lundi 26 novembre 2012

Clément Rosset








Clément Rosset (Carteret, Manche, 1939). Ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm), agrégé de philosophie, docteur ès lettres, il a enseigné pendant 30 ans la philosophie à l'Université de Nice.
Source du texte : Clément Rosset
Autre biographie : wikipedia


Bibliographie :
- La Philosophie tragique, Paris, Presses Universitaires de France, 1961
- Le Monde et ses remèdes, Paris, Presses universitaires de France, Paris, 1964
- Lettre sur les chimpanzés : plaidoyer pour une humanité totale, Paris, Gallimard, 1965, rééd. 1999
- Schopenhauer, philosophe de l’absurde, Paris, Presses universitaires de France, 1967, 2010
- L’Esthétique de Schopenhauer, Paris, Presses universitaires de France, 1969
(sous le pseudonyme de Roger Crémant) Les matinées structuralistes, suivies d’un Discours sur l’écrithure (sic), Paris, R. Laffont, 1969
- Logique du pire : éléments pour une philosophie tragique, Paris, Quadrige, 1971
- L’Anti-nature : éléments pour une philosophie tragique, Paris, Presses Universitaires de France, 1973
- Le Réel et Son Double : essai sur l’illusion, Paris, Gallimard, 1976
- Le Réel : Traité de l’idiotie, Paris, Éditions de Minuit, 1977
- Propos sur le cinéma, Paris, Presses universitaires de France, 1977
- L’Objet singulier, Paris, Éditions de Minuit, 1979
- La Force majeure, Paris, Éditions de Minuit, 1983
- Le Philosophe et les sortilèges, Paris, Éditions de Minuit, 1985
- Le Principe de cruauté, Paris, Éditions de Minuit, 1988
- Principes de sagesse et de folie, Paris, Éditions de Minuit, 1991
- En ce temps-là - Notes sur Louis Althusser, Paris, Éditions de Minuit, 1992
- Le Choix des mots, Paris, Éditions de Minuit, 1995
- Le Démon de la tautologie, Paris, Éditions de Minuit, 1999
- Route de nuit : épisodes cliniques, Paris, Gallimard, 1999
- Le Réel, l’imaginaire et l’illusoire, Biarritz, Distance, 2000
- Loin de moi : étude sur l’identité, Paris, Éditions de Minuit, 2001
- Le Régime des passions, Paris, Éditions de Minuit, 2001
- Impressions fugitives : L’ombre, le reflet, l’écho, Paris, Éditions de Minuit, 2004
- Fantasmagories, Paris, Éditions de Minuit, 2005
- L’Ecole du réel, Paris, Éditions de Minuit, 2008
- Nuit de mai, Paris, Éditions de Minuit, 2008
- Une passion homicide, Paris, Ed. PUF, 2008
- Le Monde perdu, Éditions Fata Morgana, 2009
- Tropiques. Cinq conférences mexicaines, Paris, Éditions de Minuit, 2010
- Matière d’art, Montpellier, Fata Morgana, 2010
- Les Matinées savantes, Montpellier, Fata Morgana, 2011
- Récit d’un noyé, Paris, Éditions de Minuit, 2012
- L’Invisible, Paris, Éditions de Minuit, 2012
- Récit d'un noyé, Editions de Minuit, 1012
Bibliographie détaillée (articles, ...) voir : Clément Rosset
En ligne :
Site officiel (bien fourni) : Clément Rosset
Blog dédié : Atelier Clément Rosset

Voir aussi les pages : Le camembert savant de Clément Rosset / Connaissance de soi VS Inconnaissance de soi


Mon point de départ est que le réel est idiot. Attention, l’idiotie n’est pas l’imbécillité mais l’insignifiance, l’absence de signification. Un exemple : ce caillou que vous voyez là répond parfaitement – il ne fait même que ça – au principe d’identité, A égale A. Vous pouvez le torturer, il ne fera rien d’autre que confirmer son identité de caillou. Cette vérité peut devenir insupportable. Je m’explique : si je veux décrire ce caillou, je vais être tenté de le faire rentrer dans une généralité, un concept de caillou. Mais ce caillou, tout banal qu’il soit, est unique, et je vous mets au défi de le décrire complètement dans sa singularité. Il n’existe pas, dans l’univers, deux choses absolument semblables.
Source (et suite) du texte : psychologies


Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réelle. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu’il semble raisonnable d’imaginer qu’elle n’implique pas la reconnaissance d’un droit imprescriptible – celui du réel à être perçu – mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Tolérance que chacun peut suspendre à son gré, sitôt que les circonstances l’exigent : un peu comme les douanes qui peuvent décider du jour au lendemain que la bouteille d’alcool ou les dix paquets de cigarettes – « tolérés » jusqu’alors – ne passeront plus. Si les voyageurs abusent de la complaisance des douanes, celles-ci font montre de fermeté et annulent tout droit de passage. De même, le réel n’est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. (...)
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire
embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. (...)
Dans le cas de Boubourouche, le fait qu'Adèle ait dissimulé un amant et le fait qu'il soit cocu deviennent miraculeusement indépendants l'un de l'autre. Descartes dirait que l'illusion de Boubourouche consiste à prendre une "distinction formelle" pour une "distinction réelle" : Boubourouche est incapable de saisir la liaison essentielle qui unit dans le cogito, le "je pense" au "je suis", liaison modèle dont une des innombrables applications apprendrait à Boubourouche qu'il est impossible de distinguer réellement entre "ma femme me trompe" et "je suis cocu".
Extrait de : Le réel et son double (1976)

