vendredi 28 octobre 2011

Aziz Nasafî


Parmi les écrivains soufis, ‘Azîz Nasafî est l’un des plus anciennement connus en Europe, bien que son oeuvre soit en majeure partie inédite; les manuscrits de ses oeuvres sont pourtant très nombreux, et il a été beaucoup lu. Cela ne va pas sans inconvénients: ses écrits ont bien souffert de leur popularité et leur tradition manuscrite est très compliquée. L’établissement d’éditions sûres, telle que celle qui est ici présentée, est donc indispensable à l’étude d’un auteur incontournable : avec sa théosophie, de structure ismaélienne et d’affinités duodécimaines, Nasafi apparaît comme le représentant d’un de ces mouvements shî’ites dont le bouillonnement est si caractéristique pour les deux siècles qui séparent l’époque des Mongols de celle des Safavides.
Source du texte : ifriran


Bibliographie :
- Le Livre de l'Homme parfait, Ed. Institut de Recherche en Iran, 2005
- Le Livre de l'Homme parfait, Ed. Fayard,
Extrait dans :  Le Livre des Sagesses, sous la direction de Frédérique Lenoir, Ed. Bayard, 2004.
Etude en ligne :
Aziz Nasafi et l'expérience visionnaire par Llyod Ridgeon : Journal Soufi


O Derviche! Le pèlerin sur la première voie est celui qui, chaque jour, découvre et retient une chose qu'il ignorait. Le pèlerin sur la seconde est celui qui, chaque jour, oublie une chose de ce qu'il savait. Sur le premier chemin, le devoir est, chaque jour, de noircir un morceau de la page blanche. Sur le second, tout l'emploi du temps est, chaque jour, de blanchir une partie du coeur noirci.
Extrait de : Le Livre de l'Homme Parfait
Source du texte : Fayard

O Derviche ! Il faut atteindre cet Océan englobant, cette lumière illimitée et voir cette lumière. Il faut regarder sous cette Lumière afin d'être délivré de l’idolâtrie. Alors, incarnation et identification sont réfutées; désaveu et reniement, levés. La paix, avec toutes les créatures du monde s'établit. Lorsque tu parviens à cette Lumière et la vois, tu sais et vois avec certitude qu'elle est le support du monde et des étants; qu'il n'est pas un atome d'entre les atomes qui ne participe à cette Lumière divine, qui ne soit englobé par elle, qui n'en soit averti, qui n'en soit l'expression. Toute la création, comparée à sa grandeur, est comme une goutte d'eau à côté de l'océan - que dis-je ! moins encore. Tous les étants ont une limite, l'essence de la Lumière est illimitée. Ce qui est limité ne saurait d'aucune manière être comparé à ce qui est illimité. Tous les étants, d'emblée, sont les épiphanies de Ses attributs. Donc, quels que soit le côté vers lequel on se tourne, c'est toujours vers elle que l'on se tourne. Quelle que soit la chose que l'on adore, c'est toujours elle que l'on adore, quand bien même on l'ignore.
Mon vénéré Maître me rapportait ainsi : "J'accédai à cette Lumière et la vis. C'était une Lumière illimitée, infinie; un Océan sans fond et sans rive. Sous cette Lumière, je restai ébloui. Le dormir, le boire, le manger, toute notion de perte et de profit me quittèrent. Je m'ouvris de cet état à mon Maître. Celui-ci m'ordonna d'aller sur le lieu de la moisson d'un quidam et d'en prélever une poignée de paille sans la permission de Dieu. Ainsi fis-je; et je ne vis plus la lumière. - Ah, Maître ! dis-je, cette lumière ne relève pas des sens. Elle ne saurait être vue par les yeux de chair; elle ne le pourrait que par les yeux du secret. - Ami ! répondit le Maître, cette lumière peut être vue, et par les yeux de chair, et par les yeux du secret. - Maître ! Le signe de celui qui a atteint cet Océan de lumière est qu'il est immergé en lui. Désormais il ne se voit plus lui-même : il ne voit que l'Océan. - La contemplation ne dure pas, dit-il. - Maître ! La contemplation est une chose; la vision en est une autre. - La contemplation ne dure pas, reprit-il, alors que la vision est éternelle."
O Derviche ! Atteindre cette Lumière, voir cet Océan, est chose difficile à l'extrême; c'est là le rang suprême. Pour y accéder, il faut s'astreindre à l'ascèse et au travail, avec constance, des années durant. L'ascèse passagère de celui qui est préoccupé par les affaires du monde est vaine - elle n'ouvre aucune porte.
O Derviche ! Si tu as l'énergie spirituelle de cette entreprise et veux t'y adonner, renonce d'abord à toute autre. Brise les idoles, n'aie plus qu'une seule direction, une seule quibla, acquiers la concentration et le détachement. Alors, au commerce d'un Sage, de nombreuses années durant, montre-toi constant en ascétisme et en effort, afin, en premier lieu de rendre pur et limpide le miroir de ton corps - que celui-ci devienne transparent et apte à recevoir la lumière. C'est là le début de l'épreuve. Ensuite, par le polissage du travail assidu, rends pur et brillant le miroir de ton coeur et la Lumière de Dieu viendra s'y réfléchir. C'est là la terme de l'épreuve, Une fois la Lumière de Dieu apparue, le pèlerin sait et voit avec certitude que Dieu est en tout. "Il faut Ta lumière pour Te voir". Quand le pelerin arrive à cette Lumière illimitée, infinie, à cet Océan sans fond, sans rive - Cette Lumière même, par l'éloquence silencieuse, devient son guide. (...)
Extrait de : Le Livre de l'Homme parfait


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