vendredi 23 juillet 2010

Stephen Jourdain


Stephen Jourdain (8 janvier 1931 - 19 février 2009), qui nous accueille chaleureusement dans sa maison auvergnate, située immédiatement en contrebas du Puy de Dôme, au cœur des volcans, n’a rien d’un ésotériste fumeux (même s’il fume énormément en avalant force tasses de café). Cet ancien agent immobilier de Montparnasse essaie simplement de décrire au plus près ce qu’il vit intimement depuis plus de quarante ans, hors de toute influence religieuse ou philosophique. Pour ce faire, il emploie un langage à la fois chrétien et païen qu’il incurve et infléchit selon son génie personnel. Ses paradoxes ne sont pas coquetteries d’auteur, ni ses obscurités vanité d’hermétiste.
A ses yeux, le sacré dans toute sa sublimité, se révèle plus « au ras des pâquerettes » que dans les édifices orgueilleux de la dévotion.
La « bonne nouvelle » qu’il délivre exige à la fois un regard d’enfant et une vigilance de tous les instants.
Il est impératif de « veiller », de laisser brûler le « je suis » fondamental sans l’abandonner jamais dans les cendres de ses attributs.
La poésie, nullement confinée dans un bel objet littéraire, sera ainsi vécue dans la rosée adamantine du premier jour de la création. Et des larmes de joie (Deus volens) ruisselleront sur vos joues.
« La poésie, affirme-t-il , est la matrice de la réalité et la réalité est la matrice de la poésie ».
Ajoutons que Stephen Jourdain n’a aucun respect pour les vérités dites « objectives » que l’on range comme des « faits » sur les étagères du savoir. A notre époque consensuelle, mercantile et technique, son cri est libérateur.
Source du texte : Stephen Jourdain


Bibliographie :

- L'irrévérence de l'éveil. Ed. Acarias, 1992.
- Cahier d'éveil, 1, 2. Ed. du Relié.
- Première personne. Ed. Les deux océans.
- L'illumination sauvage. Ed. Dervy.
- Une promptitude céleste. Ed. du Relié.
- Le grand plongeon. Ed. Le mercure dauphinois.
- Una, un amour philosophal. Ed. du Relié.
- Voyage au centre de soi. Ed. Accarias.
- Moi, l'évidence heureuse. Ed. Accarias.
- La bienheureuse solitude de l'âme. Ed. Acarias.

- Le Miracle de l'être, Ed. Charles Antoni L'Originel, 2012
Autres publications

Interviews : 3e Millénaire
Voir aussi la page : Le Cogito de Jourdain 



FANTAISIE EN JE MAJEUR
Pas besoin de peyotl ! De mon âme raisonnante
Je fais des confettis, moisissure est le nom
De ce moi pleurnichard : j'y sème l'épouvante
Et la banalité devient un long frisson.



Entretien (extrait) :

Dans quel contexte « l’éveil » s’est-il produit ? Je veux dire : qui était ce jeune garçon que vous étiez alors ? Avait-il des centres d’intérêt particuliers ?

Il en avait essentiellement un, qu’il creusait avec un zèle peu commun, excessif même : son propre centre.


Expliquez-vous…

Chaque homme, je le suppose, une fois au moins dans son existence, est tombé en arrêt, comme foudroyé, devant ce mystère des mystères : mon être intérieur s’apparaissant à lui-même. Devant le phénomène de la conscience.

Je me sais !!! Et que resterait-il de ce moi sans cette connaissance ?!!!
Une telle rencontre est plus qu’un dessillement, c’est un choc.
Eh bien, pendant toute mon enfance cette commotion a été là, à l’état diffus… Au cours des mois qui ont précédé « l’éveil », elle a acquis des traits précis.

Quels étaient-ils
?
La conscience de moi m’apparaissait clairement comme étant un infini. La saisie consciente, en s’accomplissant, ouvrait en son propre sein une profondeur dans laquelle elle se réitérait un nombre infini de fois ; chaque nouvelle saisie se trouvant comme emboîtée dans la précédente, et relançant le développement du phénomène. Je me sais engendrait je me sais me sachant qui engendrait je me sais me sachant me sachant qui engendrait… qui engendrait…
Le processus ne tendait pas vers l’infini, il l’atteignait : au cœur du potache que j’étais se dilatait un infini des plus sérieux …
Un fait m’intriguait énormément. En vérité, bien plus qu’à ma curiosité, c’est à ma vie qu’il lançait un défi …La conscience de moi était un infini, cet infini était en moi, s’accomplissait en moi – ceci indéniablement ; …et pourtant, je ne réussissais à pénétrer personnellement, humainement, que sa frange ; je me sais m’était accessible, je me sais me sachant l’était aussi, je me sais me sachant me sachant l’était encore – mais déjà la difficulté était devenue immense ; en fait, c’était là une barrière infranchissable. L’infini de la conscience de moi était en mon esprit, mais, d’une certaine façon, j’en étais séparé, exclu ; il m’était impossible de l’assumer en tant que personne humaine.
Dans les jours qui ont précédé immédiatement « l’éveil », j’ai tenté cent fois d’entrer plus avant dans cette conscience, de forcer la barrière dont je parlais. En vain…
Et puis, un soir, à l’occasion d’une empoignade intellectuelle farouche, féroce même, avec une énigme philosophique tout à fait étrangère à mon travail sur la conscience de moi, « l’éveil », soudain, a surgi.
Et ce fut comme si l’infini de la conscience de moi, pris de pitié pour ce garçon qui, avec tant de zèle, cherchait à y entrer, avait, d’un coup, décidé d’accéder à son vœu, pur de toute arrière-pensée d’appropriation ; et lui avait ouvert grandes ses portes, qui, après tout, étaient celles de sa maison …

Et c’est ainsi qu’un galopin affublé de Knickerbockers fut transmué en un infini de conscience…

Vous faites erreur : je portais déjà des pantalons longs.

Source : Stephen Jourdain




 


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