Source du texte : Avant-propos en entier (PDF)

C'est pourquoi toute pensée raisonnable fait un arrêt obligatoire, dans la conduite du raisonnement, du moment où l'on atteint la chose même. Aristote et Descartes appellent ce moment du même mot : l'évidence, le directement visible, sans le secours et la médiation du raisonnement. Il y a un moment où cesse le domaine des preuves, où l'on bute sur la chose elle-même, qui ne peut se garantir d'autre part que de par elle-même. C'est le moment où la discussion s'arrête et où s'interrompt la philosophie : adveniente re, cessat argumentum.
Il est toutefois un domaine où l'argument ne cesse pas, parce que la chose ne se montre jamais : et c'est justement mon domaine, le moi, ma singularité  Il me manque, pour m'arrêter raisonnablement à moi-même, d'être visible. Sans doute puis-je, si j'en crois sur ce point Aristote, décider que je suis un homme, mais je ne peux, en revanche, réussir à penser que je suis un homme, justement celui-là que je suis. L'idée selon laquelle je suis moi n'est qu'une vague présomption, encore qu'insistante : une "impression forte", comme dit Hume. Et Montaigne : "Notre fait, ce ne sont que pièces rapportées". Et Shakespeare : "nous sommes fais de l'étoffe des songes" - de songes dont l'étoffe est elle-même de papier : vienne le papier à manquer, comme dans l'histoire de Courteline, et le songe se dissipe.
Une solution, dans ce cas désespéré consiste à s’accrocher au papier : puisque ma personne est douteuse, qu'au moins les documents qui en font foi soient d'une solidité à toute épreuve. C'est la solution inverse de celle de Vermeer, qui abandonne le moi au profit du monde : ici on abandonne le monde au profit du moi, et d'un moi de papier. Le double effacera le modèle.
Extrait de : Le réel et son double (1976)
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Johannes Vermeer, L’Atelier du peintre (1666)

PREAMBULE
   L'invisible dont il est question ici ne concerne pas le domaine des objets qu'une impossibilité matérielle interdit de voir (tel un visage plongé dans l'obscurité), mais celui des objets qu'on croit voir alors qu'ils ne sont aucunement perceptibles parce qu'ils n'existent pas et/ou ne sont pas présents (tel un visage absent d'une pièce éclairée). Cette sorte d’« existence » d’objets non existants, ou de visibilité de ce qui est invisible, si on la conçoit indépendamment de toute pathologie hallucinatoire, semble évidemment une contradiction dans les termes.
   Cependant de tels objets existent, et ils sont légion. Car ce que j’ai appelé ailleurs la « faculté anti-perceptive » est double et complémentaire. Faculté, d’abord, de ne pas percevoir ce qu’on a sous les yeux ; mais aussi faculté de percevoir ce qui n’existe pas et échappe ainsi nécessairement à toute perception : de voir (ou de croire voir) ce qu’elle ne peut voir, de penser ce qu’elle ne pense pas, d’imaginer ce qu’en réalité elle n’imagine pas. Car l’homme possède la faculté de croire souvent appréhender des objets éminemment équivoques, dont on peut dire à la fois qu’ils existent et qu’ils n’existent pas. Ce sont sans doute là moins des perceptions illusoires que des illusions de perception. Les objets paradoxaux suggérés par ces illusions sont naturellement très différents des mirages qu’on peut voir en mer ou dans le désert (d’abord parce que le mirage consiste en une image que chacun peut percevoir réellement ; ensuite parce qu’ils reflètent un corps réel situé au-dessous de l’horizon, alors que l’illusion de perception allie l’invisibilité à l’inconsistance). Pour le dire en mot : si, dans l’illusion de perception, l’objet de la vision n’existe pas, la « vision » de l’objet, ou son imagination, n’en existe pas moins. Mais que voit-on, quand on ne voit rien ? Et de même, pour reprendre une question de Jean Paulhan : que pense-t-on, quand on ne pense à rien ?
Extrait de : L'invisible (2012)
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Clément Rosset, la joie tragique :



A voix libre par Raphael Enthoven (2006) :









Archive quintessenciée par Francesca Isidori (juillet 2006) :



Je l'entends comme je l'aime par Thomas Baumgartner (février 2011) :




Pas la peine de crier par Marie Richeux
Penser le réel (mars 2012) :



Le Gai savoir par Raphael Enthoven
Le réel et son double (octobre 2012) :



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth 
Quel réel ? (novembre 2012) : 


Hors-Champs par Laure Adler (avril 2013) : 


   

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