alain Caillé).
Après m’avoir fait comprendre que presque tout ce qu’on nous apprend en « économie » sur la monnaie et la dette est un tissu de contresens, voilà que David me fait réaliser, à moi qui justement croyais avoir déjà fait un bon travail de démystification sur le plan politique autour de la démocratie, que j’ai encore un étage à monter pour prendre conscience des erreurs courantes en la matière. Cet anthropologue observe les sociétés humaines réelles, y compris et surtout les communautés dont l’imaginaire n’a pas encore été colonisé par les marchands (et leurs armées), les sociétés qu’on appelle « primitives » et qui sont, en fait, à bien des égards, plus humaines et plus généreuses que nous, stupides consommateurs matérialistes et compétiteurs égoïstes – décervelés par la réclame et les jeux du cirque – que nous sommes devenus.
Du point de vue de l’anthropologue Graeber, Athènes n’est pas la seule démocratie au monde, loin de là, et c’en est même une version plutôt dégradée (militaire et brutale), alors que toutes les sociétés sans État se sont organisées ─ et s’organisent encore, naturellement, spontanément ─ de façon démocratique ! C’est-à-dire en se réunissant tous pour discuter ensemble et décider ensemble, et presque toujours sans voter ! En cherchant toujours le consensus, sorte de quasi-unanimité… Cornegidouille, ça secoue !
mardi 7 avril 2015
David Graeber et l'histoire de la dette
David Graeber (né le 12 février 1961) est un anthropologue et militant anarchiste américain, « l’un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon selon le New York Times », sans doute une exagération datant de l'époque du mouvement Occupy Wall Street.
Évincé de l'Université de Yale en 2005, cette figure majeure de la pensée libertaire nord-américaine est aujourd'hui professeur à la London School of Economics.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Bibliographie :
- Pour une anthropologie anarchiste, Lux Éditeur, 2006
- Dette : 5000 ans d'histoire, Ed. Les liens qui libèrent, 2013
- La Démocratie Aux Marges, Ed. Le Bord de l'eau, 2014
- Comme si nous étions déjà libres, Lux Éditeur, 2014
- Des fins du capitalisme : Possibilités I, Ed. Payot, 2014
David Graeber, Dette : 5000 ans d'histoire sur (Radio grenouille, 2014)
Commande sur Amazon : Dette : 5000 ans d'histoire
Évincé de l'Université de Yale en 2005, cette figure majeure de la pensée libertaire nord-américaine est aujourd'hui professeur à la London School of Economics.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Bibliographie :
- Pour une anthropologie anarchiste, Lux Éditeur, 2006
- Dette : 5000 ans d'histoire, Ed. Les liens qui libèrent, 2013
- La Démocratie Aux Marges, Ed. Le Bord de l'eau, 2014
- Comme si nous étions déjà libres, Lux Éditeur, 2014
- Des fins du capitalisme : Possibilités I, Ed. Payot, 2014
David Graeber, Dette : 5000 ans d'histoire sur (Radio grenouille, 2014)
Commande sur Amazon : Dette : 5000 ans d'histoire
Inscription à :
Articles (Atom)