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mardi 12 janvier 2016

Lettre à l’éléphant


Lettre à l’éléphant (par Romain Gary) 

Parce que cette lettre de 1968 est toujours aussi pertinente, 48 ans après, nous la republions.
Source : Le Partage

Monsieur et cher éléphant,

Vous vous demanderez sans doute en lisant cette lettre ce qui a pu inciter à l’écrire un spécimen zoologique si profondément soucieux de l’avenir de sa propre espèce. L’instinct de conservation, tel est, bien sûr ce motif. Depuis fort longtemps déjà, j’ai le sentiment que nos destins sont liés. En ces jours périlleux « d’équilibre par la terreur », de massacres et de calculs savants sur le nombre d’humains qui survivront à un holocauste nucléaire, il n’est que trop naturel que mes pensées se tournent vers vous.

À mes yeux, monsieur et cher éléphant, vous représentez à la perfection tout ce qui est aujourd’hui menacé d’extinction au nom du progrès, de l’efficacité, du matérialisme intégral, d’une idéologie ou même de la raison car un certain usage abstrait et inhumain de la raison et de la logique se fait de plus en plus le complice de notre folie meurtrière. Il semble évident aujourd’hui que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes.

C’est dans une chambre d’enfant, il y a près d’un demi-siècle, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Nous avons pendant des années partagé le même lit et je ne m’endormais jamais sans embrasser votre trompe, sans ensuite vous serrer fort dans mes bras jusqu’au jour où ma mère vous emporta en disant, non sans un certain manque de logique, que j’étais désormais un trop grand garçon pour jouer avec un éléphant. Il se trouvera sans doute des psychologues pour prétendre que ma « fixation » sur les éléphants remonte à cette pénible séparation, et que mon désir de partager votre compagnie est en fait une forme de nostalgie à l’égard de mon enfance et de mon innocence perdues. Et il est bien vrai que vous représentez à mes yeux un symbole de pureté et un rêve naïf, celui d’un monde où l’homme et la bête vivraient pacifiquement ensemble.

vendredi 19 décembre 2014

Adieu l’enfance






Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Adieu l’enfance
(1/4) : Lyotard, l'enfance n'a pas d'âge 15.12.2014
avec Paul Audi, , philosophe. Il enseigne actuellement à l'Université de Paris Descartes
(2/4) : L’étrange histoire de Benjamin Button 16.12.2014
avec Philippe Jaworski, professeur émérite de littérature américaine à l'université Paris-Diderot;
(3/4) : Gary, La promesse de l'aube et La vie devant soi 17.12.2014
avec Julien Roumette, enseigne la littérature à l'université de Toulouse le Mirail - Jean Jaurès.
(4/4) : Descartes, faut-il tuer les enfants ? 18.12.2014
avec Thibaut Gress, philosophe, professeur au lycée et chargé de cours à l’université.
   
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