Par Bruno Guigne, le 8 octobre 2016 - Bruno Guigne
Prix Nobel de la Paix, 2009
C'est le moins qu'on puisse dire : la fin de l'ère Obama sent la poudre. Le chef d'état-major des forces armées US, Mark Milley, vient de déclarer qu'un "conflit extrêmement meurtrier" avec la Russie est "quasiment certain". Pour ceux qui auraient des doutes sur la nature de ce conflit, le secrétaire à la Défense de l'administration Obama, Ashton Carter, s'était chargé de les dissiper. Avec ses cheveux bien peignés, la raie sur le côté, il nous a doctement rappelé que les USA se réservaient le droit d'effectuer une "première frappe nucléaire" contre tout ennemi potentiel.
Cette doctrine d'emploi de l'arme atomique n'est pas nouvelle. Admiratif du modèle israélien, le Pentagone croit depuis longtemps aux vertus combinées de l'attaque préventive et du feu nucléaire. "Le maintien d'une possibilité de tirer les premiers a été notre politique depuis longtemps et fait partie de nos plans pour l'avenir", précise Ashton Carter. Contrairement à la France, les USA ne tiennent pas l'arme nucléaire pour un argument de dernier recours. Elle n'est pas une arme de "dissuasion du faible au fort". Elle n'a pas pour vocation d'éviter, par la crainte des représailles, une agression qui menacerait les intérêts vitaux de la nation.
Pour Washington, l'arme suprême est une arme offensive destinée à anéantir la menace, et non à la dissuader. On pourrait la résumer par la formule suivante : la meilleure défense c'est l'attaque, et tant qu'on y est, il vaut mieux atomiser l'ennemi. A Washington, cette doctrine a pignon sur rue. Elle est inscrite noir sur blanc dans les documents officiels. Mais grâce au président Obama, cette doctrine mortifère aura connu une nouvelle jeunesse sous son second mandat. En tenant ce discours de matamore, il entend donner toute sa crédibilité à une politique belliciste qui sera amplifiée par Hillary Clinton si elle accède à la Maison Blanche. Pour ceux qui croyaient à la fable d'un gentil président manipulé par les démons néo-conservateurs du Pentagone, on imagine que c'est la douche froide.
Ces déclarations martiales sont des rodomontades, dira-t-on. Escalade purement verbale, effets de manche sans conséquences ! Ce n'est pas parce qu'ils adressent des menaces qu'ils passeront à l'acte. Certes, mais il y a des données objectives. Le budget militaire US représente neuf fois celui de la Russie, il pèse à lui seul la moitié des dépenses militaires mondiales, les USA n'ont pas hésité en 1945 à utiliser l'arme nucléaire, et on ne sait jamais jusqu'où peut conduire l'ivresse de la puissance. Hillary Clinton a dit un jour que le formidable arsenal dont dispose la "nation exemplaire" ne présentait aucun intérêt si l'on répugnait à s'en servir pour de vrai. A bon entendeur ! Cette Amérique dont elle promet le retour n'hésitera pas à vitrifier ceux qui entravent sa marche grandiose vers la gouvernance planétaire.
