dimanche 12 mars 2017

La Suisse, eldorado du cannabis légal

Cannabis à faible teneur en THC et CBD
Office Fédérale de la Santé Publique

Les produits cannabiques avec une teneur en THC inférieure à 1 % ne sont pas soumis à la loi sur les stupéfiants et sont donc de plus en plus utilisés dans un but commercial, en particulier ceux contenant la substance CBD, non enivrante.

Cannabis à faible teneur en THC

Le cannabis ou les produits cannabiques qui présentent un taux moyen de THC d’au moins 1 % sont interdits, conformément à l’ordonnance sur les tableaux des stupéfiants (OTStup-DFI, voir le lien dans la rubrique « Législation »). Plusieurs produits à base de cannabis ne sont toutefois pas soumis à la loi sur les stupéfiants car ils contiennent moins de 1 % de THC. Il peut aussi bien s’agir de matières premières (fleurs ou poudre de chanvre), de produits transformés (extraits sous forme d’huiles ou de pâtes, comme les capsules Bulk) ou de produits prêts à l’emploi tels que des compléments alimentaires, liquides pour e-cigarette, succédanés de tabac, huiles parfumées, gommes à mâcher et pommades, parfois vendues comme produits de soins.
La fabrication et la vente de ces produits à faible teneur en THC a fortement augmenté depuis peu et soulève plusieurs questions sanitaires et juridiques. Leur distribution et leur publicité est soumise à un certain nombre de lois fédérales, à savoir, selon la catégorie de produits et leur exploitation industrielle : la loi sur les produits thérapeutiques, la loi sur les denrées alimentaires ou loi sur la sécurité des produits. Swissmedic, l’Office fédéral de la santé publique, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires et l’Office fédéral de l’agriculture ont rédigé une notice pour informer les fournisseurs potentiels sur le cadre légal (cf. document sur cette page).

Cannabidiol (CBD)

Le chanvre contient plus de 80 cannabinoïdes et plus de 400 autres substances. Les principaux cannabinoïdes sont le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Ce dernier, qui n’est pas enivrant, amoindrit l’effet psychotrope du THC. Il n’est pas soumis à la loi sur les stupéfiants.
Parmi les produits à faible teneur en THC, ce sont surtout ceux qui présentent une forte teneur en CBD qui gagnent en importance. L’offre et la demande augmentent rapidement. Les discussions portent actuellement sur les possibles propriétés thérapeutiques du CBD (antioxydantes, anti-inflammatoires, anticonvulsives, antiémétiques, anxiolytiques ou antipsychotiques). Son effet médicinal n’est pour l’instant pas assez avéré par la recherche (voir aussi > Utilisation de cannabis contenant du THC à des fins médicales).
Les milieux spécialisés cherchent aussi à déterminer si le cannabis contenant beaucoup de CBD et moins de 1 % de THC peut servir à réduire les risques ou à traiter la consommation problématique de cannabis.

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Cannabis CBD en vente libre (Nouvo, 2017)



Le cannabis légal, avec moins de 1% de THC, fait un tabac en Suisse et en Valais (Canal9 Valais, 2017)


La Suisse, eldorado du cannabis légal
PAr Céline Zünd, le 11 mars 2017 - Le Temps

La législation suisse, plus souple qu'ailleurs, ouvre la voie aux producteurs de chanvre à moins de 1% de THC. Face à un marché en pleine expansion, la Confédération émet des recommandations

A l’oeil, à l’odeur ou au goût, rien ne permet de distinguer ces fleurs de cannabis séchées, qui ressemblent à des petites grappes vertes, à celles que l’on trouve sur le marché noir. Elles sont pourtant vendues au grand jour dans des commerces pour être fumées ou infusées. Elles servent aussi de matière première, pour fabriquer des comprimés, des cosmétiques, du liquide pour cigarettes électroniques, ou de l’huile contenant différentes concentrations de cannabidiol (CBD). Cette substance affole les consommateurs, qui lui prêtent de multiples vertus, relaxantes, euphorisantes ou anxiolytiques, et envahit les étals de boutiques dans toute la Suisse. «De nouveaux magasins ouvrent tous les jours», souligne Corso Serra di Cassano. Sa société, Kannaswiss, distribue actuellement une vingtaine de points de vente.

Dans ce local situé dans la campagne argovienne, la société Kannaswiss cultive des plantes de cannabis sous des lampes sur une surface de 800m2.

L’entrepreneur pointe du doigt: «Ici, ce sont les bébés». Des centaines de petites plantes de cannabis se balancent sous l’arrosage artificiel. Bientôt, elles produiront des fleurs par milliers, qui seront récoltées, séchées et commercialisées, ou serviront à fabriquer une huile très prisée, vendue entre à partir de 53 francs le gramme.

Dans ce local à Kölliken, dans la campagne argovienne, la société Kannaswiss cultive des plantes de cannabis sous des lampes, sur une surface de 800m2. A côté des effluves doucereuses de chanvre, une odeur de peinture et de sciure de bois flotte dans les locaux. Des ouvriers s’activent: bientôt, un nouvel espaces de 2000m2 pourra accueillir des milliers de plantes supplémentaires.

Peu de THC, beaucoup de CBD

C’est un nouveau marché qui se développe à toute vitesse: celui du cannabis faiblement dosé en tétrahydrocannabinol (THC), aussi appelé CBD, pour cannabidiol, du nom de la substance dominante contenue dans ce type de chanvre, qui n'a pas d'effet psychoactif. Autrement dit, il ne fait pas planer. Et il n’est pas soumis à la loi sur les stupéfiants (LStup), qui interdit la culture, la consommation et le commerce du cannabis, du moment que sa teneur en THC est supérieure à 1%. Au-delà de cette limite, le chanvre est considéré comme un stupéfiant. «Dans la plupart des pays européens, nos cultures ne seraient pas autorisées car les plantes sont déjà interdites lorsqu’elles contiennent des taux de 0,2% de THC», explique Corso Serra di Cassano. Ce qui fait de la Suisse un oasis pour les producteurs.

Production d'huile de chanvre chez l'entreprise Kannaswiss.

Une surface «indoor» de 250m2 donne, tous les deux à trois mois, entre 60 et 70 kilogrammes de fleurs de cannabis, explique l'entrepreneur. Cette matière première est vendue, en gros, de 3000 à 6000 francs le kilogramme auprès de commerçants. Dans les points de vente, le gramme d’herbe se vend actuellement 10-20 francs, contre 10-12 francs en moyenne sur le marché noir pour le cannabis contenant du THC.

Rien ne permet de distinguer ces fleurs de cannabis séchées à celles que l’on trouve sur le marché noir.

La société Medropharm, née en 2013, cultive environ 4000 plantes dans des locaux intérieurs et quelque 10'000 dans des serres extérieurs, en Thurgovie. Elle s’oriente avant tout sur le marché du CBD médical, pour la fabrication de remèdes vendus en Allemagne et en Amérique du sud. Mais en ce moment, le propriétaire, Patrick Widmer, observe une montée en flèche des ventes de fleurs de cannabis en Suisse: «En l’espace d’une année, elles sont multipliées par cinq», estime-t-il. «Les gens ne se sont pas soudain mis à acheter de l’herbe parce qu’elle est légale. La plupart sont certainement des consommateurs de cannabis qui remplacent une partie de ce qu’ils trouvent habituellement sur le marché noir», explique-t-il.

Je reçois des appels de vendeurs qui veulent payer 20 kilogrammes en liquide pour éviter de déclarer leurs revenus. Probablement des dealers de stupéfiants qui se tournent vers le cannabis légal
Patrick Widmer, propriétaire de Medropharm

La première vente d'herbe légale en Suisse remonte à août 2016 avec l’arrivée de la marque C-Pure de la société Bio-Can, basée à Schaffhouse. Il a fallu plusieurs années aux deux entrepreneurs, Dario Tobler et Markus Walther, pour développer, par croisements, leur propre plante contenant moins de 1% de THC et déclarer le nouveau produit auprès de l'OFSP comme «substitut du tabac». Ils se sont inspirés des Etats-Unis, où les frères Stanley étaient parmi les premiers à élaborer une nouvelle espèce de chanvre fortement dosée en CBD. Entre-temps, Bio Can distribue actuellement auprès de 38 shops, répartis entre St-Gall et Genève.

Lire aussi:  Le CBD agite la science

Seule une poignée de producteurs et de vendeurs sont enregistrés auprès des autorités. L'OFSP compte à ce jour, cinq producteurs déclarés et une douzaine de vendeurs. Mais ils sont bien plus à se ruer sur ce nouveau marché. «Je reçois des appels de vendeurs qui veulent payer 20 kilogrammes en liquide pour éviter de déclarer leurs revenus. Probablement des dealers de stupéfiants qui se tournent désormais vers le cannabis légal, jauge Patrick Widmer. Ce n’est pas une mauvaise chose, dans le fond, mais nous n'avons pas les mêmes pratiques».

Far West

«En ce moment, c’est le Far West. Nous sommes favorables à une meilleure régulation du produit», renchérit Corso Serra di Cassano. Au cours des premiers mois, les autorités ont été prises au dépourvu par la rapide expansion du cannabis «light» et de ses multiples déclinaisons. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’Institut suisse des produits thérapeutiques, Swissmedic, ont fini par publier fin février une notice pour clarifier le statut du cannabis à moins de 1% de THC. Quelle que soit sa forme - cosmétique, fleur séchée ou denrée alimentaires - il doit désormais être déclaré avant d'être commercialisé. Les fleurs, classées dans la catégorie «succédané de tabac», sont soumises à la même taxe que les produits du tabac (25% du prix de vente). «Toute mention suggérant un quelconque effet thérapeutique, à l’instar d’un effet calmant ou sédatif, est interdite», précise l'OFSP.

Pendant ce temps, internet regorge d’indications, plus ou moins sérieuses, sur les supposées vertus du CBD. La doctoresse Barbara Broers, responsable de l’unité des dépendances aux HUG, a des patients qui disent essayer de l’herbe ou de l’huile de CBD pour mieux dormir ou calmer des angoisses. Certains désirent simplement continuer à fumer du cannabis, sans l’effet psychoactif du THC. «Le CBD aurait potentiellement des effets anti-épiléptiques, anxiolitiques, antipsychotiques ou anti-tumeur, mais nous n’avons pas encore suffisamment de recul pour dire de manière scientifique quelles sont ses propriétés médicales, ni ses effets secondaires», dit la doctoresse, tout en rappelant les risques que comportent la consommation par combustion, quelle que soit la substance fumée.

Lire aussi: L'or vert du docteur de Langnau

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